L’acculture économique des français…
Je reste stupéfait du discours entendu l’autre soir de la bouche d’Arlette, l’égérie de Lutte Ouvrière !
Dans son esprit, les choses restent simples : « Les 75 milliards de profit réalisés par les (seules) entreprises du CAC 40 pourraient financer 1,2 million de logements supplémentaire en deux ans (si, comme) le prétend Borloo, on peut construire des maisons à 100.000 € ! »
Et encore, n’a-t-elle pas pris en compte les seuls 31,6 milliards de dividendes à verser par les stars du CAC 40, en hausse de plus de 23 % par rapport à l’année dernière (qui était déjà un record), soit un peu moins de la moitié de leurs résultats (ou presque 60 % de l’impôts sur les revenus, voire plus que les « fraudes aux prélèvements obligatoires » supposées) !
Il suffit de les leurs piquer… rappelant au passage qu’il n’y a pas si longtemps, le taux d’impôt sur les sociétés était de 50 % pour n’être plus que de 33,33 %... (Elle en oublie « les nombreuses sauces » qui l’accompagnent : pas bien grave, à son âge !).
Je ne sais pas chez vous, mais 75 milliards divisés par 100.000, normalement ça fait 1,5 million de logements en deux ans ! Elle en a perdu 20 % au passage, envolés, disparus… Passons : elle est peut-être comme moi, à ne toujours pas savoir à quoi sert une règle à calcul.
Ce qui est merveilleux, ce n’est pas l’addition ni la multiplication (ou la division), voire les comparaisons audacieuses, c’est ce discours aberrant sur « le droit de propriété » des résultats des entreprises.
Ces milliards appartiennent au peuple dans sa logique de l’économie nationalisée révolutionnaire !
C’est un point de vue… honorable.
Après tout, elle peut avoir raison : la « valeur ajoutée » créée par les salariés de toute entreprise disparaît quand on retire l’activité laborieuse desdits salariés !
Il doit donc bien y avoir un « lien » naturel entre salarié et résultat.
« L’entreprise sans usine » chère à Tchuruk est l’autre utopie, diamétralement opposée, issue du même raisonnement. En effet, si on considère qu’il n’y a pas de « lien naturel » entre travail et résultat, on peut très logiquement « créer de la valeur sans labeur », autrement dit sans usine !
Et on commence seulement à voir l’immense désolation que génère ce genre d’utopies à travers l’incompatibilité économique viscérale qu’elle a créé à l’occasion de la fusion d’Alcatel et de Lucent !
Non seulement il va sans doute « valser », le chef (rassurez-vous, il a sûrement un parachute, lui), mais il détruit sans rechigner des dizaines de milliers d’emplois, et pas seulement des postes d’exécution, mais des sites entiers de bac + 5 « plus-plus » (censés créer l’innovation et de la « valeur » si précieuse).
C’est dire si les irremplaçables compétences vont s’évaporer durablement… C’est dire si les lendemains déchanteront pour les actionnaires… Passons aussi, ce n’est pas le propos !
Ce qui est merveilleux c’est qu’une taxation à 100 % des profits d’une entreprise entraînera forcément deux comportements diamétralement opposés que notre égérie nationale semble vouloir comme d’un avenir radieux du prolétariat avancé !
Pour aboutir, là encore très logiquement, au même résultat dans les deux cas…
Le premier consiste « à détruire » volontairement l’assiette de la taxation à 100 %, autrement dit le résultat.
Or, une entreprise, qu’elle soit le fait d’un entrepreneur individuel ou d’un groupe d’associés animés par la volonté d’entreprendre (on ne cause même pas des « apports » et de leur rémunération qui ne peuvent plus être désormais « en industrie »), c’est avant tout de pouvoir survivre à travers leur activité entrepreneuriale, son résultat final.
Sans ça ils font autre chose, de non lucratif et de plus plaisant !
Sans résultat positif, on ne tient pas longtemps la route : il faut bien manger, boire, se vêtir, se soigner, se loger, éduquer (éventuellement) ses gamins, les voir grandir, etc.
D’autant que qui n’avance pas recule : sans profit, pas de crédit, pas d’investissement, pas d’autofinancement, pas de fonds de roulement, rien qu’une vaste jachère « failliteuse » !
Le second n’est pas l’apanage « des plus faibles », mais seulement des entreprises capables de remettre dans « leur prix » l’impôt supplémentaire à supporter. Autrement dit c’est le client final, le consommateur qui paye !
Chaque taxe nouvelle se retrouve forcément dans le prix de l’activité de chaque entreprise…
On le voit nettement chez les « pétroleux » : TIPP, taxes exceptionnelles sur leurs profits, sur leurs provisions pour hausse des prix, TVA, etc. se retrouvent dans le prix à la pompe : ce ne sont pas elles qui payent, elles ne font que « collecter » !
Immense nuance…
En terme de micro-économie, on appelle cela « le partage de la Valeur Ajoutée ».
Elles ont pour elles de n’être que des « virtualités juridiques » qui agissent à créer de la valeur marchande solvable. Tant que le client final peut consommer cette « valeur marchande », en a les moyens financiers parce qu’ils peuvent survivre, pas de problème. Dans le cas contraire, il y a du souci à se faire.
Car, pas de solvabilité du client final, pas d’activité.
Pas d’activité laborieuse, pas création de valeur.
Pas de création de valeur, pas salariés non plus, donc pas de produit à écouler.
Et retour dans le cycle destructeur.
Autrement dit, à terme, une vaste jachère « failliteuse » !
40 ans qu’elle nous sert le même discours, dont 37,5 années passées chez un banquier (qui en a vu des vertes et des pas mûres au point que nous continuons tous, y compris les bambins à naître, à payer son passif à travers le CDR pour de nombreuses années encore) !
Et ils n’ont même pas été capables de lui apprendre les rudiments de l’activité laborieuse, à cette égérie autoproclamée de la « classe ouvrière » !
Des nuls… ils auraient dû disparaître, ou changer de métier !
Et pas un seul capable de faire rentrer dans la gorge de la môme de LO de pareilles inepties évidentes : au contraire !
Elle cause, elle cause, elle fait miroiter un avenir radieux (même s’il est manifestement lamentable) jusqu’à en générer la fumeuse idée de « l’entreprise sans usine » chez un polytechnicien expérimenté !
Terrible, cette acculture économique générale, en bas, en haut et milieu (« ça craint un peu » nous chantait Renaud, le bobo) !