La seule question à laquelle personne ne sait répondre reste : la place de l'Etat. Quel est son rôle ultime ? Le reste n'est alors que dérives quotidiennes pour soi-disant, le "bonheur des autres" avec "le pognon des autres". Bonne lecture
Le Bac Philo.
C'était lundi matin. Comme l'année dernière, c'est toujours aussi marrant :
Série littéraire...
1) - La perception peut-elle s'éduquer ?
À que voilà un beau sujet ! Percevoir peut-il s'apprendre ? Se perfectionner ou se méprendre ? S'améliorer ou se déliter ? Bref, s'éduquer...
Question idiote pour un aveugle de naissance en ce qui concerne la couleur, un sourd-et-muet pour ce qui est de la musique, du chant des oiseaux, s'il en est...
Et pourtant oui, ça s'éduque (même le goût et le « bon goût »), comme tout le reste : la preuve, il paraît que l'éducation nationale, dont c'est une petite partie de son essence (le reste étant de fournir un salaire décent à quelques « sachants diplômés », de ceux-là même qu'il faut payer 5 fois plus par copie corrigée s'ils assurent aussi la fin des cours par rapport aux collègues qui n'en auraient pas la volonté), a fait très fort cette année !
Un sourd, justement, passait des oraux de Corsu, langue devenue régionale et « bacable », ai-je lu quelque part !
Je ne vous raconte pas l'accent...
Comme quoi, tout s'éduque et ce qui ne se sait pas s'apprend. Mais il y a bien des limites et à la perception et à l'éducation.
Ne serait-ce que le temps d'une vie, hélas trop courte.
Et tant d'autres choses : de quelle perception parle-t-on ? Celles des choses de notre environnement immédiat ou bien celle des abstractions les plus ardues ?
Perçoit-on vraiment le mouvement brownien de nos petites cellules grises qui lisent ces lignes ?
Des micros impulsions électriques de notre cerveau qui traduit des contrastes (noir sur blanc) lumineux de cet page en « signifiant » divers et variés ?
Tout s'éduque, mais jusqu'à un certain degré, d'ailleurs variable d'un individu à un autre, d'une espèce à une autre...
2) - Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible ?
Eh oui les amis « littéraires » ! Grâce à l'outil mathématique et l'emploi des statistiques !
Bon, ce n'est pas un sujet pour vous, puisque vous avez arrêté les maths l'année dernière et la manipulation des grands nombres n'a dû être survolée qu'en fin d'année => vous ne sûchiez pas !
Quoique les régressions linéaires ou autres, normalement, vous auriez dû voir au moins un extrait.
Toutefois, là aussi, les maths ont leur limite : elles ne sont pas capables d'appréhender l'aléa.
Le chaos, encore, les fractales aussi, mais l'aléa pur, non !
Par définition... mathématique !
Je ne vous raconte pas non plus le « principe de l'incertitude » de la mesure scientifique... Et encore, ne s'agit-il que d'atomes !
Alors le vivant et son « libre-arbitre »... Ce n'est pas demain que vous ferez du marketing appliqué !
Parce que l'exceptionnel, l'individuel, quand ils sont rétifs à la « méthode scientifique », notamment dans la connaissance du « vivant », doivent laisser place au « génie », à quelques « intuitions fortes » pour appréhender « scientifiquement » son essence : c'est historique !
Encore qu'il y a aussi une limite : on ne sait toujours pas ce qui distingue un être vivant, du même, exactement le même chimiquement, moléculairement, du « non vivant ».
De celui qui serait animé et de celui qui serait « sans âme »...
Serait-ce le « vouloir vivre », force aveugle et obscure, sans but, sans raison, sans intelligence ?
« Choses inanimées, avez-vous donc une âme ? » clamait Lamartine...
3 - Expliquer un extrait des Cahiers pour une morale de Sartre.
J'y reviendrai dès que j'aurai eu ce texte...
Série scientifique...
1) - L'art transforme-t-il notre conscience du réel ?
Bé, un peu mon n'veu ! Je veux !... Enfin, uniquement par des artistes qui ont du talent !
Car l'art, ça consiste justement à imposer la propre conscience du réel qu'a l'artiste au « passant qui passe » devant son œuvre d'art achevée : il faut que l'un interpelle l'autre, parfois jusqu'à l'émotion suscitée.
Que ça réveille « un truc » dont le « passant qui passe » n'avait pas jusque-là pressenti la « nécessaire et impérieuse urgence » !
Et en plus, une œuvre d'art, c'est atemporel quand ça demeure : ça marche même à travers les siècles !
Bon, les « ceux-ce » qui font « artiste dans le civil », histoire d'être subventionnés par le régime des « intermittents du pestacle », pas toujours en ce qui concerne leurs « œuvres », faut pas exagérer quand même !
Car il est des arts et autres objets d'art qui n'émeuvent même pas !
Alors transformer la perception de quoique ce soit...
Il y a une marge.
2) - Y a-t-il d'autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ?
Tout dépend de la nature de la vérité.
Et, parfois, de la « qualité » de la démonstration.
Une démonstration c'est un enchaînement logique qui ne souffre pas la contradiction.
Quand il s'agit d'un fait, sa simple « monstration » n'a même pas besoin d'être démontrée : le seul fait que le fait existe suffit à lui-même : il devient vérité incontournable. Ex : Après la nuit, le jour. Il suffit d'attendre et de vérifier. Si je lâche une pomme, elle tombe.
Si je la plonge dans l'eau, elle en ressortira mouillée pour peu que je l'extraie du liquide.
Quand il s'agit d'une vérité plus « obscure » à l'entendement, pour ne pas être visible tous les jours, il faut une démonstration : Pourquoi la pierre s'enfonce dans l'eau et coule alors que le morceau de bois du même poids flotte ?
Par contre, quand il s'agit d'une « opinion » (dans la vie, il y a le domaine des faits et celui des opinions), la démonstration ne suffit évidement pas pour établir une vérité.
D'ailleurs, y'a-t-il une opinion « vraie » et une « fausse » quand elles se contredisent ?
Elles ont toutes l'apparence de la vérité bien enracinée (jusque dans l'inconscient, le « ça » de chacun) et sont pourtant toutes fausses car approximatives, trop souvent insuffisantes pour être des « vérités vraies », incontournables !
D'ailleurs, l'autre opinion, la « fausse », contraire mais tout autant bien étayée que la « vraie », n'établira pas une vérité « vraie » mais parfois seulement sa ressemblance : tout juste peut-on espérer qu'elle emportera plus ou moins d'adhésions selon la qualité de la démonstration. C'était déjà le grand jeu des sophistes du temps de l'émergence de la philosophie ayant donné naissance à la rhétorique (puis à la dialectique hégélienne bien après la maïeutique socratique).
L'exemple le plus célèbre est encore rapporté par Platon : Socrate se demande si le meilleur cordonnier (il cherche un fait, une réalité, une vérité) de la cité est celui que la majorité des citoyens réputent être le meilleur (il s'agit d'une opinion partagée par le plus grand nombre), ou un autre !
Comment établir une vérité sur le sujet ?...
Quant aux démonstrations, même rigoureusement scientifiques, elles sont parfois absurdes : Le plus lourd que l'air ne peut pas voler, c'est une démonstration scientifique irréfutable du XIXème... une époque de la machine à vapeur !
C'est bien connu !
3) - Expliquer un extrait de Le Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer.
Celui-là, je l'ai lu : un texte relatif au rôle de l'État et de la notion du juste et de l'injuste (moral).
Schopenhauer, très intelligemment (comme d'habitude ! J'ai une faiblesse native pour ce gars-là qu'on n'étudie pas assez) s'extrait de la question morale pure pour se planter sur « l'injuste souffrance ».
Et assigne à l'État le devoir de contrer la « souffrance », non par l'éducation, le sens civique (c'était trop tôt pour son époque et les parents de Jules Ferry n'étaient pas encore conçus !) mais par la mise en place de « punitions » telles que l'action injuste soit dissuadée par une répression encore plus « souffrante ».
C'est assez malin de sa part.
Mais insuffisant pour des esprits un peu plus contemporains... Depuis nous avons lu le « despote éclairé » cher à Voltaire, les divines souffrances du non moins divin Marquis de Sade, Malraux dissertant sur la nécessité... faisant peut-être loi (La fin justifie-t-elle des moyens ?).
Nos grands-parents ont vécu les tranchées et la vile souffrance de la « chaire à canon », là, sous leurs yeux. Nous nous remettons à peine de la Shoah et autres génocides contemporains et nous nous révoltons toujours d'une prise d'otage, d'un meurtre de sang-froid, parfois sur des gamins...
Et puis l'État s'est arrogé le droit de s'occuper de nous faire vivre à sa guise, disposant de nous et de notre « libre-arbitre » à maintes occasions, toujours selon le principe d'une moindre « injustice souffrante », jusque dans le détail de nos relations et conditions sociales, qu'il assiste ou combat au fil du temps, recherchant une « égalité » mythique comme source d'une « moindre souffrance » généralisée...
Mais c'est déjà hors sujet... car cette volonté là n'a pour but que la propre survivance de l'État lui-même et rien d'autre.
Les « socialistes utopiques » pensaient même que le « Léviathan » de Hobbes disparaîtrait quand nous serions capables de vivre en harmonie tous ensemble !
D'où l'émergence (assez « torride » pour la « gauche libérale avancée », pensez donc !) de cette cruelle désillusion : pour faire survivre l'État (et donc l'outil du bonheur de tous), il faut qu'existe « l'injuste souffrance » d'autrui !
Qui n'est donc pas près de disparaître...
Michel lui-même n'est pas loin de le crier, mais seulement à la marge : c'est manifestement un gars raisonnable qui a déjà eu l'occasion de blanchir sous le harnais... de « l'injuste souffrance ».
Je lui laisse le soin de disserter sur le sujet, pour votre plus grand plaisir.
Série économique et social
1) - Peut-on désirer sans souffrir ?
La belle question ! Souffre-je de l'herbe encore plus belle dans le champ de mon voisin que j'en désire une tout aussi verte ?
Souffre-je ne de pas pouvoir entrer dans un magasin à acquérir ce dont j'ai envie, la faute à mon banquier qui ne sait plus comment m'expliquer qu'il n'est pas une assistante sociale ?
Ce n'est pas sûr, car le problème est sans doute pris à l'envers. J'explique : le plaisir, c'est de satisfaire ses désirs. Ça, c'est une évidence philosophique.
Le « non plaisir » c'est donc le « non désir » des stoïciens, tout autant que celui des épicuriens. Les uns comme les autres savaient ne pas pouvoir désirer toute chose (sauf à vivre de désirs insatisfaits), donc se restreignaient volontairement quant à la portée de leurs propres désirs. Vie d'ascète pour les épicuriens (et oui !), vie détachée de toute aspiration, même de la cessation des souffrances pour les stoïciens !
C'est donc la réponse « première » à la question posée aux impétrants de lundi dernier et les deux réponses apportées par les « sages z'antiques ».
Mais la question, telle qu'elle est posée, est encore plus subtile : Le désir est-il forcément source de souffrance (démonstration épicurienne) ?
Pas du tout si le désir est satisfait... à perpétuité en somme. J'ai soif, je bois (surtout moi...). Je ne ressentirai jamais aucune souffrance si j'ai à boire jusqu'à ma mort.
Mais alors, puis-je avoir du plaisir sans souffrir ?
Eh bien la réponse est non : au moins le temps de satisfaire mon désir.
Or, les deux réponses sont contradictoires : c'est tout le « sel » de l'esprit, de la condition humaine...
Et mes bacheliers du jour auront à user de la « théorie des satisfactions » d'Herzberg, si un jour ils veulent comprendre comment fonctionne au quotidien la vie des hommes sur la « planète bleue ».
2) - Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même ?
Voilà le grand gag des « psys » qui revient !
Pour eux, la réponse est nécessairement positive. D'ailleurs, certains analystes passent leur vie en analyse, histoire de se connaître mieux... les mêmes qui sont censés soigner autrui de leur méconnaissance d'eux-mêmes !
Ça, c'est la théorie du miroir : Un miroir peut-il s'observer en train de réfléchir ?
La réponse est négative, forcément, même quand on en met deux l'un en face de l'autre (et sous vide avec un photon excité, ça donne un rayon laser... passons !)
On vous dira même que d'une fenêtre, peut-être peut-on embrasser tout l'univers... sauf soi-même !
C'est la nécessaire séparation entre « être » et avoir été « agir ».
Mais même « agissant », il n'est pas sûr que notre premier mystère, c'est encore soi-même !
Quant au nombril des z'autres, franchement, j'ai déjà assez à faire avec le mien : ce sujet n'est vraiment pas pour moi !
Car comment connaître les autres si l'on ne se connaît pas soi-même ?
C'était bien l'injonction de Socrate : « Connais-toi toi-même ! »
Et pourtant il est vrai qu'en binôme, parfois on en découvre plus sur soi qu'à réfléchir devant son miroir : ça aide parfois dans les moments difficiles.
Mais ce n'est plus de la philosophie, tout juste du pragmatisme.
Et encore.
3) - Expliquer un extrait de De la démocratie en Amérique de Alexis de Tocqueville
Désolé, je n'ai pas eu le texte... Comme pour la série « Littéraire », j'y reviendrai à l'occasion.