Délires bourguignons !
On sait que l’ISF est un impôt inopportun : Il fait fuir, mais ça ce n’est pas nouveau et il n’est pas le seul. Il est anti-économique puisque payé avec de l’argent qui a déjà supporté de l’impôt, voire des charges sociales. Il est injuste puisque y sont – normalement – assujettis même les contribuables qui ont la malchance de s’enrichir sans rien faire, en laissant monter le cour de l’immobilier de leur habitation principale.
On sait ainsi qu’il augmente de 9 % l’an, tous les ans et en moyenne, depuis sa création ! Non pas que les français s’enrichissent de 9 % l’an tous les ans, loin de là – et d’ailleurs ça se saurait – mais par le double effet de l’augmentation du périmètre des assujettis, ceux qui sont obligés peu ou prou de céder une partie de leur patrimoine (parce qu’ils s’appauvrissent par ailleurs, parfois) et la flambée des prix par raréfaction des « biens à vendre », pour des raisons réglementaires, en général, mais pas toujours.
Illustration in abstracto :
Quand vous possédez votre 4 pièces en centre ville pour vous fournir quelques compléments de revenu, quand les loyers encaissés valent un vingtième de la valeur de votre bien (bail à habitation), soit 5 %, non seulement il vous faudra décaisser 1 à 2 points en plus l’entretenir tous les ans, payer la taxe foncière irrécupérable sur votre locataire et les impôts sur le revenu sur le reliquat ! Avec un taux de 30 % d’IR, c’est encore au moins un point qui s’en va en comptant la CSG, la CRDS et autres billevesées sur les revenus du patrimoine.
Reste à peine 1 %, 2 quand c’est bien géré. Soit un peu plus que de quoi payer l’ISF…
Pas très rentable cette affaire là ! Et encore moins quand vous vous privez d’un loyer, pour éviter l’IR et que vous habitez ce 4 pièces vous-même : là, il n’y a que le recours obligé sur d’autres revenus pour payer l’ISF.
Idem pour des actions en portefeuille : Il faut viser des PER de 10 à 11 pour faire face, ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui si vous entrez en bourse avec un CAC 40 qui dépasse les 6.100 points, en espérant aussi que vous n’aurez pas à faire face à un « retournement de conjoncture » inopinée : on ne vous remboursera pas la différence.
Fort de ces constats, la meilleure a quand même été celle vécue récemment.
Démonstration ubuesque, in vivo :
On fait appel à mes services pour tenter de porter un « diagnostic rapide » sur le redressement d’une entreprise qui fait des boîtes en carton.
Cette activité là consiste à solliciter des devis auprès des prospects pour découper et plier des cartons ondulés achetés plats. Commande en main, on se fait livrer le précieux matériel d’emballage, on le passe à la machine qui le découpe et, soit on la laisse les plier pour les empiler prêts à servir, soit on les empile à plat, l’utilisateur final se faisant fort de les déstocker le long d’un mur et de plier au fil de ses besoins.
Deux problèmes de gestion pure : les prix suivent un cours national qui a tendance à grimper depuis nombres de mois, les délais de livraison sont aléatoires quand on est petit (c’est si le camion est disponible), ce qui oblige à avoir un stock volumineux, donc un entrepôt à l’abris de l’humidité, bien ventilé forcément un peu coûteux et il vous faut occuper le personnel et la machine, sans ça, ça coûte encore plus et pour rien.
Le souci actuel de l’entreprise visitée, c’est que la machine qui découpe et plie plus vite que son ombre, elle est financée par un emprunt et que l’argent manque assez régulièrement en fin de mois. Le banquier local commence sérieusement à devenir nerveux : faut faire quelque chose.
Alors on fait appel à Zorro !
Pour qu’il trouve le moyen de coûter moins cher à produire, ou pour vendre plus cher…
Bé voyons !
Je gratte un peu : La boîte appartient pour moitié/moitié à la fille unique qui gère le problème et rachète sévèrement les parts de Papa, au fil de l’eau, pour lui assurer un complément de retraite des vieux commerçants ! Admettons !…
En notant que c’est s’obliger à se payer cher, sans contrepartie immédiate (elle a un fils à nourrir et un jules expert-comptable qui passe son temps à vider des chopines au lieu de chercher à retenir ses clients). C’est un aussi une source de charges sociales incontournables, tout ça pour dépenser de l’argent imposable au rachat d’un truc qui finira par être vendu à valeur zéro si ça fait faillite, dans l’achat des parts qui sont elles-mêmes génératrices d’impôt sur plus-values non professionnelles, puisque Papa n’est plus officiellement en activité.
Quand on a les moyens, les bons conseils du pseudo gendre, on peut se le permettre… Mais quand c’est l’argent des autres, il devrait se taire. Surtout quand ils en ont moins.
Passons…
On comprend pourquoi il a du mal avec sa clientèle à lui, celui-là, même si lui ne comprend pas !
Je continue de gratter et découvre que « papa » a un pied à terre Quai des Grands Augustins à Paris, planté devant Notre-Dame !
Ce fut acquis « à prix d’ami » via une rente viagère à une cousine qui y vivait et dont on comprend qu’elle accueillait volontiers son cousin pour ses virées parisiennes de célibataire !
Pourquoi pas ! De toute façon à 8.000 €/m² dans le pire des cas, la vente s’impose pour sauver la boîte et ses dix emplois, en calmant le banquier ! Et quand je dis huit, ça peut très bien s’échanger beaucoup plus tant l’emplacement est de rêve et particulièrement rarissime !
« Vous n’y pensez pas ! Je vais être imposable à l’ISF ! » Un vrai cri du cœur et des tripes !
Arg ! « Pardon ? » Que faille-je en tomber de mon fauteuil…
Comment expliquer au bonhomme que ses virées parisiennes ne sont plus que de vagues souvenirs, que cet appartement pourrait être loué (« Mais je vais payer encore plus d’impôts et je ne pourrai plus y aller ! ») et que si ça l’amuse, il transforme le tout, ou le reliquat après avoir épongé les dettes du fonds de roulement indispensable, en rente viagère à titre onéreux avec un abattement de 70 % compte tenu de son âge ?
Du coup on peut réduire le rythme des cessions de parts et donc les salaires et charges sociales de la fille, ce qui consolide les éléments d’exploitation et valorise l’entreprise.
Calculette en main, effectivement, même en souscrivant à une augmentation de capital pour sauver la boîte qui peut valoir quand même plus que ça si elle était en bonne santé, il paierait effectivement plus d’impôts, et à l’IR et au titre de l’ISF, qu’actuellement, même si la valeur capitalisée de rente diminue au fil du temps, que s’il garde cet immeuble manifestement sous-évalué à ne rien faire…
C’est vrai que la cellule ISF de la rue Geoffroy Saint-Hilaire n’est pas très active, comme toutes les autres, Monsieur le Directeur préférant déployer ses effectifs sur des impôts bien plus rentables comme la TVA au lieu d’aller emmerder les électeurs de Tiberi et les héritiers de « Tonton » Mitterrand, juste à côté, rue de Bièvre !
Conclusion : c’est bien tout l’art du législateur, dans son immense sagesse, que de créer de la pénurie d’offre, via sa réglementation fiscale, histoire d’augmenter les prix à titre spéculatif !
Le plus drôle, c’est que si cela avait été proposé, comme au USA, par des milliardaires patentés, et on comprend mieux pourquoi, tout le monde aurait trouvé cela très habile, puisque générateur d’un effet « spéculatif réglementaire ».
Mais pas du tout en France : C’était un « impôt socialiste », issu et porté aux urnes par le prolétariat valeureux en marche pour l’Histoire…
Depuis, les libéraux chiraquiens l’ont bien compris : pas question de toucher à l’ISF !