Pensées pour FFSC…
La « Grande Banque » de Daniel Bouton est désormais dans la tourmente. Nationalisée (ce qui a coûté cher), puis privatisée (ce qui n’a pas redressé pour autant les comptes de la Nation) par l’inimitable Président « Mythe-errant » s’étant, pour ce coup là, prétendu socialiste, elle a su résister au raid lancé par la BNP en d’autre époque.
Encore plusieurs millions de titres flottant sur les bourses de valeur à tutoyer presque 160 € le bout cet été, la plongée a été sévère pour descendre à 75 € avant de se redresser sur rumeurs d’OPA orchestrées par la BNP-Paribas de Pébereau et le Crédit Agricole (mais là, il y a plusieurs pédégés : c’est une banque anciennement coopérative, qui a quand même sa structure cotée, la CASA) au moment où je trace ces lignes.
Tout cela est formidablement bien mis en scène. D’un côté la justice suit son cours, de l’autre la presse va s’intéresser aux ossements d’animaux retrouvés sous une dalle de béton qu’on pensait être ceux de la petite Marion disparue, 9 ans, il y a bientôt 5 ans (voilà bien un drame réellement épouvantable…), puis aux noces « discrètes » de notre Ô combien vénéré Président.
La recapitalisation va sans doute être bouclée dans les semaines prochaines, le cours va remonter vers 100 € le bout et si OPA il y a, ce sera autour de 120 € net, par échange de titres, la vraie valeur de la Générale. Avant que les cours ne se redéprécient à nouveau sous huitaine, parce qu’il faut toujours quelques mois pour bien digérer une fusion de réseaux et de métiers et que les titres reçus en échange étaient surcotés.
Voilà pour l’histoire.
Ce qui est le plus drôle, c’est que certains y verront de la destruction de valeur et d’emplois pour cause de « capitalisme sauvage », ou de libéralisme « prédateur ».
Alors qu’il n’en est en définitive rien.
Il y a deux grandes visions, avec de multiples variantes faut-il aussitôt rajouter, du monde économique.
Ce débat là s’est déplacé entre une vision « alter-économique », moderne et triomphante et une « vision libérale » passéiste, sectaire, carrément ignominieuse et profondément réactionnaire.
Vision libérale, c’est déjà un gros mot en soi dans la « pensée unique » contemporaine : je le barre pour chacun sache que je ne souhaite insulter personne. Juste faire des constats.
Et comme je ne suis pas un économiste mais un « juriste » (c’est ma formation) « qui sait compter » (c’est mon autre formation), je vais donc caricaturer à outrance.
Pour les uns, le libéralisme n’est qu’un vaste pillage de l’humain par quelques-uns, pour leur propre profit.
Ce qui n’est pas faux quand le libéralisme est « sauvage » : la surexploitation des ressources naturelles, des ressources humaines, de la biodiversité, la gestion anachronique des déchets de toute activité, transforment petit à petit la planète en une vaste poubelle couverte de misère, jusqu’aux vaches auxquelles on arrive même à faire manger des carcasses de moutons, fussent-ils morts de tremblante, aux lieu et place de la bonne herbe bien grasse propre à être ruminée !
Les ressources naturelles, la planète, les sols, l’air et l’eau appartiennent à tous, y compris les espèces non humaines et il convient de se garder de les détériorer juste pour une affaire de fric !
« Nos vies valent plus que leurs profits » résume assez bien cette pensée là.
Et dans la vie, il n’y a pas que le pognon, c’est bien connu.
Même les libéraux n’en disconviennent pas, loin de là ! Ils ne peuvent pas.
Conséquence de cet « acquis inviolable », toute activité économique doit être réglementée, contrôlée, asservie au bien commun, à l’enrichissement non pas de quelques-uns, mais de l’humanité entière. Logique.
Finalement, la « propriété des profits », n’est pas celles de quelques-uns, mais elle appartient à tous. Et le « tous » a le droit d’en disposer comme il l’entend, puisqu’il est le plus nombreux (tu vas voir ta gueule à la récrée, toi qui en rigole encore) !
Même « Miss de LO » voulait taxer à 100 % les « super-profits » pour construire des logements sociaux, il y a encore peu : C’est dire !
De fait, c’est exactement le fondement que l’on retrouve dans la pensée économique d’il y a bientôt trois siècles, celle des physiocratiques qui enseignaient que toute richesse partait de l’exploitation du sol, pour satisfaire les besoins physiologiques du plus grand nombre, et assurer leur survie, seule source de liberté.
La révolution industrielle est passée par là, les richesses se faisaient plus dans les usines qu’aux champs : C’est l’apparition d’une classe de « prolétaire » et le marxisme, fils cadet et héritier à la fois des physiocratique et des socialistes utopiques très en vogue au XVIIIème puis au XIXème siècle, presque triomphant jusqu’à la fin du XXème, a pris le relais.
La Révolution Bolchevique (tout comme celle de Nasser, de Castro ou de Chavez), c’est le principe appliqué selon lequel l’appareil productif appartient à l’État. La propriété des profits est gérée par l’État. Et l’État c’est nous, c’est tout le monde : voilà le monde idéal !
Le marxisme s’est mué en socialisme, puis en léninisme et a finalement sombré dans le stalinisme de ce côté ci de l’Oural et en maoïsme et son avatar coréen de l’autre côté.
La cause devait donc être entendue : ce n’est pas une solution. L’histoire aura tranché.
Faut-il le réinventer ? C’est la cause des anti-libéraux avancés, alter-quelque chose.
Mais pas seulement eux…
I – C’est assez mal connaître les choses de ce monde : La propriété, c’est d’abord ce qu’on met dans sa bouche pour le métaboliser et ensuite (ou avant) l’oxygène dont on remplit ses poumons pour alimenter cette métabolisation. Nier cette évidence, c’est nier l’humain…
Les romains parlaient « d’abusus ». Le pouvoir d’abuser d’une chose, de la détruire, la rendant inutilisable (sans usus ni fructus possible). C’est sur ce constat « physiologique primaire », ordinaire, qu’est assis le libéralisme, le vrai.
Je peux m’approprier les fruits et l’usage d’une chose pour me nourrir ou en user à ma guise.
Je n’ai pas à en demander la permission à autrui, fut-il l’État c’est-à-dire tous les autres, sauf à être sous sa tutelle, à être « indéfiniment mineur » sans jamais être un citoyen majeur et acteur de ma vie, tout autant qu’eux : Une Nation de gamins assistés…
D’où l’idée de l’État, la représentation de tous par délégation. Chez les grecs z’antiques, c’était la Cité. La notion d’État est venue plus tard, quand le pouvoir royal est devenu absolu. Avant, on déléguait au seigneur local, qui lui-même se soumettait à une autorité supérieure ou se faisait tailler en pièce : et ça eut été long à se mettre en place. Pas loin de 2.000 ans !
Ceci fait, le peuple (enfin sa partie la plus « éclairée » mais déjà des notables) a repris ce pouvoir : C’est devenu chez nous la République, la res des latins, la chose publique, c’est-à-dire qui n’est pas privée.
Deux sphères donc : la chose commune. C’est le ressort et de la compétence de l’autorité publique.
La chose privée, celle qui est du ressort du « chacun pour soi » (et Dieu pour tous, jusqu’à la séparation de l’Église et de l’État. Maintenant, c’est un peu chacun son dieu, ou son absence, ça n’a plus aucune importance).
Alors la France « le cul entre deux chaises » (comme nous le signalait Michel… eh oui, encore lui : il a des idées « bizarres » mais intéressantes !). Pas celles signalées par l’article « d’alternatives économiques » (rien que ce mot là, j’en ai les zygomatiques qui frémissent). Car pour survivre, le libéralisme a besoin d’organiser la pénurie ! Imaginez un monde dans lequel tout ce vous pouvez souhaiter est à portée de main sans effort, pas que pour vous, mais pour tous les habitants de la planète !
Il n’y aurait plus aucune de raison de fournir le moindre effort. Donc plus d’activité économique.
Donc plus d’économie…
Et tournez un tour complet sur vous-même, il n’y a jamais que des gens qui ont des besoins à satisfaire, qui passent leur temps à se démener pour les satisfaire. On vit dans un monde « dysatisfié » (ce n’est pas un mot de moi, je vous rassure, mais une mauvaise traduction de la théorie des deux facteurs de Herzberg).
Herzberg montre que les deux facteurs de la motivation (in the work) sont d’une part l’insatisfaction et son contraire, l’absence d’insatisfaction, et d’autre part la satisfaction et son contraire, l’absence de satisfaction.
Et que chacun d’ente nous évolue entre ces 4 pôles divergents qui ne se recoupent jamais !
Pour l’entretenir, il faut un régulateur. C’est le rôle de l’État qui par sa capacité, sa légitimité à règlementer, à contraindre les citoyens peut augmenter ou diminuer la satisfaction et l’insatisfaction dans pratiquement tous les domaines de toutes les activités humaines. Il peut agir sur la pénurie ou l’abondance.
Surtout pas trop d’abondance, sans ça c’est le syndrome du « Chinese price » : ça ne vaut plus rien et le marché s’effondre, il n’y a plus d’échange, plus d’activité.
Pas trop de pénurie non plus, sans ça « ça pète » et ce n’est pas bon pour l’activité économique (sauf celle des marchands d’armes).
À ce stade, il faut aussi noter la remarque de Martin Wolf, éditorialiste du « Financial Times » qui s’insurge contre cette propension du libéralisme à avoir « un talent extraordinaire pour privatiser les gains et « socialiser » les pertes ».
Il use de l’État comme d’une assurance tout-risque et par là « détruit quelque chose de bien plus important, à savoir le légitimité politique de l’économie de marché elle-même ».
Ce qui n’est pas faux…
II – Le vrai problème, et c’est le juriste qui revient, est que ce n’est pas marqué comme ça dans les textes. Et jusque sur les frontons de tous les bâtiments publics : « Liberté (pour tous), Égalité (en droits et devoirs) Fraternité » (pas qu’entre frères trois points, même si les rédacteurs de la première déclaration des droits de l’Homme et du citoyen en étaient, jusqu’à nous inventer le culte de l’être suprême contenu dans le triangle d’une équerre à bois).
La fraternité est devenue solidarité (les polaks, ils n’ont jamais pu faire comme tout le monde). L’égalité ça voulait dire l’abolition de tout privilège (ça eu été acquis un certain 4 août d’il y a plus de 2 siècles). Et la Liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, dans la rédaction reprise en préambule de la constitution de la IVème République.
Voilà pour « le texte » et son esprit.
Pour couronner le tout, mais il fallait assister au cours de « Liberté Publique » de maîtrise de droit, le juriste comprend très vite qu’il y a deux façons de faire pour réguler toutes ces petits mécanismes entre eux.
– Soit, « Tout ce qui n’est pas interdit est permis » ;
– Soit, « Tout ce qui n’est pas permis est interdit ».
Le résultat est en principe le même. Et pourtant, ce n’est pas du tout la même chose.
C’est même deux conceptions radicalement opposées de la Liberté.
Parce qu’on ne peut pas tout permettre, jusque dans le détail, la Liberté est nettement plus confinée dans la seconde hypothèse que dans la première… puisqu’on ne peut pas non plus tout interdire, sauf exception, dans tous les détails.
Or, force est de constater que nous vivons, par principe, dans une société libérale où tout est possible tant que ce n’est pas interdit. Mais qu’au fil du temps, à force de réglementations et d’interdits (1.700 lois par an, au moins autant de décrets, plus autant d’arrêtés et encore plus de circulaires et d’instructions, il faut en venir à demander la permission pour tout et n’importe quoi : Nous glissons insensiblement vers une société « dirigiste ».
L’État devient omnipotent avant même d’avoir été omniscient : c’est notre « paradoxe français » qui va jusqu’à l’étouffement.
On comptait sur « Sarkoléon bling-bling » pour ralentir le mouvement, le freiner, le retourner, l’inverser, voire sur Attali et sa commission pour remettre les points sur les « i », il n’en sera rien tant l’omnipotence présumée de l’aristocratie des « sachants » est prompte à se saisir de toute émotion pour contraindre encore plus.
Juste un exemple, histoire d’illustrer : Une porte palière d’ascenseur s’ouvre de façon inopinée faute d’avoir été entretenue et ce sont tous les ascenseurs de France et de Navarre qui doivent être remis aux normes nouvelles (faisant au passage la fortune des ascensoristes qui n’en demandaient pas tant et qui n’auraient finalement jamais dû installer des matériels défectueux !).
La faute à la norme antérieure mal conçue par les « prétendus sachants »…
Mais il se fait tard, Monsieur FFSC.
Nous reviendrons à Daniel Bouton demain.