D’autre que moi…
Bien plus virulents que moi à l’égard du syndicalisme à la française, se posent les mêmes questions !
Pour faire suite à l’article sur J-C.L-D d’hier, (qui semble avoir généré beaucoup de trafic hier sur le blog ; excusez-moi Cindy, pour le programme des verts…), il faut sans doute préciser quelques points et poser les bonnes questions !
D’abord les précisions : J’ai une culture personnelle de respect du syndicalisme français. Il est ce qu’il est, mais reste incontournable sur le terrain, surtout dans mon métier.
C’est à la CGT – fédé de l’énergie – que j’ai rencontré les types les plus intelligents du syndicalisme actif !
Des vraies bêtes du neurone en marche, des quasi-visionnaires lucides et loin d’être utopiques.
Des staliniens pour la plupart, mais admirables, tous autant qu’ils sont, dans leur croyance à un culte désuet, et fidèles à celui-ci jusqu’au dernier souffle.
Bref, des types à qui l’on peut causer des vrais problèmes. Même s’ils ont leurs solutions issues d’un dogme inapplicable, dès que l’on dépasse les questions de principes pour mettre leur nez dans leurs propres contradictions nées du dogme, que la dialectique appliquée ne sait résoudre (et croyez-moi, ce sont eux qui m’ont enseigné par la pratique l’art de la dialectique, dont j’use à travers la « maïeutique appliquée » à l’occasion en symbiose avec la « boîte à outil » du situationnisme), ils savent être au-dessus de la mêlée et choisir les « bonnes solutions ».
Je ne dis pas qu’ailleurs ils ne savent pas faire : je n’ai tout simplement jamais pu ouvrir des relations de confiance aussi denses avec d’autres syndicalistes, sauf peut-être à la CFDT, beaucoup plus pragmatiques, peut-être jusqu’au clientélisme.
Eux, se sont débarrassés de tout dogme, même si des relents de « trotskisme appliqué » fleurent bon de temps à autres à travers tels ou tels propos.
Perso, comme vous le savez, je ne suis quand même pas un « mek de gauche », traditions familiales obligent, mais sans doute plus gaulliste qu’il n’y paraît, avec cette idée qu’une Nation se doit de dépasser tous ses clivages traditionnels, dogmatiques, régionaux, cultuels, culturels, prosélytes, systémiques, conjoncturels, etc. quitte à ouvrir une « troisième voie » introuvable, qu’on cherche d’ailleurs encore, pour le bien de tous et « l’Intérêt Général » (que je ne sers pas) que je situe largement au-dessus des intérêts particuliers.
Tout simplement parce que ces derniers ne pourraient pas s’exprimer librement hors d’un cadre général largement consensuel et stable : ils seraient phagocytés par les plus violents, donc les plus destructeurs de Liberté, qu’ils le veuillent ou non.
Je ne suis pas non plus un « centriste » (la « démocratouille ») qui cherche uniquement le compromis pour mieux se faire valoir et espérer tout juste gouverner… au centre, autrement dit nulle part, sans vision qui oblige à une continuité linéaire et non pas à flotter au milieu de tout.
Je reste une personne de compromis, mais pas à n’importe prix, pas comme de la seule raison d’être, pas en bafouant parfois l’essentiel : c’est bien ce que je reproche trop souvent aux caciques du PS, qui ne vivent que pour « la synthèse » entre pôles antinomiques qui se supporteraient même pas sans l’appareil du parti !
De la « social-démocratouille », ces gens-là, qui aurait pourtant des avenirs ou des désirs d’avenir communs, à ce qu’il paraît…
Reste les questions des « dérives » et de l’usage que fait le pouvoir syndical de sa place à part dans le monde de notre démocratie, pouvoir qui loin d’être aussi anodin, démocratique et transparent qu’il le dit, n’en est pas moins la seule chose à peu près représentative du monde du travail salarié (qui compte quand même plus de la moitié de la population de ce pays, en y incorporant les retraités et autres pensionnés du régime général et des régimes spéciaux).
Pas grand-chose, mais nous n’avons rien d’autres à nous mettre sous la dent.
Alors les 5 questions à son sujet, puisqu’il faut bien constater qu’une « très petite minorité » pèse sur toute la vie économique, donc sociologique, donc politique de note pays :
– D’abord, la question centrale : comment expliquer le mystère de cette puissance alors qu’ils n’ont plus aucune représentativité, aucune légitimité démocratique réellement enracinée dans le « corpus » de nos institutions approuvées autres que dans l’inconscient collectif ?
– Comment justifier que les finances syndicales ne soient pas assurées par l’argent de leurs seuls adhérents (même et y compris le jour où ce sera obligatoire) mais par celui des contribuables, donc en toute opacité de l’exécutif, sans contrôle du Parlement, puisque le plus clair de leurs ressources vient des subventions de l’État et de quelques privilèges accordés par les lois Auroux, Aubry, etc., et pour le reste « d’accords opaques » (et anti-démocratiques) ?
– Pourquoi les syndicalistes sont-ils presque toujours assurés de l’impunité, de fait, de la garantie de leur emploi, de la liberté de leur discours, quelles que soient les fautes qu’ils commettent contre tel ou tel ?
Même José Bové n’est finalement jamais condamné qu’à des peines symboliques quand il détruit le travail, les efforts et les investissements de plusieurs milliers de personnes !
– Pourquoi les syndicats salariés disposent-ils de l’arme absolue, et utilisable jusque là sans ménagement, qui est le droit de grève « qui s’exerce dans le cadre des lois » qui n’ont jamais été promulguées ?
Alors même qu’on ne reconnaît pas le droit de « lock out » au patronat qui pourvoit en emploi et qu’on lui reproche trop souvent, et à juste titre à mon sens, que de délocaliser !
À juste titre, car une fois l’entreprise délocalisée, c’est une position qui reste durable…
À l’étranger la grève est sérieusement encadrée, et souvent interdite dans les services publics.
Chez nous jamais, sauf chez les militaires : il est même aménagé pour un « service minimum » depuis le 1er janvier de cette année, alors que depuis toujours, la loi a imposé des délais, des procédures constamment mis à mal voire carrément violées avant la grève, ultime moyen du prolétaire assumé.
Qui négocie aussitôt son paiement… comme pour des vacances supplémentaires !
Et quant à « casser des contrats de travail » pour cause de grève illégale, j’ai toujours été obligé d’y renoncer : aucune décision jurisprudentielle ne peut appuyer une telle demande (et je reste un légaliste pour être né juriste) ; l’inspection du travail s’y opposera de toute façon ; et j’ai déjà eu à supporter des grèves préventives pour vouloir en faire étudier la possibilité par les services juridiques pro domo des boîtes dont on me confiait le redressement…
– Comment ignorer que trop souvent l’action syndicale détruise de l’emploi, qu’elle est sensée protéger et, du coup, les moyens de la croissance ?
Toutes les rigidités du marché du travail engendrent des rigidités et des gaspillages qui condamnent, les entreprises soumises à la concurrence, à disparaître et les administrations publiques à multiplier les déficits qui ruinent à leur tour contribuables, salariés et entrepreneurs.
J’avoue avoir même rencontré des « concurrents indélicats » qui aimaient à provoquer des mouvements sociaux pour piquer des marchés…
Alors que chez d’autres, malgré les durs combats entre « forces de vente » sur le terrain, il y avait solidarité au niveau des états-majors, recevant parfois des aides et assistances inattendues !
Presque contre nature… Des choses qui ne s’oublient pas !
Ces questions se posent toujours et encore aujourd’hui, auxquelles s’y ajoutent quelques autres, comme la corruption syndicale et la guerre des chefs, les violences et les sabotages, voire la détermination affichée de renverser la République, parfois de tuer l’entreprise qui nourrit ses adhérents !
Il conviendrait aussi de prendre conscience que trop souvent les syndicats s’alimententde la faillite de la Sécurité Sociale, des institutions paritaires dont vivent les permanents, et des réformes qu’ils devraient appeler pour sauver au moins « la vache à lait », sinon les dispositifs qui appartiennent à plusieurs générations de tous les français.
Ce que naturellement ils ne font pas, mais qu’au contraire leurs représentants repoussent ou combattent avec virulence.
Résultat, les gouvernements successifs en sont restés à des « réformettes » et à des expédients, sans jamais remettre en cause un système de protection sociale inexorablement condamné parce que fondé sur la gratuité, le monopole et la planification absolue : les trois tares du système.
Une seule de ces « tares », c’est gérable. La gratuité, on peut faire et c’est même le principe essentiel qui justifierait du reste !
Or, pas de chance, avec les déremboursements, avec les franchises, avec les mécanismes de plafond, c’est ce principe là qui est perdu pour les générations à venir !
Vous verrez, on en viendra à ne même plus prendre en charge des affections et maladies de longues durée ou particulièrement onéreuses.
Deux, gratuité et monopole, ce n’est pas facile. Mais ça peut encore se justifier : la concurrence en serait faussée, il suffirait de laisser les complémentaires se battre pour les miettes. Le « marché » de la santé pourrait se maintenir, financer des équipes et des plateaux de haute qualité technique.
Mais trois, avec la planification à outrance, prix, tarification, offre de soin, ouverture de lit, demain droit d’installation, médecin de référence, le tout décidé par de hauts fonctionnaires anonymes et irresponsables assis éventuellement sur l’alibi du paritarisme, c’est verrouillé, indéboulonnable !
Car il est probable, en définitive, que le syndicalisme d’aujourd’hui se nourrit aussi de l’abstention des salariés à toute participation active (sauf les jours de grève), pressentant que ce n’est pas « leurs » solutions qui conviennent au plus grand nombre, ostracisant aussi et alors le discours et les revendications : ils ne peuvent plus faire entendre leur voix !
Et la boucle est bouclée.
Il y a fort à craindre que notre « Vénéré Président », malgré ses discours à l’emporte-pièce, n’aura donc rien changé en la matière, d’autant mieux que le signal envoyé à la CGT concernant le sort de Le Duigou ne peut que conforter les apparatchiks dans leur façon de faire !
Lamentable…