Petit témoignage de la vie d'un chef d'entreprise
Ces propos sont rapportés par l'Ifrap, qui les a recueillis et publiés (et que je reprends avec leur aimable autorisation).
1 - « Je dirige une PMI classée pour la protection de l'environnement prestataire de services pour l'industrie chimique. Nous sommes certifiés ISO 9001 et 14001. Chaque administration (DRIRE, DOUANES, DGCCRF...) qui nous contrôle est organisée en strates (départementale, régionale...) qui ne communiquent visiblement pas entre elles. Nous devons leur fournir d'innombrables rapports sur notre activité : mensuel, trimestriel, annuel, décennal... »
Ce gars-là paye manifestement un comptable, sans doute expert en la matière, à en oublier les déclarations relatives à la législation du travail, de la sécurité sociale, de l'hygiène et de la sécurité, des impôts directs, des indirects, des commissions de l'environnement, des risques majeurs voire naturels, des transports (à moins qu'il ne transporte aucune de ses productions) des chambres régionales ou départementales de l'industrie (ses « élus »), des élus locaux, maire, député, sénateur, des associations pour la sauvegarde de je ne sais quoi, des pompiers, des gendarmes, etc.
« Je me suis « amusé » à plusieurs reprises à leur transmettre des informations farfelues dénuées de sens, elles ont été visiblement très bien digérées par ces organismes papivores. En revanche, un retard dans une déclaration et c'est le rappel à l'ordre immédiat. »
Et encore, il n'est pas comme mon cousin, agriculteur en « Corsica Bella Tchi-tchi », de la fameuse « filière agricole » accusée de tous les maux du temps de Marion, qui a fini par arracher sa vigne emmerdé qu'il était, tous les jours de la semaine, au moins une fois, par un de ces quidams payés avec ses impôts, nés juste pour l'empêcher de travailler et de gagner assez pour les payer...
« Bref, quel gâchis ! Car le temps passé à toutes ces paperasses inutiles n'est pas consacré au travail dans nos ateliers, laboratoires et bureaux d'études à développer de l'activité industrielle qui permettrait de générer des emplois productifs. Excusez-moi, je viens de lâcher le gros mot incompréhensible pour nos énarques « dirigeants » leur administrations : « emploi productif » ! Et dire que certains d'entre eux se désolent que nos PMI ne consacrent pas plus d'énergie pour exporter ! »
Bé oui, c'est plus facile de faire des plans sur la comète que de suer à produire : tout le monde vous le dira !
« Un jour, excédé par un énième contrôle tatillon, j'ai proposé à l'inspectrice de la Drire de la prendre en stage pendant 15 jours et de lui donner à remplir tous les « états » qu'elle nous réclamait. « Ce n'est pas aux Fonctionnaires de la République à remplir vos obligations, Monsieur » ai-je eu simplement en retour. »
Le gag !
La nana incapable de remplir les formulaires qu'elle distribue sagement !
« Pour réformer en profondeur l'État Mr Sarkozy ne devrait-il pas diligenter des auditeurs auprès des administrés qui subissent l'administration afin de les écouter ? »
Euh... là, il y va fort. Perso, je m'abrite derrière le Commissaire aux comptes et lui demande de me certifier qu'aucun risque n'a été omis avec d'éventuelles conséquences sur les comptes par mes équipes internes.
Depuis que je lui ai démontré que les payes étaient fausses et que par conséquent il certifiait des bilans faux dans mon dos, il s'est enfin mis à bosser, le gueux !
2 - Par ailleurs, on peut annoncer une bonne nouvelle à tous les kontribuables du pays : Ils deviennent « trop citoyens » !
Toujours l'Ifrap s'inquiète que les rendements des contrôles fiscaux, en progression lente depuis des années, passe subitement de 12.450 millions d'euros en 2004 à 8.810 millions en 2006 (dernier chiffre connu) !
Presque 30 % de moins en 2 ans !
Eux s'imaginent que c'est parce que les PME ne peuvent plus absorber le coût des redressements envisageables sans mourir (après avoir vécu à crédit sur le Trésor bafouant le principe d'égalité de la République, piétinant la concurrence par des moyens illégaux !)
Ce qui voudrait dire que tous les patrons de PME sont des « tricheurs et des voleurs » obligés qu'ils sont de survivre au pied du mur le couteau à la gorge en frauder le fisc !
Il y a deux autres explications :
- Les entreprises sont devenues vertueuses, à force d'être cernées de toute part par « déclarations spontanées et obligatoires » interposées (cf. § 1 supra) ;
- Les « fiscalistes » sont devenus trop bons pour des inspecteurs devenus trop kon !
Perso, j'aime bien la deuxième hypothèse. D'abord, parce que c'est ce que je constate sur le terrain : il est rare de ne pas pouvoir « casser » un redressement pour cause de procédure ou défaut d'interprétation « légitime » de faits comptables.
Ensuite parce que réellement, la complexité du droit fiscal et comptable est devenue telle que trop souvent, même les « experts » de Bercy s'y embrouillent les pinceaux, voire violent par ignorance, ou délibérément, les lois qu'ils sont chargées d'appliquer au nom du peuple français.
D'ailleurs, il m'arrive parfois d'user de la prolongation du délai de réclamation ouvert par un contrôle pour réduire encore la doudoune de quelques clients qui n'avaient pas vu telles ou telles mesures favorables auxquelles ils avaient droit : le plus dur étant passé, c'est alors le moment d'agir (et quasiment sans droit de réponse de l'administration qui ne peut plus émettre de redressement).
Enfin, parce que ça flatte mon ego personnel : nous sommes en train de gagner la bataille du « chat et de la souris », David contre Goliath !
Car, pour moi qui reste dans « les petits secrets de famille » et de fabrique de mes bons clients (genre « trucs » qui ne doivent surtout pas se voir, le premier test étant l'expert-comptable et le second le Commissaire aux comptes), je constate que le taux de fraude évolue plutôt à la hausse, d'une façon globale... Ce qui somme toute, n'est pas rassurant...
Trop fort les meks !
Jusqu'au prochain collectif budgétaire... Mais là, on commence à avoir une sérieuse avance !




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