Petit rappel historique à mes « cousins insulaires ».
« – Eh ! Quelle drôle d’idée que de fêter le travail !… Et justement en ne faisant rien ce jour là ! Comme si les bêtes, elles ne devaient pas être nourries !
– Peuh ! Moi, quand je trouve un travail, je le rapporte, Dumé !
– Et à qui donc ? Le nom du propriétaire n’est pas marqué dessus !
– À l’ANPE, pardi ! »
Excusez : je n’ai pas pu résister…
Car, pour ne pas être nés, tous, nous nous souvenons quand même des manifestations monstrueuses de Chicago le 1er mai 1886. 340.000 travailleurs venaient d’obtenir la « journée de huit heures » aux États-Unis, sous la pression de « l’American federation of labour » dont c’était la principale revendication depuis 1884. 200.000 ont manifesté pour n’y avoir pas droit !
Manifestation qui s’est ensuite renouvelée le 3, pour protester contre des blessés de la première parmi les grévistes de la « McCormick Harvester », avec des heurts violents entre une poignée d’irréductibles (environ 200) et les forces de l’ordre : une bombe a même tué 15 policiers à « Haymarket Square » !
Trois syndicalistes anarchistes seront condamnés à la prison à perpétuité et 5 autres pendus le 11 novembre 1886 pour cet acte de « bravitude » aux preuves incertaines…
En 1889, la IIème Internationale socialiste, réunie pour son deuxième congrès au 42, rue Rochechouart à Paris afin de commémorer le premier centenaire de la révolution française à sa façon pendant l’exposition universelle, se donne pour objectif d’obtenir la journée de travail de 8 heures.
On se rappelle que le décret de 1848 qui limitait la journée de travail à 10 heures n’a pas longtemps résisté à la pression patronale et qu’il était fréquent de travailler encore 12 heures par jour !
Dès l’année suivante, en France, des manifestants ont pris l’habitude de défiler, le 1er mai, en portant à la boutonnière un triangle rouge.
Celui-ci symbolisait la division de la journée en trois parties égales : travail, sommeil, loisirs. Le triangle est quelques années plus tard remplacé par la fleur d’églantine.
Il faut attendre 1907, à Paris, pour que le muguet, symbole du printemps en Île-de-France, remplace cette dernière. Le brin de muguet est alors porté à la boutonnière avec un ruban rouge.
Puis a été un moyen exclusif de financement du Parti Communiste, héritier de la IIIème Internationale (avec l’appui et le concours des forces de l’ordre de la IVème République – et de la suivante un temps) avant de devenir un symbole de prospérité, voire de chance pour les plus superstitieux (et une bonne affaire pour la filière « fleurale »).
Le 23 avril 1919 le Sénat français ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant, à titre exceptionnel, une journée fériée, chômée, payée.
L’exception et le provisoire ont souvent eu la vie dure.
Encore une « exception culturelle française » qui a été exportée à peu près sur tous les continents (comme le mécanisme de la TVA avec déduction de la « taxe amont » ! Pour le TGV, on attendra encore…).
Monsieur JMLP se souviendra-t-il de tout cela quand il honorera Jeanne d’Arc, aujourd’hui, rue de Rivoli ?
En se rappelant que cette dernière est au calendrier des « sanctifiés cathos et apostoliques » le 12 mai et seulement en France !
Encore une autre curiosité…