La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
Le piège va-t-il se refermer ?
Sur fond de cessation de paiement des États-Unis va s'ouvrir la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d'un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d'une dislocation géopolitique annoncée ».
Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu'une collaboration internationale « historique » était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs.
Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, ... ont essayé de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment) imposer une telle réforme.
Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une UE sans le Royaume-Uni) s'avèrent de leur côté incapables de trancher entre les deux seules options qui s'offrent à eux : sombrer avec les États-Unis et le Royaume-Uni en copiant leurs politiques ou bien remettre fondamentalement en cause le système monétaire et financier mondial actuel en partenariat avec les Chinois, les Russes, les Indiens et les Brésiliens.
Ils arrivent à ne plus suivre Washington et Londres dans leur reproduction des politiques passées qui ont toutes déjà fait faillite, mais ils ne parviennent toujours pas à oser préparer l'avenir.
D'un côté un « Président survolté » (« Bling-bling ») qui a tonné à tout bout de champ, répétant à l'envi comme pour mieux se convaincre : « Du jamais vu ! Du jamais vu ! »
De l'autre, Angela Merkel a fait preuve d'une grande clairvoyance en trouvant le mot juste sur la nature du sommet du G20 à Londres.
Elle a dit que c'était une réunion « presque historique » !
Et c'est bien le mot « presque » qui résume ce qui s'est réellement passé à Londres.
Les dirigeants du G20 ont « presque » abordé les questions essentielles ;
Ils ont « presque » défini un programme commun d'action ;
Ils sont « presque » parvenus à lancer de nouvelles stimulations économiques et une nouvelle régulation financière mondiale ;
Ils ont « presque » interdit les paradis fiscaux ;
Ils ont « presque » convaincu l'opinion publique mondiale.
« Presque », mais pas réellement.
Et cela fait une différence profonde pour le développement de la crise systémique évoquée mercredi dernier pour la suite de la crise.
C'est comme s'il existait aujourd'hui une évidente incapacité des dirigeants de l'UE (et notamment de la zone Euro) à assumer leurs responsabilités, comme si finalement ils préféraient voir le système occidental finir de se briser (tout en proclamant le contraire) plutôt que de se battre pour en faire un pont vers un nouveau système mondial !
Que ce soit par choix ou le simple résultat de la pusillanimité de dirigeants européens choisis pour leur docilité (vis-à-vis de Washington et des grands opérateurs économiques et financiers européens), dans tous les cas, leur neutralité est très dangereuse pour la planète puisqu'elle empêche le lancement véritable d'un processus efficace permettant d'éviter une crise longue et tragique.
D'ailleurs, à propos de l'UE, l'inanité assez spéciale des « analyses » économico-politiques, essentiellement issues d'éminents économistes et experts proches du Parti démocrate américain, que relayent actuellement les principaux médias internationaux, se limitent à reprocher aux Européens de ne pas faire comme Washington.
Paul Krugman en tête, reproche à ses « grands amis » de l'Europe, qui aime tant qu'il pense savoir mieux que les Européens ce qu'ils doivent faire (et aussi ce qu'elle doit être, car le même prône aussi son extension à la Turquie, voire à Israël et à l'Asie centrale), ferait mieux de s'occuper de conseiller efficacement son propre parti et le nouveau président pour éviter l'effondrement des USA.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit désormais.
Il est quand même étonnant qu'un ensemble « d'experts » qui depuis des années a tant vanté les mérites d'un système qui aujourd'hui s'effondre sous les yeux de tous, ose encore donner des leçons au reste du monde.
La plus élémentaire décence leur imposerait, au niveau international, la seule voie respectable possible à savoir le silence.
En tout cas, en Europe, ce discours, qui a bien entendu toujours ses relais académiques et journalistiques, ne passe plus car il vient tout droit d'une époque révolue.
Il est bien évidemment nécessaire et légitime de porter un regard très critique sur l'UE, ses dirigeants et ses politiques ; mais le faire avec comme seul critère la conformité ou non aux orientations de Washington (ou de Londres) est désormais incroyable.
Visiblement, à l'image des financiers qui n'ont pas encore compris qu'une page était tournée en ce qui concerne leurs stock-options et leurs « parachutes dorés », nombre d'intellectuels et de politiques n'ont pas encore intégré que leurs références, leurs valeurs et leurs analyses appartenaient désormais au passé.
Car la situation s'emballe sous l'effet de trois facteurs concordant :
1 - L'encours de réserve de change en US dollar va s'inverser.
L'accroissement de 150 millions de dollars d'excédent par trimestre, pour un total de plus d'1,4 milliard s'épuise depuis 5 trimestres jusqu'à atteindre une part congrue !
Leur monnaie de réserve change donc d'unité de compte.
Les Bons du Trésor US n'ont plus leurs faveurs.
Leur reste à se défaire et à convertir plus que l'équivalent des « relances » américaines entre « plan Paulson » et « relance Obamesque ».
2 - Au moment même où les recettes fiscales américaines, qu'elles soient fédérales, fédérées, celles des comtés voire même des villes s'effondrent : - 28 % par rapport à la même époque de l'année dernière.
Alors même que les dépenses publiques ont augmenté de + 41 % de date à date...
Pour le seul mois de mars 2009, le déficit fédéral s'est monté à près de 200 Milliards USD (très largement au-dessus des prévisions les plus pessimistes), soit à peine un peu moins de la moitié du déficit pourtant record de l'ensemble de l'année 2008 !
Partout les recettes fiscales s'évanouissent entraînant de manière accélérée l'ensemble du pays dans une spirale déficitaire que personne (Washington en premier chef) ne maîtrise plus.
Ainsi en Californie, les premiers jours d'Avril laissent craindre des recettes très largement inférieures aux pires prévisions, entraînant un déficit budgétaire multiplié par deux pour la Californie par rapport aux prévisions d'il y a seulement quelques mois.
Au niveau fédéral, un processus du même type est en cours, rendant désormais envisageable un déficit fédéral annuel à près de 3.500 Milliards USD, soit plus de 20 % du PIB des États-Unis.
3 - Exactement au moment ou le commerce international s'effondre tout seul malgré le demi-succès du G20 de Londres d'écarter toutes mesures protectionnistes : C'est inutile puisque le commerce international a chuté de près de 25 % en quelques semaines...
Les dirigeants chinois sont d'ailleurs bien conscients de la situation.
Leur message sur le nécessaire changement de devise internationale de référence que Pékin a adressé au monde entier, et aux autorités américaines en particulier, à la veille du sommet du G20 de Londres n'était absolument pas un « ballon d'essai » ou une tentative sans espoir de réussite.
Les dirigeants chinois ne se faisant aucune illusion sur la probabilité qu'un tel sujet soit discuté au cours de ce G20, ils ont simplement voulu imposer ce débat dans les couloirs du sommet afin de faire passer un message, un avertissement officieux à tous les acteurs du système monétaire international :
Pour Pékin, le système Dollar, c'est fini.
Si personne ne veut préparer un système alternatif en commun, alors, cela se fera autrement.
Et leurs actes corroborent cette intention.
Un nouvel ordre économique est en marche, mais ce n'est absolument pas celui qui est espéré en Europe par Monsieur « du jamais vu ! ».
Il passera par la faillite de la finance publique américaine que tous les indicateurs indiquent pour être imminente.
Sans doute cet été, dans la torpeur du mois d'août.
Alors, ce sera bien le « chacun pour soi » et vogue la galère.
Rendez-vous en septembre : le vrai septembre noir !
DD.
I² : Perso, les scénarii catastrophes, ça m'a toujours amusé !
2010 l'année d'un redressement généralisé sur un « ordre financier nouveau » ?
Eh bien pourquoi pas ?
Je rappelle que dans cette hypothèse, l'Euro peut prendre le relai.
Mais là encore, je n'y crois pas : ce sera la nouvelle monnaie de la péninsule arabique qui fera la différence.
Jusqu'au jour où à son tour elle s'effondrera car, assises sur le pétrole, celui-ci va se faire détrôner dès que les USA y trouveront avantage.
Et mon « papier » de jeudi est aussi là pour l'évoquer.
Maladroitement peut-être, mais j'en suis certain...
Et de nouveau l'US dollar pourra retrouver son rôle de « fabricant de dette » : car c'est la seule monnaie qui peut être tirée sur papier filigrammé et se dévaluer aussi sec sans que personne n'y puisse vraiment rien pour rester dominante.
Mais n'étant pas un spécialiste, je peux me tromper.
Rendez-vous pris, DD !
On verra bien, car après la pluie... le beau temps, de tous temps.