La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
Le partage de la valeur ajoutée.
L'autre soir, notre « Ô combien vénéré Président » s'est laissé à quelques confidences qui vont rebondir dès demain : convoquer les partenaires sociaux pour partager les « créations de valeur », plus pragmatiquement, les bénéfices de l'activité laborieuse.
Même que ça eût fait réfléchir les entreprises publiques qui aimeraient bien que la Nation actionnaire n'oblige pas à verser trop de dividendes, comme par le passé, dès cette année.
Avec une idée derrière la tête du chef, faire trois parts z'égales, l'une pour les actionnaires, l'autre pour l'investissement, la troisième pour les salariés (les acteurs sans qui rien n'est possible).
Très étonnant, mais ils vont y aller.
L'idée du « tiers-temps » (sans vouloir faire râler Michel), c'est un truc très vieux né dans la tête de dissidents de chez E. Leclerc : Un mousquetaire, c'est marqué dans son contrat de franchise, se doit 1/3 de temps à son magasin, 1/3 à ses affaires privées et le dernier 1/3, à sa centrale d'achat (et d'adhésion).
Fontannet, je crois (mais j'ai la mémoire qui flanche parfois), voulait que tous les lycées et collèges consacre 10 % du temps scolaire à des apprentissages... non scolaires !
Michel, pour faire baisser le niveau des prélèvements obligatoires, tout autant : 10 % d'activité sociale hors travail.
Gratuite, pas gratuite, je n'ai pas tout compris, puisque dans son esprit, c'est gratuit mais... avec contrepartie !
Et « Bling-bling », du coup, d'oublier non seulement l'existant en droit positif applicable tous les jours, mais ce n'est pas la première fois, et tout autant quelques contraintes... incontournables.
Personne n'est parfait, n'est-ce pas !
Même pas lui, justement « troisième larron » (en foire) pour représenter l'État et ses 50 % (55 ? 45 ?) de prélèvements obligatoires.
Autrement dit, non seulement avec son Parlement « quasi-à la botte », il fait et défait les règles du jeu (la loi et le règlement), mais il « suce » le sang desdits acteurs économiques en toute quiétude pour environ plus... du tiers, la moitié en fait.
C'est sans doute ça le libéralisme tant décrié !
Celui qui, à force d'interventionnisme depuis 1918, a fait faillite sous nos yeux encore tout émerveillés de l'effondrement d'un culte keynésien, qui renaît, hélas aussi sec, de ses cendres...
1 - La place de l'actionnaire, l'étalon décrié.
Soyons sérieux et comptons un peu. Imaginons que vous ayez gagné au Loto et que vous disposiez de quelques fonds (après avoir fait la bringue).
Vous investissez dans votre outil de travail et embauchez quelques « travailleurs réguliers » pour faire tourner vos machines nouvellement acquises et d'autres pour vendre votre production.
Prenons un rendement nominal de 5 % pour faire simple... attendu de vos « efforts » d'épargne.
Comptez qu'il vous faudra payer, on va dire globalement 1 % d'ISF (sauf si vous êtes le patron de droit), sur le montant de vos avoirs, soit, sur 10.000 environ 100 (pour être précis).
Mais vous eûtes également acquitté l'IR sur cet impôt génial (parce qu'il ne coûte rien à encaisser).
Soit environ 40 % sur une somme reçue au titre de vos dividendes, « abattue » de 40 %, plus CSG, CDRS et prélèvement sociaux à 13 % sur la totalité.
Sur 500, un prélèvement obligatoire de 185, ou un total de 285 !
Heureusement, le bouclier fiscal n'étant pas encore abrogé par la « gôche triomphante de retour aux affaires », on vous remboursera 35...
Gain net : 250 !
Chichti-chichti d'avec le fisc... à ce niveau-là.
Autrement dit, l'entreprise va devoir sortir du 10 % de rendement brut pour que vous ayez du 5 % net !
Mais pour ça, il faut qu'elle produise aussi de l'IS.
À 33,33 % le dit taux dudit Impôt sur les Sociétés, elle va devoir payer 500 sur un résultat brut de 1.500 !
15 % de rendement minimum exigé de toute activité laborieuse sur le capital investi !
Tout ça pour un pauvre rendement net de 500 !
Mais, mais, mais... 750 au total pour le Trésor, naturellement ! Nettement plus tiers...
Si vous n'avez pas ça sous le pied, bé « cass'toi pôve kon et délocalise là où tu peux... Nous, on veut que des riches sur le territoire ! »
Ça, c'est sans compter avec l'inflation... Mais, ça n'existe plus, paraît-il.
On est assez loin des 4,5 d'investissement pour 1 de CA, n'est-ce pas ?
Poursuivons.
2 - On nous dit qu'il faut investir. Un tiers.
Là encore, l'idée est assez géniale pour le Trésor public, puisque les opérations sur « capital » ne sont pas prises en compte dans l'assiette dans les opérations de taxation des revenus.
Hormis quand justement on « désinvestit » (les plus-values), dans de bonnes conditions, et l'éventuel intérêt versé au banquier à qui on a emprunté (pour les effets de levier financier qu'il propose... Et puis ça entretient l'amitié de son banquier... quand il est prêteur, naturellement).
Même calcul. Si j'ai mis 1.500 pour mes actionnaires, je mets 1.500 pour investir, donc je repaye 500 d'IS...
Soit une doudoune à hauteur de 3.500 par an pour 10.000 d'apport !
Pour amortir ce choc là, on pourrait compter en net : 10 % pour l'actionnaire, donc 10 % pour l'investissement égal 30 % de rendement en comptant l'IS.
Et un premier effet pervers !
Après tout, l'investissement, c'est aussi du capital... Donc l'année suivante, mes rendements vont baisser parce que 30 % sur 115 %, ça nous fait 34,5 % de l'apport en capital initial l'année suivante pour assurer le même « partage »...
Et ainsi de suite jusqu'à épuisement fatal.
3 - Mais si l'actionnaire reçoit 15 %, il nous faudra en assumer autant pour les salariés.
Là, on rigole ferme.
D'abord parce qu'ils sont globalement 10 fois plus nombreux que les « actionnaires », ce qui réduit profondément la portée du mécanisme pour chacun d'entre eux.
Mais en plus, ceux sont eux qui créent la « valeur ajoutée » par leur activité dans l'entreprise à « servir » (et se servir) des « investissements » et autres apports en machine (immobilier et tout le Saint Frusquin).
À moins de les remplacer par des machines, comme il a fleuré bon des années 70 à 90, détruisant ainsi des millions d'emploi au profit des asiatiques ! Ça c'est du bon investissement : tous les patrons vous le diront ! Ça ne fait jamais grève une machine et ça ne râle pas quand on la met en « chômage technique »...
D'autant qu'il existe déjà un mécanisme (et c'est là qu'on adule « l'intelligence pointue » du bretteur de l'autre soir, doublé d'une immense compétence en matière... de tout), puisque la participation gaullienne fonctionne déjà comme ça.
On va simplifier et dire que la formule légale est égale à la moitié (pas le tiers, non : la moitié) du bénéfice moins 5 % des capitaux propres (pas 15 ni 10, non 5 %), facteur de « S/VA » qui est un ratio propre à chaque entreprise représentant assez caricaturalement la part des rémunérations salariées dans la création de la « Valeur ajoutée » de l'entreprise.
La formule pourrait être adaptée en supprimant le « S/VA », en corrigeant « la moitié » par « le tiers » et en mettent 15 % au lieu de 5 %...
Autrement dit, plus rien au final, puisque 50 % des bénéfices, c'est déjà un plafond légal en cas de « dérogation » (qui fait mieux, forcément, que la loi) : plus de 50 %, c'est interdit.
On s'en tape, on peut aussi faire de l'intéressement qui n'a pas de limite (même dans les entreprises déficitaires : on y économise les charges et ça permet de payer plus sans perdre plus d'argent !)
Parce qu'avec 5 %, ça fait à peine quelques centaines de millions pour quelques dizaines de milliers de personnes. De l'ordre de 2.000 €/an par tête de pipe...
À peine un treizième mois pour quelques « happy few » !
D'autant que notre « Ô combien vénéré Président » nous a inventé une taxe de 2 % due par l'entreprise sur ces sommes-là (comme quoi, rien n'est jamais perdu pour les énarques). C'est dans la loi de finances de la « Sek Sok » de l'année.
Notez également que pour faire bonne mesure, la participation est bloquée pendant 5 ans, en général en banque sur des SICAV ou des FCP, alors qu'elle devrait être en fonds propres dans l'entreprise, ce qui assurerait un peu mieux la trésorerie « bas de bilan », accompagnée d'innombrables mesures de déblocages anticipés et d'une exonération d'impôt quand elles sont effectivement versées au bénéficiaire.
Passons, il suffira de ne plus les bloquer.
Mais elles deviendront imposables, au choix.
De toute façon, mettons de côté les mécanismes d'imposition qui portent alors le coût de la mesure à 45 % de rendement pour chaque euro investis en entreprise.
Ce qui est fondamentalement invraisemblable.
Par exemple, dans une entreprise du commerce, de celles qui font tourner le plus vite leur « argent », dont la valeur est égale à grosso modo 6 mois de CA, avec des marges de 18 % (un Intermarché, par exemple, adepte du tier-temps), mais dont la main d'œuvre est assez lourde pour représenter les trois quarts de la marge brute, il faudrait faire « tourner le cash » 22 fois par an !
Avec des stocks à 30 jours... c'est mathématiquement infaisable !
Quant aux industriels qui ont des stocks à 90 ou 120 jours, je ne vous dis pas.
Sans compter le poids des investissements en machine nettement plus lourd qu'un droit au bail.
Et alors, les agriculteurs, mazette, avec leur « stocks longs » (la viande sur pied, la luzerne, etc.) à 3 ans...
Et quant aux « pinardiers » et autres distillateurs qui murissent leurs bons crus 5, 10, ou 20 ans...
Il faudrait que par un tour de « baguette magique » à la « Bling-bling », on nous supprime toutes les taxes et impôts dus tout au long de la chaîne de fabrication de la « valeur ajoutée ».
Là, on pourrait espérer, peut-être et pour quelques niches, sortir du 15 % net pour pouvoir assumer ses délires !
Autrement dit, j'ai un peu le sentiment que « l'acculture économique » de ce pays (que j'aime tant) a frappé jusqu'au plus haut niveau de la boutique, l'autre soir.
Pourtant, il paraît que c'est là qu'on y retrouve la plus forte densité d'ultra-très « hautes compétences ».
Attendons donc de voir ce qui va ressortir de la « convocation du 18 » : on jugera bien sur pièce !