La Loi Besson ?
Patrick Besson, pas le ministre mais celui qui chronique ici et là, nous a fait tout dernièrement, une livraison relative au mariage dans les colonnes de l’hebdomadaire « Le Point », où il fustige à sa façon, l’institution du mariage.
Une institution, dans notre pays du Code civil en tout premier lieu, avant même que d’être un sacrement reçu et donné par les promis dans les religions catholique et orthodoxe, un échange de consentements dans certaines religions réformées, un moment sacré et privilégié dans d’autres encore.
Un contrat authentique pour quelques notaires.
Une inscription en marge de l’extrait d’acte de naissance pour la plupart, dans nos frontières…
Son point de vue est naturellement en contrepoint : plutôt que de se séparer, de divorcer, pourquoi ne pas omettre de se marier !
En supprimant le mariage, en interdisant aux maires municipaux de marier quiconque (voire de pacser, mais il ne l’évoque pas) on supprimerait le divorce !
Ainsi on réglerait l’épineux problème du partage des tâches entre notaire et avocat, dont la redistribution des rôles a été évoquée par Madame la Garde des sots sceaux (oui, je sais : c’était facile !), Ma « Rachida Mimi » soi-même à moi, et à nous tous pour encore quelques temps (avant qu’elle ne devienne mairesse du 7ème arrondissement de chez les parigots), au grand dam d’une profession exercée en robe noire !
C’est évidement une solution élégante pour lui sauver la mise, même si Besson n’en dit rien.
Se mettre à dos et la magistrature assise, et celle qui est debout (pour mieux plaider sur le parquet) et les avocailleux, tout confondu, sans compter les greffiers et autres professions parajudiciaires, le tout en quelques semaines, c’est qu’elle avait le feu quelle que part, poussée aux fesses par son mentor du moment, notre « Vénéré, Ô combien, Président bien aimé et adulé par les foules » !
On a rarement vu un tel tollé généralisé sous les lambris dorés des salles d’audience et cabinets de « petites mains à la manœuvre ».
Faut dire qu’arriver à mécontenter tous ces acteurs en même temps et dans un intervalle si court, c’est de la haute voltige, très prometteuse pour son successeur qui n’arrivera jamais à les contenter tous à la fois de la même façon !
Pour sûr.
En attendant, les décrets bouclés, les dates d’effet de la dite réforme des institutions judiciaires sont repoussées aux calanques calendes grecques, les unes derrière les autres : La suppression de plus de 300 tribunaux, ce n’est que pour 2010, au mieux !
Et encore, si les regroupements des pôles d’instruction et de police judicaire se passent correctement en 2008, voire 2009…
On n’y est pas encore, d’autant que l’allure sera celle d’une expérimentation à dose homéopathique, nous dit-on dans les couloirs de la chancellerie (qu’il m’arrive de fréquenter encore).
Pour les tribunaux de commerce, il va falloir refondre les listes électorales : du boulot en perspective. Et ça travaille lentement, une commission électorale…
Et procéder à de nouvelles élections, bien évidemment.
Par contre, aucun rapprochement, fusion ou assimilation des juridictions de l’ordre judiciaire et de l’ordre administratif n’est encore évoquée, dans le moindre neurone… sauf dans mes colonnes à moi-même : Vous êtes donc des privilégiés ! Pensez, une « exception culturelle française », unique au monde… personne n’a même songé à l’évoquer.
Alors suppression du mariage ? Pour éviter d’avoir à trancher entre avocat et notaire ?
D’abord les notaires se font « tout petit ». Ils interviennent en droit de la famille quand on vient les voir pour un contrat de mariage…. Autre que le légal qui est une communauté réduite aux meubles et aux acquêts… pour les immeubles.
(Les acquêts, c’est ce qu’on acquiert au fil du temps, hors les biens propres immeubles. Ceux-là suivent un régime particulier qui impose la « formalité » depuis de nombreux siècles : enregistrement de tout changement de titulaire des droits sur eux auprès de Monsieur le Conservateur des hypothèques, personnage qui ne sait lire QUE des actes authentiques, eux-mêmes fournis QUE par un notaire ou un juge dans l’exercice de leurs prérogatives réciproques).
Mais aussi pour préparer les actes de dévolution en cas de changement de régime matrimonial, divorce, justement, décès de l’un des conjoints, naturellement, voire modification dudit régime matrimonial, « dans l’intérêt des familles » bien entendu, caractère qui ne peut être vérifier que par un magistrat d’un tribunal…
D’où l’avocat ou les avocats, seuls habilités à défendre l’intérêt de leur client(e) pour avoir prêté serment au début de leur carrière !
L’interdiction de se marier réglerait ainsi la moitié du sort des ménages « épousés », puisqu’un mariage sur deux se termine en divorce, un jour ou l’autre (et l’autre moitié par le décès prématuré d’un des conjoints), tous ces épousés qui ne sont eux mêmes qu’une grosse moitié de l’ensemble des « cohabitants sous un même toit comme deux conjoints (ou pacsés) », c’est-à-dire en incluant les concubins et toute autre forme de cohabitation, postulée pour être de nature sexuelle et durable.
Besson supprimerait ainsi la durabilité des unions, mise à mal par nos mœurs modernes, qui pourra, de toute façon, s’exprimer autrement.
Cela faisant, il ôte à des Feydeau ou Guitry en puissance toutes matières à nous faire rire, avec des amants dans les placards et des maîtresses sous les lits : Voilà qui va être dommageable pour l’art des belles lettres !
S’en est-il seulement préoccupé ?
Pour un « littéraire », la négative serait quand même dommage.
Et puis il ignore que le mariage, c’est d’abord une invention des femmes : autant l’homme est volontiers polygame, par nature, autant la femme est nettement plus monoandryque (quoique… il y a forcément autant d’amants qu’il y a de maîtresses, d’épouses que d’époux !).
Les scientifiques ont une explication à cela : La femme nidifierait plus facilement pour y élever sa progéniture. Et elle aurait un besoin très clair mais inconscient, non seulement de gamètes saines et fortes, mais également d’au moins un mâle pour s’occuper de nourrir le foyer et de le protéger, pendant qu’elle panse les bleus à l’âme de ses petiots.
Quant à son compagnon à deux pattes, il n’a qu’une chose à faire : engrosser un maximum afin de multiplier les chances de ses propres gènes à perdurer infiniment (l’instinct anti-morbide du « vouloir vivre » selon Schopenhauer), et veiller sur sa progéniture jusqu’à ce qu’elle soit elle-même capable de perpétuer l’espèce.
Et ainsi de suite !
La dictature du gène, en somme ! On en a même fait une théorie, la sociobiologie (et ses travers outranciers au bon sens) !
Le mariage serait donc provisoire par nature et un compromis habile et masqué où Madame offrirait la certitude à Monsieur de voir sa propre progéniture à lui dans son nid à elle et pas à un « coucou » sauvage de passage.
Il n’y a qu’à voir toutes ces dames dans les maternités reconnaître indubitablement et avec force les traits du père putatif, alors qu’il s’agit peut-être du facteur ou du plombier, dans le rictus du gamin souriant aux anges… qui finalement ne ressemble qu’à lui-même, ou à tous les autres !
Bref, une institution universelle, qui a de tout temps existé, même quand elle n’avait pas de nom, que notre chroniqueur et les aléas de la « Sarkozie tempétueuse » ne pourront donc pas abolir de si tôt.
La preuve : Même notre « Ô combien Vénéré Président, adulé par les foules en délire », convolerait le 9 février en « juste[1] » noce… pour la troisième fois, avec le clone – en nettement plus jeune – de sa seconde ! Encore une occasion de faire la fête !
En espérant que nous aurons tous « semaine fériée et de festivités », comme aux temps des rois…
[1] « Juste » ? Juste pour « seulement », ou pour « un moment », ou pour « justice » ? Allez savoir…