Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture

Publicité

Affaire Robert Boulin (I)

Le déroulé des faits et procédures.

 

En 1979, sous la présidence de « VGE à la barre », Robert Boulin est ministre du Travail du troisième gouvernement de « Ba-barre-yturique ».

Dès l'automne 1979, des lettres anonymes parviennent aux sièges de plusieurs journaux. Elles accusent Robert Boulin d'avoir acquis de manière illégale une garrigue à Ramatuelle, sur laquelle il a fait bâtir sa résidence secondaire.

Le journal d'extrême centre de l'ultra-droite gauloise, « Minute », est le premier à attaquer vigoureusement le ministre.

Boulin choisit de riposter, déclarant au micro d'Europe 1, le dimanche 21 octobre : « Que voulez-vous que je réponde ? J'ai l'âme et la conscience tranquilles et j'ai été exemplaire. Peut-être encore plus que vous ne le pensez, parce qu'il y a des choses que je ne peux pas dire ici. »

La phrase de trop ?

 

Le 30 du même mois, à 8 h 40, le corps de Robert Boulin est retrouvé dans l'Étang de Rompu, au cœur de la forêt de Rambouillet.

Son cadavre se trouve à cinq mètres de la berge, et gît dans un endroit où la profondeur est de 50 cm.

Le SRPJ de Versailles chargé de l'enquête conclut d'abord au suicide par noyade après absorption de barbituriques (des vraies, pas des politiques « premier ministrales »).

Puis, dans un deuxième temps, après ingestion de Valium (ce qui est plus précis).

La publication des articles de presse, suite aux lettres anonymes, aurait rendu Robert Boulin dépressif.

Il aurait alors ingéré une grande quantité de Valium, pénétré dans l'étang et se serait noyé.

 

Affaire déjà ubuesque en soi : les chiens ont été lâchés à l'automne 79 ! Fallait-il salir l'honneur d'un ministre gaulliste réputé honnête pour « le rendre dépressif » à en aller se « mouiller les alvéoles pulmonaires » pour éviter qu'il ne dise des « choses qu'on ne peut pas dire » ?

On aurait pu en rester là !

Mais non...

 

Problème : en octobre 80 disparaissent les prélèvements de sang de Robert Boulin.

Le bon docteur Le Breton, responsable de l'institut médico-légal décide alors et par précaution de cadenasser le frigo contenant les derniers prélèvements d'organes du ministre.

 

En mai 83, l'épouse du ministre, Colette Boulin, affirme sur « la Une » pas encore privatisée qu'elle n'a jamais cru à la thèse du suicide de son mari et qu'après sa mort, on a fait pression sur elle pour qu'elle se taise.

Paris-Match publie des photos du corps du ministre tirées du dossier judiciaire. En juin 1983, la famille Boulin, conseillée par Jacques Vergès, avocat sulfureux méritant, dépose plainte (on ne porte pas plainte, on la dépose) contre X pour homicide volontaire.

 

Afin de pouvoir prouver la noyade, le 28 septembre 83, Jacques Vergès demande au juge d'instruction Michel Maestroni, du Tribunal de Versailles, un examen anatomo-pathologique, pour comparer les particules contenues dans les poumons du ministre avec des prélèvements d'eau de l'Étang Rompu.

Cette analyse ne sera jamais effectuée suite à la disparition des poumons et les prélèvements d'organes, conservés à l'institut médico-légal seront tous détruits du frigo pourtant cadenassé.

On pratique néanmoins une deuxième autopsie à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux le 16 novembre 1983, à la demande de la famille, après exhumation des restes du corps.

Cette autopsie met en évidence la présence de plusieurs fractures au visage, non-mentionnées lors de la première autopsie en 1979.

Les légistes constatent que le corps a subi des soins de thanatopraxie et d'embaumement, sans que la famille en soit informée.

C'est non seulement contraire aux lois françaises mais aurait eu pour effet de maquiller les traces de coups.

Les légistes considèrent qu'il y a eu « traumatisme appuyé du massif facial du vivant de Robert Boulin » sans conclure, pour autant, que ce traumatisme ait pu être mortel.

Claude Richir, ancien responsable du laboratoire de l'hôpital Pellegrin, déclare avoir constaté une fracture des os propres du nez, pouvant difficilement résulter d'une chute.

On doit, selon lui, envisager la possibilité d'une mort « consécutive à de petites hémorragies multiples diffuses dans le cerveau, comme chez les boxeurs après un KO mortel ».

 

Bertrand Boulin déclare alors à la presse avoir vu des dossiers sortis par son père avant sa mort, en septembre 1979, concernant, Elf, Dassaut la Sécurité Sociale et l'Arabie Saoudite, le 15 janvier 1984.

Ces dossiers ne seront jamais retrouvés.

Lætitia Sanguinetti, la fille d'Alexandre du même nom, avance à son tour que : « D'après ce que papa m'a dit, les dossiers de Boulin concernaient une série de facturations diverses et variées de grosses sociétés, françaises ou étrangères, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment au RPR ».

La fille de l'homme qui a vu l'homme qui a vu des factures...

 

Trois jours plus tard, sur les marches du palais de justice, la famille Boulin accuse carrément le Proc' de Versailles, Robert Barbat, de « forfaiture », suite aux nombreuses irrégularités et anomalies de l'enquête.

 

Le garde des Sceaux, Robert Badinter soi-même, dépose plainte pour « diffamation » contre la famille Boulin.

En mars 1984, « l'affaire Boulin » est dépaysée au TGI de Paris.

Le juge Yves Corneloup reprend le dossier, en liaison avec la BC (Brigade criminelle)

Et c'est là que tout le monde découvre, en octobre 1985, l'existence d'une écoute téléphonique du maire de Saint-Léger-en-Yvelines qui démontre que l'heure officielle jusque-là servie aux médias du décès de Robert Boulin a été rectifiée sur ordre du Procureur de la République de Versailles.

 

Car le 7 novembre suivant l'adjoint au maire, Serge Tirlet, dans sa déposition décrit les traumatismes au visage de Robert Boulin, qu'il avait constatés par lui-même au bord de l'Étang Rompu.

 

Deux ans et demi plus tard, René Boyer, nouvel avocat de la famille Boulin (Vergès ayant lui aussi jeter l'éponge), demande le 30 avril 1987 au garde des Sceaux, alors Albin Chalendon (l'homme aux bijoux controversés), l'aide judiciaire pour financer les coûts d'exhumation des bocaux contenant les derniers prélèvements d'organes du ministre censés se trouver sous un monument à la gloire des donneurs d'organes au cimetière de Thiais.

C'est en juillet de la même année que l'Express annonce que le réfrigérateur cadenassé de l'institut médico-légal contenant une partie des prélèvements de poumons de Robert Boulin a été fracturé, puis vidé de son contenu.

Le juge Corneloup interroge enfin, sur commission rogatoire, Henri Tournet le 28 octobre 1987, l'homme qui a vendu le terrain de Ramatuelle à Robert Boulin, vivant à Ibiza.

Malgré les demandes réitérées de la famille à différents ministres de la justice, l'extradition d'Henri Tournet n'a jamais été requise.
Le magistrat demande à la Brigade criminelle de retrouver aussi le postier de Montfort-l'Amaury pour éclaircir l'épisode des lettres posthumes.

Selon la Brigade criminelle, il est impossible à rencontrer car il est en Guadeloupe.

Curieusement, le postier, est retrouvé par des journalistes en consultant l'annuaire, en fait affecté à un poste en Bretagne...

Après des fouilles infructueuses au cimetière de Thiais, la famille Boulin découvre que les ultimes prélèvements d'organes du ministre n'y sont pas enterrés, contrairement à ce que la Justice et la police lui indiquaient depuis plusieurs mois, en novembre 1987.

James Sarrazin révèle dans l'Express du 8 janvier 1988 que la position des lividités cadavériques relevées sur le dos de Robert Boulin indique que le corps du ministre a été déplacé après sa mort.

Un pool de journalistes de plusieurs médias s'oragnise pour tenter de tirer au clair les conditions de la mort de Robert Boulin.

En mars 1988, le magistrat Alain Verleene reprend le dossier Boulin.

 

C'est en juin 1988 qu'il reçoit la plainte de la famille Boulin « destruction de preuves ».

Mais le juge Laurence Vichnievski, juge d'instruction, rend une ordonnance de non-lieu le 20 septembre 1991, seulement quelques jours après que le dossier lui a été confié.

La Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Paris, présidée par Martine Anzani confirme le non lieu « en l'état » le 24 mars 1992.

Quelques mois plus tard, le 15 décembre de la même année, la Cour de cassation confirme à son tour le « non-lieu » ouvrant un nouveau délai de 10 avant une éventuelle prescription de la procédure.

La justice rend également une ordonnance de non-lieu dans la plainte pour « destruction de preuve » le 4 juillet 1995, suite à la disparition des prélèvements anatomo-pathologiques

 

Il faut attendre novembre 1999 pour que Francis Christophe publie une « contre-enquête » dans le magazine « Golias », remettant en cause la version officielle du suicide.

Le 15 janvier 2002 dans l'émission « 90 minutes sur Canal + », de nouveaux éléments sont apportés, infirmant la thèse du suicide : le témoignage du colonel de gendarmerie (Jean Pépin) qui a sorti le corps de l'eau, et celui d'une spécialiste en toxicologie (Juliette Garat) qui a analysé le sang du ministre.

10 mois plus tard, le 30 octobre 2002, la justice annonce l'audition de nouveaux témoins dans l'affaire Boulin.

Cette nouvelle enquête préliminaire interrompt la prescription.

 

Jacques Douté témoigne dans le journal « Sud-ouest » le 13 décembre suivant, expliquant avoir été prévenu de la mort de Robert Boulin dès le 29 octobre 1979, à 20 heures.

Ce qui est anachronique...

 

La police judiciaire de Nanterre clos ses auditions le 4 janvier 2006 : 28 personnes ont été entendues entre 2002 et 2006 mais il n'y a pas réouverture d'information judiciaire.

Enfin, la phase judiciaire est définitivement close par la procureur général de la Cour d'appel de Paris, Laurent Le Mesle, en rejetant le 16 octobre 2007 une nouvelle demande de réouverture du dossier de Fabienne Boulin-Burgeat, fille de Robert, qui en a publié un livre comme pour clore cette affreuse affaire de « suicide du père ».

 

Suite partie II ->

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article