Je persiste…
Ce n’est pas du rousseauisme niais : « L’homme naît bon, c’est la société qui le pervertit ».
Depuis l’ineffable philosophe d’Ermenonville, cela ne fait plus de doute, même si comme bien d’autres, je suppose que l’Homme est aussi sur terre pour se perfectionner, s’améliorer tous les jours !
D’ailleurs, Voltaire lui a volé dans les plumes bien avant que je sois né.
Mais autant ce dernier mettait tous les maux de l’humanité sur sa constance à l’intolérance envers autrui, comme autant de signes révélés d’une capacité dominatrice indiscutable, autant je mets celle-ci bien volontiers sur le compte de l’immensité de l’ignorance de la condition humaine, génératrice de croyances séculaires trans-générationnelles et sécurisantes, au lieu de la faire reculer à coup de neurone (ce qui est fatigant et ne pèse guère face aux certitudes d’autrui) et méthodes expérimentales ou cartésiennes en main (qui commence d’abord par le doute puis se poursuit par la question : voilà la force et la faiblesse de l’être humain et de son destin) !
Bref, la « voyoucratie » qui mine notre beau pays commence dès tout petit : on a les héros que la nécessité ou le hasard met dans notre horizon visuel.
En ce qui me concerne, c’était Mandrake le magicien, Batman et sa batmobile, Flash Gordon, Spirou, Pif et Gaston Lagaffe, Tarzan et Rahan, Tabarly et Niel Amstrong, Buck Danny et les Chevaliers du ciel, Thierry la Fronde et Manix, et tant d’autres (je suis resté très jeune très longtemps, avec Chapeau Melon et Bottes de cuir, le Prisonnier – n° 6 – et Amicalement vôtre, rassurez-vous).
De nos jours, c’est un peu plus compliqué pour moi de suivre : entre les spices girls et les forces vertes, rouges et bleues, Pikatchu, Godorak et compagnie, je suis un peu perdu !
Alors que mon papa faisait ses choux gras de Tintin et des pieds Nickelés : allez savoir pourquoi ?
Je peux concevoir qu’on n’ait pas accès à autre chose que le grand frère du quartier, celui qui a l’argent facile et des filles « bimbo » pendues à ses bras et accrochées à son sillage et ses basques ! Ça doit étinceler dans le regard de ces petits gars là que de voir passer des « bombes atomiques sexuelles », même quand on n’a pas encore de poils au menton (on est des bêtes, après tout, juste avec un gros kilo de cervelle, pas plus et moins que le poids d’un foie normalement constitué, c’est tout dire !)…
Alors quand l’école n’apprend jamais qu’à lire, écrire, compter et causer à peu près de façon compréhensible (enfin pas moi, mais j’ai des machines qui font tout ça mieux que moi : Merci Bill Gates !), qu’on essaye de faire comprendre aux chères têtes blondes qu’avant nous, d’autres sont passés par où elles posent leurs pieds, mais que c’est de l’histoire qui n’a aucun intérêt pour être passée, morte et finie (alors que Lisa poursuit toujours son destin tous les jours à la même heure sur je ne sais plus quelle chaîne), on ne doit pas s’étonner que les repères disparaissent aisément !
Ce qui est très drôle d’ailleurs : Avez-vous remarqué comment les enfants disent facilement « J’ai le droit » (à ceci ou à cela) « Tu n’as pas le droit » (de faire ci ou de faire cela) !
Que savent-ils du droit ?
Que savent-ils de la « règle » ?
Savent-ils comment elle est élaborée et par qui, et pourquoi comme ça et pas autrement ?
À quoi elle va servir, quels sont ses buts et objectifs, ce qu’elle représente ?
On va leur expliquer des règles d’orthographe, de grammaire, de mathématique appliquée, plus tard de chimie et de physique simple (quand tu lâches un objet au dessus de rien, la loi dit qu’il va tomber ! C’est bien une règle, une loi de la physique, qu’on vérifie tous les jours).
On leur explique pourquoi, comment, mais on ne leur dit rien de l’usage des textes du Code de la route, des droits des uns et des autres au respect mutuel, du droit tout autant inviolable que le principe de la gravitation universelle, d’être soi, libre et vivant !
On ne leur dit rien quant aux contrats, aux obligations civiles (au sens juridique du terme, quand on s’oblige volontairement à faire ci ou ça, à être là pour accomplir telles tâches : c’est le contrat de travail) alors même que quand ils achètent un bonbon, le vendeur fait un contrat commercial.
Ils sont ignorants de B.A BA qui veut que si toutes ces lois existent, c’est pour qu’ils puissent vivre, eux et tous les autres, leur vie d’homme (et de femme) selon leur appréciation du moment et que tous les autres, même ceux qui ne sont pas là ou pas encore nés ont exactement les mêmes droits !
Car Voltaire nous a appris la tolérance et la justice, comme d’un exercice de liberté appliquée et son correctif judiciaire absolument nécessaire et indispensable.
Est encore aujourd’hui au programme, juste une description de nos institutions à raccrocher, vaille que vaille, aux cours d’histoire (qui en sont à l’origine, la genèse) : Ils appellent ça « Instruction civique » !
Alors avant d’aller pleurer pour plus d’éducateurs, pour plus de moyens et de fric d’autrui, avant d’aller clamer sa colère pour moins de violence, avant de s’émouvoir pour tel ou tel qui n’a pas eu de bol ce jour là à rencontrer une voiture de flic en maraude ou son assassin, d’inventer des « droits au logement » qui resteront lettre-morte faute de moyen (un tiers des lois votées ne seront jamais appliquées en France), donnons d’abord à nos gamins quelques notions de droit tout court, quelques civilités pour qu’ils puissent faire leur notre pacte social et évitent de mobiliser les contingents de cocoïs de chez les CRS : 72 blessés parmi eux, en deux soirs, l’autre fois, c’est ça le résultat de ce laisser aller du civisme, faute de référents suffisants !
Un peu de courage, et révisons ensemble le minimum de civisme qu’il faut avoir dit au moins une fois dans sa vie à un gamin sans attendre qu’il se retrouve dans un commissariat ou de devoir déléguer la leçon au procureur du coin !
Les choses iront peut-être un peu mieux que de jeter le fric qu’on n’a pas encore par les fenêtres à espérer que ça va engendrer de la croissance vertueuse.
C’est une supplique de bon sens…. Et pourtant je reste sûr que bien peu iront la partager.
Comme quoi, les philosophes ont tort de dire que le bon sens est la chose la mieux partagée au monde…