La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
1 - Alexandre Issaeïvitch (Soljenitsyne) s'est éteint pendant que je regardais les étoiles filantes s'éteindre dans la nuit Corse, cet été. Un prix Nobel qui s'éteint.
Un grand bonhomme.
Quand un « matheux », officier de l'armée rouge, tâte du goulag, ça donne quelque chose d'exceptionnel.
Le talent certes, mais écorché vif. Tout au long d'une vie d'adulte.
J'avais lu une journée d'Ivan Denissovitch au lycée, en première. Difficile. J'y avais appris qu'en dessous de moins 40° C, on n'y travaillait pas. Curieux détail resté en mémoire...
Alors même que notre professeur d'histoire, de l'époque où il fallait avoir sa carte au PCF pour pouvoir enseigner la matière en Gauloisie, prétendait que ce n'était que l'œuvre d'agents de la CIA fleurant bon le Maccarthisme. Le même qui justifiait l'existence du mur de Berlin, le rideau de fer, pour empêcher les chars de l'OTAN d'envahir les pays du Pacte de Varsovie...
Et à l'occasion d'éviter la fuite des cerveaux vers l'ouest : que des médecins et des avocats qui passaient d'est en ouest, à l'entendre !
« 10 millions d'avocats et de toubibs ? » avais-je questionné de façon impromptue. Ça m'avait valu un passage chez le censeur du bahut et un jeudi de colle dans un lycée déserté...
J'avais appris de lui, en lisant plus tard « Le premier cercle », que « quelqu'un que vous avez privé de tout n'est plus en votre pouvoir. Il est de nouveau entièrement libre ! »
Il faut sans doute l'avoir vécu jusque dans sa propre chaire pour en être intimement persuadé.
Pour retrouver cette sagesse ancienne des franciscains et de tous les ordres religieux vivant dans le dénuement total. Pour retrouver les philosophes stoïciens d'antan, tout comme les disciples d'Épicure (dont j'appris plus tard que ce n'étaient pas d'ignobles partouzeurs rablaisiens).
On n'est jamais libre puisque notre liberté est usée par la nécessité de la situation qui pousse, par « peur du manque », au « toujours plus », au toujours mieux !
Faut-il la perdre pour mieux la retrouver ?
Qu'en pensent donc tous les affamés de la planète ?
Sont-ils vraiment plus libres que nous qui mangeons à peu près tous (enfin, à peu près... presque tous, seulement) à notre faim alors que d'autres usent de leur liberté à assurer leur survie pour quelques heures, peut-être quelques jours ?
Que peut nous en dire Ingrid, par exemple ?
Et puis j'ai lâché prise. Cet homme-là, ce grand esprit-là « dérapait ».
Croyant sans aucun doute, et profondément en plus pour avoir « tenu » dans pareil enfer personnel, il avait joué aux pourfendeurs des marchands du temple, ne se satisfaisant pas de la marchandisation de toute chose. Pourquoi pas ?
Sauf que lui était Orthodoxe. C'est-à-dire, de mon point de vue de « papiste », pas vraiment de ma bande !
Et orthodoxe russe en plus... même pas de l'orthodoxie initiale, originelle, celle née du schisme, autrement dit grecque.
Bon, je sais bien, un grec se sent nettement plus proche d'un slave que d'un « romain ». Mais quand même... pas mon « truc », pas de Ma chapelle, pas de ma bande !
Et pour aller vivre où ?
Chez les Mormons, les presbytériens, les « hérétiques ».
Du n'importe quoi...
Il nous lègue quand même de très belles pages sur l'univers concentrationnaire stalinien. Une démonstration que tout despotisme, fut-il éclairé, finit par devenir totalitaire, notamment quand il doit survivre dans une époque de « totalitarismes appliqués ».
Et puis... quand il se targue d'être « scientifique », alors-là, ça en devient absurde !
Et puis... il finit par s'effondrer de lui-même sur lui-même... Plus ou moins vite.
L'Homme naît libre. Quand on lui retire sa Liberté d'être et d'exister, on ôte toute humanité à l'humain. Ça ne peut jamais aller très loin, une humanité sans humain.
Un grand esprit n'est plus. C'est la vie, même si c'est bien triste.
2 - À peu près au même moment, (les z'hasards de l'Histoire et ses fulgurantes coïncidences), alors même que le souffle olympique des 208 nations, dont même pas toutes sont membres de l'ONU, commencent à faire briller les médailles de leurs champions (on a gagné ! clament les « nationeux ». C'est qui « on » ?... le type qui coure ! Pas les autres, assis dans leurs fauteuils), la vieille Russie impériale fait le coup de feu en Ossétie, sur les platebandes de la Géorgie !
Après les « tchétchènes » (de Tchétchénie), ils remettent ça, pour mieux contrôler la route des pipelines et autres oléoducs ?
Non pour la liberté d'un peuple, voire « ne pas laisser impunis nos morts ».
Pendant qu'on meurt à Tbilissi, capitale de la nation native du « Petit père des peuples », « Bu-bush » fait du tourisme olympique à Pékin, la ville du nord de l'empire du milieu, celui qui est centre de l'univers connu et inconnu...
C'est dire si le plus atlantiste des pays de l'ex-URSS, le plus ouvert avec l'Ukraine sur l'Europe occidentale, est en train de mourir sous nos yeux, écrasé sous les bombes et les obus en pleine torpeur estivale.
Un pays aux vins forts qui rendent les gens si chaleureux. Un pays aux polyphonies tout autant magnifiques que celles de Corsica bella tchi-tchi.
Je sais, ils sont venus une année pour « échanger » leur art consommé de la vocalise jusqu'au bord de mes montagnes insulaires...
Alors j'ai honte d'être né humain. Des amis vont mourir et je ne peux rien pour eux.
Des humains à qui on interdit le droit de vivre, à qui on dénie toute liberté d'exister.
Les leçons d'Alexandre n'auront-elles donc servi à rien ?
De toute façon, c'était un autre de ses « dérapages » : au fond de lui, Soljenitsyne était un fervent supporteur de « La Grande Russie », l'éternelle Russie, celle qui comme « le peuple russe est comme une herbe ; il s'incline sous le vent, mais il ne se laisse pas arracher à la terre ! ».
Encore un qui n'a pas lu La Fontaine (Le chêne et le roseau). On ne peut pas jouer « au grand », puissant et majestueux d'une Russie éternelle, jusqu'au-delà de l'Oural et ne pas prendre le risque de se faire abattre.
L'Ossétie finira comme d'une colonie russe, dans le sang et les larmes. Intervention de « Bling-bling » qui tarde ou non au moment où je traçais ces lignes.
Mais qu'en sera-t-il de la Géorgie, une fois les feux de la gloire pékinoise éteints ?
Encore un pays martyrisé par l'impérialisme.
Après celui de nos alliés américains, je dis bien « nos alliés », de ceux qui sont tombés à Utah-Beach, Omaha-Beach et dans le coin « un jour où je n'y étais pas », un autre revit de ses cendres au moment même ou le troisième reçoit la planète entière pour se la « jouer olympique ».
Le Yalta du 21ème siècle se met en place doucement sous nos yeux.
Et comme pour les mousquetaires, comme sur les rives de la mer noire, s'ils étaient 3 à discuter, ils sont en fait 4 à exister, pour peu qu'on ait les kouilles de le faire : à « Bling-bling » et Kouche-nerf d'y songer.
Avec le temps, on peut penser que cet horizon-là était bien prétentieux... hélas !