La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
La crise est-elle une crise ?
La production et les transactions internationales ne sont pas à l'arrêt. Les contre-performances de l'économie française ne doivent rien à la « crise », puisqu'elles lui étaient bien antérieures et qu'on en connaît les causes : délabrement des finances publiques, impôts et charges sociales trop lourds, rigidité du marché du travail, réglementation paralysante, faillite du système de formation et d'éducation. Mais la crise a bon dos, et il est facile pour les responsables de l'échec français de passer leurs erreurs au débit des financiers américains, et de donner des leçons d'éthique au reste du monde. Je ne vois pas non plus la raison pour laquelle la Chine et l'Inde stopperaient brutalement leur expansion parce que Wall Street se porterait mal.
La vraie nature de la vraie crise : elle est politique. Le doute profond s'est installé dans l'esprit d'une élite éclairée, qui ne croit pas que de simples femmes et hommes puissent régler leurs problèmes. Aux yeux de cette élite, la mondialisation et la finance sont des choses trop complexes pour être laissées entre les mains de simples mortels. Ils veulent leur revanche sur cette mondialisation qui les a descendus de leur piédestal, parce que dans un monde ouvert et concurrentiel, il n'y a pas besoin de direction ni de régulation. Il n'est besoin que d'un état de droit, du respect de la parole et de la responsabilité de ses choix. Les étatistes sont poussés par tous ceux qui vivent de l'État, et veulent protéger leurs privilèges contre les menaces d'un marché mondial qui exige la compétitivité et élimine le parasitisme.
La liberté exige la responsabilité. Sans responsabilité il n'y a pas de liberté. L'économie soviétique a échoué en tombant en faillite pour cette raison. La démocratie n'a pas gagné en ex l'Union Soviétique. Qui oserait dire que la Russie est un pays démocratique ? Personne ! Un jour on m'a demandé quelle est la différence entre la dictature et la démocratie. Ma réponse fut : « la dictature on vous dit fermez vos gueules ; en démocratie on dit causer toujours ! »
Pourquoi donc la plupart des gouvernements de la planète s'apprêtent-t-ils à renflouer leurs banques -même si « leurs caisses étaient vides » lorsqu'il s'agissait de financer d'autres dépenses pourtant tout aussi justifiables (*) ?
Tout simplement parce que l'ensemble des activités humaines en dépend. Sans circulation monétaire, l'économie s'arrête, la dépression dévaste tout. La finance est en position de prendre les sociétés en otage. Sa capacité de nuisance est incomparable. Cette dangerosité est connue et comprise depuis la crise des années trente. Du fait des gains croissants de productivité et de la baisse de contenu en travail des produits, la production n'est plus capable de valoriser l'ensemble des capitaux accumulés, une partie croissante de ceux-ci conservant la forme de capital financier. Une industrie financière s'est constituée qui ne cesse d'affiner l'art de faire de l'argent en n'achetant et ne vendant rien d'autres que diverses formes d'argent.
Nicolas Sarkozy (**) est-il devenu fou ? Alors que le plan Boutin, annoncé en juin, et présenté au parlement le 14 octobre 2007, consacre plus encore qu'actuellement le rôle de l'état comme grand timonier du marché du logement, malgré les résultats catastrophique de cet interventionnisme que certains peu nombreux (il faut être politiquement correct et la vérité fâche) osent aujourd'hui dénoncer. Notre président, fidèle à ses mauvaises habitudes, nous a gratifiés dans un communiqué paru l'autre mercredi soir d'annonces dont on ne sait si elles sont le fruit d'une impulsivité maladive, ou d'un début de panique à bord de l'esquif gouvernemental.
Par exemple 800.000 familles mal logées mais 2 millions d'habitations vacantes, des prix qui explosent mais des revenus qui ne suivent pas, des logements sociaux massivement occupés par des ménages aisés : le logement est en crise. Comme d'habitude depuis un siècle !
Or, l'examen critique des politiques successives du logement amène cette question : les remèdes prescrits par l'état médecin n'auraient-il pas à chaque fois aggravé les maux qu'ils devaient apaiser ?
Le logement social, les carottes fiscales, les contrôles des loyers et du foncier constructible sont ils les bons moyens de satisfaire les besoins de logement des Français ?
Que ne ferait-on pas pour « soutenir la construction », dans ce pays !
Ces dispositifs, comme le tristement célèbre « Robien » ont surtout contribué à déséquilibrer les marchés en apportant une profusion de logements inadaptés à la demande locale à des endroits où il n'y en avait pas besoin - et pour cause, c'était là que le foncier restait à peu près accessible -, l'état va, avec l'argent qu'il n'a pas, simplifier le dispositif de « mal-investissement » en vigueur et se passer de l'aide des investisseurs individuels pour construire des logements que les promoteurs ont renoncé à développer parce que la demande est en berne.
Alors que le système bancaire américain est en déroute à cause de la prolifération de prêts plus qu'imprudents permise par une garantie tacite de l'état sur Fannie Mae et Freddie Mac, les deux acteurs majeurs du refinancement du crédit, alors que rien n'indique que le système bancaire français ne soit à l'abri d'une contagion, tout décideur sensé penserait d'abord à promouvoir des actions susceptibles de renforcer la solidité financière des banques.
Mais Nicolas Sarkozy (**), qui n'a visiblement pas la même analyse de la situation, envisage au contraire une vaste opération de déresponsabilisation des organismes de crédit en ouvrant à 60% des emprunteurs la possibilité de bénéficier d'une garantie publique de leur engagement, reproduisant dans le principe le même système que celui qui a précipité la chute de Fannie Mae et Freddie Mac...
Prêtez, prêtez, si le débiteur est en défaut, l'état vous sauvera !
Tel est en substance le message du chef de l'Etat. Mais l'Etat Français, en cas de faillite d'une grande banque prêteuse, ou d'un refinanceur - La caisse des dépôts, déjà mise à toutes les sauces ? - n'a plus les fonds propres suffisants pour assurer un sauvetage de grande ampleur. En outre, il est plus que probable que dans un contexte de crédit raréfié, il ne pourra acheter la confiance d'éventuels créanciers au même prix qu'aujourd'hui.
Les investisseurs du monde entier, lorsqu'une tranche d'obligations composant notre abyssale dette arrive à échéance, prêtent jusqu'ici sans rechigner à la France à des taux raisonnables de quoi la rembourser, donnant l'illusion que la France « ne rembourse jamais sa dette » (désolé, ton lien est vide, l'ami) à certains politiciens incultes (MELENCHON).
Face à la multiplication de signaux avant-coureurs d'une catastrophe, il se pourrait qu'ils décident que le risque lié à la signature française ne vaut plus la peine d'être couru, surtout au prix actuel.
Les taux demandés monteront alors, et pourraient rapidement devenir insupportables.
En 1993, face à une crise de défiance massive des prêteurs habituels, la banque de Suède a dû augmenter ses taux d'émission obligataires, et dût même pendant quelques minutes émettre des tranches au taux de... 500 %, sans parvenir à les placer !
Le gouverneur de la banque de Suède a alors jeté l'éponge et le gouvernement a annoncé une dévaluation du tiers de la valeur de change de sa devise, façon comme une autre d'exproprier les créanciers d'un tiers de leurs créances.
La France n'a même pas cette possibilité, Euro oblige. Elle devrait alors prononcer une banqueroute, dont les conséquences seraient absolument dramatiques.
Heure des comptes ou effondrement du château de cartes, chacun choisira son cliché.
Le fait est que le dernier soubresaut de cette crise financière que certains comparent avec le krach de Wall Street en 1929, est le résultat du comportement malhonnête des institutions financières et de l'incompétence de la part des décideurs. La crise financière actuelle provient d'un effondrement catastrophique de la confiance. Les banques ont pris d'énormes paris les unes avec les autres sur les prêts et les actifs. Des opérations complexes ont été conçues pour transférer les risques et dissimuler la perte de valeur des actifs. Dans ce jeu, il y a des gagnants et des perdants.
Mais ce n'est pas un jeu à somme nulle, c'est un jeu à une somme négative : à mesure que les acteurs se débarrassent des illusions qui régnaient dans le système financier, l'aversion au risque s'accroît, les pertes apparaissent, le marché dans son ensemble part à la baisse et tout le monde essuie des pertes.
La France et l'Europe feraient beaucoup mieux de rendre le crédit disponible à taux favorable aux entreprises créatrices de vraie valeur ajoutée, plutôt que d'aider ceux qui ont contribué par leur prise de risques insensés de créer cette situation catastrophique (***).
Ah, j'attends avec impatience de devenir le ministre de l'économie lorsque mon ami sera le Président de la « Gauloisie » (****).
VCRM
* Pub : Avec 3 millions d'euros, on sauve la vie de 19 millions d'enfant dans le monde (Source PUNED).
** : « Bling-Bling » ?
*** : Pour le moment, ils se contentent de remettre de l'huile dans les rouages interbancaires... C'est la version « keynésienne » de dimanche dernier.
**** : Pas « ministre » mais « administrateur ».
Tu vois ça avec Incognitoto : vous tirez à la courte-paille si nécessaire.
Personnellement, je donnerai l'avantage au premier des deux qui prendra la mesure de la revanche des « monétaristes ». Friedmann n'admettait l'intervention étatique que sur l'évolution de la masse monétaire.
Le rôle de la banque centrale étant de « régler » le loyer de l'argent pour « calmer » ou « relancer » l'évolution des agrégats M1 à M4 de façon à « caler » sa progression avec la croissance (ou décroissance) de l'activité industrielle (le « capitalisme laborieux ») pour mieux l'accompagner.
Du coup, on maîtrise l'inflation qui est une voie « acceptable » de destruction de la valeur des choses quand il y a « surchauffe ». Et inversement quand il y a « déflation ».
Bref, assez simple à piloter.
Mais non, il a fallu faire avec les « keynésiens » qui persistent à « se la péter » !
Force est de constater que puisque l'on ne mesure plus la masse monétaire depuis 2006, ou si mal, elle a déconnecté d'avec l'activité réelle.
C'est devenue une « bulle », celle du « capitalisme financier » qui vient d'exploser en septembre 2008, mais a été amorcée une bonne décennie avant.
La faute aux « économistes » capables d'inventer des « dérivés » qu'ont été les prêts hypothécaires aux ménages américains avec des taux d'intérêt croissants (ce qui en fait un dérivé par anticipation de la croissance supposée du marché immobilier américain).
« L'opportunité » attractive s'est transformée en cauchemar dès que les « courbes se sont croisées », entre capacité à rembourser et coût des échéances : rien de plus naturel, finalement.
Le « blème », c'est qu'on ne savait pas que le paquet de « fausse monnaie » (la fausse recouvrabilité des créances « M3/M4 ») était aussi important !
Je crois qu'on ne sait toujours pas : au début septembre, on parlait de 1.000 milliards maximum (un petit 3 pour mille, pensez donc !). Aujourd'hui, mi octobre, on cause de 2.000 milliards.
Avec « l'effet domino » des bourses de valeurs, c'est sans doute nettement plus : 10.000 peut-être 20.000 !
On ne saura vraisemblablement jamais, tellement ça donne le vertige !
Bonne journée
I²