Histoire idiote…
C’est un type qui se plaint depuis toujours de maux de tête. Depuis le début de l’adolescence. Ça le prend en permanence, du matin au soir et parfois, le réveille même la nuit.
Il s’en plaint à ses proches – qui ne l’écoutent plus – et se réfugie dans « l’action » dans son boulot.
Il est parfois gêné par des démangeaisons qui lui font faire des tics idiots (haussements d’épaule, sourcillements, etc.).
Il s’en ouvre à l’occasion aux sommités médicales auprès desquelles il peut être recommandé.
L’un d’entre eux diagnostique un décollement de la rate. On lui retire la rate, mais les maux de crâne persistent.
Un autre lui explique qu’il s’agit d’une maladie orpheline au nom barbare et imprononçable. Il faut lui retirer le pancréas.
Il est provisoirement soulagé, mais les maux de tête et les soubresauts réapparaissent quelques semaines plus tard. Il en devient irascible plus que de raison, à s’en apercevoir lui-même – quoique ses proches affirment, unanimes, n’avoir rien remarqué quant à l’évolution de son caractère.
Il voit un troisième médecin qui finit par le convaincre de lui retirer les amygdales. Il y consent, mais c’est douloureux à son âge, à chacune de ses déglutitions et ça l’empêche d’éructer et de vociférer comme il en a pris l’habitude !
Et puis les maux de tête réapparaissent dès que la douleur à la gorge s’estompe.
Il consulte un quatrième praticien qui lui recommande une ablation de la thyroïde. Là encore, c’est douloureux et l’effet escompté n’est même pas provisoire : il en cumule les deux douleurs durant de longues semaines.
Le gynécologue de son épouse a également une opinion autorisée : il faudrait le castrer. La décision est évidement difficile, mais comme il s’est déjà reproduit à plusieurs reprises et qu’on lui a assuré que sa virilité enviée ne serait pas entamée, il finit par y consentir.
Hélas, non seulement ça lui donne une démarche chaloupée du plus mauvais effet qu’il tente de masquer en la maîtrisant et en roulant un peu plus des épaules, mais ses tics reprennent vite le dessus dès qu’il est légèrement contrarié et ses maux de têtes lui vrillent le crâne de plus belle !
Même quand il rit, il faut qu’il calme rapidement ses zygomatiques : ça devient insupportable à la longue.
Son seul remède reste « l’action ». Mais, la nuit, il peut moins…
D’ailleurs, à force « d’action », il parvient à convaincre « son chef », dans la boutique, de lui laisser la place.
Avant même qu’il prenne ses fonctions de « chef », il pense à passer chez un tailleur de bonne réputation, pour lui faire faire une série de costumes propres à ses nouvelles responsabilités, de façon à « en imposer » et rester digne.
– Je fais du 38 !
– Ah non Monsieur ! Si je peux me permettre, vous serez plus à l’aise dans du 40 qui reste votre tour de col !
– Je fais du 38 ! Vous n’allez pas me contrarier vous aussi !
– Comme Monsieur voudra ! Mais que Monsieur ne s’étonne d’avoir des migraines par la suite.
Je sais : elle est bête à en mourir !