Jacques & Chatounette.
Chatounette est une chatte angora d’une race indéterminée pour être le fruit d’affreux croisements aléatoires, mi « chat de gouttière », mi « chat à concours ».
Elle fait le bonheur de sa maîtresse par sa tendresse apparente, l’épouse de Jacques, toujours aux petits soins pour elle et réciproquement.
Alors même que cette bestiole grasse et indolente passe le plus clair de ses journées à se vautrer dans les fauteuils laissant quantité de poils qu’on retrouve sur tous les vêtements sombres, fait ses griffes sur le canapé en cuir, dévore rageusement les chaussures de Jacques en son absence, étale les graviers de sa litière dans toute la maison et éparpille les restes de ses repas, plus ou moins bien métabolisés, autour de son écuelle !
Le plus terrible, c’est quand la nuit venue, le fauve s’installe confortablement dans le lit conjugal, remplaçant les « migraines de madame » par des coups de griffes intempestifs comme rempart à toute approches affectueuses.
Jacques n’en peut plus !
Et, découvrant un soir sa veste d’alpaga lacérée par le fauve, il décide, ulcéré et en l’absence de son épouse, de l’emmener en voiture à 20 km de là.
Il l’abandonne en rase campagne et retourne à la maison.
À son arrivée chatounette l’attend sur le pas de la porte.
Nerveux, et profitant que sa femme ne soit toujours pas rentrée, il reprend l’animal et l’emmène à 40 km de là, puis l’abandonne de nouveau, dans un bois peu rassurant.
À son retour à la maison, la chatte l’attend de nouveau sur le pas de la porte.
Véritablement furieux, il reprend l’objet de son courroux, refait 10 km vers la droite, puis 25 vers la gauche, de nouveau 30 km sur la droite, et enfin et 25 km vers le Sud.
Il abandonne le chat dans une décharge immonde, un coin complètement perdu loin de tout et repart.
Au bout d’un moment, sa femme inquiète, l’appelle sur son portable :
– Mais que fais-tu chéri ? Je t’attends. Nous devons aller voir ma mère !
– Chérie, juste une question : le chat est-il là ?
– Oui ! Bien sûr ! Pourquoi ?
– Passe le moi, je suis perdu.