Barre n’est plus…
Une véritable hécatombe, cet été : Lustiger, Mesmer, notamment… et Barre !
Et c’est à chaque fois la même chose : ça eut déferler en véritable avalanche de « bien pensance » qui se déverse sur le parcours de l’homme, sur ce qu’il a dit, fait et pensé !
Barre : Le « meilleur économiste » de France, aux mille vertus, longtemps maire de Lyon, la capitale des Gaules, qui y a laissé un souvenir émerveillé, etc. etc.
Je n’ai vraiment pas l’habitude de cracher sur les tombes et Raymond Barre ne le mériterait de toute façon pas : Qu’il aille donc en paix, c’est tout ce que je lui souhaite !
Mais rien de plus.
Il n’était pas encore premier ministre de mon pays et n’était déjà plus commissaire européen, mais on le surnommait déjà « Barbiturique » dans les amphithéâtres où il s’occupait à enseigner l’économie.
Je me souviens de sa voix un peu éraillée, qui récitait, non lisait plus que ne récitait, sur un ton monocorde son « pavé » sur l’économie : de quoi pleurer !
Voilà l’une des matières les plus intéressantes pour un « esprit jeune assoiffé de tout savoir », une éponge à connaissance, qui s’est tamponné du Keynésianisme pendant tout un semestre à vous dégoûter à jamais de « La » science économique…
Heureusement que j’avais par ailleurs d’autres auteurs sous la dent !
Voilà le premier choc pétrolier, qui faisait suite à la guerre du Kippour, Pompidou qui clamse sous l’effet de la cortisone, « Giskard à la barre » (et oui, ça ne s’invente pas !) qui piétine avec l’aide de Chirac, la relique gaulliste, ex-général de la résistance, ancien premier ministre, déjà maire de Bordeaux et nous voilà doté d’un binôme qui « relance » l’économie du pays, avec ces grands travaux : le tout nucléaire, le TGV, la fusée Europa, etc.
Badaboum, le chômage commence à exploser, l’inflation tutoie les deux chiffres, notre place de 4ème puissance économique du monde commence à battre de l’aile !
Arrive alors Barre !
Si Chirac nous avait fait une politique keynésienne à contre courant, son successeur nous fait une politique monétariste… également à contre courant !
La maîtrise de la masse monétaire pour juguler l’inflation, l’encadrement strict du crédit, l’interdiction de sortir des capitaux et des impôts qui commencent à augmenter sévère.
Lui voyait le « bout du tunnel », affirmait-il dès 1976, peu avant le deuxième choc pétrolier : il avait une longue vue, car nous y sommes toujours 30 ans plus tard !
Rien pigé aux cycles longs de Kondratiev, aveugle à la détresse populaire, sourd aux complaintes des entreprises qui ont du mal à surfer sans carburant, méprisant à l’égard des pays qui avaient su être plus réactifs et commençaient à tirer leur épingle du jeu des « destructions créatrices » de Schumpeter qui s’amorçaient !
On le disait « père de la rigueur », il était autiste.
Souvenez-vous, le téléphone portable n’existait pas, mais les PTT commençait à rattraper l’immense retard du réseau du pays (je m’en souviens : il y avait des listes d’attente pour avoir le droit de payer un abonnement !).
Les PC et le Dos n’existaient pas encore, Apple n’était qu’une « start-up » minable paumée sur la côte ouest, « Big blue » régnait en maître du monde et nous dépensions sans compter pour nourrir une filière informatique performante nationale : ça eu donné « Goupil », qui n’existe plus, « Bull » qui ne sait plus fabriquer d’ordinateur, tout juste les assembler et les faire tourner sous licence Unix (et encore).
Les « biotechnologies » n’étaient même pas imaginables.
Par contre, si on vendait le « France » au plus offrant, nous étions fier de notre Concorde, qui bouffait 4 fois plus de kérosène au Km parcouru que n’importe quel jet commercial, d’Airbus (c’était l’A 300) qui sortait des chaînes de montage, de nos TGV qui mettaient déjà Lyon à 2 heures et quelques de Paris (et réciproquement), de notre réseau autoroutier qui, enfin, avait fait sauter le « bouchon de Montélimar », sur la route des vacances !
Faut reconnaître aussi les mérites inavoués des énergies douces : l’usine marémotrice de la Rance restera unique au monde !
Voilà la France de l’époque.
Forcément quand, en 1981, on a demandé aux français de réélire « le chef », l’X-Pont/mine et autre (par équivalence dont le papa qui pensait à tout avait même racheté un soi-disant titre de noblesse pour ses rejetons), « Babar » (vous ne connaissez pas, les jeunes : c’était l’éléphant habillé de vert qui avait alimenté notre prime jeunesse à nous, avec Nounours, Pimprenelle et les Shadocks sur la seule chaîne au standard 811 lignes en noir et blanc de l’époque : On ne peut pas vous en vouloir de votre ignorance sur le sujet), c’était son deuxième surnom, Babar et les manigances du « Chi » ne pouvaient que faire monter Mi-mythe, rive droite, à l’Élysée !
Et là, la cata !
Le monde avait évolué, l’inflation dérapait, quelque chose de bien. Partout, après que les politiques de relance avaient enfin donné des résultats, trop peut-être, alors que nous nous avions passé 5 ans à nous serrer la ceinture, partout dans le monde on commençait à instaurer des politiques de resserrement budgétaire pour juguler la montée de la masse monétaire, eh bien Mauroy nous avait le coup du « demain on rase gratis » !
Le délire…
Mais logique : le peuple n’en pouvait plus, il fallait desserrer l’étau !
Et allons-y en nationalisation, payées à crédit, en grand chantier, en crédit facile !
C’était de début des années Tapie, du pognon dépensé en idées festives (un peu comme notre bon De-la-Nuée) de l’endettement public : les riches paieront !
IGF, taxe sur les frais généraux des entreprises, encadrement strict des conditions de licenciement (il fallait demander la permission aux inspecteurs du travail, même en cas de déconfiture avancée) bref, coup de poignard à la croissance durable, résultat : envolée du chômage, de l’endettement des ménages, dégradations des comptes de la sécurité sociale, quant au niveau d’inflation, on ne vous raconte pas !
C’était la belle époque des dévaluations de la monnaie, quitte à être « compétitives ».
Si ! Eh bé…
Vous connaissez la suite : deux ans de Chiraquisme qui nous refait le coup du surplace de la rigueur comme son successeur, là encore à contre temps des cycles courts, une bulle spéculative immobilière plus tard, la crise au Moyen-Orient et les bombes à Paris.
Puis Roro, Bérégovoy, Cresson, Fafa, dans le désordre, puis Ballamou qui ouvre une nouvelle fois le robinet à contre courant, plongeant en deux ans le compteur à endettement public bien plus loin que tous ses prédécesseurs pour tenter de se faire élire avec l’appui du « centre mou », le même dont se réclamait de Babar et de Giskard (comme aujourd’hui Bébé-roux).
Les années Juppé, puis le carcan de « Yoyo » et sa piqûre vespérale au JT de 20 heures, lui et son fameux : « Il faut savoir ce que l’on veut : on ne peut pas vouloir ça et en même temps ci ! »
Bref de fines équipes qui réussissent le tour de force de cristalliser tellement de monde en même temps, qu’on finit par retrouver « U Negru di San Cloud » au deuxième tour pour finir dans le caniveau avec « coup de chaud sur les vieux » de « Raf la main sur le cœur », suivi de « l’apparatchik au dent longue », qui se font voler par Sarko 1er les manettes du pouvoir !
Et la France dans tout ça ?
De 4ème puissance mondiale, 3ème puissance exportatrice, on est passé au 12ème rang mondial par tête de nœud, et notre déficit, depuis que Lagarde est aux manettes du gouvernement Villepin, plonge tous les jours (la faute à l’euro fort n’est-ce pas, ce qui n’empêche nullement les allemands, avec le même euro, de battre tous les records de célérité de redressement et de parvenir même à créer des excédents budgétaires presque en claquant dans les doigts !).
Et vous voulez que j’applaudisse ?
D’accord, tout n’est pas du fait de « Barbiturique », certes et loin de là.
Mais il faut se rappeler que de premier économiste de France, il n’en était que le 12ème au monde…
Un peu à notre image économique nationale actuelle !
Il faut aussi se dire que si il avait été un peu plus « pragmatique » et réaliste, moins autiste aux soucis de « ses sujets », tout cela aurait pris un autre détour, bien moins catastrophique qu’il ne l’est aujourd’hui : Il n’y a pas de hasard, juste un enchaînement logique à tout cela, dont la première pierre a été justement « Barre à la barre » !
Paix à son âme !