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La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture

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Pour une bouchée de pain !

 
Ou comment créer de la valeur…
 
Nous sommes au pays « Du Bonheur Caché ». Y vivent Monsieur Duchamp, agriculteur de son état, qui fournit chaque jour 3 (petits) sacs de blé à Monsieur Meunier. Celui-ci possède un moulin et fabrique tous les jours 3 (petits) sachets de farine. Ils sont remis à Monsieur Dupin, boulanger de profession, qui peut cuire 3 (petits) pains.
Ces trois personnes se retrouvent après quelques moments de doux labeur pour se répartir les pains et devisent le reste du temps sur la nature humaine, sa condition, ses heurts et malheurs.
 
Un jour, Monsieur Boulanger fait une déprime : Sa chatte (qui se nourrit à chasser les souris attirée par la farine) n’est plus là et ce fut la (petite) disette pour tous. Il fallait remédier à ce type de situation.
Ils firent venir Monsieur Peutibobeau, médecin, pour remettre rapidement sur pied le malade du pays. Il y parvint assez vite (la chatte de Monsieur Boulanger étant revenue).
Rapidement la situation devint impossible pour cet homme de sciences, puisqu’il ne pouvait jamais manger de pain, soit parce qu’il ne travaillait pas et n’était pas nourri en retour, soit, parce que quand il travaillait, le pain ne pouvait plus être fabriqué (faute de blé, de farine ou de pain) !
Et il n’était pas question de nourrir quelqu’un sans qu’il fournisse un travail : Il ne voulait d’ailleurs pas et c’était tout à son honneur.
 
On fit alors venir Monsieur Kicétou. Polytechnicien et énarque. Il trouva la solution. Après maints calculs compliqués, il proposa de s’équiper et de s’organiser pour produire 16 pains par jour !
La moitié de ces pains serait prélevés entre les mains de chacun et il présenta les choses de la façon suivante :
– 25 % financeront l’activité de Monsieur Salsceau qu’il fallait faire venir. À charge pour lui de verser un pain à chacun pendant les périodes de disette provoquée par la maladie ou la tempête (pain de substitution). Il pouvait même rembourser le coût des bons soins prodigués par Monsieur Petitbobeau (prestation en nature).
– On inventa une « Takse » de 20 % sur tout produit, mais qui avait la particularité d’être déductible de la taxe payée dans l’acquisition d’un autre produit, entre assujettis créateurs de Valeur Ajoutée.
– Pour compléter le budget de Monsieur Kicétou, on inventa un « petit pain » de 15 % sur ce qui restait entre les mains de chacun. Il servira à financer son activité et celle d’un Monsieur Cantonnier qu’il fallait aussi faire venir pour être chargé d’entretenir les chemins et berges empruntés par Monsieur Routier qui était candidat pour livrer deux pains à chacun et transporter farine et blé entre les différentes « acteurs économiques » du pays.
En effet, pour produire 16 pains, il fallait travailler un peu plus de cinq fois plus qu’originellement et disposer d’un réseau routier optimum, sans nid de poule, ni arbre abattu par les coups de vent ! Logique.
 
Tout le monde était subjugué par ce projet qui allait augmenter la richesse de chacun (on doublait les revenus bruts parce qu’ils étaient tous promus « acteurs économiques » : Ca valait bien ça !), il en fut fait comme proposé.
« L’un petit pain » devient très vite « l’Unpôt » parce qu’on discutait autour d’un pot du bon usage des pains prélevés. Messieurs Peutibobeau et Salsceau se firent appeler respectivement, Graubobeau et Sceaucial.
Évidement, les grincheux firent remarquer que souvent on mangeait du pain rassis mis en réserve par Monsieur Sceaucial pour les mauvais jours. Mais au moins on mangeait à sa faim… Tous les jours.
 
Monsieur Kicétou fit la Une de la presse mondiale : Il était le seul au monde à avoir pu créer de la valeur avec un taux de croissance à 3 chiffres ! Trois chiffres pour mesurer le « PIB » (qui ne voulait rien dire, sauf pour les savants), ce n’était pas rien dans l’univers des humains de l’époque.
Il avait doublé le « PIB » par tête d’habitant tout en plus doublant la population ! C’était un héros qui pouvait espérer les plus hautes fonctions internationales, faire l’admiration des populations ébahies et postuler à un Prix Nobel !
 
Le pays « Du Bonheur Caché » devint une attraction touristique mondialement réputée et en perdit son nom.
On l’appela d’abord le pays « Des Lumières », mais ça ne plaisait pas trop aux français très à cheval sur leur gloire passée (et qui voulaient surtout rester la première destination touristique mondiale). 
On essaya alors « Du Bonheur gâché », mais c’était contre-productif en terme d’image pour Monsieur Kicétou, le héros national envié par le monde entier.
On opta pour « Franc Paradise ». Ca sonnait bien, mais ça ne voulait rien dire, ou plus exactement son contraire : Rien de paradisiaque (on ne devisait plus mais on se tuait au labeur) et certainement pas « franc » (comme un port franc, une zone franche), et franchement, si le paradis devait ressembler à ça, cela n’avait forcément rien de vrai ni d’irréprochable…
 
C’est alors que, sans raison, commença l’exode : On parla de « délocalisation ». C’était politiquement plus correct !

Mais c’est une autre histoire…

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