Il s’en est passé une bien bonne !
C’est sur cette petite planète bleue, la troisième de son étoile que les « locaux », des bipèdes mammifères, appellent Soleil, perdue aux confins d’une galaxie quelconque.
Plus précisément sur une terre émergée que les anciens avaient baptisée « Cyrnos », là pas très loin de la mer, à flanc de montagne à la limite d’une région qu’on nomme « Balanina », coincée entre le « Nebbiu » et le désert des Agriates. Y vivent une poignée d’autochtones qui survivent d’activités locales tout long de l’année, à l’exception de la période estivale, où ils reçoivent nombre de visiteurs à qui ils proposent un accès, partagé avec la commune voisine, Belgodère, la belle plage de Lozari où campe son célèbre VVF et depuis quelques années, de l’autre côté de la route nationale, quelques lotissements coincés entre « loi montagne » et « loi littoral ».
C’est Paslaca.
On y accède soit par la route de Belgodère soit depuis celle de Lozari, soit par la Micheline qui serpente entre Calvi et Ponte-Leccia à flanc de montage.
C’est en Corse naturellement, ce beau pays d’harmonie des âmes bien trempées, chargés d’une histoire plus longue qu’un annuaire des PTT qui commence avec les ancêtres du néolithique…
Vous savez, c’est là que des hommes clairvoyants ont écrit la première Constitution de l’Histoire de l’Humanité.
C’est là qu’ils y installèrent la première République de l’Occident moderne après un millénaire et demi de vie locale et démocratique, réinventant la Démocratie institutionnelle pour eux-mêmes et pour toute la planète, celle-la même qui avait disparu depuis la Grèce antique et la Rome pré-impériale.
Toutes choses qui servirent de modèle aux Anglais de Nouvelle-Angleterre d’abord, puis une génération seulement plus tard, au pays voisin et continental en pleine effervescence politique.
C’est ce pays qui donna un Empereur à la France, sa révolution métrique, son Code civil et son Code pénal, la plupart de ses institutions qui existent toujours deux siècles plus tard.
C’est là que découvrirent quelques voyageurs les prémices des lumières d’une Révolution tout court qui devaient envelopper l’Univers connu de ses bienfaits dans un prosélytisme sans frontière…
Paslasca, en tant que tel, est un petit village assez commun, où il fait bon vivre. C’est simple, il y fait si bon vivre, qu’à la fin des années 60, un Sud-Africain, du nom de Martin Broomberg vint s’y installer, bien accueilli par les anciens.
Il n’y fit pas fortune (c’est un « ciottucciu ») mais y éleva sa famille en fabricant pour tous, ou presque, les fers forgés de la région ou, pour son plaisir dans l’ancienne gare où ne s’arrêtent plus les Michelines depuis si longtemps, quelques « œuvres d’art » que de trop rares riches amateurs viennent parfois lui acheter.
Depuis quelques années, le village revit en voyant arriver quelques touristes jusque dans ses murs, près à payer moult loyers, conquis par le charme de la région. Certains y achètent et restaurent des demeures laissées à l’abandon par les « natifs ».
Il se trouve que Martin s’abstient, par respect d’autrui, de marteler son fer rouge à la fraîche : ça s’entend dans toute la vallée.
Mais la cloche du village empêche les migrants de jouir de matinées « grasses » durant leurs vacances et ils s’en plaignent… sans résultat.
Alors, au lieu d’en parler à Monsieur Jean-Louis De Marco, Maire du pays qui fait la sourde oreille, ils lui écrivent, arguant d’un tapage nocturne… sans autre réponse que des déprédations multiples apparaissant telle une génération spontanée dans ce havre de paix qui n’en avait jusque là jamais été victime : pneus crevés, incivilités, petits larcins, effractions diverses, destructions malveillantes, dégradations du bien d’autrui, etc.
C’est la Corse, celle de ceux qui entendent bien faire respecter leurs traditions, pour n’en connaître aucune autre, faute d’avoir pu « se sortir » de leur trou…
Notre Corsu d’adoption, lui qui vient d’ailleurs pour avoir connu l’Apartheid Afrikaner, s’inquiète : il prend à son tour sa plume et placarde (quelques heures à peine : elle a été arrachée) une lettre appelant les Palascais à débattre de la violence et des incivilités qui envahissent la vie du village, entraînent méfiance, distance et suspicion.
Son texte est d’ailleurs publié dans les colonnes du « Corse Matin », version insulaire du 16 août, page 5, à la demande pressante du premier magistrat concerné : « Je suis écœuré par la lâcheté de ce village… Qui n’est riche que par ses étrangers, ses touristes, ses passants, ses vacanciers et qui depuis que je le connais ne sait lever le petit doigt pour soutenir des victimes innocentes d’actes dignes d’une barbarie débile d’un autre âge, ni pour dénoncer en son sein les auteurs de tels actes. Pauvre Palasca, tristes Palascais (…) ».
Il veut les sortir du silence dans lequel ils se réfugient, silence qu’il qualifie indirectement de lâche, ouvrant largement le sentiment d’impunité aux « petites frappes » auteurs de ces délits qui obligent à la suspicion, à fermer à clés les voitures, les portes des jardins et des maisons !
Quoi ? Lâches les Palascais ?
Le voilà, « l’adoptif », « pinzutu » lointain en plus, la cible de la vindicte populaire locale : En Corsica Bella tchi-tchi, traiter quelqu’un de « lâche » et c’est une « fatwa » qui se déchaîne contre vous, anonyme, cachée, mais perpétuelle et… « lâche » pour n’oser dire qui !
Un peu comme d’une démonstration de sa consistance bien réelle, en somme.
CQFD… en quelque sorte !
C’est aussi de la bêtise à l’état brute !
Et ils s’y entendent, les Palascais en matière de çonnerie faite humaine et plus que compacte à en crever la bouche ouverte pour le « prouver », en démontrer l’axiome ancestral !
Devant la réaction de rejet que suscite sa « lettre ouverte », Martin Broomberg le forgeron, fait publier dans le journal local, l’édition du dimanche, le 12 août, un courrier réitérant son appel au dialogue. Il en profite pour s’excuser platement de l’assimilation odieuse que certains ont osé faire en déformant son propos, arguant qu’il n’a jamais voulu confondre quelques imbéciles, « auteurs de lâches dégradations et dépréciations » à Palasca et tous les Palascais dans leur ensemble : normal, s’il en est peu fier, il entend en être quand même.
Il corrige « une coquille » : ne pas lire « riche que de », mais prier de comprendre, « riche de ses étrangers, touristes, passants ».
Comme d’un dernier appel à la Raison, à l’Intelligence, aux liens d’amitié réciproques forgés en 40 ans de présence, le verdict populaire Palascais tombe le soir même, à minuit moins le quart : L’atelier du forgeron est entièrement détruit par un engin incendiaire !… « L’honneur palascais » est enfin sauf !
Si ! Hélas, comme d’une démonstration irréfutable : la çonnerie mène bien au crime !
Mè, nè so Corsu, assai prima che i francesi avessinu infine unu rè, Pépin III, je te le dis Martin, ce n’est que dans l’adversité que l’on reconnaît ses amis !
Ceux que tu as pris pour tels écrivent : « Cet affichage a jeté le trouble et l’émoi au sein de la population qui s’est sentie humiliée et insultée », dixit le Maire et son Conseil municipal (unanime et solidaire, espère-t-on) qui « condamnent (quand même) sans réserve l’incendie ».
Il peut : Je serai la Maire de ce patelin, mais j’ouvrirai illico presto une ligne de crédit municipal pour dédommager Martin au-delà de toute espérance, quitte à augmenter massivement les impôts l’année suivante et à en perdre mon siège municipal : plutôt ça que d’être le premier magistrat de ces Kon-citoyens là !
Car, si on ne peut plus rien dire à un « amicu », y compris et surtout ce qu’il a besoin d’entendre, à quoi cela peut-il servir d’avoir son ami ?
Et ça vaut dans les deux sens : à Martin on peut aussi remarquer qu’il y avait d’autres façons de lui ouvrir « le chemin de la Raison » collective, un peu plus respectueux d’autrui !
On a beau être « corsu è so fièru », on en est quand même pas obligé d’être aussi débile et primaire que cela sous prétexte d’être insulaire !
Moi, j’adore ! J’enverrai bien Sarko et son Karcher, s’il avait été encore notre Ministre de l’intérieur au lieu de se pavaner chez les ploucs de la côte est des USA à manger des « chiens chauds », pour nettoyer la « racaille » dans cette vallée de « ces Corsicaccia » là, juste comme ça, pour leur faire savoir les bonnes manières.
(NDRL : Il viendra, mais plus tard et pas à Palasca. À Saint-Florent, de l’autre côté de la montagne, pour saluer un « frère » restaurateur qui a permis l’arrestation d’autres petits voyous qui se prenaient pour des racketteurs, en en profitant pour dénoncer l’amalgame « des méthodes » avec les « combattants » nationalistes…)
Pour aussi oublier que forcément, pour terroriser une personne à la faire taire, ceux-là en sont à passer par tordre le cou au principe multiséculaire de « l’hospitalité insulaire » !
Au lieu de causer à visage découvert, ils incendient protégés par la nuit…
C’est dire où ils mettent l’Honneur d’être nés Corses ou d’y vivre, car, je persiste, ça reste partout ailleurs un honneur et un bonheur.
Ceux-là ne méritent décidément pas de respirer le même air que le mien : ils ne le valent même pas !
D’autant que pas à un seul ne viendra l’idée de « faire la leçon » à la petite bande de voyous débarqués de leur banlieue métropolitaine, venus jusqu’à Palasca pour piétiner allégrement l’harmonie des lieux… en tout impunité.
Et à l’occasion, je rappelle aux lecteurs « continentaux », que l’hospitalité Corse, c’est aussi ouvrir sa porte à quiconque, même un criminel. Ce que les flics de la Vème République ne comprennent décidément pas, accusant alors et à tort de complicité du crime de celui-là, même quand il n’y est pour rien.
En notant que par contre, le Code pénal ne connaît pas le « recel de crime ».
Et parce qu’il n’est pas puni ni poursuivi, le « profiteur » du crime d’autrui, son receleur, le porte jusqu’à la fin de ses jours puisqu’il n’y a pas de prescription.
Les Palascais, par criminel interposé (les incendiaires), ont voulu donner une leçon de « solidarité insulaire » à Martin qui se disait leur ami. Non seulement cet homme là découvre ne pas avoir d’ami là où il vit depuis quatre décennies, pour être traité comme une vulgaire « nemicu », mais en plus, les Palascais sont tenus de ne pas dénoncer l’incendiaire et porteront à jamais le sceaux de « receleur », de « piattatore », l’infamant et imprescriptible qualificatif de « profiteurs ».
Autrement dit, pire que pire que « lâche ».
Bref, si par hasard vous passez par le Balagne, évitez la D 363 depuis la côte et la D 163 depuis Belgodère : vous tomberiez forcément sur des autochtones sans intérêt, qui ne savent que manger le çon de leurs ânes, à en faire des çonneries plus grosses qu’eux !
Même leurs chèvres ont plus d’intérêt pour être capables de fournir du lactosérum dont on fait des fromages si vigoureux : Chier dans les bottes du principe séculaire de l’hospitalité et de la tolérance qui fait l’un des attraits les plus sympathiques de ces lieux de vie n’a hélas manifestement plus cours dans cette vallée là !
Et puis, vous verrez, il y a tant d’autres jolis coins à voir, tant d’autre lieux où l’on sera si fier de vous montrer le paysage, les talents locaux, l’artisanat, les mets des cordons bleus insulaires : vous découvrirez que la Balagne, c’est le jardin de la Corsica Bella Tchi-tchi, après avoir été le grenier à blé de Genova, la médiévale renaissante !
Le 13 août.