Bobos parigots
À Paris, la rue de Rennes qui coure entre la place du 18 juin et l’église romane de Saint-Germain, prolongée d’un côté, au sud, par la Gare Montparnasse rebaptisée « Porte Océane » pour desservir le grand ouest des TVG de la SNCF et au nord par la rue Bonaparte jusqu’à la Seine, est l’enjeu d’une bataille démocratique entre les « expérimentateurs » de laboratoires authentiquement écologistes (d’après eux-mêmes, naturellement) et les riverains.
Quatre projets seront présentés à la population locale le 24 au soir. (À 19 heures, gymnase Vaugirard : venez y nombreux !)
Le premier vise à réduire la rue de 2 fois 2 voies (avec couloir de bus, des deux côtés au sud et un seul au nord) à 2 fois une voie !
En élargissant les trottoirs pour y planter des arbres !
Ça c’est écolo ! Bon chic bon genre… Les pauvres arbres (moi, je veux des dattiers, pour les fruits, ou des figuiers, pour les confitures).
Des trottoirs de 6 mètres de large, arborés, c’est les champs Élysée qui se déplacent rive gauche !
Bon d’accord, autant sur les champs on peut circuler à 2 fois 4 voies quand on est automobiliste et avancer à 15 de face quand on est piéton, autant les pompiers de la caserne du Vieux Colombier éviteront cet axe pour être coincés derrière les bus.
C’est qu’il en passe des autobus, dans le quartier : 2 lignes empruntent la rue de Rennes sur la totalité du parcours, 4 sur une partie, sans compter la petite dizaine de lignes qui la traversent… et un peu moins qui la contourne d’une façon ou d’une autre, genre le 82, le 58 !
Pas assez radical : de 700 voitures/heure, on ne passerait plus qu’à 400 aux heures de pointe (qui heureusement ne sont pas très nombreuses dans une semaine). Soit 300 emmerdés de plus qui iront polluer soit le boulevard Saint-Michel pour aller au nord, soit le Boulevard Raspail ou l’avenue du Maine (déjà magnifiquement encombrée grâce à un couloir à bus aberrant) pour aller au sud !
Ils sont combien les écologistes, déjà à Paris ? 1,57 % de moins de 2 millions d’électeur ?
Ou comment 30.000 personnes peuvent polluer un peu plus l’activité et les nerfs de plus de 200.000 passants tous les ans !
Deuxième projet, celui qui a les faveurs de D. Baupin, l’adjoint écolo de B. Delanoë, chargé des transports et de la sécurité (… faut pas rire !) : la même chose, mais en variant l’usage de la chaussée selon les heures (et l’humeur). Un coup on autorise les arrêts, le stationnement, etc. Un coup on ne l’autorise plus et on verbalise, avec même un « coup de chaud sur le neurone » prévu quand les deux voies seront interdites à toute circulation (les jours de manif, par exemple : lui parle de « fête ») !
Là, on ne voit pas bien comment on peut réduire la chaussée à 2 voies pour laisser passer les bus et les taxis dans les deux sens et en même temps autoriser les livraisons… Tiberi avait tenté la même chose sur les « axes rouges » : pas simple de faire monter les camions sur des espaces spécialement aménagés sur le trottoir et entre les arbres.
Le bénéfice pour les piétons et les commerçants ne s’est pas révélé à la hauteur des dépenses engagées.
Baupin s’en tape : Ce n’est pas son pognon !
Troisième projet : on passe à trois voies avec des sens interdits pour les tous véhicules autres que les bus et les taxis.
Voilà la bonne idée, si c’est pour interdire ceux venus du sud d’aller vers la Seine et ceux du Nord de sortir de la capitale par le sud, va y avoir quelques encombrements en plus !
Si c’est l’inverse, forcément, ça va coincer au milieu, au niveau du boulevard Raspail !
Enfin, dans un cas comme dans l’autre, ils vont être mal, les « raspailiens » : déjà que ce n’est pas facile 3 fois par semaine (les jours de marchés), on ira surajouter les problèmes aux problèmes : Magnifique !
Même à Londres ou à New-York, ils n’y avaient pas pensé à celle-là !
Quatrième projet : Rue interdite à tous les véhicules sauf aux riverains et aux commerçants !
Avec caméras de surveillance qui lisent les plaques à tous les carrefours pour mieux traîner les contrevenants devant les tribunaux correctionnels (en cas de récidive traumatisante) !
Il paraît que ça marche très bien à Oxford Street ! Si… Faut connaître la rue : elle aurait mérité un autre traitement.
Et pourquoi pas des plots qui protégeraient la rue comme dans le quartier des « petits carreaux » ?
On arrive avec un badge (là ce serait la caméra qui vous espionne qui reconnaît votre tas de ferraille). Le truc descend dans la chaussée. On passe. Et hop il se relève !
Ça, ça me rappelle le jour où je me suis retrouvé tout seul comme une andouille sur la Place Charles De Gaulle à Lille à la recherche de l’entrée du parking qui est en dessous ! Ma çonnerie de GPS n’avait pas remarqué que les accès étaient réservés aux livraisons du matin. Et je me suis retrouvé coincé devant l’escalier du métro…
Bon d’accord, les commerçants vont un peu faire la tronche : après tout, c’est eux qui payent la taxe professionnelle qui va financer l’interdiction d’accès de leur magasin à leur clientèle habituelle !
Comprenez, c’est un peu comme si on interdisait l’accès des champs Élysée à toute personne qui n’y aurait pas son habitation !
Comme ils ne sont que 2, ça leur ferait un vaste espace de jeu réservé !
Quand la démocratie tombe dans les caniveaux, il est clair que rien de bon ne peut en sortir !
Là où la rue de Rennes mérite quelques aménagements restent les abords de la Place du 18 juin. Mais Monsieur l’adjoint s’en bat l’œil !
Les îlots pour piétons y sont particulièrement mal conçus, obligeant à des détours pédestres aberrants qui incitent nombre de personnes à « traverser en diagonale », peu importe le nombre de sens de circulation. Car il y en a parfois plus de deux sur la même chaussée…
Là où les trottoirs méritent quelques élargissement, c’est sur ces quelques mètres qui séparent cet accès et le niveau de la rue Littré : d’un côté, le MacDonald mange un tiers du trottoir, de l’autre, la « Brioche Dorée » a un tel succès qu’il est fréquent de devoir se faufiler difficilement… jusque sur la chaussée, face aux bus qui déboulent nombreux à cet endroit.
Plus loin la Fnac historique attire toujours autant de monde et le trottoir est encombré, le samedi après midi ! Le reste de la semaine, ça va nettement mieux.
De là à imaginer de décaisser des millions de dollars pour rendre impossible la vie aux milliers d’autochtones pendant des mois de travaux, d’empêcher des centaines de milliers de passants de passer, juste pour faire plaisir à 30.000 sympathisants électeurs fantomatiques qui feraient mieux d’aller vivre en forêt de Rambouillet, c’est du délire !
Un déni de bon sens !
Quand je serai élu Président (mon boulot « de dans 5 ans », maintenant), j’inventerai un délit « d’attentat au bon sens » !
Avec privation des droits civiques à vie (y compris la liberté de causer) et extradition forcée et automatique !
Au moins, on évitera de perdre du temps en permanence pour quelques malheureux pétards fumés en cachette faute de moquette renouvelée !