La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
Donnant-donnant : Je te donne mon argent, tu me donnes ton bonus.
C'est le marché « donnant-donnant » mis en mains par le gouvernement l'autre jour, et ceux qui ne l'accepteront pas devront « s'adresser à un autre guichet » avait précisé Madame Lagarde.
Premier problème : l'État n'a pas d'argent, sauf celui qu'il confisque sur-le-champ au contribuable ou qu'il emprunte (il sera confisqué dès l'an prochain pour assurer « le service de la dette »).
Deuxième problème : le bonus ne peut se donner qu'en respectant un contrat de travail, et en recevant l'aval des actionnaires ; une simple décision politique peut-elle effacer le droit des sociétés et les obligations contractuelles ?
Non bien sûr...
Mais, apparemment, ce sont des détails d'intendance qui n'arrêtent pas nos relanceurs keynésiens de « gouvernants ».
On est dans l'urgence, donc on est dans l'arbitraire.
Le principe du « donnant-donnant » ne serait-il que le fruit de circonstances exceptionnelles et de la panique d'un gouvernement en mal d'idées mais en veine de slogans ?
Malheureusement, et ce n'est pas par hasard que notre Ministre de l'Economie, éminente juriste qui sait peser ses mots, a parlé de « guichet ».
L'intention affirmée par nos dirigeants est de passer de l'économie de marché à « l'économie de guichet ».
Il n'est plus nécessaire d'être en harmonie avec les besoins des clients, il suffit d'être en accord avec les règlements des bureaucrates.
Voilà l'un des aspects de ce « retour de l'État » salué avec enthousiasme par des millions de personnes ignorantes de l'histoire contemporaine, et par une élite assoiffée d'un pouvoir économique que la mondialisation a arrachée aux prédateurs pour le donner aux consommateurs et aux producteurs.
Les vraies clauses du contrat « donnant-donnant » sont pourtant bien simples.
1 - Il y a d'abord : « Tu me donnes tes impôts, je te donne mes fonctionnaires et mes protégés ».
La « Gauloisie magnifique » est devenue le pays le plus fiscalisé d'Europe, parce qu'elle a aussi le secteur public le plus développé et la dépense publique la plus croissante.
2 - Il y a une suite obligée : « Tu me donnes ton travail, je te donne mes grèves ».
La grève générale du 29 janvier dernier et celle d'aujourd'hui sont là pour démontrer qu'en pleine crise, la « Sublime Gauloisie » peut se payer le luxe de manifestations et des surenchères.
La fonction publique et les syndicats non-représentatifs paralysent le pays, et désorganisent le travail et la vie quotidienne, mais qu'importe ?
3 - Et il y a enfin : « Je te donne ta sécurité, tu me donnes ta liberté ».
Ça, c'est sans doute à ce troc que se ramènent tous les autres « donnant-donnant ».
Les Franco-gaulois sont apeurés : par la conjoncture économique, par le choc des civilisations, par le chômage, par l'effondrement de leur pouvoir d'achat qui les mènent à la rue (d'abord par précaution, ensuite parce que les locataires indigents sont de nouveaux expulsables), et enfin par le réchauffement climatique et autres catastrophes environnementales annoncées.
Les dirigeants les rassurent : l'État veille !
(Dérivé du vieux slogan des années 80 d'un syndicat étudiant de droite extrême extrémiste : « Le GUD veille ! »)
À n'en pas douter, il va relancer la conjoncture, œuvrer pour la paix, intégrer toutes les cultures, soutenir les entreprises, dynamiser le commerce, et - grâce au Grenelle de l'environnement - sauver la planète !
Le crédo de « ces bons messieurs/dames »...
Mais pour réaliser ce programme, l'État a besoin de subventionner (donc de prélever), de réglementer (donc de brider l'initiative), de contrôler (donc de tout prendre en mains).
L'économie sera, demain, entièrement « régulée » !
Urbi et orbit !
Il en est même symptomatique que l'on sacralise l'économiste Eric Besson, un théoricien de la « régulation », terme élégant pour désigner le « dirigisme et la planification ».
Le poids de mots dans toutes leurs nuances, n'est-ce pas !
Le peuple de France verse-t-il peu à peu, comme le disait La Boétie, dans « la servitude consentie » ?
Le pouvoir a suffisamment de clientèle, de postes à créer ou à protéger, de manne publique à distribuer ; il ne manque pas non plus d'instructeurs (Éducation Nationale) ni d'informateurs (chaînes et radios publiques) pour éduquer, former, plier l'opinion publique à ses dogmes.
Chez nous, il n'y a pas de retour de l'État, puisque il n'y avait jamais eu de départ, mais il y a main basse de l'État sur tout ce qui est la vie, la création, le savoir.
Et puisque c'est à la mode, il faut faire un rêve : rêver d'un autre « donnant-donnant » :
« Je donnerais des impôts pour de véritables services publics. »
(N'est-ce pas Aetius...)
« Je donnerais des impôts pour qu'on me donne enfin une police, une justice et une défense dignes de ce nom, des équipements collectifs corrects, un enseignement digne et des fonctionnaires qui défendent les valeurs de la République, en commençant par le respect de la Loi. »
« Je donnerais des cotisations sociales pour être réellement bien soigné, pour avoir une retraite décente, à moindres coûts et pas à des kilomètres de là, pas quand je serai mort épuisé d'avoir été spolié toute ma vie ».
« Je donnerais des mandats à des parlementaires pour qu'ils tiennent leurs promesses et qu'ils me donnent ce que j'en attends : la limitation de leur pouvoir et la garantie de mes droits et libertés personnels ».
C'est ce que l'on a appelé jadis « le contrat social ».
Encore mieux pour finir : « Je ne plus donnerais rien à l'Etat, et il ne me donnera rien »
Il ne se mêlera de rien de mon bonheur personnel de vivre en citoyen honnête, ni de celui d'autrui !
Yes, we can ?
Ce n'était hélas qu'un rêve !