Souvenir, souvenir…
La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement en Europe le 8 mai 1945, à 23 H 01, au lendemain de la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie.
Le Général Alfred Jodl (55 ans) signe, dans la nuit du 7 au 8 mai, à 2 H 41 à Reims, la capitulation sans condition de l’Allemagne toute entière. Ayant retenu les leçons de la première guerre mondiale et de son armistice à Rethondes le 11 novembre 1918 à portée de canon des tranchées, les alliés non seulement occuperont tout le territoire allemand, mais exigeront une défaite militaire et pas seulement politique. Il en avait été décidé ainsi quelques mois plus tôt au sommet de Yalta, sur les rives de la Mer Noire.
Côté vainqueurs, cet acte de capitulation est signé par le Général Walter Bodell-Smith, chef d’état-major du Général Eisenhower, commandant suprême des Alliés, et le Général soviétique Ivan Sousloparov. Le Général François Sevez, chef d’état-major du Général De Gaulle, est invité à le contresigner à la fin de la cérémonie… en simple qualité de témoin.
La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23 h 01. Même si certaines troupes allemandes résisteront au-delà de cette date, notamment dans la place forte de Saint-Nazaire, base avancée des U-boot qui avaient si dramatiquement étrillé l’Atlantique.
Pour Staline, l’allié soviétique, il ne suffit pas que la capitulation soit signée à Reims, dans la zone occupée par les « Anglo-Saxons ». Il faut aussi qu’elle soit ratifiée à Berlin, au coeur du III ème Reich, ville durement arrachée par l’Armée Rouge, dans la zone d’occupation soviétique donc, qui s’étend jusqu’à la ligne Oder/Neisse (deux fleuves sur les rives desquels les chars de Patton faisaient face à ceux des soviétiques). Cette formalité est accomplie le lendemain 8 mai 1945, à 15 heures, au quartier général des forces soviétiques du maréchal Joukov, dans le quartier de Karlshorst.
La France, bien qu’officiellement retirée de la guerre depuis l’armistice du 22 juin 1940, est présente lors de la signature de cet acte de capitulation. Charles de Gaulle avait convaincu Winston Churchill d’accorder ce privilège à son pays. Pour le chef de la France libre, le conflit qui s’achevait avait commencé non pas en 1939 mais en 1914. Au terme de cette guerre de trente ans, il estimait que son pays avait bien mérité de prendre sa part dans la Victoire. Le gouvernement du Général de Gaulle est donc représenté à Berlin par le chef de la 1ère armée française, le Général Jean de Lattre de Tassigny. Lorsque celui-ci exige qu’un drapeau français soit joint aux drapeaux anglais, américain et soviétique dans la salle de capitulation, il s’attire cette réflexion d’un officier britannique : « Et pourquoi pas le drapeau chinois ? ». Le maréchal Keitel, commandant en chef de l’armée allemande, s’exclame pour sa part en voyant le drapeau français : « Ah, il y a aussi des Français ! Il ne manquait plus que cela ! »
Les chefs d’État et de gouvernement alliés, dont le Général de Gaulle, pouvaient annoncer simultanément sur les radios la cessation officielle des hostilités en Europe. Aux États-Unis, l’annonce de la victoire revient au Président Harry Truman. Son prédécesseur Franklin Roosevelt, qui avait conduit l’engagement des troupes US depuis le désastre de Pearl-Harbor, étant mort d’épuisement et de maladie quelques mois plus tôt, le 14 avril 1945.
La guerre ne se termine cependant pas avec la capitulation de l’Allemagne nazie... Le Japon de l’Empereur Showa, allié d’Hitler, poursuit un combat désespéré contre les Américains dans l’océan Pacifique. Rejoints symboliquement par quelques bâtiments de la Marine française (dont un croiseur lourd, de la classe du « Richelieu »).
Il faudra les deux explosions nucléaires d’Hiroshima (bombe à l’uranium 235) le 6 août 1945 et de Nagasaki (bombe au plutonium 239) le 9 août, pour amener ce pays à la capitulation. Il faut dire que la résistance exceptionnelle des troupes japonaises à Okinawa avait fait méditer l’état-major américain : Très peu de prisonniers, mais d’immenses pertes humaines et matérielles pour conquérir chaque rocher ! Sans compter les flottilles aériennes entières de Kamikazes, infligeant des dégâts sévères à la 7ème flotte. Les bombardements massifs de la ville de Tokyo, qui duraient d’interminables heures, ne laissant que ruines et cendres, n’affaiblissaient en rien la détermination de la population : il fallait employer un moyen radical de destruction massive ! C’était le début de la « dissuasion » appliquée, qui ouvrira l’ère de la « guerre froide ».
C’est donc seulement 2 septembre 1945, sur un croiseur américain mouillé en baie de Tokyo – je ne sais plus lequel, peut-être l’USS Missouri – près de quatre mois après celle de l’Allemagne, que prend donc véritablement fin la Seconde Guerre mondiale. L’annonce de ce rendez-vous annoncé dès avant la mi-août par l’Empereur, provoqua nombre de suicides par hara-kiri chez beaucoup d’officiers, tous tournés vers le Palais impérial.
Depuis lors, négligeant de commémorer la capitulation du 7 mai, à Reims, à laquelle les français n’ont eu qu’une part de « témoin », ils choisissent de commémorer l’événement exclusivement le 8 mai 1945. En 1975, le président Giscard d’Estaing a même prétendu mettre un terme à cette commémoration par souci de réconciliation avec les Allemands... avec l’instauration d’un « mémorial day » unique à l’instar des États-unis. Il y renonça devant le grand scandale provoqué par des associations d’anciens combattants ! En 1981, le 8 mai est redevenu férié… et chômé qui plus est.
On note que la portée à cette célébration peut paraître incongrue à quelques-uns. Car le 8 mai 1945 à Sétif en Algérie, les forces de l'ordre françaises ouvrent le feu sur une manifestation musulmane ainsi qu’à Guelma, autre ville de l’Est algérien. Les manifestants assassinent des Européens sous le coup de la colère pour obtenir des armes à feu, ce qui déclenche une répression féroce dans tout le Constantinois. L’armée française, avec le soutien de milices civiles qu’elle arme et qui comprendront des prisonniers de guerre des forces de l’Axe, exerce une répression qui va prendre des proportions considérables et durer des semaines. (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_S%C3%A9tif). C’est toutefois un événement tragique qui n’a manifestement et décidément pas la même portée… Et ce n’est pas la raison pour laquelle ni les Anglais, ni les Américains ne chôment le 8 mai bien qu’ils aient les meilleures raisons du monde de commémorer cet anniversaire. Ils procèdent différemment.
Quant aux Russes, c’est le 9 mai qu’ils célèbrent la capitulation de l’Allemagne nazie, la cessation des combats ayant été enregistrée ce jour-là à Moscou en raison du décalage horaire... La France est donc la seule à commémorer cet événement le 8 mai 1945 par un jour férié et chômé !
C’est tout cela que représente ce jour anniversaire : le soixante deuxième cette année.