On met Paris en bouteille (yé) !
Il y a des moments de grâce, sans doute divine, dans la vie, qui sont tellement hors du commun qu’on en oublie parfois tout le reste.
C’était l’autre soir : dîner à la maison. Deux couples comptant parmi les « z’amis » de longue date.
Lui, guitariste dans le civil dans un groupe régional qui ne cassent pas les fauteuils de l’Olympia, végétarien de profession, des fleurs dans les cheveux et sur la chemise, écologiste de conviction depuis tout jeune.
Elle, un Océdar roux en guise de chevelure, mangeant kacher à tous les repas, œuvrant dans le caritatif subventionné à outrance par toutes les instances européennes, nationales, régionales et autres organisations trans-onusiennes, socialiste tendance alter quelque chose « bobo ».
Plus deux adorables « pucelles » (elles détestent par-dessus tout les « bêtes à poils » du genre masculin-viril), pas encore pacsées, l’une à la carrure d’un deuxième ligne, buvant et fumant comme un militaire, maraîchère bio convaincue, l’autre, tout mimi fragile avec ses beaux yeux bleus, infirmière psychiatrique quelle que part à la capitale, qui fait « tout comme Elle » !
Écolos à mort, tendance « Bové anti-OGM »…
Pas simple d’organiser un menu cohérent avec tout ce beau monde là autour de la même table.
Et moi d’en rajouter en servant le pinard : « Ah non ! Ça, ce n’est pas pour toi : c’est un Haut Médoc, plein de machins choses anti-tout. Tu pourrais crever sur place ! Réservé aux adultes, uniquement. »
« Pas pour toi non plus, le rabbin ne l’a jamais vu ! »
« Oui, ça tu peux, c’est du vin de shabbat acheté justement pour toi, parce que… question goût, ce n’est pas mon truc !… Je te garde le bouchon : tu ramèneras la bouteille ! »
Je m’étais même fendu de deux bouteilles estampillées « Bio », from Bourgorgne, à pas de prix et franchement dégueulasse, pour les volontaires uniquement, au marché local dominical de la semaine précédente.
Pour l’eau, j’avais fait très fort en mettant sur la table de la « Zilia » de mes montagnes de derrière Calenzana et une « Orezza » de la Castagniccia pour ceux qui aiment les bulles, rapportées avec de grandes difficultés pour trouver les interstices disponibles dans la malle de la voiture cet été : garanties sans nitrate ! C’est dans la pub.
Passé les salades diverses à se composer soi-même pour le mangeur d’herbe et autres plateaux de fruits de mer bio des « mises en bouche » pour les autres, le sujet de conversation dérive vite fait sur la politique locale, après un long détour sur « Sarkoléon 1er » : Sont tous militants dans quelque chose, de toutes les manifs, même celles qui ne les concernent pas.
Je traduis : Ils vont voter De-la-Nuée aux prochaines élections locales. Pas de souci !
La « soce » parce que son bilan est le meilleur qui soit depuis des décennies : plus de crèches, moins de pollution, plus d’espace verts, moins de logement insalubre, plus de HLM, moins de pauvreté, etc.
Rien à faire pour lui faire entendre raison : Sur 11.000 logements recensés insalubres en 2001, 70 ont été réhabilités à grands frais, 240, paraît-il, en voie de l’être (grâce à des avances à fonds perdus se comptant en dizaines de millions d’euros à la SIEMP chargée par délégation de ce dossier).
On compte toujours 7.000 logements vacants d’après les compteurs EDF, et quand la société Bocador rachète des immeubles pour les revendre à la découpe, la mairie ne préempte jamais ! « Pas une seule fois ! »
Quelques crèches en plus, toutes mises en chantier par Tiberi, à une poignée d’exception près, pas encore ouvertes… Elle ne veut pas savoir !
Les déplacements urbains polluent plus que par ailleurs (Mais non ! Mais si : On devrait avoir 36 % de polluants en moins comme partout en France, on en a à peine le tiers).
On compte 8 % d’offres supplémentaires de transport en commun (Mais non, il s’agit de trafic voyageur en plus, pas d’une offre supplémentaire ! De toute façon ce n’est pas grave, l’emploi s’est amélioré deux fois moins vite à Paris par rapport à l’île de France, c’est qu’il y a une raison : on ne peut plus approvisionner les boutiques, les clients ne peuvent plus y accéder, et le personnel en a ras-le-bol de mettre des plombes à parcourir moins de 10 km pour aller et venir de chez eux !)
Bref, il paraît que je suis d’une mauvaise fois absolue ! Indécrottable… Perdu pour l’avenir de l’humanité !
Le plus drôle reste à venir : les « écolo-bio » estampillés voteront aussi De-la-Nuée ! Des deux mains, même qu’elles envisagent, pour deux d’entre-elles, de se pacser juste pour cette raison avant la fin de l’année, histoire de se domicilier « intra-muros » !
Si.
« Ah ? Félicitations ! Mais pourquoi donc, « pour pouvoir voter » ? »
Parce que De-la-Nuée compte bien être élu en 2012 (c’est vrai qu’il a déjà fait déposer son site « .fr » en janvier de cette année : ce qui en disait long sur son soutien « sans réserve » au choix des militants du PS pour Marie-Ségolène).
« Son successeur sera donc son premier adjoint qui sera écolo ! Donc Paris sera la première ville au monde à avoir un maire « 100 % Vert » ! »
La belle logique ambitieuse…
Bon, là je n’ai pas voulu vexer en retenant un fou rire naissant, un peu fâché d’en avoir tâché ma liquette alors que je lapais de travers mon nectar Bordelais au moment où j’écoutais ça.
J’ai simplement pensé qu’il y avait quand même du chemin à parcourir pour en arriver là.
Si la « Panaf-à-roulette » n’était évidement pas de poids face au rouleau compresseur du « grand communicant tous z’azimuts devant l’Éternel » qu’est notre premier magistrat, d’autant qu’elle insiste à soutenir qu’elle poursuivra la politique mise en place à la mairie centrale, faudrait d’abord que la « gauche plurielle » parvienne à un tant soi peu d’unité.
Pas moins de 4 candidats socialo-écolo déclarés rien que chez Tiberi : Lyne (Cohen-Solal, la celle aux emplois fictifs lillois) n’arrivera même pas à refaire le score des législatives au premier tour.
Et c’est partout pareil (ou à peu près).
C’est que « le fait du Prince », les militants, z’en ont marre, sur le terrain, à avaler des couleuvres en permanence.
De-la-Nuée se prend pour un roitelet de province, distribuant l’argent public à ses proches, méprisant toute forme d’opposition démocratique, même issue de « sa mouvance », ostracisant les autres soutiens : 7 ans comme ça, il y a un moment où ça va exploser, d’autant mieux qu’au PS, il n’y a plus d’autorité !
En plus, il n’a même pas un bilan positif (on essayera d’en faire le tour ici prochainement, même si vous en avez déjà un aperçu, très partiel http://infreequentable.over-blog.com/categorie-1255424.html), loin de là, mais plutôt merdique sans compter les casseroles qui chauffent aux fesses, dignes de l’ère chiraquienne !
Reste quand même le danger génétique du syndrome de « la droite la plus bête du monde ». Sans leader incontestable, elle peut ne pas aller très loin.
J’en frémis encore…