Suite de la suite.
Il a fallu que je me tamponne, l'autre fois, une réunion de « sachants » avec mon pote, celui qui fait dans les « think tank » stratégiques à causer de la crise de la finance mondiale.
Bon, on a commencé par se palucher à tour de main, moi à me faire tullier à haute densité que j'en avais les veines du poigné qui viraient au rouge vermillon, puis à commenter les chiffres du jour !
Inflation mensuelle record, le Smic qui va s'emballer, les derniers ragots sur la crise des matières premières pour finir par écouter les « disants » que nous étions conviés à applaudir en petit comité dans la salle de réunion mise à notre disposition dans un des hauts lieux de la République...
Mon « pote » (celui qui fait « X ») fait son intervention en notant, à mots couverts, ma propre réaction du week-end dernier ! Il fallait être savant pour décrypter : si je n'avais pas su, je n'aurai rien compris de son dire !
« Break » faste somptueux devant le buffet dressé pour nous éviter l'hypoglycémie aiguë des participants, où que chacun se présente. « Moi ? Je suis touriste ! Il faisait froid dehors, alors je suis entré ! »
Bon, il y avait quelques têtes qui me connaissaient et ont rigolé un max, ce qui fait que le « touriste » a pu écouter tranquillement la fine fleur de l'élite de la haute finance se la péter !
Pas trop désintéressant au final !
D'autant mieux que c'est à la pause déjeuner que le plus drôle a surgi !
Fallait juste faire boire un peu plus que de raison l'un des « ces messieurs » pour le laisser nous expliquer qu'il bénissait la crise.
Si !
Se lâchant, le roi de l'introduction en bourse (ou l'un de ses barons), il nous explique comment il faut appâter l'épargnant modeste et l'analyste au sommet de sa gloire.
Je te prends une société, dotée de préférence d'une usine à cash en bon état, et que je commence par te certifier les comptes par un « grand » (cabinet, cela va sans dire) du patelin.
Dès qu'il y a croissance à deux chiffres, on tire des droites à allure verticale (pas trop quand même : c'est abrupte et ça peut donner le vertige !) et on se présente avec des « business » plans d'enfer devant le parterre de la grande finance (pas la haute, la grande, juste en dessous !).
Pan ! Forcément, je promets monts et merveilles aux curieux attirés par la lumière et les beaux discours, leur laissant entendre que je décôtais soigneusement par « principe de précaution appliqué » avant d'introduire (pas forcément en bourse d'ailleurs, les « investisseurs privés », les « bons clients » des banquiers, quelques « Business Angels », des experts parfois comptables sont aussi là pour collecter les fonds de « pigeons » et rassurer ou valider les montages fiscaux et financiers) et ramasser leur pognon avant de lever mes propres stock-options !
Que donc, on présente la première année des résultats à couper le souffle, quitte à changer de méthodes comptables entre deux (mais c'est pas grave, il suffit d'aller regarder les annexes : tout y est ! Personne ne peut dire qu'il n'était pas prévenu... l'année suivante !).
L'année suivante, justement, confirme l'année précédente, forcément avec tout ce que j'ai sous le pied, et les analystes recommandent à l'achat d'autant mieux qu'avec tout ce paquet de pognon tout neuf, j'ai de quoi les régaler autour des meilleures tables de la Capitale.
Le cours du titre s'envole puisque tout le monde en veut (en dégradant le ratio de rendement au passage), c'est le moment d'emprunter via les obligations, à option de préférence, afin de payer mes plus-values que je réalise, pour éviter d'avoir a être pris dans les filets d'un quelconque délit d'initié.
Car la troisième année, ça devient plus difficile : la « réserve sous le pied » s'épuise, le rendement financier est encore compensé par les plus-values sur titre, et je commence à mettre en place des « jongleries » pour passer le cap de la quatrième année qui va finir en queue de poisson avec dérapage non contrôlé l'année suivante si on ne fait pas gaffe à la « navigation au plus près entre les récifs avec avis de tempête à l'horizon » !
Heureusement, il y a un clash mondial, quelle que part, les bourses sont chahutées la cinquième année et tout le monde coure après son pognon : c'est le moment ou jamais de provisionner un max, de pratiquer un grand nettoyage de printemps et de passer entre les gouttes dans la mêlée des annonces de suicide d'investisseurs divers et avariés !
Z'avaient qu'à faire gaffe ou dépenser leur pognon autrement, faire vivre le petit commerce et les hôtels de luxe, par exemple.
Ceci étant fait, on peut recommencer la 6ème année, « ma non tropo » pour commencer : on finit de nettoyer le boxon, on change de nom, on se fait du monopoly d'échange de titres, on fusionne, on scissionne et on peut reprendre des couleurs tranquillement en redistribuant des stock-options à quelques valeureux, car eux seuls savent qu'on est reparti pour un tour, plus ou moins féroce !
Conclusion sérieuse de « sachant » : « Une crise tous les 5 ans, finalement, c'est le bon rythme ! »
Et plus ça traîne, moins c'est facile !
La prochaine pour 2013 !
On appelle ça « les cycliques » : 2 années difficiles, 3 fastes ! Tous les pétroliers et les marchands de carton ondulé vous le diront (ce sont des indicateurs avancés reconnus).
Que ce gars-là, il a encore perdu une occasion de se taire ! Car non seulement c'est bien vrai, ma brave dame, mais en plus, plus on attend le déclenchement d'une crise, plus celle-ci travaille dans la « correction sévère ».
5 ans, c'est le bon rythme, y'a pas à dire, pour plumer le pigeon ! Au-delà, ça peut devenir incontrôlable : la preuve, mon cher Monsieur !
Ce sur quoi mon kamarade des rives helvètes du Lac Léman expliquera que c'est un grand classique des acteurs des marchés... Quand ils n'ont rien à se mettre sous la dent, ils spéculent. Quand les marchés se retournent, il faut être assis sur des valeurs patrimoniales solides générant du cash pour ne pas plonger !
Finalement, c'est exactement ce qu'on fait les gars de la Générale : 5 milliards (enfin 4,9 seulement pour de vrai) dont grosse partie fictive, passés en provision et déjà 950 millions de résultat positif dès avant la clôture dudit exercice.
Parions qu'ils finiront au-delà du milliard de profits bien tassé (pour en planquer encore sous les tapis) en 2008, voire plus !
RDV en avril 2009 pour confirmation.
Finalement, tout va bien dans le meilleur des mondes possibles !
Mais il m'a fallu une sacrée dose d'efforts pour ne pas exploser en éclats de rire à l'exposé : nous étions censés être entre « initiés » et le situationnisme appliqué m'imposait de « garder mesure », de rester poli et d'assourdir le propos du « sachant » ayant « un verre de trop dans le nez » pour l'encourager à une bonne sieste réparatrice.
Ce faisant, j'ai été bien vu par toute la clique... de frère trois points qui se sont empressés de me parler d'humanisme sur le trottoir du retour !
Arg !
Allez savoir pourquoi ça marche comme ça chez ces gens là, à bien vivre sur la misère des autres plumés qui croyaient appartenir aux cercles des gens qui sont devenus importants ?
ajouter un commentaire commentaires (4) recommander publié dans : Ces z'élites que le monde entier nous envie par I²




Commentaires