Les casques à vélib’
Grâce à « Nabu », un anonyme qui nous fait le plaisir de venir commenter de temps à autres nos « posts » ici même (et chez Inco notamment), nous avons découvert quelque peu stupéfait le contenu d’un courrier de notre vénéré adjoint au maire chargé des questions de sécurité et des transports sur la voie publique de notre belle capitale parigote. Il est adressé, le 9 octobre dernier à Monsieur Borloo, ex-ministre de la ville devenu le chantre du développement durable et écologique aux lieu et place de Monsieur le encore Maire de Bordeaux.
Extraits :
« Monsieur le Ministre,
Nous avons appris que la Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières a annoncé publiquement (…), son souhait de rendre obligatoire le port du casque à vélo, dans un premier temps pour les jeunes. A l’instar de la Fédération française de la bicyclette (FUBicy) et de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) (…) dénonce le caractère contreproductif d’une telle mesure qui n’a été adoptée par aucun des pays européens voisins (…).
Il serait inexplicable qu’au moment du Grenelle de l’environnement, votre ministère porte une mesure non justifiée par l’accidentologie mais de nature à entraîner une baisse immédiate de la pratique du vélo (…).
Contrairement à une idée reçue, l’usage du vélo urbain n’est pas dangereux, et les lésions crâniennes ne sont pas plus fréquentes chez les cyclistes urbains que chez les piétons ou les passagers d’automobile, que personne ne songe à équiper d’un casque (…).
L’obligation du port du casque serait anti-pédagogique. Alors que c’est précisément sur la pédagogie qu’il faut faire porter les efforts (…).
L’obligation du casque est par ailleurs contradictoire avec les efforts des collectivités locales et des entreprises, à travers les plans de déplacements d’entreprises, pour promouvoir l’usage du vélo (…) ».
Il faut dire que depuis 2004, le pays, qui n’est pas comme ses voisins, vous l’aurez souligné, recommande le port du casque pour les cyclistes, contre toute logique manifeste : De Nibeau - Pin aurait parfaitement raison de trouver tout cela proprement scandaleux !
Ce n’est pas tout à fait l’avis desdites « autorités oubliées » en la matière qui enfoncent le clou avec une stupidité rare le 16 mars de l’année dernière :
Résumée de la façon suivante :
« Pour la Commission de la sécurité des consommateurs (CSC), cela ne fait aucun doute (…). Elle va jusqu’à demander aux pouvoirs publics de le rendre obligatoire (le port du casque) pour les mineurs, plus particulièrement pour les moins de 15 ans et pour les bébés transportés dans un siège de vélo.
(…) La Commission observe que, même si les statistiques portant sur la mortalité des jeunes cyclistes sur la voie publique se sont sensiblement améliorées ces dernières années, en raison notamment des mesures prises par la Sécurité Routière, les chiffres communiqués par l’Institut de veille sanitaire (InVS) sur les accidents survenus sur la voie publique comme en dehors révèlent une sur-représentation de la tranche des moins de 14 ans (46 % des blessés), la tête étant l’une des parties du corps la plus lésée (32 %). D’autre part, la CSC constate que seulement 9 % des pratiquants déclarent porter un casque (enquête INPES 2005) alors que plus de 90 % des membres des clubs de cyclotourisme en sont équipés, son port y étant même obligatoire pour les mineurs (…) ».
Il faut dire que d’après la sécurité routière, « dans 52,9 % des cas le cycliste avait la totalité de la responsabilité (de l’accidentologie …), le conducteur du véhicule à moteur était responsable de l'accident dans 32 % des cas. Dans 15,1 % des accidents, nous avons estimé que les responsabilités étaient partagées ».
Et plus loin et encore plus rigolo : « Dans les cas où ce facteur était connu, 14,05 % des cyclistes impliqués avaient une alcoolémie dépassant le taux légal (17 sur 121) et 9,4 % des automobilistes (31/329) ».
Pas tout à fait alcoolo les « éco-vélicipèdistes », mais pas mal imbibé ! C’est bien connu : pour affronter le danger, on distribuait des rations de rhum dans les tranchées avant l’assaut !
Mais le pompon, à la lecture assidue de ces documents, est quand même plus loin : « Le cycliste serait même moins vulnérable à vélo que s’il utilisait d’autres modes de déplacement », comme le montrerait l’analyse comparée de la gravité des blessures par catégorie d’usagers établie sur un échantillon de personnes accidentées par le Centre d’études sur les réseaux de transport et d’urbanisme (CERTU) ci-après :
| Gravité des blessures | Voitures (5523 accidentés) | Cyclistes (1541 accidentés) | Piétons (1013 accidentés) | Deux roues (1688 accidentés) |
| Faible à moyenne | 93 % | 92 % | 83,8 % | 87,5 % |
| Forte | 7 % | 8 % | 16,2 % | 12,6% |
| Crâne | 24 % | 17 % | 26 % | 11 % |
| Tués | 1,3 % | 0,4 % | 2,3 % | 1,5 % |
En notant que les auteurs précisent aimablement que « les statistiques donnent lieu à des interprétations différentes selon l’approche que l’on souhaite privilégier ».
La belle affaire !
Car en effet, rapporté au kilométrage parcouru par les dizaines de millions d’automobilistes, il est clair que le cycliste est naturellement et largement le plus exposé : 0,4 % de tués pour 100 km parcourus à vélo dans l’année, 1,3 % de tués en voiture pour 30 millions de véhicules réputés faire au moins 15.000 km par an chacune : il n’y a effectivement pas photo !
Un rapport de 1 à 180 si l’on compte 100.000 cyclistes rompus à l’exercice !
(1 à 18, ce qui reste énorme, pour 1 million de rois de la pédale, sans jeu de mots SVP !)
Faut pas dékonner, M’ssieur l’adjoint !
« Mesure non justifiée par l’accidentologie » affirme-t-il dans son courrier à Monsieur le Ministre, faudrait d’abord apprendre à se servir d’une calculette basique avant de causer de la vie des z’autres !
Vous appelez ça comment, déjà ? Vous savez, ces généraux d’antan qui, au nom de leur dogme militaire éculé de la « percée », ont envoyé des dizaines de milliers de poilus se faire étriper à l’assaut de la ligne bleue des Vosges pour pas un centimètre d’avancée ?
Des « viandards » ?