La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
L'incinérateur de Fos-Sur-Mer
Prétextant la fermeture de sa décharge de la Crau, exigée par les instances européennes, la Communauté Urbaine de Marseille (CUM) a choisi de traiter ses 610.000 tonnes annuelles de déchets ménagers et assimilés selon trois modes et dans les proportions suivantes : Tonnes triées en vue de recyclage. 180.000 tonnes par méthanisation 300.000 tonnes par valorisation thermique - il faut comprendre incinération avec production et revente d'énergie - plus une extension de 150.000 tonnes, soit à terme L'INCINERATION POSSIBLE DE 450.000 t /an.
Le 13 mai 2006, la délégation de service public a été attribuée par la CUM au groupe VALORGA URBASER. VALORGA pour la partie méthanisation, URBASER pour la construction et l'exploitation de l'incinérateur. La construction de l'incinérateur d'ordures ménagères de la CUM se situe sur un terrain de 18 hectares loué au PAM sur son domaine privé sous bail emphytéotique.
Avec les deux fours d'incinération d'ordures ménagères de Fos-sur-Mer, 100.000 tonnes de résidus de combustions, que l'on appelle des mâchefers vont être produits annuellement.
Pour chaque tonne de déchets ménagers incinérée, l'incinérateur produira 300 kg de déchets toxiques, que sont ces mâchefers, et 50 kg de déchets hautement toxiques, que sont les REFIOM (résidus de fumées d'incinérateurs d'ordures ménagères).
Au mépris de la Directive européenne réglementant la nature des déchets inertes pouvant être recyclés dans les travaux publics, ces déchets toxiques que sont les mâchefers, qui contiennent des métaux lourds, et des polluants organiques persistants, sont disséminés un peu partout.
Comme pour la pollution du Rhône, par les PCB, ces polluants se répandent dans les eaux, se sédimentent en partie, s'accrochent aux végétaux mais, surtout, se fixent dans les graisses animales et contaminent toute la chaîne alimentaire. Ces contaminations ne sont pas de courte durée. Elles persisteront durant plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d'années.
À cause de ces disséminations de polluants, dans très peu de temps, nous ne pourrons plus manger ni coquillages, ni poissons de la Méditerranée. Il est d'ailleurs désormais interdit de consommer les poissons du Rhône.
A l'issue du Grenelle sur les déchets, on apprend que l'incinération est encouragée par des mesures fiscales incitatives. La scandaleuse circulaire de 1994 qui régit les mâchefers, pourrait être abrogée. Est pourtant demandé que ces déchets ne soient plus considérés comme inertes et que les salariés soient protégés de leurs caractères cancérigène, mutagène et repro-toxique (CMR).
Durant son mandat, le Maire de Marseille, Président de la CU MPM, a imposé ce mode de traitement des ordures ménagères le plus polluant, sous le prétexte de fermer la décharge d'Entressen.
Or toutes les décharges sont priées de s'adapter aux réglementations européennes au plus tard le 16 juillet 2009. La décharge d'Entressen (située à 70 km de Marseille), l'une des plus grandes "poubelles" à ciel ouvert du continent européen, exploitée depuis plus d'un siècle par les Marseillais, est amenée à fermer définitivement ses portes l'année prochaine. Certaines s'y opposent déjà.
Les normes européennes d'émission ne sont, comme toutes les normes de rejets de toutes les industries, qu'un simple compromis entre la faisabilité technique de la mesure et les impératifs économiques. Elles n'ont rien à voir avec des impératifs écologiques ou sanitaires sinon par l'idée, aujourd'hui admise, qu'il faut réduire les rejets. Protéger efficacement la santé et l'environnement nécessiterait de n'avoir tout simplement aucun rejet.
En matière de dioxines, les normes fixent un seuil de concentration, c'est-à-dire de quantité rapportée à un volume d'air. On peut ainsi avoir une concentration apparemment basse mais un flux élevé, le flux étant la quantité rejetée par unité de temps. Les nouveaux incinérateurs "aux normes" rejettent des concentrations de dioxines moins élevées que les anciens mais traitent des quantités de déchets beaucoup plus importantes. Par conséquent, certains incinérateurs "aux normes" (ex : Saint-Ouen) rejettent autant de dioxines que des anciens plus petits qui ont été récemment fermés (ex : Gilly/Isère).
Certaines normes reposent sur des mesures de paramètres globaux, comme la quantité totale de composés organiques, sans différencier les caractères toxiques des centaines de molécules arbitrairement regroupées. Enfin, les difficultés techniques, la pratique de l'autocontrôle, les "petits arrangements" et l'immensité de notre ignorance scientifique font qu'il est impossible de prétendre mesurer la réalité des rejets de l'incinération et de leur toxicité. Ainsi, les dioxines bromées échappent encore totalement au suivi industriel et administratif. Si l'on devait les prendre en compte aujourd'hui, dans les normes de sécurité alimentaire, et les additionner aux dioxines et furanes chlorées et aux PCB, la consommation de nombreux poissons gras serait interdite en Europe.
- MACHEFERS
Les mâchefers sont les résidus de combustion récupérés sous le four (voir notre animation). Ils sont majoritairement minéraux mais sont contaminés par des métaux lourds et de nombreux polluants organiques. Il semble que les améliorations portées aux techniques de combustion détournent une quantité croissante de polluants vers les mâchefers.
- CENDRES VOLANTES
Les cendres volantes sont les particules fines issues de la combustion. Elles sont retenues par des filtres, ce qui a pour effet secondaire de ne laisser passer que les plus fines d'entre elles, c'est-à-dire les plus dangereuses, celles qui pénètrent les alvéoles pulmonaires. Elles sont également contaminées par des substances toxiques.
- REFIOM
Les Refioms sont les Résidus d'Epuration des Fumées d'Incinération des Ordures Ménagères (on parle aussi de REFIDI pour les déchets industriels). Il s'agit du produit de la neutralisation des gaz acides et polluants par des réactifs comme la chaux ou le bicarbonate de calcium. Les Refioms sont par définition très toxiques. On inclut souvent les cendres volantes dans les refioms dans le bilan des incinérateurs.
- DIOXINES
Les dioxines sont les déchets les plus dangereux car elles s'avèrent facilement assimilables et accumulables par le corps humain et ont un caractère cancérigène reconnu. Outre le cancer, les dioxines provoquent des malformations à la naissance et détraquent notre système hormonal (diabète, maladies du cœur...) et immunitaire (moins grande résistance aux maladies infectieuses...).
La construction du complexe a débuté depuis la mi-novembre 2006. Dénommé Everé pour « Ensemble de valorisation énergétique de résidus », ce futur centre de traitement a été conçu et sera géré par la société Everé, filiale d'Urbaser Environnement. Il accueillera les ordures ménagères résiduelles de la collecte sélective, les refus de tri issus des centres de tri, la fraction fermentescible des ordures ménagères collectée sélectivement, des déchets d'activités commerciales et des boues résiduelles issues des stations d'épuration.
Ainsi selon le concepteur Urbaser, les ordures ménagères résiduelles de la collecte sélective et les refus de tri de collecte seront préalablement envoyés vers une unité de tri également construite sur le site qui séparera les éléments organiques, les éléments recyclables, les éléments non organiques et non recyclables qui seront incinérés et les déchets inertes qui seront mis en décharge.
Urbaser annonce que les travaux dureront 28 mois pour un budget total atteignant les 280 millions d'euros dont 233 millions pour l'incinérateur. La mise en service devrait donc être effective fin 2008. Ceci ne sera pas respecté et le budget initial de 280 M € sera largement dépassé (le chiffre de 400 M € est souvent cité) alors que CUM est dans une situation financière préoccupante.
La guerre des partisans et des opposants n'a jamais cessée. Il est vrai qu'un incinérateur est avant tout un énorme brûlot et cette technique est dépassée.
Les autres solutions techniques existent et sont sans incinération et beaucoup plus efficace tout en étant moins cher en investissement et aussi plus rentable sur le plan opérationnel. On dit bien en Corse (tchi-tchi) que la surdépense n'est jamais perdue pour tout le monde (ah bon ? Ah oui !).
La qualité de l'air à Marseille est désastreuse ;
cf. CARTOGRAPHIE DE LA QUALITE DE L'AIR SUR L'AGGLOMERATION MARSEILLAISE ETAT 2001 A 2005 publié en juin de 2008 par ATMOPACA. Cet incinérateur va y ajouté une couche (*).
Le contrat pour incinérateur entre CUM et Valorga est composé de plusieurs centaines de pages mais rien n'est prévu pour sa renégociation ou sa réadaptation. Actuellement un audit demandé par le nouveau président (de gauche dans une assemblée à majorité de droite) de CUM devrait être disponible fin décembre.
Il souhaite remplacer l'incinération par la méthanisation dans l'usine actuelle, ce qui équivaut à essayer de mettre des bretelles sur une langouste. Il est vrai qu'un illustre corse (encore ?) disait que l'impossible n'est pas corsu ; pardon français. En attendant nous vivons dans une ville très, très sale avec un incinérateur à technologie dépassé et qui va asphyxier encore plus les finances locales déjà plus qu'en mauvaise état.
D'après une étude d'incidence des cancers à proximité des usines d'incinération d'ordures ménagères réalisé à base de nombreuses observations sur 2.487.274 personnes pendant 9 ans réalisé par l'Institut de Veille Sanitaire et publiée cet été, une relation statistique positive est mise en évidence entre l'exposition passée aux panaches d'incinérateurs et l'incidence au cours de la décennie 1990, chez la femme, des cancers pris dans leur ensemble et du cancer du sein, des LMNH pour les deux sexes confondus et chez la femme, ainsi que des myélomes multiples chez l'homme.
L'étude suggère également une relation positive, pour les deux sexes confondus, avec le cancer du foie, les STM et les myélomes multiples. Cette étude écologique ne permet pas d'établir un lien de causalité entre l'exposition aux rejets des incinérateurs et l'incidence des cancers. Toutefois, elle apporte des éléments convaincants au faisceau d'arguments épidémiologiques en faveur d'un impact des rejets d'incinérateurs d'ordures ménagères sur la santé publique.
Le bon sens devrait imposer d'autres solutions plus acceptables et conformes aux exigences du développement durable, mais est-ce possible à Marseille ?
VCRM
Mon ami, ton « post » est très clair. D'autant que je te sais à l'affût des innovations technologiques dans ce domaine depuis de nombreuses années.
Tu ne nous parles pas de celles-ci (alors qu'elles existent et équipent déjà quelques sites, notamment au Canada, crois-je me souvenir et peut-être même chez les Bataves ou les descendants de Vikings).
Par ailleurs, peux-tu nous expliquer les liens « familiaux » qui existent entre les différentes responsables politiques... aux responsabilités et les dirigeants des sociétés à l'œuvre, voire les ceux-ce qui possèdent les terrains ?
Je ne vais quand même pas devoir le faire moi-même : c'est par chez toi que ça existe, non ?
Moi je le fais bien pour mon « cousin » ex-maire de Calvi...
I²
Nota (*) : Désolé pour les deux images, mais je n'ai pas pu les copier... Une adresse Internet, peut-être ?
Note que la carte montre plutôt que les polluants se retrouvent autour des axes autoroutiers...
Et puis je suis surpris que la plage du sud soit si peu polluée : C'est pourtant là que j'ai chopé une épine du seul oursin suicidaire de région PACA dans la plante du pied ! Elle a mis 25 ans à ressortir.