Infree : un affreux libéral ?
Non ! Tout juste ignoble. Et encore… C’est presque pire que ce que vous pouvez imaginer !
Absolument pas un suppôt du « capitalisme sauvage ». Encore moins celui d’un « capitalisme d’État » à la dérive.
Seulement quelques constats (encore et toujours) et quelques pistes.
Les pistes se retrouvent dans une « troisième voie », absolument géniale pour avoir été tracée par le Générale De Gaulle il y a un demi-siècle : Il faut la compléter.
Tracée mais dévoyée par d’autres. Et pourtant, ils étaient sur la bonne piste.
C’était celle de l’autogestion perçue comme la panacée par les caciques de feu le PSU (parti socialiste unifié) de Michel Rocard.
L’idée est morte en France avec l’affaire « Lip » (les montres). Le « chef » se fait débarquer de sa boîte, celle dont il a hérité (de toute façon, il préférait régater au large de Ramatuelle). Et Charles Piaget, à la tête de la CFDT locale, occupe les locaux avec quelques camarades et le soutien de la ville de Besançon, pour poursuivre la fabrication et payer tout le monde sur le prix des ventes. C’est de l’autogestion : on occupe l’outil de travail (le capital) et on assume les frais courants avec les « ventes sauvages ».
L’affaire ne tiendra pas très longtemps.
Dans l’autogestion, il faut que le « capital » puisse être géré indépendamment de la main d’œuvre. L’exemple vient d’en haut : c’est Tito en Yougoslavie. Socialiste marxisant dans l’âme, âpre résistant à l’occupation nazi, même s’il se fait jeter du Kominform par Staline, la propriété du « capital » appartient à l’État (et pan : « re-capitalisme d’État » !), mais l’outil de production est géré par ceux qui s’en servent, y travaillent, y produisent : l’État le leur confie. Une catastrophe maquillée pendant trop longtemps par l’ouverture à l’ouest et le soutien, d’abord de Churchill et ensuite par d’autres « non-alignés », qui finit en eau de boudin sur le plan économique (il fallait y avoir été pour s’en rendre compte) et en guerre civile atroce à la mort du Maréchal, pour « exploser » les Balkans en ethnies diverses.
Un joli leurre.
Qu’a-t-il manqué à ces deux exemples pour assurer leur pérennité ?
Une seule chose, mais vraiment une seule : « l’affectio societatis ». La volonté de s’associer au sein d’une même entreprise en vue d’en vivre des « profits ».
Que manque-t-il aujourd’hui encore un peu partout dans le monde et notamment dans notre pays ?
Exactement la même chose.
L’actionnaire anonyme de la « Société Générale », celui a qui appartient vraiment l’entreprise et dont on a besoin en Assemblée Générale Ordinaire des actionnaires pour renouveler le Conseil d’Administration, n’a pas la volonté de « faire des affaires » avec ses co-associés.
Mais juste de partager des bénéfices.
Voire de faire des plus-values sur ses « petits bouts à lui » en cas de revente.
Les salariés de la « Société Générale », c’est-à-dire les acteurs directs de l’activité, ceux qui font la valeur de la banque, ils ne voient qu’une chose. On leur file des « tâches à accomplir », en des lieux et à des horaires précis, contre monnaies sonnantes et trébuchantes qui va leur permettre de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de se soigner (les besoins physiologiques : on y revient aux physiocratiques !) autant qu’ils en auront besoin au moment où ils en auront besoin.
Quand tu es leur patron, c’est donc assez simple de refermer cette « quadrature du cercle » : il suffit de modérer les coûts et d’orienter l’activité vers ce qu’il y a de plus rentable en terme de « création de valeur ».
Quitte à gérer une « usine à gaz » pour produire la matière première de toute entreprise : des clients !
Pour une banque généraliste, ce n’est encore pas trop difficile : il suffit d’avoir des agences (vendeurs assis), de saturer le paysage d’agences locales et d’offrir le panel de spécialités, à peu près aux normes de qualité, qu’attendent la diversité des types qui poussent la porte.
La gestion des salariés et autre laborieux va même jusqu’à utiliser les variations de leur rémunération (hélas jamais à la baisse) pour les motiver à du toujours « mieux » dont on est sûr à l’avance que ça donnera du « plus ».
Pas très compliqué : les résultats s’améliorant, les dividendes peuvent être servis, la confiance règne et les titres gagnent en valeur.
Le tour est joué.
Nota : Il n’y a qu’au Crédit Mutuel de Bordeaux que, dans le temps, les salariés ont accepté une baisse de leur salaire de base moyennant un plan de maintien des effectifs et une prime d’intéressement (aléatoire) au résultat compensatrice.
J’ai réussi à faire de même dans deux cas de redressement d’entreprise. Mais ça eut été chaud.
Car c’était parfaitement illégal (mais comme ça « eut marché », personne n’a râlé).
Ça ne le sera éventuellement plus avec la nouvelle donne sur les accords d’entreprise… si le gouvernement va au bout des réformes qu’il aurait l’intention de faire voter.
À suivre…
À la « Générale », à aucun moment les « acteurs salariés » n’auront été impliqués dans le cercle vertueux de « l’affectio societatis » (pour n’avoir pas de droit de vote, même s’ils ont un droit préférentiel individuel de souscription à l’augmentation du capital à venir : un bon test in vivo de la confiance dont ils créditent leur direction générale), tout juste bon à recevoir partie de leur rémunération versée en action, financés justement par la participation gaulliste obligatoire et l’épargne salariale (s’enrichissant de toujours plus de mécanismes nouveaux depuis « Fafa l’empoisonneur »).
Ils sont intéressés par les résultats de leur entreprise, c’est vrai, mais pas plus qu’un actionnaire anonyme et seulement pour les gains. Pas vraiment pour les pertes (ou alors, ce n’est pas de bol).
Incognitototo vous parlera mieux que moi d’autres procédés, notamment les SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production). Il en existe plein. C’était l’autre alternative : le « capital », l’outil de travail, appartient à ceux là qui l’exploitent. Seulement, le principe d’une coopérative, c’est « une homme, une voix », peu importe les apports, synonymes de visées patrimoniales.
Dès que ces dernières prennent le dessus, en général par manque de fonds propres pour financer l’expansion et le gonflement mécanique du besoin de fonds de roulement, ce principe là va disparaître, tôt ou tard.
Et puis le grand tort des SCOP tient en deux points : Elles n’ont pas su garder la notion civile de l’apport en industrie (en travail) qui a disparu dans les textes ; elles peuvent embaucher de nouveaux salariés sans que ceux-ci deviennent nécessairement associés : ça change tout !
Plus « d’affectio societatis » et deux types de laborieux, dont un qui exploite l’autre : l’abomination !
Que voulait donc le plus célèbre trader de France depuis quelques jours ? Tout juste une augmentation de son salaire. Rien de plus ! Aucune trace de « l’affectio societatis » indispensable pour prendre des engagements à hauteur 50 milliards d’euros (150 % des fonds propres de la banque) au nom de son employeur : le casse-gueule est nécessairement assuré, dans ces conditions là…
Notons dans le sens inverse que qui fait la loi sur les marchés du risque ? Les Lloyds. Qui sont-ils ? Des « associates » individuels, chacun responsable sur leurs biens « propres personnels » pour l’ensemble des engagements de tous (Ne vous inquiétez pas, eux-mêmes s’assurent auprès de sociétés de réassurance comme la Scor dont c’est le métier, qui mutualise mondialement les risques).
Et ça change tout.
Alors la piste à exploiter ? Mais vérifier sans cesse l’implication de vouloir faire « mieux que mieux » à tous les échelons d’une entreprise.
Comment ? Mais tout simplement en partageant les bénéfices ET d’être impliqué, d’une façon ou d’une autre, dans les pertes (disparition des primes, réduction forcée du temps de travail, mises à pied conservatoires, voire licenciement sans compensation) : exactement le contraire du droit du travail franco-gaulois.
Bref, redonner l’envie d’entreprendre, éviter le laisser-aller de la médiocrité.
Pas facile dans l’hexagone, mais on peut y parvenir, au moins à la marge, avec les meilleurs éléments.
On est naturellement très loin des idéaux du « service au public ». Ça c’est pour une sous-espèce d’humanoïde, tout juste née pour servir, dont les membres ne peuvent pas être intéressés à un résultat autrement qu’en pompant plus dans la poche du contribuable.
Et quand ça ne leur plaît pas, eh bien ils peuvent toujours démissionner. Je l’ai personnellement bien fait à deux reprises (une fois pour refuser d’aller en prison à la place de mon chef, au cas où, et la seconde parce que franchement, mon « boss » et moi, ça ne collait pas : Il ne faisait rien que de défaire le jour ce que j’avais fait la veille pour lui) : ça forme le caractère !
Mais eux, jamais ils n’arrivent à penser à ce genre de chose, tellement bien conditionnés qu’ils sont dans leur état de « sous-prolétaire ».
Pire, quand il quitte la grande administration pour faire autre chose, ils se « mettent en congé » ou en « disponibilité ». Jamais, mais alors jamais, sur les quelques millions depuis quelques siècles, un seul n’aura claqué la porte et démissionné (sauf quelques figures historiques… mais elles sont entrées dans l’Histoire de France par la grande porte, celles-là) !
C’est dire le niveau de « médiocrité » atteignable.
Et pour en virer rien qu’un seul, même dans la pire des situations (de celles qui envoient n’importe qui d’autres en prison pour de longues années), il faut l’unanimité de tous, y compris les syndicats, même ultra minoritaires (qui exciperont, à la sortie de prison du gusse concerné, qu’étant donné qu’il a payé sa faute, il faut bien lui redonner les moyens d’une réinsertion en reprenant son poste et son ancienneté…).
C’est du vécu, rassurez-vous !
Et ces sont ceux-là qui veulent nous imposer leur façon de faire, en plus ? Jusqu’à emmerder d’autres sous-prolétaires les jours de grève ? Mais on marche sur la tête, dans ce pays !
Et, manifestement, ça n’arrange pas le fonctionnement du neurone…
On aura l’air malin, en France, quand tout le monde sera nationalisé à en être fonctionnarisé !
Qui ira à Rungis à 4 heures du mat’ pour mettre à disposition de la nourriture fraîche sur les étals ?
Sûrement pas des fonctionnaires, trop bien installés dans leur confort douillet et factice.
Ils n’auront plus qu’à aller à la pêche tout seul, pour manger des poissons frais, sur leurs heures de loisir.
Conclusion : Moins d’État, OUI ! Pas d’État : NON ! Juste ce qu’il faut, pas plus.
Pour résumer, c’est un peu Marie-Ségolène qui a trouvé (mais est-ce un hasard ?) LA bonne formule en plagiant Miss Merkel : « L’initiative privée partout ; le Service public là où c’est nécessaire ! ». Il ne reste plus qu’à la faire comprendre avant de fonder un nouveau « pacte social » autour de ce principe.
Bon courage à toutes les bonnes volontés !
L’ignoble.