Si ça continue, je vais finir par prendre une carte au PS.
C'est assez rare : ça mérite d'être signalé.
C’était à Melle, la semaine passée. Avant Les fêtes des roses d’autrui et le congrès dégraissé de ses éléphants qui ne savent même plus barrir.
Reprise des socialistes allemands, elle tient dans une formule que je remets à « ma » sauce pour mieux y adhérer :
« L’initiative privée partout ; le Service public là où c’est nécessaire ! »
Voilà qui devrait être fédérateur.
Car il faut se rappeler que le service public est financé sur les flux générés par l’initiative privée. Et que celle-ci a bien besoin d’un cadre normatif dans lequel elle s’épanouie.
C’est le premier rôle de la puissance publique : fixer la norme par la loi.
Mais l’initiative privée ne peut pas subvenir à tout. Notamment parce qu’elle a besoin de générer sa propre pénurie pour survivre (elle meurt dans l’abondance d’un « Chinese price »). Ensuite parce qu’elle a vocation à s’enrichir pour mieux financer et son activité, et ses acteurs (actionnaires et salariés) et, à la marge, ses propres carences face à l’indigence qu’elle peut générer notamment.
Et également la « chose commune », du ressort de la puissance publique (que gère la collectivité publique, troisième rôle de la puissance publique).
Notons que l’assertion ci-dessus développée, commande à la puissance publique, d’intervenir en initiative privée : c’est son deuxième pôle d’activité ! La subsidiarité…
Normalement, des plus libéraux aux plus marxisants, tout le monde devrait pouvoir se retrouver dans cette « vision » du monde !
Et dans la formule « recuite » avec mes mots.
(La version originelle est : « Le marché là où c’est possible, l’État là où c’est indispensable. » : les nuances sont marginales, même si elles existent).
Les ultra-libéraux y verront « un moins d’État », alors que les plus anti-libéraux y laisseront à l’initiative privée la part congrue dès lors que le service public sait faire (imagine-t-on, puisqu’il sait tout faire pour être omnipotent) !
Autrement dit, on applique le principe de subsidiarité dans un sens ou dans un autre, mais le mécanisme général, le principe de base, reste le même.
Ça, c’est de l’arbitrage de « politique politicienne », conjoncturelle, sans importance.
Ce qui peut le paraître bien plus, important, c’est donc la définition des trois rôles de la puissance publique :
1 – Il « norme », règle, arbitre, contrôle, fait appliquer, exécuter la règle !
Il a pour ça un appareil législatif qui produit des lois, une administration qui est chargée de l’appliquer partout sur le territoire, d’en contrôler la bonne exécution et un appareil judiciaire chargé de sanctionner ou de préciser la « norme légale » dans les circonstances les plus tordues.
Jusque là, le rôle d’arbitre va comme un gant à la puissance publique.
2 – Il se substitue à la carence de l’initiative privée. Il a, là aussi, un budget qui investit, qui paye, des administrations qui comptent suffisamment de compétences pour faire aussi ce que le « privé » ne sait pas faire, d’autant mieux que c’est l’exécutif qui détecte les carences, qui demande au législatif la permission et l’argent pour intervenir, le tout sous le contrôle du juge de la Constitution qui protège aussi la liberté publique de l’initiative privée et le juge de l’Europe qui veille à réduire les distorsions anti-concurrentielles !
3 – Il gère la chose commune, celle qui appartient à tous. Nous l’avons dit. C’est un troisième budget. Mais celui-là est souvent délégué, même si la maîtrise d’ouvrage peut rester du ressort de la puissance publique, puisque le bien est par définition inaliénable (pour appartenir à tous). C’est le cas des routes, des ponts, des « infrastructures » etc.
Et il n’a pas vocation à avaler tout le reste !
Juste un exemple pour convaincre : quand il a s’agit de s’équiper d’autoroutes, c’est au privé qu’elles ont été « concédées » et ça marche.
Idem pour faire des avions, des fusées, des armes, des pôles technologiques avancés…
Qu’attend-on donc de créer, normaliser, ces trois schémas distincts de l’intervention de l’État ?
Car naturellement, au nom du principe de la séparation des pouvoirs, l’État-arbitre ne peut pas aussi être l’État-acteur. C’est un peu comme si sur un terrain de tennis, l’arbitre descendait de sa chaise haute avec un raquette en main pour donner du « passing-shot » au joueur en difficulté, un coup à gauche, un coup à droite, pour prolonger indéfiniment la partie !
Faut pas dék !
Mais c’est pourtant bien là, le mécanisme qu’il nous faut, car si une partie de tennis doit de se clore tôt ou tard, un pays ne peut pas : il est éternel (enfin presque) !
Reste donc à Ségo le chantier de déterminer les circonstances et les moyens de l’État-arbitre (ça c’est facile) et celles où il se doit d’intervenir (c’est également assez facile).
Mais sera-t-elle capable de retraduire cela dans des institutions rénovées, sortant enfin des efforts centripètes de l’État Jacobin et de ceux centrifuges de l’État Montagnard ?
Car c’est bien là l’enjeu : L’Europe a déjà adopté cette façon de faire sur pratiquement tous les sujets (hormis ses propres institutions que les français et les hollandais n’ont pas compris)… même si cela à pour conséquence que les « choses » n’avancent pas vite !
Et celui de notre futur commun, à l’intérieur de nos frontières, c’est bien celui que je pose en en-tête de présentation : « La place de l’État dans la vie de chacun des citoyens le composant ».
Ce qu’il peut faire, ce qu’il doit faire, ce qu’il ne peut pas faire et ce qu’il ne doit surtout pas faire !
Jusqu’où peut-il, doit-il intervenir, et comment ?
Si Ségo ouvre ce chantier là, eh bien nous aurons peut-être enfin avancé !
Et moi je prends une carte de la rue de Solferino…
D’accord, certaines mauvaises langues diront que ce sera quand les poules auront des dents !
Nous verrons bien : prenons date, c’est déjà pas mal.