La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
Le « Capital », c'est quoi ?
Parti de l'idée « d'inceste » émise par VCRM la semaine dépassée antérieure, j'affirmais péremptoirement (je suis comme ça : un « instinctif » !) que le véritable « inceste » est d'abord dans les têtes, dans celles des « hommes à la manœuvre » (voir dans les commentaires).
Il s'agissait du « capitalisme sauvage » servi par des hommes, exactement les mêmes que ceux qui servent le « capitalisme d'État ».
J'avais tout faux !
Car s'il n'y avait que deux formes de « capitalisme », ça se saurait. Et que l'État se fasse « capitaliste industriel » ou « capitaliste ultime » ou non, c'est d'une simplification rare qui recouvre un amoncellement de contre-sens jusque dans les « têtes bien faites », dont on voit aujourd'hui les dégâts sur les « marchés ».
La faute à Marx !
J'aime bien sa lecture - un peu désuète - quand il décrit la formation du « capital » et ses conséquences sur la vie du prolétariat.
Elles ne sont pas fausses et restent d'actualité.
Sauf qu'il ne décrit qu'une seule forme de « capitalisme » et ignore superbement la notion de « marché » et de « besoins à satisfaire ».
Mais ce n'est pas une tare rédhibitoire (j'ignore bien tant de choses moi-même, jusqu'à l'étendue de ma propre ignorance...).
Personnellement j'en vois 4. Quatre formes de « capitalisme » et d'innombrables sous-ensembles, présume-je.
La première - et Marx la mentionne (sans la nommer) tout en constatant son annihilation, sa dissolution dans le statut de prolétaire - est un « capitalisme d'usage ». De jouissance disent les juristes (dont je suis encore... au moins un peu).
C'est lui qui est le primaire.
L'accumulation de biens dont on est titulaire de l'usus, du fructus et même de l'abusus des z'antiques latins ne produit rien d'autre que de la « jouissance ».
J'ai un « tas de boue sur roulette », parqué sur la voie publique. J'en use à ma guise (ou presque). Il ne me procure que l'aisance de pouvoir me déplacer rapidement d'un endroit à un autre à n'importe quel moment (s'il veut bien démarrer, si je respecte un certain nombre de contraintes « techniques », si je peux circuler sur des voies aménagées à cet usage) : Il ne produit rien d'autre que mon droit à en jouir.
Idem pour mon logement. Pour mon frigo, etc.
Je sais faire une addition de tête (... quoique...), mais à part compter mes avoirs (enfin... plutôt mes découverts perso), jouer à la « tête au nord » (verlan du « Sud au Kul »), pour me distraire, m'occuper l'esprit (et m'éloigner de Dieu aurait dit Pascal), ça ne sert finalement qu'à compter les points à la belotte : je peux m'en passer pour respirer, boire, manger, bouger (.fr) !
Notons que ce capitalisme-là est « budgétivore ». S'il ne produit rien que ma « jouissance », il consomme de la « valeur », ne serait-ce que pour l'entretenir, le conserver, le maintenir.
De même, il en a consommé pour pouvoir le constituer.
Coût annuel estimé ? Entre 3 et 5 % de sa valeur potentielle. Tout dépend de son origine, de sa nature, de sa fiscalité.
La seconde : Pour l'essentiel, Marx ne décrit que le « capitalisme industriel ».
Lui, produit des choses, des services, destinés à la revente : il est « fructueux » au sens des latins signalés ci-dessus.
Pour cela, il achète des « matières premières » (ou semi-premières), y incorpore du « travail » (le Labor antique) humain ou d'autres biens, évanescents (les fluides) et durables que sont les « machines » pour en faire des produits « semi-finis » ou aptes à la consommation (usage et « fructage ») d'autrui.
En cela, il est dans la droite ligne des physiocrates, pour qui le seul bien « mesurable » (ce n'est pas le terme qu'ils emploient) reste la terre nourricière, pour être quantativement limitée (problème que l'on retrouve sur une toute autre mesure, écologique celle-là et son pendent : la « durabilité »), mais en y ajoutant la notion de « valeur ».
Chez Marx, la « valeur », c'est celle de l'échange commercial.
Il n'a pas vu le « marché », la notion de prix d'équilibre entre quantité d'offres et quantité de demandes à un instant « t0 » qui forme le prix.
Par contre, il a vu le rôle de la monnaie, qui permet une vente immédiate en vue d'un achat ultérieur, dépassant le rôle du « troc », outrepassant le « t0 » immédiat pour se projeter à « t0 + x ».
Il a aussi très bien décrit la « valeur » capitalisée, qui est l'exacte différence sur la période entre de deux « achats/ventes » successifs, entre « t0 » et « t0 + x », et donc la formation d'un « capital » résiduel (qu'il appelle « plus-value »).
Il décrit assez bien le mécanisme d'exploitation du prolétariat comme d'une « valeur » à incorporer dans la valeur finale de la chose produite.
Prolétaire qui est soumis à un « flux tendu » (« t0 = t0 + x », « x » tend vers zéro), dans la satisfaction de ses besoins qui l'empêche, lui, de capitaliser.
Par contre, si ses notions sur la productivité restent d'actualité, notamment dans sa vision du machinisme, ses remarques sur le « temps de travail » sont pour partie désuètes, même si « Bling-bling » avec son « travailler plus pour gagner plus » est exactement dans la droite ligne du « capitalisme » du XVIIIème et XIXème siècle, celui « d'arrière grand-papa ».
Notons que ce capitalisme-là est « créateur de valeur ». Il est « fructidor ».
Pour survivre, j'estime qu'il doit au minimum produire 5 % de rendement de sa « valeur capitalisée », sinon il disparaît dans une lente agonie ou emporté dans un soubresaut conjoncturel. Mais, compte tenu des charges qui se sont accumulées sur lui au fil du temps (fiscales, sociales, recherche et développement, écologiques récemment), il n'est « durable » à long terme qu'avec des rendements à deux chiffres. Disons qu'un 18 % le rend solide.
En deçà, il faut améliorer la performance, au-delà, le titulaire poursuit une stratégie « agressive ».
La troisième, c'est historiquement le « capitalisme d'État ». La réponse collective à l'individualisme. D'abord imposé par les « marxistes-léninistes » en Russie et jusqu'à l'ère de Gorbatchev, mais tout autant par les Keynésiens et la période de reconstructions des dévastations de l'Europe dont surtout la « Gauloisie meurtrie » dont il a fallu refaire jusqu'aux cartes de certaines régions z'entières...
Et nulle part d'autre ailleurs !
Non seulement l'État n'appartient plus à personne puisqu'il est à tout le monde dans les démocraties avancées, mais en plus, il ne peut plus se permettre de laisser-faire ou laisser-aller... n'importe qui ni n'importe quoi : il y a devoir d'ingérence dans les affaires privées !
Collectivement on est effectivement plus efficace que seul : sa neutralité a donc volé en éclat sur les « plaines » martyre de la Meuse à peu près au même moment que sur celles de Russie...
Pour ne pas l'avoir compris (mais on ne peut pas leur en vouloir : ils n'ont pas vécu la même difficulté, se contentant de mobiliser le « matériel humain » et le « capitalisme industriel » dans deux efforts de guerre monstrueux en une génération et demie) le monde des anglo-saxons a payé le prix de la crise de 1929 au prix fort.
Et tout le monde par ricochet...
Ce « capitalisme d'État » est-il légitime ? Naturellement en période de crise grave. La guerre emporte une réponse positive.
Hors la « guerre » ? OUI répondent les keynésiens parce qu'il y a aussi des crises sociales et économiques, le « capitalisme industriel » étant soumis à des cycles (des aléas, climatiques, sociologiques, etc....) dont les chocs (au moins sociaux) peuvent et doivent être atténués par la puissance publique.
C'est le new-deal de Roosevelt, le front populaire en « Gauloisie millénaire ».
Le « capitalisme industriel » est le meilleur outil pour satisfaire les besoins socio-économiques insistent les libéraux et néolibéraux. Le « capitalisme d'État », et c'est une évidence depuis l'effondrement des économies planifiées, ne peut pas vraiment s'y substituer durablement, mais il est nécessaire semble nous hurler les événements récents.
Plus prosaïquement, je dirais qu'il est bien naturel que ce qui appartient à tous, les routes, les bâtiments publics, les pouvoirs régaliens - justice, défense du territoire, police, diplomatie, etc. - appartienne à l'État, à charge pour lui de l'entretenir et d'en user au meilleur coût possible.
Mais au-delà, aujourd'hui, quand l'État nationalise les dettes et privatise les profits ?
Est-ce bien légitime ?
Notons que ce capitalisme-là est également « budgétivore ». Il coûte au mieux 15 à 20 % de toutes les créations de valeur.
En « Gauloisie paradisiaque », il en coûte entre 45 et 50 % ! Deux fois plus que n'importe tout ailleurs, mais encore faut-il rappeler que l'on y met aussi toutes les « sommes redistribuées » par les régimes sociaux : la comparaison devient, dès lors, difficile avec d'autres pays.
Disons, pour comparer les flux entre « fiscalité globale » et « régimes sociaux » tout confondu, qu'il coûte entre 20 et 25 % de toutes nos créations de valeur.
Peut donc mieux faire.
Si MA question se pose, c'est qu'est né subrepticement un 4ème capitalisme depuis l'ère Reagan/Thatcher et les dérégulations qui ont été initiées.
Le « capitalisme financier ». Énorme celui-là et en deux décennies seulement !
Formalisé dans le fameux « Consensus de Washington », il guide les instances internationales dans leur choix, y compris jusqu'en Europe et sa BCE, mais tout autant dans l'actuelle politique de « Bling-bling » et la privatisation de la Poste, de GDF, demain de RFF, hier Areva, les banques d'affaires, Airbus/EADS, les autoroutes et même le « Tunnel sous la Manche », etc.
Sans « régulation », ce capitalisme-là a généré une bulle monétaire déconnectée des réalités. On estimait qu'un banquier du début du XXème avait des fonds propres équivalent à 60 à 80 % des encours et crédits consentis.
Autrement dit, avec 100, le banquier peut prêter de 125 à 166, créant « 25 à 66 de monnaie » supplémentaire.
Cooke proposait un « ratio » de solvabilité du même nom de 3 % (avec 100, la création monétaire est de 3.200) dans les années 90, remplacé en 2004 par le « ratio McDonough », à hauteur de 8 % à l'occasion des accords « Bâle II » (c'est la norme retenue en « Gauloisie magnifique » par arrêté ministériel).
Avec 100, un banquier peut créer 1.150 de monnaie supplémentaire, directement investis, distribués sur le marché de la consommation, à satisfaire des besoins.
Vous imaginez l'effet de levier de la « création monétaire » !
Ces 1.150 servent à acquérir, auprès d'autres acteurs « laborieux », d'autres biens et services, qui se retrouvent peu ou prou en fonds propres dans les outils de « capitalisation » offerts à l'épargne provisoire (le fameux différé décrit par Marx : FCC, FCP, SICAV, PEP, PEA, Assurances-vie en « Gauloisie sublime » pour les plus connus), qui vont eux-mêmes re-générer des fonds propres qui eux-mêmes font servir de supports à de nouveaux prêts, qui eux-mêmes, etc.... à l'infini.
D'autant qu'on peut aller encore plus vite avec les produits dérivés, qui rassemblent ces actifs « flottants », plus vite, plus haut et plus loin.
Là où le « capitalisme industriel » produit 18 pour 100 par an, le « capitalisme financier » génère au minimum 1.150, démultiplié à l'infini (sans asymptote) dans un monde devenu « petit village » et où le temps résiduel (le « x » de « t0 - t0 + x », le même qui réduit à « l'esclavage » le prolétariat de Marx : belle revanche !) est réduit à l'infinitésimal.
En 2002 on estimait que la totalité des transactions financières représentait 19 fois le PIB mondial.
En 2006 on l'estimait encore à 33 fois. Depuis, le 19 mars 2006, les chiffres ne sont plus publiés.
On « pilote » désormais à l'aveugle...
La faillite de la Barings aurait dû nous alerter.
Plus proche de nous, l'affaire Kerviel était l'ultime point d'orgue qui annonçait la déroute du « Consensus de Washington » et la crise du « subprime ».
Une réédition de la faillite de « l'Amérique profonde », ultra-endettée en 1929 ?
Peut-être.
Pourquoi cette situation ?
Tout simplement parce que n'est plus banquier (au sens de celui du XIXème siècle, le « capitaliste » de Marx) celui qui possède des « avoirs », mais celui qui les gère... sans jamais les posséder.
Ce sont donc d'abord « ces têtes » là qui sont responsables de la situation, celles des « hommes à la manœuvre ».
Nous verrons (peut-être) cela demain.
I²
PS @ Incognitoto (et à tous) : Je t'avais dis que j'y réfléchirais.
C'est fait. Et ce n'est pas fini.
Bonne journée.