Le capitalisme d’État : les effets de la consanguinité
Les caciques de la IIIème République, de ceux qui ont vécu le front populaire (c’était le temps des 200 familles), qu’on a ensuite revus avec des institutions taillées sur mesure dans la IVème pour faire rendre gorge le pouvoir accaparé par le Général De Gaulle et son CNR ou autre gouvernement de rassemblement national, après quelques nationalisations punitives, ont eu à gérer le plan Marshall.
Plein d’oseille à perte de vue, pour reconstruire le pays à vive allure : c’est qu’ils en avaient des surplus à écouler, les cousins « ricains », nos vrais libérateurs du totalitarisme nazi !
Du coup, l’État, au moins en France, qui n’avait pourtant pas vocation à devenir un industriel à construire des Renault ou à faire des centrales électriques et encore moins à faire rouler des trains, s’est retrouvé dans la situation inconfortable d’être le premier actionnaire de pans entiers de l’économie, voire quasiment monopolistique en matière de finance (mais pratiquement aussi dans tous les domaines « d’argent », y compris industriels).
Banque de France, Caisse des Dépôts et Consignations, Trésoreries publiques, et une couvée de banques z’et établissements financiers, compagnies d’assurance, jusque dans la très sempiternelle Caisse Nationale de Prévoyance.
Qu’à cela ne tienne, Debré (Michou, le père de Nanard et de Jean-Lou) nous avait inventé l’ENA, école nationale d’administration, justement créée pour administrer tout ce fatras de participations diverses.
D’un côté l’argent, de l’autre une société en voie de mutation rapide, des administrateurs formés aux métiers de l’État et de… l’économie mixte.
Voilà le cocktail idéal en place pour pourvoir à de « brillantes carrières » pour des officiers, supérieurs mais civil, au service de l’État.
Et ils en ont fait, des « machins » taillés à leur mesure. Industrie, recherche, finance, transport, culture, tout y passe, sauf le tunnel sous la Manche.
C’est l’époque du « ni-ni ».
Le « socialiste » Mythe-errant se rend compte que là, même pour les conservateurs anglais, berceau de la Première Internationale prolétarienne quand même, ça ne passe pas : C’est le début de la fin !
Les effets de la consanguinité commencent à se faire sentir. Ces brillants cerveaux que le monde entier nous envie, ne sont pas aussi talentueux qu’ils aiment à le faire croire. En fait, ils ne sont là que parce qu’ils se tiennent tous par la barbichette, genre, « accroche toi au pinceau, je retire l’échelle » !
Vous ne le croyez pas ? Faites un tour, juste sur le Conseil d’Administration de la Société Générale et vous allez comprendre.
Attention, il s’agit officiellement d’une banque privée et même Bruxelles a rappelé à la « Sarkozie triomphante » de notre Ô combien vénéré Président « bling-bling » qu’il ne s’agissait pas d’aller mettre des bâtons dans les roues du principe d’une libre concurrence loyale et parfaitement libérale.
Remarquez, vous l’aviez déjà compris : les « alter » n’aiment pas l’Europe. Ils se sont retrouvés ensemble sur ce thème. Parce qu’elle n’est pas conforme à « plus d’État », délivrant plus « de permissions » au lieu de « formuler des interdits ».
En plus, comble du comble, pour l’Europe libérale, il est aussi interdit d’interdire !
Bande de salopards que de récupérer ainsi honteusement tout le « sel de 1968 » !
Daniel Bouton : Pédégé ! Diplômé de IEP Paris, ENArque (promotion 1973, dont il a été le benjamin), inspecteur adjoint des finances en 1974, chargé de mission en 1976. Il passe à la direction du budget en 1977, puis va faire ses classes comme conseiller technique dans le cabinet de Papon (le « déportateur ») alors ministre du Budget de « Giskard à la barre » en 1980.
En 1981, il n’est plus que « chef de bureau » à la direction du budget, puis recommence à brosser dans le sens du poil pour devenir « sous-directeur » dans l’administration centrale du ministère de l’économie des finances et de l’industrie en 1984, pour entrer, de 1986 à 88, en qualité de « directeur » du cabinet de Juppé.
De 88 à 91, il reste à Bercy avec le grade et le rang d’un directeur du Budget.
En mars 91, marre de voir ses petits copains pantoufler dans le « privé », il taille sur mesure un poste à sa convenance à la Générale : « Directeur de la Présidence », comme si Viénot avait besoin d’être mis sous la tutelle d’une « direction » (des fois qu’il perde le nord ?).
Finalement, il passe « Directeur Général » de la vénérable institution en 1993 et vire Viénot en novembre 1997.
On peut rajouter qu’il est aussi président de la fédération bancaire française de 2004 à 2005, puis que Vice président depuis 2006.
Mais il œuvre aussi au MEDEF où il préside aux destinées du groupe « croissance » et il dirige la commission de régulation de l’Institut de la Finance Internationale (l’IFI) depuis 2002.
Pour faire bonne mesure, il est aussi administrateur de chez Total et Veolia Environnement…
Crûtes-vous qu’il s’est entouré de banquier sortis des rangs, qui connaissent tout de leur métier ?
Mais naturellement : On retrouve :
– M. Circurel, Président du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild administrateur de banque privée Edmond de Rothschild, de Bouygues Télécom, de chez Bolloré et de Publicis ;
– Mais aussi M. Azema, Jean de chez « groupama » (ah tiens ! Les agricul de la banque verte : Déjà un œil dans le poulailler, le prédateur ?) ;
– Li Dottore Oculati Gianemilio, (un nom prédestiné ?) banquier du côté de Milano et acteur chez Mac Kinsey, major du « conseil en stratégie » ;
– Luc Vandevelde, homme d’affaire belge, une fois, qui a fait une partie de sa carrière chez Kraft Foods, avant d’intégrer Promodès d’où il avait une position de dauphin chez Polo (Paul-Louis Halley pour les intimes) avant de se faire jeter par les gars de Carrefour qui n’en voulaient décidément pas (pour cause de médiocrité ?).
Il a fini par être repris chez Mark & Spencer en 2000 avant d’en devenir le président « non executif » en 2003, mais après avoir liquidé la filiale française (et son bon millier d’emplois) ;
– J-M. Folz, l’ex le PDG de PSA Peugeot Citroën, X-Mines. Parcours flamboyant, ce gars là ! 1972 Direction régionale du ministère de l’industrie. 1975 : membre des cabinets ministériels, il devient directeur de cabinet de l’éphémère Secrétaire d’État aux industries alimentaires, du « cousin Jean (Tiberi) », puis de Claude Coulais. 1978 : il est bombardé directeur d’usine chez Rhône-Poulenc, puis finit Directeur Général adjoint des spécialités chimiques avant de passer chez Jeumont-Schneider en qualité de Dégé adjoint, puis Dégé tout cours en 1984. Mais ça ne lui suffit pas : Il file en 1987 chez Péchinay et devient Président de Carbone Lorraine en 1987, histoire de « fossoyer » la bête.
Là non plus, ça ne colle pas trop, on l’envoie faire Dégé chez Béguin-Say (le sucrier) et il en finit pédégé en 91, avant de rejoindre PSA en 95 où il arrive quand même à se maintenir 10 ans d’affilée, accroché à son fauteuil qu’il a finit par lâcher au profit de la génération montante des fondateurs.
Un grand connaisseur des dégraissages en tout genre ! D’ailleurs il siège un peu partout : Carouf , Saint-Gobain, Alstom, Lafarge et même à l’Institut de l’Entreprise le joujou de Pébereau, celui de la BNP. (L’autre prédateur ? Rigolo, non ?)
– Miss Elisabeth Lulin, la benjamine qui fait aussi Dégé chez « Paradigmes et caetera », société d’études et de conseil qu’elle a fondée en 1998, consacrée au « benchmarking et à la prospective des politiques publiques » (Si : c’est sur son CV ! Encore une pompe à finances publiques comme la célèbre « Force 7 » de l’ex entrepreneur-sénateur Bertrand DeLaNuée ?).
Ah ! Avant de créer son entreprise, Elisabeth était haut fonctionnaire (encore une). Elle a commencé sa carrière à l’Inspection générale des finances (1991-1994), puis a rejoint le cabinet du Premier ministre (Édouard Balladur, puis Alain Juppé) comme chargé de mission puis conseiller technique. Elle a enfin dirigé le service de marketing et de communication externe de l’INSEE (1996-1998) : Une nécessité pour un organisme public ?
Parallèlement à ses fonctions principales, « Lilou » exerce depuis plusieurs années une activité d’enseignement. Elle est actuellement professeur affilié à l’École Supérieure de Commerce de Paris. Elle a été maître de conférence à l’Institut d’Études Politiques de Paris (1998-1999) et au Conservatoire national des Arts et Métiers (1995-1999).
Elle intervient régulièrement dans les programmes de diverses universités étrangères (Duke University, Manchester Business School, University of Wisconsin-Madison, tiens donc ! Ça fait bien sur un CV…
Elle est également membre du comité éditorial de « Sociétal », revue trimestrielle d’analyse économique et sociale ; et membre de tel ou tel organe de gouvernance (conseil d’administration, bureau, comité scientifique, conseil d’orientation, … selon le cas) de plusieurs think tanks, en France (Fondation Robert Schuman, Institut Aspen France, Institut Montaigne, Fondation pour l’innovation politique, Centre français sur les États-unis) et à l’étranger (Lisbon Council, moins chicos quand même !).
École Normale Supérieure (1985), Institut d’Études Politiques de Paris (1987) et de l’École Nationale d’Administration (1991). Elle est également agrégée de lettres modernes (1988). Elle a été distinguée Henry Crown Fellow par la Fondation Aspen (États-unis) et a été nominée (seulement) aux Trophées de l’INSEAD 2004 pour le Prix de la Pensée Économique et Sociale.
Une perle de banquière : Elle décoiffe tellement elle se la pète !
– Et puis on retrouve enfin les « besogneux » : Citerne et Alix, les deux Dégés délégués (aux « manettes »).
– Le représentant des salariés Gérard Révolté (ça ne s’invente pas), salariés qui ont perdu leur droit de vote en 1987 à l’occasion de la privatisation de la « Générale » mais se tiennent au courant des affaires à travers leur représentant au CA.
– Et la personnalité qui fait chic, Élie Cohen, mais sans que je n’ai pu savoir si il s’agit ou non de l’économiste réputé (les dates de naissance de collent pas, et des Cohen, c’est comme les Lévy : y’en a plein partout) !
Voilà le Conseil qui a refusé la dém du patron à 11 millions d’euros de salaires, bonus compris (enfin, peut-être compromis pour 2008 : il n’y a plus d’argent dans les caisses !).
Sage décision, imagine-t-on.
Et on confie à ces braves gens là le destin d’une banque et de ses dizaines de milliers d’emploi, sans même regarder à plus près ?
Vous avez dit « économie administrée », la phase rampante du « socialisme à la française », du tout État partout à chaque fois que c’est possible ?
Ou modèle libéral qui s’effondrerait sous nos yeux ?
Je n’y vois que la faillite du « capitalisme d’État », maintes fois réitérée : Celui-là n’est décidément pas fait pour posséder, gérer, administrer quoique ce soit !
C’est manifeste.
L’argent qui ne vous appartient pas, c’est vrai, ça les fait rêver, tous ceux qui n’en ont pas assez pour finir les fins de mois, parmi lesquels et sans doute les premiers, les zélés fonctionnaires d’un État devenu tout puissant par démission du citoyen, las des faux nez et écoeuré, traduit par le sentiment sempiternel et récurrent du « tous pourris ».
C’est faux : Ils ne sont pas tous pourris ! Mais parfois et seulement incompétents. Ce n’est pas pareil.
Et qu’on ne vienne pas nous dire que le sort de la Société Générale est l’exception accidentelle qui confirme la toute bienveillante, omnisciente et l’archi-immense compétence des « sachants » sur tout autre (vieille « lune marxiste » : les gouvernants ne peuvent pas se tromper, atteint du « syndrome de la perfection » propre aux seuls papes depuis pas très longtemps, dès qu’ils rentrent dans leur fonction).
La « Générale », ce n’est ni le premier, ni le dernier.
Rien que dans la banque et l’assurance, un petit coup d’œil aux destructions de valeurs de cette omniscience inculqué à la « technostructure réglementaire » soi-disant représentative du Peuple et donc de l’État :
– Le Crédit lyonnais,
– La SBDO,
– Les AGF,
– La banque Pallas-Stern,
– La banque Worms,
– Le Crédit Foncier de France,
– La Banque Hervet,
– La BIAO,
– L’UAP,
– Le Crédit Commercial de France,
– MMA,
– Le CIC,
– N’en jetez plus…
Toute des entreprises, fleurons de « l’industrie financière », confiée à des « Énarques » ou autres sortis des « grands corps » étatiques…
S’il fallait des signes, seulement des signes, de la faillite de « l’État capitalistique », c’est bien là qu’il faut le voir. Ailleurs, dans les grandes industries, on peut toujours se réfugier derrière une « mauvaise passe » du marché déprimé.
On ne peut pas dire que ce soit une si grande réussite. Il n’y a guère que la BNP qui s’en sort pour avoir pu avaler du sang neuf de chez Paribas. Malin Pébereau.
Et les coopérateurs (Banques Populaires, Crédit Agricole) et le Crédit Mutualiste, parce que ceux qui possèdent ces banques là, ils sont d’abord clients, mais ils sont aussi sociétaires et parfois administrateurs.
Voilà les deux mondes, la vraie bipolarité entre le « capitalisme sauvage » voire étatique, toujours irresponsable et le « capitalisme éclairé » mais forcément responsable de l’économie libérale.
L’économie administrée est forcément appelée à disparaître tôt ou tard, pour n’être fait que du même bois que le « capitalisme décrié ». Les deux faces d’une même pièce de monnaie.
C’est historique ! C’est un « fait scientifique » qui se démontre par l’absurde et à chaque occasion.
Bien à vous FFSC ! Vous pouvez méditer sur l’absurdité de l’axiome : « N’est de vertu que le bien public » !
Comme tout axiome, il ne peut pas se démontrer.
Et ce qui en découle n’est qu’agitation inutile, voire perverse.
Perverse parce qu’elle cache la vraie nature des choses.
L’Ignoble
PS : Michel, tu comprends mieux mon intérêt pour l’économie participative, maintenant ?
Enfin, le jour où j’aurai compris.
Car il y a un troisième volet, à ces quelques réflexions…
À suivre.