Le régime de santé
Vous pensiez que le 18 octobre prochain les « agents » de la SNCF, de la RATP et autres bénéficiaires de régimes « particuliers » débarquaient bruyamment dans les rues des grandes villes pour défendre leurs « acquis sociaux » et notamment leurs « régimes spéciaux » de retraite ? (http://infreequentable.over-blog.com/article-7128774.html) Oui, naturellement, mais pas seulement : Ils donnent aussi un « coup de semonce » au gouvernement pour un autre sujet qui pourrait fâcher !
Leurs régimes de santé ! Parce qu’attention, on entre carrément dans des spécificités, sinon très généreuses, à tout le moins hors du droit commun des assurés du régime général.
Petite revue de détail (et encore, pour ne pas les connaître tous – régime des mines, du transport aérien, des militaires, des élus nationaux, etc. – j’en oublie forcément…) !
L’assuré social lambda, qu’il soit salarié cotisant, retraité, ayant droit ou pris en charge par la CMU peut naturellement se faire soigner. Il prend RDV avec un praticien, qui l’examine, pose son diagnostic, prescrit telles ou telles analyses (histoire de se conforter dans son « diag »), tels ou tels traitements, ou renvoi vers un confrère spécialiste !
Titulaire de la Carte vitale face à un toubib qui pratique le tiers-payant, vous lui devez donc le ticket modérateur. Sans ça, vous avancez le prix de la consultation, côté « C » pour un généraliste, « C2 » pour un chef de clinique, « C3 » pour un professeur.
Éventuellement, c’est en fait assez courant, vous payez également le « dépassement » si le toubib est conventionné « II » et autorisé à le faire : ça, c’est pour votre pomme !
Pour peu qu’il se déplace ou s’oblige à effectuer directement un « acte » qui doit confirmer son diagnostic, par exemple déterminer si votre angine blanche et d’origine virale ou microbienne, vous lui devez un « plus ».
Si elle est d’origine virale, vous repartez avec des antalgiques, si elle est microbienne, avec des antibiotiques, puisque « les antibiotiques, ce n’est pas automatique » !
À vous ensuite d’envoyer votre feuille de soin à votre CPAM, qui va râler parce que votre angine n’est pas diagnostiquée par votre « médecin référant » puisque justement, ce jour là de fièvre de « Vincent », vous étiez loin de vos bases, et vous remboursera de toute façon que sur la valeur de la « lettre-clé » et jamais le dépassement, ni naturellement ce qui serait de toute façon resté à votre charge, à savoir le ticket modérateur.
Ceci fait, si vous êtes bénéficiaire d’une assurance mutuelle complémentaire, c’est l’occasion pour les quelques euros restants, de faire un beau courrier à votre mutuelle qui de toute façon s’en tape, puisqu’elle refactura sous forme de cotisation à l’entreprise à l’occasion d’un « bilan des risques » et ne prend jamais en compte que le tarif conventionné (éventuellement doublé ou triplé).
On aura quand même noté, que tout acte supérieur à 50 « lettre-clé » de la nomenclature est entièrement pris en charge par votre CPAM. 50 « C », il faut s’en occuper. 50 « K », c’est plus facile (actes chirurgicaux avec anesthésie par exemple), 50 « Z », c’est que vous avez passé votre journée sur un table de radiologie, 50 « B », c’est que vous avez mobilisé plusieurs appareils d’analyse biologique et autant de laborantins, quant au « CP » des dentistes, ne rêvez pas : même une séance d’orthodontie concernant toutes vos dents à « redresser » n’atteint pas ce chiffre là !
En ce qui me concerne, je ne me fatigue même pas à réclamer quoique ce soit : j’ai gardé le souvenir qu’il manquait toujours un truc à votre demande et quand les « francs » revenaient, ça payait tout juste les timbres et de toute façon pas mon énervement !
Vous pensiez que vous étiez traité comme un agent RATP ou SNCF ?
Pas du tout ! L’agent RATP est soigné directement du côté de Bercy, dans un centre regroupant l’ensemble des cabinets de praticiens embauchés par la « Régie », pour des vacations régulières et parfois à plein temps : Rien à payer !
D’ailleurs, le statut de l’agent l’oblige à ne se faire soigner que là, qui fait donc aussi office de médecine du travail et de prévention des risques de maladies professionnelles ! Une jolie tour d’observation qui est payée directement… dans le ticket de métro !
Coût ? Impossible de savoir ce que coûte ce « petit État dans l’État ».
Par malchance, les ayants droits de tout ce petit monde là, n’ont pas accès à ce centre médical réservé : dommage, ils auraient pu apprécier « les poignées de porte à 1.000 balles », la jolie peinture anti-microbienne aux tons pastels, le plateau technique de soins ambulatoires et d’investigations qui reste « au top » et… la grande pharmacie dotée de toutes les nouvelles molécules !
Mieux qu’à la pharmacie centrale de l’AP (qui reste très, disons… classique : on y traite beaucoup plus de volume et nettement moins de références !)
Des veinards les traminots ? Ce régime là, à la limite, c’est de la gnognotte : Chez les agents SNCF, tous les ayants droits ont accès aux centres médicaux gérés par la mutuelle maison.
Comme dans tous les autres « centres mutualistes », EDF (ils en ont deux : Paris et Manosque), MGEN (ils en ont plusieurs également, jusqu’au dessus de la « Mutualité », la maison où le cousin Tiberi fait ses discours dans le 5ème, rue Monge), etc. une « convention » avec la CNAM oblige non seulement ces centres à pratiquer le tarif conventionné – ça, ce n’est pas trop dur – mais à pratiquer systématiquement le tiers-payant !
Et… à recevoir tout le monde, même les non assurés sociaux (il en reste encore malgré la CMU et la Carte Paris Santé mise en place sous l’ère Chirac…).
Le tiers-payant, je peux vous dire que c’est une grosse usine administrative : environ un tiers des actes posent des problèmes d’identification d’assuré ou d’ayant droit et après plusieurs tentatives de régularisation, environ 10 % des actes finissent par ne jamais être payés, atteints par la prescription !
Il n’y a pas de petites économies.
Naturellement, ces « centres là », quand ils sont « dédiés », pour n’être pas trop kon, ont des conventions avec les « mutuelles maisons » (fonctionnaires de l’éducation, agents GDF, cheminots, etc.) et le patient ne décaisse jamais quoique ce soit, même pas les franchises ou les forfaits !
D’ailleurs, vous verrez que dans la prochaine réforme, la bagarre en restera sur ce point âprement défendue : jusque là, les « mutuelles maisons » ont été les plus fortes et ont continué à rembourser ce qui ne l’était plus par toutes les autres, loi oblige.
Défendront-ils dans la rue cet avantage exorbitant ?
Reste le cas particulier des étudiants : Les deux mutuelles, MNEF et SMEREP, font aussi office de « caisse primaire » (604 et 617 ? Je ne me souviens plus) par délégation et depuis 1947.
Là, c’est facile : Non seulement ces mutuelles remboursent comme n’importe quelle CPAM, mais si en plus vous avez eu la bonne idée de prendre la complémentaire adaptée, l’étudiant ne paye plus rien.
Avantageux par le tarif, on aurait tort de s’en passer !
D’autant que la MNEF gère également des centres de santé (mais je ne sais plus si ils sont « complets », c’est-à-dire avec fauteuil dentaire ET « Laboratoire de prothèse dentaire »).
La prothèse dentaire, quand elle est faite sur place, elle coûte horriblement cher. Mais on vous la vend à prix discounté en Centre médical, c’est-à-dire au prix remboursé par la Sécurité sociale.
Quand elle est faite en cabinet en ville, naturellement, non seulement votre dentiste la commande en Corée du Sud (voyage en avion…) mais en plus il applique un coefficient multiplicateur de 5 à 10 selon l’état putatif de votre portefeuille !
Pas en Centre Médical.
L’autre avantage de la MNEF et autre Smerep, c’est que les besoins de santé des étudiants sont connus avec une « précision millimétrique », par campus et lieu de résidence. J’ai vu les données : on sait même à quelle saison il faut ouvrir une vacation de dermato et quand on peut la fermer. Idem pour la traumato, l’ophtalmo, etc. etc.
Ça permet d’être « pas cher » en serrant tous les coûts liés aux praticiens, mais en plus d’économiser un max sur les frais de gestion administrative des dossiers !
Et donc de dégager systématiquement des excédents…
Absolument extraordinaire.
Va-t-on mettre fin à ces iniquités à l’occasion des prochaines réformes de notre « Bien-aimé Président » ?
Je parie que non ! Je prédis qu’il en restera encore longtemps, de ces… iniquités !
Une bouteille si je perds !