La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
Le rapport d'information n° 946 de l'Assemblée Nationale.
C'était jeudi dernier (le 5) et on nous l'avait annoncé depuis la veille (après un « ballon d'essai » élyséen la semaine précédente) : l'AN allait remettre son rapport et nous mettre en évidence 486 « niches fiscales » au coût « surréaliste » de 73 milliards d'€ !
Soit 27 % des recettes fiscales étatiques nettes, quelques 3,8 % du PIB prévisionnel retenu par la loi de finances, nettement plus que le seul impôt sur le revenu !
Globalement, c'est 200 « niches » de plus que le Canada, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, apprend-on pour l'occasion ! Champion du monde toutes catégories, les « Gaulois » ?
Que nenni ! Même pas des amateurs : nos 3,8 % du PIB sont à comparer aux 6 % espagnols et 15 % canadiens !
Nos 27 % des recettes fiscales sont à comparer aux 60 % canadiens ou américains !
Bref, des nains !
Mais pour nous, voilà l'occasion ou jamais d'ouvrir une « rubrique spéciale niches fiscales » dans ces colonnes ! Depuis le temps que j'en cause... et remets à demain ce qui peut commencer à être fait aujourd'hui !
Et tant pis si c'est rébarbatif à vos neurones de lecteurs assidus : ça vaut le détour.
Car dans leur « très grande sagesse », les membres de la mission d'information parlementaires « bien nés », ne retiennent que les données fournies par la DGI, là où le Conseil National des Impôts, en 2003 et à l'occasion de son 16ème rapport, tentait d'évaluer (à 55 milliards d'euros sonnants et trébuchants) la « dépense fiscale », avec d'infinies précautions et pas loin d'une demie dizaine de sources d'information : la matière n'est pas simple !
D'ailleurs, nos « députés-élus » estiment que leur évaluation n'est pas fiable : 16 % seulement (1/6 !) le sont avec un niveau de fiabilité « très bon », 26 % d'un « bon niveau », ce qui laisse 58 % des mesures (282 tout rond sur 486) dont l'impact sur le « phynance publique » n'est pas fiable, incluant 14 % (68 mesures) dont il est absolument impossible de chiffrer, même par approximation, l'impact !
Voilà qui est précis... dans l'imprécision !
Qu'à cela ne tienne : on peut toujours faire semblant d'en causer doctement : Et ils s'y emploient, nos élus (ce qui est bien naturel, puisque c'est dans leur fonction de causer de tout !)
Le CNI d'il y a 5 ans était bien plus précis au moins quant à la méthode : pas loin de la moitié de son rapport, pour expliquer les méthodologies d'évaluation retenues et leurs forces et leurs faiblesses et leurs approximations !
Qui étaient nombreuses...
Passons : la commission d'information parlementaire ne s'intéresse qu'aux « dépenses fiscales ».
Ça veut dire que dans leur langage, il y a d'un côté les « dépenses budgétaires », l'essentiel est d'ailleurs dans la loi fiscale débattue tous les ans au Parlement.
Et ensuite les « dépenses fiscales », elles-mêmes débattues lors de leur instauration, mais qui peuvent s'étaler sur plusieurs années et sans débat quant à leurs effets, tant qu'elles ne sont pas « rapportées » !
Alors que pour la plupart des « fiscalistes » diplômés, la « niche fiscale » c'est et ça reste « une dérogation à la règle », au principe (et pas toujours dans un sens favorable au contribuable) !
Nette différence quant à la portée largement plus puissante et aux effets bien plus énormes.
Mais il faut comprendre le pouvoir législatif : une « dépense fiscale », ça lui échappe !
C'est une recette qu'il a abandonnée.
73 milliards manquants, plus que l'IR, à peu près l'équivalent de la CSG, presque le double du déficit budgétaire voté : une paille ! Il ne peut pas rester insensible.
D'autant mieux que le pouvoir exécutif semble (au moins pour une grosse moitié) ne pas savoir évaluer !
Même pas un gag, mais bien une inquiétude majeure !
Et il n'y a pas que ça : La commission estime, sur le « petit bout » qui ne lui a pas échappé, c'est que l'essentiel de ces évasions profitent « aux particuliers », là où le CNI évaluait à un tiers l'enveloppe de 55 milliards d'antan !
39,4 milliards « aux particuliers », contre 18,3.
Conséquence immédiate, ça veut aussi dire que là où les entreprises bénéficiaient de la grande générosité du législateur à hauteur de 36,6 milliards il y a 5 ans, on est subrepticement tombé à 33,6 milliards !
On ne voit pas bien où, mais passons... Peut-être dans les « niches sociales » ?
En tout cas ça explique assez bien les difficultés de plus en plus sérieuses de bien des entreprises du tissu économique national, de celles qui procurent produits, services et emplois aux « localisés » qui n'ont pas encore pu « voter avec leurs pieds ».
Hors sujet, de toute façon...
Car au final, c'est toujours le consommateur qui finit par payer, quand il a encore les moyens.
Par contre, là où ça commence à être drôle, c'est le déroulé du raisonnement de la commission d'information. Elle commence par expliquer que ce qui « pèse » le plus. Et devinez quoi ?
Toutes mesures votées par lui-même il n'y a pas si longtemps.
Mais il y en a bien d'autres : pas moins de 37 « niches » qui coûtent chacune plus de 250 millions d'euros...
Et point d'évocation des PEA ! Et pour cause : en ces temps de bourse chahutée, faire des plus-values sur actions, même exonérées, ce n'est pas évident...
Une grosse partie de ces « niches » - et c'est là le plus drôle - vont au soutien de l'économie et de l'investissement dans les DOM-TOM (qui vivent ainsi sous perfusion), plus un bout pas moins conséquent pour autant, qui va à la restauration du patrimoine historique et architectural de nos paysages urbains !
Bé devinez quoi ?
Ce sont eux qui sont dans le collimateur !
Par deux mécanismes : l'impôt minimal et l'idée d'un plafonnement des avantages !
Faut dire qu'il y en a qui s'en occupe de leur optimisation fiscale : On apprend ainsi que l'IR, normalement à taux progressif (jusqu'à 40 % des revenus imposables par foyer) serait en fait dégressif : Les 5.000 plus hauts revenus du pays ont un taux moyen d'imposition de 36 % (la bagatelle !), de 35,2 % pour les 1.000 plus élevés, de 32,5 % pour les 100 plus forts, qui chute à 24,2 % pour les 10 plus gros contribuables !
Comme quoi, il n'y a pas que des nains fiscaux, dans ce pays, même chez les rupins (et avant la loi TEPA et le « paquet fiscal » tout ça, mes amis) !
Ainsi, 116 contribuables parmi les 1.000 ayant déclaré des revenus parmi les plus élevés, ont réussi à réduire de 93 % leur impôt personnel à taux progressif et de 75 % de celui à taux proportionnel !
Réduisant la facture fiscale normalement due évaluée à 1 million d'€... SI !1 million d'euro d'impôt... Je ne rêve pas !
150 d'entre les 10.000 contribuables aux revenus de référence les plus élevés (de l'ordre du million d'euros) ne payent même pas d'impôt !
(Et je ne suis pas dedans, en plus !)
100 d'entre eux ont même réussi à se faire restituer un peu d'impôt de la part du Trésor, alors qu'ils avaient des revenus de référence imposables supérieur à 11,9 millions € !
Je la trouve excellente !
Voilà deux « niches » qui ont du souci à se faire !
Et pourtant, pour la dernière, « l'Association des demeures historiques » indique estimer à 46,8 millions d'€ les contributions sociales générées par l'activité des salariés qui restaurent ces patrimoines, à 10,4 millions d'€ les recettes de TVA et autres impôts commerciaux qui vont avec et à 34,5 millions les recettes fiscales dues aux impôts sur le fortune, droits de mutation et taxes locales sur ces biens !
Bilan ? + 91,7 - 70 = 21,7 millions de plus pour les caisses publiques et des châteaux tout neuf plus une administration des architectes des bâtiments de France au petits oignons...
Sans compter que pour 10,4 M€ de TVA, c'est entre 50 et 100 millions de dépenses !
Perso, je ne voudrai pas être le député qui viendra expliquer à ses électeurs que l'IR devra tripler pour parvenir à entretenir le patrimoine historique, au moins aussi bien qu'avant !
Mais bon, je vise l'Élysée, vous le savez bien (pour sa cave), pas la députation...
Ce qui n'empêche pas la commission parlementaire d'émettre quatorze propositions, en toute bonne conscience, et selon son ordre de priorité personnel tout à fait préférentielle :
Vous voilà prévenus !
À vos calculettes, pour vos prochains investissements et futures « dépenses » !
Nota* : mesure qui a fait réapparaître à la lumière du jour toute une économie souterraine des travaux à domicile ! Pas loin de 50 milliards de chiffre d'affaires, redevenus imposables et taxables notamment au titre des salaires versés au « petit personnel » laborieux !
Nota** : Ce sont quelques 200 milliards qui financent les déficits publics : Le « gaulois natif » n'aime pas qu'on lui pique du pognon, mais il aime bien prêter à ses rois !
Nota*** : Celle-là est excellente ! Il s'agit de ne pas payer l'impôt deux fois sur les mêmes sommes ! Ce n'est pas une « niche » !
Quelle mauvaise foi de la commission !
Explication : quand vous recevez 1.000 au titre du versement d'un dividende, c'est-à-dire le résultat de votre investissement dans une société qui fait des bénéfices, c'est que la société a déjà versé 500 au titre de l'IS.
Si les 1.000 étaient imposés à 100 % au taux marginal de 40 % du barème de l'IR, c'est 900 qu'encaisserait le Trésor, sur 1.500 de profit (soit 60 %) ! Il vous resterait 400 pour payer les prélèvements sociaux et vous pourriez être fier d'avoir un gain net de 290/1.500 !
Avec l'abattement, l'IS et les prélèvements sociaux, la collectivité taxe 850 pour 1.500 (de profit faits sur « la tête des laborieux »), soit un des taux parmi les plus élevés de prélèvements obligatoires, de 56,6 % !
À ce prix-là, il n'y a guère que les bons anonymes qui soient encore moins bons...