Post débat de mai 1988
On est entre les deux tours et Chirac va perdre l’élection présidentielle à la fin de la semaine.
(Juste pour vous remettre le moment en mémoire).
Les deux hommes n’en ont pas fini. Mais les carottes sont cuites : le meilleur menteur a gagné ! Tout le monde savait que le terroriste était responsable des attentats qui avaient ensanglanté la capitale quelques années plus tôt et s’était terminé en pantalonnade judiciaire, faute de preuve de qualité « judiciaire », et par un tir de missiles par nos Étendards catapultés depuis notre porte-avion venu croiser au large du Liban…
Ce que peu de monde sait, c’est que les deux candidats sont repartis chacun de leur côté, sur la même artère parisienne, dans leur voiture réciproque. L’un vers la rue de Bièvre, l’autre dans ses appartements de la mairie de Paris, pas très loin, mais avec la Seine entre eux deux.
Chirac repère la voiture de Mitterrand et demande à son chauffeur de la rattraper. Une fois à hauteur de la R 25 baccara présidentielle, il baisse la vitre de sa CX et déverse à son adresse un torrent d’injures !
Mitterrand fait d’abord celui qui ignore et demande à son chauffeur d’accélérer, de semer son poursuivant.
Qui le rattrape à nouveau !
Nouvelle bordée de noms d’oiseau, la voiture présidentielle accélère de nouveau. Mais se fait rattraper au feu rouge suivant.
N’y tenant plus, Mitterrand finit pas baisser sa fenêtre et répond au déluge d’injures sur le même ton et au même rythme soutenu !
On s’échange des ordureries fondamentalement ignobles – que la pudeur m’interdit de reproduire dans ces colonnes – sur un mode crescendo ahurissant !
Le feu passant au vert, avant que les véhicules s’élancent, Chirac hurle une dernière injure, sortie du fond des tripes, vocifère le corps penché au dessus de la chaussée et à gorge grandement déployée : « Embrayage ! »
Et le chauffeur d’embrayer à lancer à vive allure la limousine municipale !
Un peu surpris, Mitterrand demande à son chauffeur de tourner à gauche, rue Monge, puis encore à gauche, quai Montebello, encore une fois à gauche, rue Saint-Jacques jusqu’au boulevard Saint-Germain qu’il enfile, à gauche (c’est rassurant : à gauche toute !), pour rattraper la rue de Bièvre, gardée par les plantons habituels, toujours à gauche mais une fois dépassée la rue Monge.
Son adversaire avait disparu.
Il rentre enfin chez lui plus serein et retrouve sa fille Mazarine, 13 ans et demi, qui le félicite pour l’avoir regardé à la télévision. Un peu plus tard, il lui demande avant qu’elle n’aille se coucher : « Tu sais ce que ça veut dire, toi, « embrayage » ? » pensant sans doute qu'elle sera capable de lui décoder une insulte nouvelle inventée par la jeune génération.
« – Mais, papa, pourquoi tu me demandes ça ? C’est la pédale de gauche ! »