La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
One man show de « l'égomane »
Ou quand « l'ignoble » joue au défenseur de la veuve et de l'orphelin...
Je ne vous ai pas raconté mon aventure provinciale de l'autre fois.
J'accompagnais « mon client », un ami de longue date, au Tribunal local pour la phase finale de sa procédure en référé (celle de l'urgence... qui durait depuis plus de 15 mois). Les parties étaient censées se concilier et c'était la quatrième fois qu'elles venaient en audience...
L'accord était trouvé - ça eut été « pénible » à faire, mais nous y étions arrivés - et n'était pas applicable la faute à ce que « l'obligation de faire » de la partie adverse assortie d'une astreinte raisonnable, et acceptée, commençait à la fin du mois.
Logique : c'était un terme sur lequel tout le monde avait été d'accord dès le début du mois de mai !
On était fin septembre.
L'avocat adverse maintenait très logiquement que ce délai était trop court, à charge pour la juge de le reporter à sa « meilleure convenance » et de rendre une ordonnance en ce sens (mais avec condamnation aux dépens et indemnités pour préjudice moral et matériel insistait le notre. Plus de 15 ans qu'on refusait à « mon client » le droit à être désenclavé pour moins de 10 mètres d'un sentier « accaparé » à tort, la faute à un notaire qui n'avait pas retranscrite cette servitude séculaire ! Une « erreur de plume » et non pas un faux en écriture authentique...).
Décision du jour : à quinzaine...
Si j'étais là, alors que je n'étais pas indispensable à la bonne suite de la procédure, c'est que « mon client » y tenait absolument, puisque j'étais à la fois le maître d'œuvre du procédé et le rédacteur des conclusions de l'avocat (et heureusement), mais que nous avions à voir également un certain nombre de choses relatives à la gestion de son patrimoine : un peu plus compliqué, mais bon, ce n'était pas encore la débâcle boursière !
Et que voilà que je ne peux m'empêcher de me faire mon numéro...
Jugez par vous-mêmes !
Car, passe avant nous une locataire, grand efflanquée, brunette, type « PS/PK* », montée sur échasse, fringuée genre déjantée, à l'as de pique, à lui en voire le string dans le dos (rouge vif en l'occurrence), belle comme une paire de bretelles à un camion, argumenter maladroitement contre son proprio, la société de HLM locale.
Avant l'ouverture de l'audience, elle s'était assise à nos côtés alors que nous attendions notre « baveux » (toujours en retard tellement cet homme-là traite nombre d'affaires urgentes) et devisions d'autre chose.
Elle s'adresse à moi en me demandant si c'est moi qui lui faisais des misères.
« Ah ? Je ne crois pas ! Je ne saurai faire ainsi à un aussi charmant sourire que le vôtre, voyons ! »
Elle fait le tour des « uniformes noirs » en stand-by et tombe sur une blonde ravissante qui la renvoie se faire voir ailleurs assez sèchement, pour finir par revenir se rassoir à nos côtés.
Point...
Dans la salle, une demi-dizaine de « civils » et quelques 40 à 50 avocats bruissant, papotant, faisant claquer le talon sur le parquet, griffonnant leurs notes et dossiers à la hâte...
Le train-train quotidien d'un petit TI de... partout en « Gauloisie triomphante » !
Que la Présidente en demande à plusieurs reprises le silence : « L'audience est chargée, alors un peu de tenue sans ça nous y serons encore à la tombée de la nuit » maugréa-t-elle à plusieurs reprises.
Passe donc « l'affaire de la dame ».
Pas d'avocat pour la défendre. L'autre joue sur du velours ! Deux ans de loyers dus (une poignée de milliers d'euros) et « Miss » d'expliquer qu'elle n'a pas de solution à proposer.
La Présidente de raconter la maladie de la défenderesse, son hospitalisation, son chômage, les interventions multiples de l'assistante sociale, le RMI, l'allocation logement, celle de parent isolé, etc.
On devine sa détresse d'être expulsée, de devoir retrouver une école d'accueil pour les gamins, un toit où les loger, l'emmerdement d'un déménagement des meubles, la vente sur le trottoir de ceux devenus inutiles, l'éloignement d'avec son milieu habituel, l'humiliation de voir sa vie étalée dans le prétoire, etc. etc.
Et je ressens nettement la gêne à la fois de l'avocat du « proprio » de ne pas avoir de « rétorqueur » en bonne et due forme et celle de la Présidente qui se trouve face à un mur... de vide.
La citoyenne est au bord du précipice et elle va devoir lui filer la « pichenette » qui va l'envoyer au fond du ravin.
L'autre digne : même pas une larme, même pas un trémolo !
Habituée, résignée à tous les malheurs du monde sur ses épaules, égarée dans un monde de brutes, abandonnée par le père de ses gamins, affligée par l'ALD qu'il lui a refilée, désargentée de n'avoir pas de contrat de travail (on croit comprendre qu'elle est saltimbanque actrice), le tout étalé avec pudeur, dans un silence profond revenu sur la salle d'audience.
Voilà t'y pas alors que, comme dans un rêve, « l'Ignoble » se lève du fond de la salle, mû par un instinct débile et s'avance de son pas lourd jusqu'à la barre.
La Présidente attend que j'arrive à la barre : « Vous êtes qui, Monsieur ? ».
J'avais envie de répondre : « Son petit frère ! ». Mais, je n'avais pas l'âge et elle m'aurait pris pour un des « franc-macs » que je ne suis pas et qui piétinaient d'impatience derrière moi en habit noir à hermine blanche !
« Je suis l'ignoble Infreequentable... »
« Ah c'est vous ? Ravie de pouvoir mettre enfin un visage sur ce nom ! » Tu parles ! Une « fan » anonyme ?
C'est sûrement elle qui dégrade mon « BlogRank » à lire ma prose tous les jours sans même commenter ou « cliquer-gauche » sur le titre de l'article...
J'enchaîne une fois que les « parties » se soient retournées pour me dévisager.
« Disons, Madame la Présidente, que je pourrai être son père. Mais c'est un secret de famille inavouable. » La tronche de la minette !...
« Alors je n'avoue rien, mais reste étonné. »
Ç'aurait déjà dû être un « incident de procédure », mais la blonde avocate ne soulève pas le motif et manifestement la Présidente, derrière ses lunettes en forme de loupe et ses dents qui se chevauchent dans le désordre semble ravie de mettre un peu de « piment » dans cette audience sans surprise aux procédures convenues. Je continue donc.
« Je ne comprends pas : il y a ici réuni au moins la moitié du barreau de la ville et pas un seul pour venir défendre la « veuve et l'orphelin » alors que je suis presque sûr qu'ils sont au moins pour moitié des « humanistes » (qualificatif que les « francs-macs » utilisent pour se désigner entre eux en public). Comprenez ma détresse de citoyen, Madame la Présidente ! »
Là, silence derrière : les regards du plus grand nombre se posent de tout leurs poids sur ma nuque : j'avais dit des mots... « interdits ».
Et me voilà d'improviser une plaidoirie, moi qui déteste l'exercice, avec l'assentiment de la Présidente.
« Je ne comprends la demande de Maître (désignant du menton la « blondasse »). Un organisme HLM sait pertinemment qu'on n'expulse pas un locataire, même insolvable en période hivernale.
Que c'est dans son objet social, sa raison d'être, de justement offrir des logements sociaux à ceux parmi nous qui ont le plus de difficulté à se loger... C'est d'ailleurs pourquoi les loyers sont faibles, puisqu'aidés. »
« Je comprends parfaitement que le Président de cet office, qui est d'ailleurs vraisemblablement l'édile de la ville, doivent poursuivre en justice tous ses électeurs mauvais payeurs : si aucun de ses locataires ne payaient, il serait bien en peine de ne pas déposer le bilan.
D'ailleurs, comme nous sommes dans un monde de brutes où règne le dieu argent, je ferai exactement comme lui : les pauvres, dehors ! Les inutiles de la vie, au pilori ! Les « né pour rien », dehors ! Mais... »
Respiration.
« Je croyais que dans mon pays, chacun avait un droit à un domicile. Un domicile protégé. Enfin, c'est une loi dont je ne pense pas qu'elle soit déjà abrogée.
Pourquoi ne pourrions pas mettre ce délai de non-expulsion pour tenter de rechercher les moyens, pour Madame ma fille putative, de dédommager le bailleur et de rechercher un mode de vie dans le calme, période à valoir après la fin de la période scolaire ? »
« Comment se fait-ce que personne n'y ait pensé ? »
J'ai la réponse : ça fait 10 mois qu'ils cherchent tous avec un manque d'empressement évident, mais bon...
« Madame la Présidente, nous sommes en procédure de référé, donc d'urgence. Si vous prononcez demain l'expulsion, ce qui serait parfaitement légitime, et que celle-ci soit vivement exécutée par la force publique, ce qui serait bien normal, les enfants de Madame ne pourront plus aller à leur école.
Pour survivre et éteindre ses dettes, sans domicile fixe, elle sera dans l'obligation d'errer ou de camper dans les jours qui viennent avec sa famille.
Avec un peu de malchance, et il me semble qu'elle l'attire, elle pourrait même tomber sur quelques fifrelins aigus capables de la mettre sur le trottoir pour lui faire subir les derniers outrages qui sied aux gens de qualité, et ainsi de refiler le sida à tous les michetons de ce coin de pays reculé !
Vous imaginez un peu le trou de la caisse locale de Sécurité Sociale dans quelques mois, avec des milliers de trithérapies à rembourser si vous faites droit au demandeur ? »
Sourire figé... en un rictus enlaidissant encore d'avantage la présidente de ce tribunal, mais la rendant tellement humaine sur le moment.
« Les fermes isolées sans fermier ? Les cadres d'entreprises hospitalisés à la capitale ? Les machines des techniciens à l'arrêt ? Les petits commerces fermer ? La horde de drames familiaux que votre décision pourrait entraîner en quelques mois ? »
J'ai vu son sourire dans son œil et son visage se détendre : Une connaisseuse de la vie locale !
Il fallait trouver vite fait une voie de sortie.
« Soyons raisonnable ! Quelques milliers d'euros, moi qui n'en ai pas un seul vaillant, je sais que ça doit pouvoir trouver une solution : mettons le 15 mars pour la trouver. Vous déciderez alors de jeter la belle et ses enfants à la rue en toute bonne conscience ! ».
La blondasse a à peine le temps de réagir, protestant que la procédure de recouvrement a été engagée il y a plus de 6 mois, sans aucun résultat... etc.
La présidente conclut : « Délibéré à quinzaine ! Affaire suivante ». C'était la formule du jour !
C'était la notre...
Les avocats font leur cinéma rituel qui dure un petit quart d'heure, les bruissements derrière avaient repris et j'étais assis au premier rang avec « mon client » venu me rejoindre, pour ne rien perdre de l'échange d'arguties.
L'un bafouille. Le nôtre ne pipe pas grand-chose, juste le nécessaire.
C'est suffisant.
Et la Présidente, de se tourner vers moi : « Rien à ajouter, Monsieur Infreequentable ? »
Pas à « mon client »...
« Pas grand-chose, Madame la Présidente. Je constate seulement que cette affaire d'erreur de « plume de notariale » est absurde et je me demande si au final le défendeur, qui traine et traine tout en finasseries diverses ne visait pas à racheter à vil prix le lot enclavé du demandeur...
Vous noterez d'ailleurs, dans les conclusions que nous vous avons préparées, qu'à plusieurs reprises ce dernier avait proposé l'indemnisation du défendeur. Mais personne n'est obligé d'accepter ce genre d'offre ! ».
Cassé le mek !
Son avocat me lance un regard d'une noirceur... torride !
Si je vous raconte cette anecdote « tribunalesque », c'est qu'hier, j'ai appris que « mon client » avait eu gain de cause avec inscription à la conservation des hypothèques de sa servitude de passage.
Logique.
Et en au passage, il m'a confié que la brunette est expulsée... à effet fin juin 2009.
Elle passera l'hiver au chaud et aux frais de l'office HLM...
Décision... « humaine », sinon humaniste.
Que je m'en veux encore de « claquer » du pognon qui n'est même pas à moi !
Mais à celui des koncitoyens de ce pays-là...
Mais après tout, n'était-ce pas qu'un rêve ?
* « PS/PK » : « Petits Seins, Petit Kul » selon la classification autorisée et « machiste » de votre correspondant...