Bienvenue !
Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet.
Pauvre Marianne...
Un peu de pub :
À nos enfants !
J’accepte de lire enfin dans son intégralité le contrat tacite qui m’est soumis ci-dessous et que je signe et paraphe tous les jours sans me poser une seule question.
Peu importe mes croyances ou mes idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l'approbation tacite et vertueuse de ce contrat passé avec chacun d'entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu :
1) J'accepte la compétition comme base de notre système, même si j'ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l'immense majorité des perdants.
2) J'accepte d'être humilié ou exploité à condition qu'on me permette à mon tour d'humilier ou d'exploiter quelqu'un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale.
3) J'accepte l'exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que la prise en charge de la société a ses limites.
4) J'accepte de rémunérer les banques pour qu'elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu'elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits, qui serviront à dévaliser les pays pauvres, ce que j'accepte implicitement.
J'accepte aussi qu’elles prélèvent une forte commission pour me prêter de l'argent qui n'est autre que celui des autres clients.
5) J'accepte que l'on congèle et que l'on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s'écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et de permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année.
6) J'accepte qu'il me soit interdit de mettre fin à mes jours rapidement, en revanche je tolère qu'on le fasse lentement en inhalant ou ingérant des substances toxiques autorisées par les états.
7) J'accepte que l'on fasse la guerre pour faire régner la paix.
J'accepte qu'au nom de la paix, la première dépense des États soit le budget de la défense.
J'accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d'armes et de munitions et faire tourner l'économie mondiale.
8) J'accepte l'hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu'il s'agisse d'une énergie coûteuse et polluante, et je suis d'accord pour empêcher toute tentative de substitution s'il s'avérait que l'on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l'énergie, ce qui serait notre perte.
9) J'accepte que l'on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les États décrètent qu'il s'agit d'un ennemi et nous encouragent à le tuer.
10) J'accepte que l'on divise l'opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l'impression de faire avancer le système.
J’accepte d'ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu'elles me permettent de focaliser ma colère et ma haine vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux.
11) J'accepte que le pouvoir de façonner l'opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd'hui aux mains d'affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les États, car je suis convaincu du bon usage qu'ils en feront.
12) J'accepte l'idée que mon bonheur se résume au confort, à l'amour et surtout au sexe, et ma liberté d'assouvissement de tous mes désirs, car c'est ce que la publicité me rabâche toute la journée.
Plus je serai malheureux et plus je consommerai : je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie.
13) J'accepte que la valeur d'une personne se mesure à la taille de son compte en banque, qu'on apprécie son utilité uniquement en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu'on l'exclue du système si elle n'est plus assez productive.
14) J'accepte que l'on paie grassement les joueurs de foot ou des acteurs pervers, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l'éducation et de la santé des générations futures.
15) J'accepte que l'on mette au banc de la société les personnes âgées dont l'expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète et de l'univers connu et inconnu, nous devons postuler que l'expérience ne se partage ni ne se transmet.
16) J'accepte que l'on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point ma situation est normale et combien j'ai de la chance de vivre en occident.
Je sais et admets qu'entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous tous.
17) J'accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans me concerter des décisions qui engagent l'avenir de ma vie et de ma planète.
18) J'accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu'on me le signale explicitement.
J'accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l'agroalimentaire de breveter le vivant, d'engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l'agriculture mondiale.
19) J'accepte que les banques internationales prêtent de l'argent aux pays souhaitant s'armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas.
Je suis parfaitement conscient qu'il vaut mieux financer les deux bords afin d'être sûr de gagner de l'argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s'ils ne peuvent pas rembourser leurs emprunts.
20) J'accepte que les multinationales s'abstiennent d'appliquer les progrès sociaux de l'occident dans les pays défavorisés.
Considérant que c'est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu'on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires.
Au nom des droits de l'homme et du citoyen, j’accepte que nous n'ayons pas le droit de faire de l'ingérence.
21) J'accepte que les hommes politiques puissent être d'une honnêteté douteuse et parfois même soient totalement corrompus, puisqu’ils sont « des élus ».
Je pense d'ailleurs que c'est parfaitement normal qu’ils soient « défaillant », au vu de toutes les fortes pressions qu'ils subissent.
Mais, pour l’immense majorité restante, par contre, la tolérance zéro doit être de mise dans toute sa rigueur.
22) J'accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l'agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances dangereuses pour la santé, interdites en occident.
Au moins ils participent à l’écoulement des stocks et servent de cobayes gratuits pour la Recherche !
23) J'accepte que le reste de la planète, c'est-à-dire quatre milliards d'individus, puisse penser différemment que moi à la seule condition qu'il ne vienne pas exprimer ses croyances chez moi, et encore moins de tenter d'expliquer mon Histoire avec ses notions philosophiques primitives que je considère par avance comme désuètes.
24) J'accepte l'idée qu'il n'existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé.
Et si je suis doué d'une conscience et d'un langage, ce n'est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais seulement pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte.
25) J'accepte de considérer mon Passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu'aujourd'hui tout ceci n'existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant mon monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme je l'entends sans cesse dans les discours politiques.
26) J'accepte sans discuter et considère même comme vérités intangibles toutes les théories proposées pour l'explication du mystère de nos origines.
Et j'accepte que la nature ait pu mettre des millions d'années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants.
27) J'accepte la recherche du profit comme but suprême de l'Humanité et l'accumulation des richesses comme l'accomplissement de toute vie humaine.
28) J'accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons des rivières et de nos océans.
J'accepte l'augmentation de la pollution industrielle, la dispersion de poisons chimiques et d'éléments radioactifs dans la nature.
J'accepte l'utilisation de toutes sortes d'additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c'est qu'ils sont utiles et sans danger.
29) J'accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu'elle nous mène vers une catastrophe sans précédent.
30) J'accepte cette situation, et j'admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l'améliorer.
31) J'accepte d'être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux guère mieux.
32) J'accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable objection car je suis bien trop occupé par ma vie, mes désirs, mon sexe et mes soucis.
J'accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez.
33) J'accepte donc, en mon âme et conscience, indubitablement de façon définitive, cette bienheureuse vision de ma « condition humaine », que vous placez devant mes yeux pour m'empêcher de voir la réalité des choses.
Je sais, pour en être intimement persuadé, que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie vivement, émerveillé par tant d’acuité intellectuelle.
(Proposé par Amitié sur la Terre, le 11 septembre 2003)
Je signe où au juste ?
Avec mon propre sang tant qu’à faire ?
Ou l'analyse des erreurs radicales et persistantes
J'étais à la recherche du dossier bleu !
Chez moi, ça s'entasse en tas, au gré des « urgences » et c'est toujours traité en mode « lifo » (Last In, First Out). Normalement, au soir, il n'y a plus rien...
Mais bon... Le dossier bleu, il n'était même pas en dessous de la pile et je me souvenais qu'il était urgent, lui aussi !
Donc j'ai rangé « mon bordel » et ai découvert une perle, bien
confortablement installée entre deux « urgences » d'il y a bien des années !
Ch. Morel était alors DRH de chez Renault. Et il menait une réflexion sociologique sur les processus qui poussent les individus à agir contre le but recherché, les erreurs qui mènent à des catastrophes...
Vous connaissez naturellement l'histoire du « Pont de la rivière Kwaï » ?
Parabole de la décision absurde, nous dit Ch. Morel : le colonel Nicholson, combattant héroïque s'il en est, s'est attelé à la construction d'une œuvre au plus grand profit pour son ennemi, et a déployé en cela un zèle absolument sans précédent !
Sa décision est alors vide de sens parce qu'elle n'avait pas d'autre but que l'action elle-même.
Il a fallu plusieurs raids aériens meurtriers pour empêcher l'armée de son impériale majesté d'utiliser ce pont pour le ravitaillement de ses armées.
Comment et pourquoi donc une organisation persévère dans une erreur, alors que la solution semble évidente ?
« Lorsque l'on est en face d'une erreur radicale et persistante, alors il y a très probablement une ou plusieurs erreurs de raisonnement, combinée(s) à un mécanisme collectif qui fait que les gens sont dans une sorte de souricière, et certainement une mauvaise gestion du sens de l'action ».
La décision absurde n'est donc pas seulement une décision non pertinente, puisqu'elle se caractérise par cette persistance dans l'erreur : un individu, ou un groupe, agit de manière durable contre le but recherché !
En observant des cas relevés dans sa vie personnelle et professionnelle, ainsi que les accidents technologiques sur lesquels on peut trouver facilement des rapports d'enquête, notre DRH se penche dans son livre (*) sur les dysfonctionnements à l'origine de ce genre de décisions.
« Les erreurs de représentation sont souvent présentes dans les processus qui mènent à des décisions absurdes, à la différence des erreurs d'attention, de transgression ou de simple méconnaissance technique ».
Ce sont des raccourcis intuitifs, qui ont l'apparence de l'évidence, et sont éminemment fréquents dans l'évaluation des risques.
En effet, la probabilité associée intuitivement à un événement dépend beaucoup de l'état de confiance ou de méfiance dans lequel on se trouve au moment de l'appréhender.
C'est l'essentiel des accidents de la route, mauvaise gestion des risques, mauvaises appréciations de la situation, mais pas seulement.
Les managers de la NASA, confiants dans le caractère tempéré du climat en Floride, avait décidé de lancer la navette Challenger malgré les mises en garde des ingénieurs inquiets de l'état des joints en cas de coup de froid.
Cette très faible probabilité climatique se produisit, avec l'accident tragique que l'on connaît.
Il note également qu'il est difficile de raisonner sur deux priorités simultanées, comme l'illustre l'histoire d'un équipage qui concentre son attention sur l'état du train d'atterrissage et omet de surveiller le niveau de carburant, retardant trop l'atterrissage de l'avion : il finit par s'écraser, faute de carburant !
Idem pour l'accident du Mont Saint-Odile : tout à la concentration des manœuvres d'approche de l'aéroport, personne dans le cockpit de l'avion n'a vu que la pente de sa descente dans la nuit était trop forte !
Le plus surprenant est que ces biais coexistent avec des raisonnements « analytiques, méthodiques, déductifs, prudents, et cela dans des organisations de type scientifique ».
Ainsi, la même personne, ou la même organisation, amenée à utiliser un schéma cognitif rudimentaire va aussi appliquer une compétence de type scientifique.
Et d'en déduire que les situations de stress favorisent les modes de raisonnement enfantins, perceptifs et intuitifs, qui paraissent alors plus comme économes en énergie qu'un raisonnement analytique.
Dans les décisions absurdes, les processus collectifs, liés aux dysfonctionnements d'une organisation, se rajoutent à ces erreurs élémentaires de raisonnement.
Parfois, la division imprécise du travail et le silence sur les désaccords qui donne l'illusion de l'unanimité, sont autant de facteurs qui favorisent la persistance dans l'erreur.
Et de citer en exemple un épisode qui a marqué l'histoire de la firme Coca-Cola : lors d'une réunion, les directeurs généraux furent invités à goûter une nouvelle formule de cette boisson.
La plupart des participants étaient sceptiques quant à son goût, mais leur réaction fut polie, ce que le patron de la firme interpréta comme une absence de désaccord.
Le produit fut donc adopté, et... connut un échec commercial retentissant !
J'ai personnellement vécu le même genre de situation : mon pédégé de réunir tous ses cadres supérieurs et les commerciaux pour nous faire goûter des pâtes à truffe !
Pas terrible à la papille, mais « parfaitement cuite al dente ».
Sa bêtise eut été de donner son avis le premier. Nous nous sommes tous rangés à son avis « autorisé » de, non, pas gastronome mais de... patron !
Perso, j'avais traduit qu'il voulait imposer ce fournisseur dans le cadencier et avais juste émis un doute quant à la compatibilité avec le « goût gaulois ».
Idem dans cette commission de « cadres dirigeant » d'une autre grosse entreprise nationale en préparation d'une commission paritaire disciplinaire.
Le gars dont on devait décider la mise à pied, pour avoir agressé un collègue et lui avoir infligé des blessures portant à plus de 8 jours son ATT, était parfaitement ivre du matin au soir, jusqu'à venir au boulot en titubant et ce depuis des mois !
Le premier qui prend la parole notre « Chief superior », qui nous explique que tout le monde doit donner un avis et le motiver. Puis passe la parole au directeur de site qui n'en pouvait plus, nous indiquant que son collaborateur avait été par deux fois à l'origine des deux débuts d'incendie sur son site et que plus personne ne voulait travailler avec lui dans son équipe. D'autant que dans les périodes de « calme », il cuvait au fond de la réserve.
Bien !
La cause semble entendue : en faisant masse face aux syndicats qui soutenaient le gugusse, il devait pouvoir s'en remettre aux services sociaux pour se soigner, n'est-ce pas ?
Vous savez quoi ?
Le deuxième qui cause est toubib responsable d'une maison de retraite et nous cause longuement de la maladie qu'est l'alcoolisme.
Le troisième c'est moi : radical à souhait, intraitable, comme d'hab, pour les décisions qui tombent sous le sens. Je plaide que si ce gars-là avait besoin de soins, il fallait les lui fournir mais que nos boutiques ne sont pas équipées pour cela et de rappeler qu'un directeur de site est pénalement responsable des accidents provoqués par les types dont il a la responsabilité.
Bé, à la fin de cette réunion préparatoire, on me fait savoir qu'on n'a pas besoin de moi pour la commission à suivre.
Ce type-là n'a pas eu de sanction (grande victoire du combat syndical radical et protecteur) et est mort renversé par un 48 tonnes, que les pompiers ont mis une bonne heure à nettoyer la chaussée de tous les débris épars !...
Pour expliquer ce phénomène, Morel, identifie trois rôles principaux dans toute organisation moderne : le manager, l'expert, et le candide, ce dernier se définissant par opposition à l'expert.
L'importance relative de chacun de ces trois acteurs caractérise un modèle d'organisation : hiérarchique, technique, ou décentralisé.
L'analyse des interactions entre ces trois types d'acteurs permet alors de mieux comprendre comment une organisation peut accoucher d'une décision absurde.
Dans le « modèle hiérarchique validé », le manager est l'auteur de la solution absurde, et il est soutenu par l'expert, le candide étant absent.
Ce processus serait particulièrement le fait d'organisations « dont l'activité est techniquement si sophistiquée que les managers sont en même temps des experts ».
En cas d'erreur majeure, l'expert hésite à alerter le manager, alors que le manager interprète le silence de l'expert comme une confirmation du bon choix effectué.
De cette manière, « une confiance injustifiée envers une fausse piste se construit collectivement ».
Dans le « modèle décentralisé », le candide produit une solution absurde, pendant que le manager et l'expert restent plus ou moins passifs.
L'accident de Tchernobyl en est une illustration : les conducteurs ont pris des initiatives dangereuses, alors qu'une partie essentielle de l'expertise était absente.
Erreurs individuelles ou dysfonctionnements collectifs, dans les deux situations, la conséquence est l'éloignement progressif du but initial.
Les décisions absurdes sont en effet caractérisées par une certaine perte de sens à cause d'une définition imprécise des objectifs, trop globaux, ou même contradictoires. « Il est plus facile de produire des solutions que de réfléchir à des objectifs ».
C'est sans doute le cas de la crise des « subprime » et des « actifs toxiques » que tous les acteurs ont dispersé à travers le monde financier.
Voire dans l'absence de réaction pluri-décennale dans l'affaire Madoff.
Dans d'autres cas, l'action devient le but ultime de la décision.
C'est particulièrement le fait d'une organisation où le management est « axé sur les processus, par opposition au management axé sur le résultat ».
Ce qu'on retrouve dans l'accident Kerviel, pense-je.
Et l'auteur de relever avec ironie : « c'est donc plutôt dans de grandes organisations, disposant de moyens importants, qu'on trouve des "Ponts de la rivière Kwaï" » !
À titre personnel, je constate surtout qu'il y a toujours des « trios » dans les bonnes organisations : le financier, le commercial, le « producteur ».
Quand c'est « l'ingénieur » qui dirige la boîte, ça donne Citroën : des
voitures géniales mais souvent invendables. Le cas typique jusqu'à la caricature étant « Concorde » : Les ingénieurs savaient faire, avaient envie de faire et avaient vendue l'idée
en affirmant que la vitesse des avions doublait tous les 10 ans, seul moyen, d'ailleurs, de faire face à l'accroissement du trafic qui doublait alors tous les 5 ans
!
Et personne de penser dans leurs rangs qu'on pouvait aussi
doubler les capacité d'emport, genre 747...
Quand c'est le « commercial » le manager de la boutique, on va avoir des dépenses de marketing ahurissantes et un retour sur investissement absolument nul : on le retrouve dans le luxe, les parfumeurs avec plus ou moins de bonheur, tellement les marges sont immenses.
Quand le patron c'est le « financier », la boutique va être « bridée » dans son expansion et finira par mourir faut de se renouveler.
Ça ce voit rien qu'à la lecture de ses bilans : « croissance molle » sur marché porteur ! Un comble...
Personnellement, il m'amuse de passer, tour à tour, pour un « expert » ou un « financier », voire un « commercial » que je ne suis pas. Ça c'est mon rôle de « patron redresseur ».
Mais quand tout va bien, j'adore jouer le « candide ».
C'est tordant quand on est le « patron » qui décide in fine !
Mais à condition de ne pas en abuser...
Reste que ce que ne nous dit pas Morel, c'est que les bonnes armées, nous a appris Napoléon (le « cousin qui a réussi »), c'est un stratège, des capitaines jeunes et ambitieux et des sous-officiers ayant de la bouteille et l'expérience de la bataille.
Mais on rentre déjà dans un domaine hors sujet de son bouquin...
(*) Christian Morel est docteur en sciences politiques, et l'auteur de deux ouvrages :
« Les Décisions absurdes » (2002, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines) qui a été primé par l'Académie des Sciences morales et politiques, et a reçu le Grand Prix 2002 du livre de management et de stratégie (l'Expansion-McKinsey).
« La Grève froide » (1981, Les Editions d'Organisation, réédité aux Editions Octares) qui est une référence pour les spécialistes des relations sociales.
Par Christian Morel : Pas celui de la banque homonyme !
Sarko commençait déjà à m'agacer !
Dans la vie, il y a deux types de personnes : seulement deux, pas trois !
Ceux à qui vous pouvez confier votre portefeuille et les autres...
C'était marqué sur sa « tronche », Cécilia, la première Dame du moment de mon pays, pour ne se comporter que comme une poule de luxe - et encore... enfin passons : c'est sa vie privée ! On ne peut reprocher à personne son manque de « classe » - puisque dès qu'elle a une carte de crédit ouverte sur le compte du Trésor, « l'argent des z'autres », c'est pour aller claquer du pognon dans les boutiques branchées, fait indéniablement partie de la seconde catégorie !
À son présidentiel mari de faire le ménage dans son ménage : après tout, il serait bon qu'il portasse aussi la culotte !
Que le « candidat Sarko » aille prendre quelques jours de repos son élection devenue définitive pour le quinquennat qui vient, chez des amis fortunés, là encore, passe encore : Ça ne nous regarde pas ! Il peut avoir les amis qu'il veut.
Que le Président de la République se fasse payer des vacances de plouc à manger du hot-dog, dans une location saisonnière financée par « d'autres z'amis », là, il commence à m'asticoter le neurone !
Comme si, moi, français, je n'avais pas les moyens de lui offrir des vacances de rêves avec tous les impôts que je paye (enfin, pas moi : tous les autres) et dont il est responsable !
Suis-je donc aussi nain que ça, pour qu'il aille faire l'aumône auprès de Cromback de chez Tiffany et Agostinelli de chez Lazard ou encore de chez Prada pour son épouse ?
Mon oseille pue-t-il à se point là que celui qui a sollicité mon suffrage puisse le dédaigner ?
Moi qui croyais que l'argent n'avait pas d'odeur, il faudra que je vérifie !
Et puis pourquoi 2 « contributeurs volontaires » ? Ni l'un ni l'autre ne sont assez « riches » pour ce genre de « largesse » d'une autre ère ?
Où sont-ce des contributions forcées ? Du racket présidentiel ?
Passe encore que nous ayons élu un Président dispendieux qui ne sait vivre que sur un train de vie somptuaire : après tout, nous avons été quelques dizaines de millions à le choisir collectivement !
Mais qu'il puisse préciser dans les colonnes d'un quotidien national l'identité des généreux mécènes comme seul remerciement, ça a quelque chose de particulièrement indécent, un peu comme si tout le peuple de France devait remercier ces deux marques de luxe en y allant s'y fournir !
Des coups de pieds au kul, oui !
Plus de TROIS ANS de Smic pour 15 jours de vacances, j'aurai nettement préféré faire une collecte nationale volontaire : à 60 millions de français, ç'aurait pu ne revenir à moins d'un dix millième d'euro, et ç'aurait été plus décent... en attendant le retour de l'impôt médiéval de « droit de gîte » des seigneurs capétiens et épiscopaux !
En attendant, j'aimerai bien, en qualité de fiscaliste, que ces sommes soient considérées comme non déductibles des comptabilités des entreprises d'où elles sont sorties. À moins que les généreux donataires, personnes physiques, soient eux-mêmes imposés comme d'une rémunération personnelle (y compris les charges sociales qui vont avec : ça renflouera un peu les caisses de nos régimes sociaux) ou comme un avantage en nature pour notre Ô combien vénéré Président, taxable entre ses mains, comme pour n'importe quel quidam. Voire une distribution de bénéfice taxable sur une assiette de 125 % de l'article 111 du CGI.
On aura noté que la jurisprudence est fournie en application de cette partie là du Code : Immeuble mis gratuitement à la disposition (CE 23 Nov. 1983, n° 35917), prise en charge des dépenses personnelles (voyages, restaurant, réceptions, téléphone, voiture : CE 22 Déc. 1982, n° 28185 ; 13 Mai 1992, n° 71495 ; 12 Jan. 1994, n° 82160 ; etc.)
Vingt-unième épisode.
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« Ce qui fut fait, ma chère ! » me dit alors Cortinco, en terminant son récit !
« Qu'avez-vous écrit ? Et sur quoi ? »
« Moi, P. Lierreux, fondateur de la « S.F. », né à, le tant, affirme prendre la responsabilité de donner contrordre à l'Amiral Landditsy, ce jour ! ». J'ai daté du jour indiqué par l'amiral, enfin une série de chiffres et de lettres à laquelle je n'ai rien compris, se terminant par 516, en langage de mon époque, ce qui a d'ailleurs soulevé un problème pour l'amiral qui a cru que je me foutais de lui.
Je lui ai expliqué qu'ils sauraient décrypter et que ça rendrait encore plus crédible mon « message », ce qu'il a admis. Et j'ai signé rapidement avec mon doigt ensanglanté par mes propres soins : je m'étais mordu la caouane du pouce gauche pour tout vous dire, voyez encore la cicatrice, laissant ainsi l'empreinte de mon index droit, le tout sur un mouchoir dégueulasse que j'avais dans la pochette de mon pyjama, ce qui rajoutait encore en crédibilité imaginant que personne n'utilisait plus ce type de matériau pour cet usage.
Mais finalement, je n'en sais rien.
Et je me suis retrouvé ici, en sueur, baignant dans mon sang, la blessure pas encore cicatrisée, sans même dire au revoir à personne et avec une très forte envie de pisser !
Était-ce un cauchemar ?
Ou bien une réelle tranche de vie ?
Je n'en ai pas la moindre idée. Mais ça m'a décidé à finir de boucler la boucle avec vous. »
« Vous comprendrez pourquoi, il fallait que tous ces mots-là soient dits et écrits quelle que part sur des supports qui traverserons le temps.
Pour être retranscris, par vous-même, puis par Pery, pour que la « légende » prenne corps, même si elle est complètement stupide, et fonder ce « pacte » sorti tout droit de mon imagination à l'occasion de ma supposée rencontre avec Michel, Landditsy et Edgorkloonyx, flottant au large d'une planète encore inconnue !
« Pas les Krabitz » !
Pas les Krabitz !
Et puis, il fallait bien, aussi, refermer toutes ces boucles du temps, ouvertes ici et là. Tous ces « paradoxes temporels » qui me donnent encore des sueurs froides. »
Ce soir, c'est fait, Monsieur Cortinco !
Reposez donc en paix !
Ch. Caré-Lebel
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PS : Je prie les lecteurs de « 2008 » de bien vouloir m'excuser à nouveau d'avoir « piraté » le site de l'Infreequentable à mon corps défendant.
Espérant seulement ne pas vous avoir trop perturbés, voire peut-être même, distraits au moins un peu.
Et je remercie vivement le dénommé Infreequentable de m'avoir accueillie malgré lui sur son site, malgré le procédé pour le moins « cavalier ».
Merci à tous.
Ch. C-L.
Vingtième épisode.
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Il fallait reprendre.
Et les deux humains flottèrent l'un vers l'autre. Une fois assez proche, Patrick confie les informations à l'amiral qui l'écoute et l'autre lui demande comment on pouvait se sortir de cette situation. Sans que Patrick ait pu répondre, les deux corps flottèrent en sens inverse pour revenir là où ils se tenaient chacun auparavant.
Ch. Caré-Lebel
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Surréaliste !
L'amiral s'esclaffe alors à gorge déployée.
Deuxième opportunité gâchée !
Ch. Caré-Lebel
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Dix-huitième épisode.
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L'heure semblait grave. C'était palpable. D'autant plus qu'en parlant d'un émissaire de la légion, qui plus est un responsable, et en me désignant à cet effet avec ce qui ressemblait à une main, j'ai quand même eu du mal à le croire, sur le moment.
Et je lui raconte mon histoire, celle-là même que je vous ai relatée tout au long de nos entretiens, celle d'une époque où je m'appelai Pierre Lierreux.
L'amiral semblait sonné. Médusé. Tétanisé. Le cerveau figé.
Puis il reprit ses esprits de commandant de flotte et brisa notre silence.
« Il circule cette légende du « fondateur », dans le milieu très fermé des officiers supérieurs de la Légion, et cela depuis des siècles et des siècles. On dit qu'il refera une apparition bien après sa mort à l'un d'entre eux. Qui le rencontrera.
Avec ordre de désobéir aux ordres officiels et de se laisser guider par son avis.
Je n'ai jamais cru à cette légende, même si elle est indispensable à connaître depuis des lustres pour devenir officier dans notre corps.
Et c'est sur moi que ça tombe !
C'est à peine croyable ! »
Il s'est tu. Puis le naturel reprit le dessus.
Là, ça devenait impossible à gérer. Personne n'osa plus la ramener durant un court moment.
Vous êtes, me semble-t-il, armé jusqu'aux dents d'une technologie dont je ne saisis pas tous les ressorts et le bout de feuillage là-bas dit me connaître et sait faire appel à mon vécu, devenu, là encore semble-t-il, une sorte de légende dans vos cultures. Peut-on faire un break et discuter tous les deux en aparté, que j'essaye de comprendre ce qui se passe ici !
Là, l'amiral éclate de rire ! Vite réprimé. Il s'est détendu. Et il s'est très vite re-cantonné dans son rôle d'Amiral.
J'avais loupé la première phase de ce cauchemar, pensai-je immédiatement.
Ch. Caré-Lebel
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Dix-septième épisode.
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« Et puis il y a eu une grosse explosion. J'ai vu Padalovski s'envoler sous le souffle alors que j'étais accroché à mon pied de biche improvisé et que la « plante » s'était enroulée autour de ma cheville. J'ai vu disparaître Padalovski dans le nuage noir qui avait tout envahi, mal retenu par la plante. Mais j'ai senti le choc dans la jambe.
J'ai hurlé son nom, sans réponse.
Puis une deuxième explosion, dans l'autre direction qui a failli m'arracher le pied et a ramené Padalovski encore conscient accroché à la plante, celle-ci, accrochée à ma cheville, se déroulant sur des dizaines de mètre, jusque-hors de ma vue.
La porte s'est brutalement ouverte, mais sur rien ! J'ai été happé par le vide. Je suis tombé. Infiniment tombé, dans le noir absolu, comme si je flottais ! Sûr que j'allai me fracasser contre les parois d'un instant à l'autre.
Au premier choc un peu brutal, j'imagine, j'ai dû perdre connaissance, pour me réveiller à l'hôpital à New-York, entravé, en sueur, hurlant encore le nom de Padalovski !
Ils m'ont pris pour un dingue, m'ont bourré de calmants, et j'ai tout oublié, abruti de morphine !
J'étais revenu et je ne le savais pas encore. »
Récit magnifique, bien entendu.
D'autant mieux qu'il a été réécrit par mes soins à de nombreuses reprises, pour finir par se stabiliser dans la forme que vous pouvez lire actuellement. La forme originelle dans laquelle il a été téléchargé sur mon Pod[1] un soir de décembre 2112, quelques semaines plus tôt.
Comme il est dit ci-avant, Pierre Lierreux s'est remis difficilement de son accident. Officiellement, le câble de l'ascenseur de sa tour s'est rompu et la cabine a chuté au fond de son puits.
Quelques mètres, même pas une dizaine.
Ne pouvant guère travailler, il rentre se soigner en Europe où il recommence une de ses vies nouvelles, d'abord dans l'enseignement du droit comparé, dans diverses universités d'Europe, puis en faisant vivre son cabinet d'avocat d'assurance. Et puis la vie a repris. Ses affaires également.
Mais c'est déjà une autre histoire.
Ses souvenirs sont revenus par bribes. Tous, il les a notés : un vrai puzzle !
Il raconte à plusieurs reprises, qu'instinctivement pourtant, dans bien des aspects de sa vie, il a souvent eu le sentiment bizarre de revivre la situation du moment.
Pour certains, c'est une pathologie de dédoublement de la personnalité. Pour d'autres, il y a des explications métaphysiques.
Pour lui, c'est un guide : il savait ce qu'il devait faire, ce qu'il allait faire. Il prenait son temps pour fixer sa décision et les « souvenirs » affluaient pour le guider, comme le lui avait dit en le plaignant le Père Francis du couvent de Corbara.
C'est comme cela que bien plus tard, il est devenu le patron incontesté d'un des plus formidables empires financiers de son époque.
Et un jour, il a organisé sa succession pour se « consacrer à vieillir ».
Et ce n'est que peu d'années avant notre première rencontre qu'il a donc « son cauchemar ».
Là encore, avec l'idée vague de l'avoir déjà vécu.
Il se retrouve, en pleine nuit, au milieu de nulle part. Un homme se tient sur ses gardes, en tenue de combat, faiblement éclairé par la présence d'un autre être humain, flottant autour de lui et une forme indéterminée qui se tenait dans le clair-obscur à quelques distances.
L'autre, c'était la personne à l'aspect humain et au visage lumineux, planant doucement sur son aire, à quelques mètres de distance.
Et s'adressant à l'amiral :
C'est incontestablement cette plante bizarre du type de celles vues une première fois sur « Paradise bis » puis une seconde fois au pied de l'ascenseur de « paradise », bien des années plus tôt !
« Et là, Christina, les souvenirs se sont remis dans l'ordre en un clin d'œil, rajoutant à mon angoisse du moment ! C'était « Ma » plante ! Celle sans laquelle je n'aurai pas pu survivre à la poussière noire. Celle sans laquelle je ne serai pas là à raconter ce message dicté par Pery et Padalovoski, que j'avais refoulés si loin et depuis si longtemps dans mon inconscient ! »
En fait, je pétochais un maximum à en avoir une envie urgente de faire pipi sur moi, mais je me suis retenu : c'est qu'il avait l'air vraiment très menaçant, l'amiral !
Les choses se mettaient en place. L'heure du pacte oublié avait sonné. Les dires enfouis de Pery et de Padalovski prenaient un enfin un sens, une consistance urgente.
Un grand silence, chargé de grenades explosives puissantes planantes telles une menace, s'en suivit.
Tout le monde pouvait se mouvoir sans difficulté, comme en flottant, mais pas l'amiral, qui semblait être cloué au sol par on ne sait quel sortilège.
Pendant qu'il soliloquait, on avait l'impression qu'il réfléchissait tout haut.
Ch. Caré-Lebel
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[1] NDA pour les lecteurs du début du 21ème siècle : écran tactile de la taille d'un livre de poche qui regroupe plusieurs fonctions telles ceux d'un visiophone, d'un PC, d'un GPS, d'un MP3, d'un bloc-note, d'un dictaphone, d'une caméra vidéo, etc. selon l'usage que l'on en fait sur le moment.
Seizième épisode.
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« Oui des plantes, ma chère ! Vivantes, mobiles, sans racine, polymorphes, multicolores, mais avec des feuilles, minuscules et vibrantes. Des êtres vivants tout étonnés de me voir arriver par les airs, venu de nulle part ! À peine posé sur ce que je croyais être une plateforme déserte, je les ai vues s'écarter sur ma trajectoire finale, puis former cercle autour de moi et bruisser de mille chatouillis provoqués par les vibrations de leurs petites feuilles.
« Où suis-je ? » questionnai-je en français. Grand silence ! Plus un bruissement. Et une voix douce me répond que je n'avais sans doute rien à faire ici, mais que si j'avais besoin d'aide, on pouvait peut-être me la fournir.
Une tranchée s'est alors ouverte vers ce qui semblait être une porte toute petite et j'ai vu arriver une nouvelle flopée de plantes, plus ou moins séparées les unes des autres, tel que ça formait un mur ondoyant, se brisant ici ou là, se reformant l'instant d'après.
Je ne sais pas comment, mais on fit les présentations. Des noms à coucher dehors avec un ticket de logement validé en main : j'avais à faire à une assemblée d'individualités. Quelle que part, c'était rassurant, parce que je pétochais sévère, sur le coup.
De l'eau pure ils avaient. De la nourriture aussi, mais pas ingérable pour un estomac d'humain. C'était plutôt ragoûtant, au fort goût de nitrate et de souffre, plus ou moins solide ou malléable, visqueux même.
J'ai rapidement compris qu'ils étaient eux aussi dans une sorte de « Paradise » bis, adapté à leur nature.
Nature qui supposait un milieu aqueux, et une forte densité de monoxyde de carbone qui était un vrai poison pour mes poumons.
Conscients du problème, je ne sais pas trop qui, a pris l'initiative de me couvrir d'une bâche dans laquelle ils ont ouvert un générateur d'oxygène.
On m'a expliqué que pour eux, il s'agissait d'une drogue qui leur brûlait les feuilles et dont ils étaient affriolants jusqu'à l'addiction !
Le délire !
En cet endroit, je suis resté jusqu'au lever du jour, après avoir repris mes esprits à plusieurs reprises et fait une dernière droite de hauteur aux étoiles encore visible dans l'aurore, pour reprendre un cap par rapport au soleil rouge se levant. Pas facile avec les nuées à fleur d'horizon.
Ils ont rechargé ma boite à énergie, très sympa, plein d'émotion et de gentillesse, alors même que je reste persuadé qu'ils avaient les moyens de me détruire en un clin d'œil si j'avais pu devenir menaçant. Et Dieu sait si j'ai dû à plusieurs reprises contrôler ma propre peur et l'envie de fuir par n'importe quel moyen : j'imagine que ce devait être réciproque, la peur...
L'odeur, leur odeur, parfois devenait insupportable. Les vieilles épouvantes ancestrales provoquées par les fragrances de souffre et de décomposition biologique. Ils m'ont fait promettre de revenir pour les emmener après que je leur eu expliqué d'où je venais et ce que je cherchais. Et je me suis élancé.
À peu près dans la bonne direction. En fait j'ai fait une montée directe, aidé de quelques ascendantes plus énergiques que d'habitude, bien au-delà de l'altitude de ma propre plateforme, d'après le mini baromètre que j'avais sur moi pour finir par retrouver mon « paradise » à moi en contrebas qui scintillait au soleil de la méridienne.
Inutile de vous dire que quand j'ai raconté cette aventure à Padalovski et Pery, puis à d'autres, ils étaient tous complètement excités !
Pour le reste, nous avons bien entendu cherché à localiser l'azimut de leur lotissement et tenter à plusieurs reprises de les rejoindre. Mais sans succès.
« Faut vous dire que je suis, au moins à ce moment là, le seul être humain à avoir vu une forme d'intelligence développée, au moins autant que celle de l'homme, qui ne soit pas humaine et qui plus est, qui soit d'origine extra-terrestre sur ce foutu endroit !
Je dois encore l'être pour un bon bout de temps, pense-je depuis. »
« Cette découverte comble de certitudes Padalovski qui est maintenant sûr que nous sommes dans une vaste arche de Noé, réservée aux seuls hommes. Une banque de sperme autonome, perdue aux confins de l'espace/temps, comme il le supposait jusque-là.
Il a d'ailleurs réussi à regrouper quelques « humains » autour de lui, pour que je raconte mes aventures et que nous élaborions des plans d'évasion, en omettant de raconter le contenu des études de Pery.
Nous nous retrouvions, soit chez lui, soit chez l'un d'eux, soit au Club, soit dans la « room chess ». J'étais devenu un phénomène.
Mais un phénomène qui annonçait aussi la fin proche de toute cette affaire.
À plusieurs reprises, j'ai été invectivé par quelques uns plus ou moins au courant de rumeurs en ce sens, tout de suite entravés par des personnes en uniforme ou de gentilles admiratrices...
Un monde policé avec le sourire : une merveille !
Car par ailleurs, Padalovski devenait inquiet. Les extinctions d'étoiles se faisaient de plus en plus importantes. Un soir, il me montra un vaste quart d'horizon, à peu près un quart de journée après le coucher du soleil, les heures n'avaient pas la même durée que sur terre, qui, à part quelques fortes étoiles, était complètement noir.
« La fin des temps est proche », prévoyait-il.
Ce qui ne faisait que renforcer Pery dans sa volonté de se tenir prêt à son départ le plus rapidement possible et le faisait sombrer dans une mélancolie sans nom qu'il partageait volontiers comme d'un fardeau avec quelques autres.
Et puis un jour, le deltaplane de Pery a disparu avant le matin. Lui aussi. Le petit groupe d'amis de Padalovski s'organise alors pour guetter l'ouverture de la porte d'ascenseur, se relayant nuit et jour.
D'autres pour le repérer dans le ciel si par hasard il revenait de « Paradise bis ».
Sans succès. Pery et sa facilité merveilleuse de tout trouver « très drôle » avaient non seulement disparu, mais n'avaient pas été remplacées. Signe qu'il était vivant.
Personne pour le remplacer, ce qui voulait clairement dire, pour quelques érudits locaux, que sa prophétie allait se réaliser. »
Pierre tente bien quelques vols de reconnaissance dans l'espoir de repérer quelques traces de son passage. Les nuages noyaient tout. Recherches vaines.
Jusqu'à ce qu'un matin, son hôtesse du moment reste raide et froide.
« Il y avait de la poussière noire partout venue de nulle part, jusque dans l'air qu'on respirait, au point qu'il faille se protéger avec des linges les voix respiratoires.
Vu du balcon, le soleil rouge était embrumé, pâle, ne réchauffant même pas l'air du matin. Et la densité du noir augmentait à vue d'œil.
Je suis sorti en catastrophe pour vérifier que Padalovski était encore chez lui. Tout était inerte, noirci par cette sorte de suie collante et noire qui envahissait absolument tout, jusqu'aux fibres des uniformes si blanc des cyborgs immobiles comme pétrifiés, yeux clos.
« L'ascenseur ! » ai-je pensé quand je me suis rendu compte que je pataugeais difficilement dans plus d'un mètre de poussière noire. « Vite, L'ascenseur ! »
J'ai fait demi-tour, j'ai pu descendre quelques niveaux, remarquant que plus ça allait, plus l'épaisseur de poussière devenait compacte et réduisait la hauteur sous plafond, rendant encore plus difficile mes mouvements.
Paniqué à l'idée que je n'allai pas y arriver, j'ai rencontré deux humains, dénudés, tout pareillement affolés que moi.
« Venez ! À l'ascenseur ! » Ils m'ont pris pour un fou : je descends alors qu'ils vont vers le solarium. J'en ai même traîné un par le bras qui s'est dégagé brutalement d'un direct du gauche à la mâchoire !
Je suis tombé à plusieurs reprises, étouffant sous la poussière noire mélangée à ma salive.
Et puis j'ai été véritablement happé par une de ces plantes vertes qui m'avaient tellement fait peur quand j'avais découvert « Paradise bis ». Elle était en boule et roulait à vive allure sur le tapis de poussière, vers moi.
Elle m'a dépassée, je n'y voyais plus grand-chose, et est sans doute revenue sur moi, m'a enveloppé et nous avons roulé un bon moment ensemble avant qu'elle ne s'ouvre, quasiment inerte devant la porte de l'ascenseur où Padalovski m'attendait, luttant comme un beau diable pour ouvrir l'un des battants.
Ce n'était pas dit comme ça, nous savions tous les deux, pour l'avoir lu dans nos yeux, que se faisant, on prenait le risque d'un nouveau « paradoxe temporel ».
Mais quelle importance dans l'urgence de la situation ? »
Ch. Caré-Lebel
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Quinzième épisode.
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Plus tard, Pierre Lierreux raconte son histoire par bribes. En effet cette nuit là, j'ai passé beaucoup de temps à lire tous ces textes et compiler tous les renseignements reçus entre-temps de mes informateurs.
Et je sais alors pertinemment de quoi le lendemain sera fait. Nous passerons la journée à remplir mes carnets de note et le surlendemain, Pierre Lierreux, pour connaître toute autant cette partie là de son avenir, s'absentera pour une pêche à la langouste, à la limite des eaux du parc naturel local, sachant aussi que j'avais à rentrer à New-York, à mon « petit matin à moi », décalage horaire oblige, pour revenir le voir plus tard.
Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois dans les mois qui ont suivi. Je lui montre mes travaux de synthèse, il corrige quelques détails sur ceux qui n'ont pas été publiés dans le blog d'infreequentable, m'apporte nombre de précisions sur des aspects de sa vie, de « ses vies » comme il aime à le préciser.
Il en eu une première, celle d'un adolescent insouciant dans une famille aisée de notabilités locales.
Après le décès tragique de son père, la vie emporte sa mère dans un tourbillon de voyages sans but ni fin pour finir par s'établir en Australie auprès de sa fille aînée qui y vit avec son mari. Lui, s'est finalement retrouvé orphelin, recueilli par une amie de sa mère et son mari qui vivent à la Capitale. C'est sa deuxième vie, traînant ses études de droit et un poste de gardien de nuit dans l'hôtel qu'exploite ce couple-là.
Il y fait « son premier million de dollars », ses études pas encore terminées.
Sa troisième vie, il la consacre à des voyages à bord de voiliers, ponctués par des « charrettes » dans le cabinet d'avocat où il fait son stage, à New-York, donne des cours de droit comparé ici et là dans les universités. C'est à cette époque qu'il se retrouve nulle part, objet de ce récit sur Internet à contretemps, avant de revenir se soigner en Europe.
Il y rachète un cabinet d'avocat spécialisé dans les assurances et crée plusieurs activités, parfois connexes, parfois sans rapport.
C'est dans « cette vie là », qu'il refait fortune et notoriété pour être réputé « l'avocat des affaires impossibles à gagner »... qu'il gagne.
Jusqu'à un jour malheureux où il convainc un jury de relaxer un criminel endurci. Depuis lors, il ne plaidera plus que très exceptionnellement.
Dans sa « quatrième vie », il se consacre au redressement d'une entreprise aéronautique. Pour devenir milliardaire, « mais en Euros », avec son fameux contrat chinois. C'est de cette époque que naissent les prémices de « fondation ». En soi, une 5ème vie, toute à consacrer au développement de cette entreprise et de ses projets tournés vers l'espace circumterrestre, puis interplanétaire.
J'ai de quoi nourrir plusieurs articles, quantité de romans, de pièces de théâtre pour le reste de mes jours, si Dieu me prête vie assez longtemps. Et Pery et d'autres pourront retrouver mes travaux.
D'autant mieux que « mon chef à moi » ne me demande plus rien, sauf à en devenir obséquieux quand je lui rends un article pour le « News-World ».
« Mais tu es sûre que tu satisfais Cortinco, mon coco ? » Ou : « Ça avance la biographie de Cortinco ? » Ou encore : « Coco, il est content de ton travail, Cortinco ? ». Et avec le temps : « Tu sais, on n'est pas pressé, mais on dit qu'il est au plus mal ! J'aurai aimé un papier à l'occasion de l'annonce de son décès ! Pour la boutique... coco », etc.
Pénible.
Oui, ça avance, plus qu'il ne pourrait jamais publier, puisque c'était le « deal » : rien avant son décès, qui traînait à arriver ; mais je ne suis pas pressée, pour le revoir régulièrement.
Et puis, un jour, il a décliné brutalement, comme si il avait décidé qu'il n'avait plus rien à dire ou à faire sur cette planète, et il s'est éteint, une nuit, dans son sommeil.
Il me restait le plus gros du travail : chercher, fouiner dans ses archives. Je me suis installée dans ses murs, son personnel aux petits soins pour moi, sans que j'aie à m'inquiéter des factures à payer : « La Fondation » s'occupe de cela à ma place et projette de transformer le lieu en musée, en lieu de mémoire quand j'en aurai fini !
Du travail pour de nombreuses années, même si Pierre Lierreux m'a un jour fait visiter « son musée » à lui. Installé dans les sous-sols de sa maison : une véritable caverne d'Ali Baba, où tout ou presque était déjà rangé, collecté, classé, étiqueté. Il suffisait de le mettre en scène pour d'éventuels visiteurs.
Ce sont ces jours là et les suivants, crois-je me souvenir, que nous avons abordé deux points essentiels : son départ de « paradise » et son « cauchemar » sur les « Krabitz » ! Le message lancé à l'Amiral Landditsy.
Il raconte ses quelques semaines, quelques mois passés à rechercher avec Pery le moyen de s'extraire de ce lieu flottant au-dessus de nulle part.
Pery n'ayant pas lu l'original de ce blog et de ce récit, il ne savait pas trop comment l'aider, sauf à savoir que c'était par « les airs » que ça pouvait se passer.
Pierre décide dans un premier temps de visiter tout du bâtiment. Peine perdue.
Dans un deuxième temps, il a l'idée de commander, sur « le catalogue » du bord, de quoi équiper deux deltaplanes, ou « Aile Rogalo » de grande taille et s'est lancé, avec Pery dans les joies de la glisse aérienne.
Reliés à un dispositif portatif de câblage après un vol où il leur avait été difficile de rejoindre la plateforme, ils se sont aventurés de plus en plus loin de leur base de départ, explorant à la fois l'environnement immédiat, les flux et reflux atmosphériques (l'aérologie), mais aussi quelques expériences permettant de tester la composition chimique de l'atmosphère, en dessous.
Il raconte qu'en fait, la « plateforme » ne repose sur rien. Ni dessus, ni dessous, ni sur les côtés, ni devant ni derrière, et qu'ils n'ont jamais été entravés par quoique ce soit dans leurs évolutions autour d'elle. Un vrai mystère de physique appliquée !
Aucun dispositif aérien ni mécanique ne semblait la maintenir parfaitement stable et immobile au-dessus d'un point fixe dans le ciel de la planète.
Lors d'un vol vespéral, ils eurent l'idée de naviguer, non plus à vue avec pour seul repère la « plateforme », d'aspect bien plus grand que les parties internes auxquels ils avaient accès le laissaient supposer, mais « aux étoiles », de nuit.
Jusqu'à ce qu'ils se perdent de vue, l'un d'entre eux happé par une ascendante douce et l'autre par un air descendant.
Leur moteur électrique avait par ailleurs déchargé les boîtes à énergie[1] portatives qu'ils s'étaient faits livrer : il s'agissait donc de rentrer, mais dans ces conditions, par le seul jeu des courants d'air.
Autant Pery y est parvenu dès la bonne direction identifiée au crépuscule, autant Pierre avait eu quelques difficultés à le suivre et n'a pu se guider, épisodiquement que grâce à la lumière des balcons encore allumés, de-ci delà, par quelques occupants, Padalovski le premier et jusqu'à son retour.
Fut décidé d'augmenter la puissance des boîtes à énergie électriques en changeant de système par les fameux couples à inertie et condensateurs cryogénique dont nous disposons aujourd'hui, époque où je trace ces lignes, tirés d'une idée de Padalovski lui-même, venu d'un futur manifestement plus « avancé » technologiquement que celui de Pierre à son époque à lui.
Ça plus des moyens de radionavigation élémentaire et le câble de sécurité relié à la plateforme, ils sont allés de plus en plus loin et de plus en plus bas.
D'après ce qu'il rapporte des mesures de Padalovski, l'atmosphère profonde reste viable et respirable, mais ils n'ont pas pu en déterminer le fond. Rapidement, faute de champ magnétique, Padalovski s'est consacré à dresser une carte du ciel étoilé.
« Avec un bon vieux sextant, on doit pouvoir s'y repérer » avait affirmé Pierre au « vieux » savant. Un sextant... c'était une notion oubliée pour celui-là.
Les jours de luxure se sont donc succédés sans entrave aux nuits vagabondes et inversement, à des rythmes divers, jusqu'au moment où Pierre s'est à nouveau perdu, la faute à la rupture de son câble de retour, sans qu'il ne s'en soit aperçu.
Il raconte qu'il est bien arrivé sur une « plateforme », nettement plus bas et plus loin que précédemment, à la limite des nuages qui posaient problème pour une navigation nocturne.
Un peu affolé, il s'y pose et est reçu par des plantes animées !
Ch. Caré-Lebel
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[1] NDA pour les lecteurs du début du 21ème siècle : Les « boîtes à énergie » fonctionnent selon le principe simple du rotor inséré entre un double stator à effet Casimir. Le stator extérieur est équipé de miroirs en nombre premier pivotants chacun mécaniquement sur un axe sur un quart de tour, pour venir faire face à ceux posés sur le rotor, eux-mêmes d'une quantité inférieure de nombre premier et eux-mêmes asservis mécaniquement sur un axe pour pivoter d'une quart de tour.
Le tout fonctionne sous vide et l'effet Casimir est proportionnel aux dimensions des miroirs qui s'attirent en fonction inverse du carré de leur distance et meuvent le rotor, d'autant puissamment que le phénomène se répète.
Le rotor entraîne une bobine autour d'un aimant permanent du stator central créant un courant électrique qu'il suffit de récupérer aux deux bornes du dipôle.
Ce mécanisme simple et aujourd'hui quasi-universel ne fonctionne bien que passé 800 à 1.200 tours/minute, selon la taille des entre-axes, seuil où il parvient à autoalimenter le mouvement du rotor. Il convient toutefois de ne pas dépasser les 6 à 16.000 tours/minutes (toujours selon la taille de « la boîte »), pour éviter que les efforts centrifuges dérèglent les réglages micrométriques des pièces et miroirs en mouvement.
On « recharge » une « boîte à énergie », selon son modèle, à la main ou avec une source électrique et si l'on n'y prend pas garde, elle se « décharge » pour se bloquer une fois dépassée la vitesse limite de rotation ou que le vide n'est plus suffisant. On dit d'elle qu'elle est déchargée. Il faut alors refaire le vide pour la réamorcer. Mais elle peut aussi rester en inactivité en l'état.
Quatorzième épisode.
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Frappe alors à la porte Pery : « Vous ne venez pas ? C'est l'heure du petit déjeuner ! »
La nuit est avancée. Pierre Lierreux fait des efforts pour poursuivre son récit.
« Monsieur. Ce que vous racontez est passionnant. Et nous avons entre un et deux ans pour affiner ce récit si j'ai bien compris. Peut-être serait-il temps d'aller vous coucher ? »
Il maugrée mais en convint.
Nous nous sommes séparés, lui emmené par sa gouvernante à « chaise à roulette », moi vers ma chambre : j'ai du travail.
Ch. Caré-Lebel
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Treizième épisode.
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Une fois installés, au salon il a repris son récit.
Ch. Caré-Lebel
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Douzième épisode.
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Peu avant le lever du soleil rouge, la brune à forte poitrine, toujours dans un état de somnolence apparent, Pierre sort de son appartement, maillot de bain enfilé sous un jogging, serviette éponge sur les épaules.
Pery est dans la même tenue. Et sans un mot, ils partent vers le « petit bassin ».
Sauf qu'à un moment, Pery pousse Pierre dans une coursive, tourne rapidement à gauche au premier carrefour et ouvre une porte donnant sur un intérieur baroque, presque aussi grand que l'appartement de Pierre, sauf qu'il était encombré d'une multitude d'instruments de mesure divers, de machines folles rangées ici ou là, les unes éteintes, d'autres fumantes ou ronronnantes : la caverne d'un mage ou d'un docteur scientifus débordé !
Un homme maigre, ce qui le vieillissait, à la barbe fleurie, ce qui le vieillissait encore plus, habillé d'une toge bleue s'avance vers eux, le sourire aux lèvres.
Un haussement d'épaule ! Pour toute appréciation.
Nous sommes donc rentrés pour nous installer dans le salon.
Ch. Caré-Lebel
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Onzième épisode.
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« C'était votre premier contact avec cet homme, celui de T cinquante ? » interrompe-je mon hôte.
« - Absolument ! Mais je ne savais pas encore qui il était. Simplement qu'il venait de mon futur et semblait me connaître. Inutile de vous dire que j'étais particulièrement troublé par cette rencontre. Et la suite de la soirée a été pénible : pas par la forme et son contenu habituel, même pour mes visiteuses noctambules, mais pour mon mental !
Un fruit avant de passer au salon. À moins que vous m'autorisiez à fumer mon cigarillo quotidien sur la terrasse. Il va y faire frais, mais vous êtes la bienvenue. »
J'ai pris une clémentine, un vêtement, et nous avons franchi ensemble la porte vitrée, laissant mon hôte profiter de son cigare à l'odeur forte.
« Je ne fume pas à l'intérieur : ça empesterait au petit matin ! Et je déteste l'odeur. Mais je n'ai pas pu renoncer à ce petit plaisir. Un vieux garçon, chère Madame ! On ne se refait plus, à mon âge. »
Nous avons donc continué à papoter sur la terrasse, la mer d'un noir d'encre à nos pieds, quelques dizaines de mètres plus bas, le ciel zébré par l'éclat du phare plus haut à gauche.
Et il reprit son récit.
Ce n'est que quelques jours plus tard que Pierre Lierreux retrouve Pery. Ils se cherchaient mutuellement.
Et d'éconduire une ravissante brune à forte poitrine du meilleur effet : une de perdue, dix de retrouvées... surtout ici !
Et Patrick Cortinco de faire la narration détaillée de son arrivée et d'une partie de sa vie antérieure.
Ch. Caré-Lebel
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Dixième épisode.
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Dans les jours qui suivent, Pierre devient des plus assidus à la salle d'échec, pas très loin de celle du billard, à proximité de la salle de bowling.
Ce qu'il y avait d'affreux dans « paradise », c'était qu'il n'était guère possible de rester inactif, sans être accosté, tôt ou tard par une créature de rêve.
Même les hôtesses en uniforme ne sont pas farouches, loin de là, même si elles n'accostent jamais en premier.
Un refus peut se comprendre. Deux ou trois d'affilée, on vous laisse en paix quelques temps. C'est seulement dans la salle des échecs où, du moment que vous jouez ou que vous observez une partie, on pouvait vous laisser en paix un long moment.
Là et au « pub », totalement britannique dans sa conception et son décor : les hommes y étaient entre eux et vous étiez rapidement étiqueté « hétéro » après quelques refus polis, selon la formule en usage dans ces lieux : « Vous n'êtes pas mon genre et j'ai tout ce qu'il faut chez moi pour satisfaire à tous mes désirs » !
De longues soirées passent ainsi, sans que Pierre ne rencontre ni Padalovski, ni le « sauteur de banque ».
Jusqu'à ce qu'un incident sans gravité précipite un peu les choses. À l'occasion d'une partie de tennis, Pierre trébuche et s'écorche au sol. La blessure n'est absolument pas grave. Il s'essuie et va pour reprendre sa partie.
C'est alors que les majordomes l'en empêchent pour le conduire derechef se faire soigner auprès d'une infirmière, « bien » sous tous les rapports.
Quelques compresses après désinfection et la cicatrisation s'est faite en un temps record, même pas le temps de poser un pansement !
À la sortie de l'infirmerie, un jeune homme inconnu à la tignasse blonde et en bataille attendait.
Nouvel éclat de rire.
Entre temps, ils arrivent l'un et l'autre à une table libre du « Café », suivis juste derrière par deux verres remplis chacun d'une de leur boisson préférée aux couleurs bigarrées et au goût sublime.
Pery sort un tube à essai de sa poche dans lequel est enfermé un bête coton-tige qu'il passe sous et sur la langue tendue de Pierre.
Et voilà Pery qui s'éclipse.
Ch. Caré-Lebel
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Neuvième épisode.
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Pierre Lierreux continua son récit à table et encore après, avant d'aller se coucher. Le lendemain, j'avais naturellement parcouru mes notes, préparé des questions, sauté d'un sujet à l'autre et pour avoir quelques précisions ici ou là, avant de reprendre la navette du retour.
J'ai voulu reprendre ses dires de façon chronologique, les retranscrire à la première personne du singulier, comme d'une expérience singulière et personnelle, comme je les ai reçus en pleine tête moi-même pour mieux rendre l'effet incroyable que cela a pu faire naître dans ma conscience, contre toute logique élémentaire : Une boucle temporelle, un paradoxe temporel, même dans la vie d'une journaliste, ce n'est pas évidemment pas tous les jours que cela vous arrive !
Ce sont les premiers billets.
Pendant la nuit locale, bien entendu, je fais fonctionner mes réseaux d'informateurs, à eux de confirmer quelques points et de me rassasier d'informations sur « International Space Fondation », dans tous ses aspects, sur Pierre Lierreux.
J'ai pratiqué l'expérience du blog anti-daté : désolé pour « mes » lecteurs de 2008, mais il vous faudra attendre décembre 2112 pour en avoir la certitude visuelle irréfutable.
Vous devrez vous contenter de ma parole et de ma bonne foi en attendant : ça marche !
Et je suis sûre que vous en ferez vous-mêmes l'expérience, dès votre époque.
Et puis je décide de raconter la suite de cette histoire, rentrant alors dans ce jeu stupide d'écrire ce qui est déjà écrit.
D'abord, cet homme-là croustille de mille détails et anecdotes. Beaucoup n'ont rien à faire dans cet exposé, pour avoir un caractère licencieux parfois... des plus crus, mais presque toujours « poète », presque « fleur bleu » : Un grand romantique, ce Monsieur Lierreux !
Non pas qu'il ait un langage grossier, loin de là, mais ses expériences érotiques n'apportent strictement rien à notre rencontre et son interview.
J'en ferai peut-être un roman, à publier beaucoup plus tard : « L'homme aux 1.000 femmes », peut-être ?
Même ce chiffre effarant pour une puritaine comme moi semble déjà trop petit !
Nous verrons bien.
Nous poursuivons donc son récit à table :
Sur « Paradise », il fait très vite un tour des installations nocturnes. Pistes de danse, casinos, boîtes de nuit, fumeries d'opium, théâtres et cinémas multiplexes à la demande. Le site lui semble énorme et je vous passe les détails.
Pour finir par rentrer, le premier soir, dans ses appartements, accroché au bras une dame qu'il décrit comme une jolie « bimbo » toute émoustillée à l'idée d'être « la première » pour lui, ici !
Là encore, je vous passe les détails.
Le lendemain, il se réveille en pleine forme et poursuit sa visite des lieux. Fait quelques brasses dans le bassin d'une des piscines de l'établissement. Il y fait des rencontres une nouvelle fois sensuelles et rentre pour le déjeuner sans avoir pu avoir accès aux parties réservées au personnel, à l'intendance, à la sécurité, à la direction, ce qui le laisse quel que peu déçu, entêté qu'il est déjà à vouloir « renter ».
C'est impossible, lui fait-on comprendre.
Au déjeuner, il est attablé avec une autre troupe de joyeux drilles, toujours avec ce même phénomène de langage devenant commun comme par magie à la première parole prononcée : cette fois là, il s'essaye au français et tous se mettent à parler et comprendre le français.
Ils finissent leur repas par philosopher et les plus « neufs » dans l'ordre des époques de naissances de raconter aux plus anciens, l'histoire telle que les uns et les autres la connaissent.
Et chacun d'annoncer des périodes différentes, parfois longues.
Et tout le monde d'en rire aux éclats.
Et une nouvelle fois, tous de rire de ce mot d'esprit : frustrant pense Pierre. Il ne sait pas encore.
Nouvel éclat de rire général !
Naturellement, ces réponses là n'ont pas satisfait Pierre. Sa seule occupation, pendant les jours qui ont suivi était de se laisser séduire par un maximum de femmes apparaissant esseulées, toutes plus sensationnelles les unes que les autres à ses dires.
Tout en cherchant à en savoir plus, plus ou moins discrètement, sur son environnement.
Il occupe ses soirées à la recherche de ce « sauteur de banque », finit par se faire livrer ses repas dans sa chambre, accompagnée de quelques personnes de sexe féminin, une par une ou plusieurs le même soir.
Se laissant griser avec délices dans la dépravation condamnée par toutes les morales humaines et bien terrestres.
Jusqu'au jour où il arrive à croiser le « sauteur de banque », après l'avoir loupé à plusieurs reprises.
Un moment de silence.
Ch. Caré-Lebel
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Huitième épisode.
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« Dans ce rêve, ma chute dure longuement. Au point que je finis par me blottir dans un coin de la cabine, fatigué de rester en position debout, tentant de garder l'équilibre malgré les soubresauts puissants de la cabine tout au long de sa chute.
Si l'on dit que le temps peu être suspendu, en fait il semble qu'il puisse aussi se densifier à s'en dilater à l'extrême. J'ai même eu le temps d'avoir faim et soif, me souvins-je encore.
Pour finir, longtemps plus tard, pas ressentir un ralentissement qui faillit m'envoyer dans les pommes, tout le sang dans les pieds qui enflaient et, s'arrêter doucement.
La porte s'ouvre alors sur des visages souriants, me souhaitant la bienvenue.
On m'entraîne vers ce qui ressemblait au comptoir du concierge d'un grand hôtel ou vaquent des dizaines de personnes, les unes en uniformes blancs parés de broderies dorées, de coupe classique pour ce qui semblait être des hommes, tous sveltes et élégants, et de jupe et veste pour les femmes.
On m'y inscrit sur les registres, on me donne une clé et une pochette d'accueil. Pour m'inviter à rejoindre ma chambre par l'ascenseur. « Je préfère y aller par l'escalier », me souvins-je avoir dit, sur un ton pince-sans-rire !
Je suis donc escorté par un majordome, dans l'escalier, croisant ici et là quelques occupants, à travers un dédale d'escaliers et de coursives monumentaux, pour finir par être conduit à « ma chambre ».
Une hôtesse d'accueil accorte me fait faire le « tour de l'appartement ».
Et elle est ressortie.
Un enlèvement, ai-je pensé. Hôtel peut-être moderne, luxe stylé, classe, vaste chambre, coin cosy, décoration minutieuse, très agréable et grande salle de bain où je me suis douché de mes sueurs précédentes, finalement bien content d'être encore vivant.
Avant ce premier dîner, j'ai exploré mes armoires d'où je pouvais disposer d'une vaste garde-robe de goût bigarré, mais tout à ma taille, le tout impeccablement coupé.
Avant de m'allonger sur le lit, j'ai quand même jeté un œil à ma terrasse, donnant sur l'extérieur.
Je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais c'est là que j'ai compris que quelque chose de fondamentalement anormal n'allait pas : L'air était vif, sans odeur particulière, mais en me penchant, je ne pouvais pas voir de fond !
Juste une vaste nuée, très lointaine, recouvrant toute la surface offerte à ma vue, jusqu'à un horizon bleu nuit, bien délimité, où scintillaient déjà des étoiles.
Et surtout, à droite, un immense soleil rouge qui s'enfonçait lentement sous l'horizon avec une sorte de lune qui n'en était pas une qui tournait à vive allure autour de lui pour être détectable à l'œil. Une sorte d'énorme planète sombre.
Je ne l'ai pas aperçue immédiatement, mais elle s'est « levée » à l'horizon du soleil rouge par sa gauche, est passée devant en ternissant la lumière rouge et a disparu à droite en quelques minutes !
Je ne sais pas où j'étais, mais en tout cas pas sur Terre, ça c'était sûr ! Et puis la gravitation n'était pas tout à fait la même
: Je me sentais quel que peu un peu plus léger.
J'ai observé ce phénomène plusieurs fois avant que le gros soleil rouge ne disparaisse à son tour sous l'horizon, allumant une quantité phénoménale d'étoiles à l'opposé : aucune constellation reconnaissable et Dieu sait si je les reconnais à l'œil nu, pour avoir, déjà à mon jeune âge, bourlingué ici et là à chaque occasion, sextant à la main.
Rien de connu, absolument rien.
C'est la tête en feu que je me suis allongé avant d'aller rejoindre la salle à manger.
Où pouvais-je donc être ? Comment avais-je pu arriver dans un endroit aussi étrange ? Qu'est-ce que tout cela pouvait bien signifier ?
Je me suis rendu un peu plus tard dans la vaste salle à manger. Un demi millier de convives environ, en tenue parfois excentrique, parlant bruyamment des langages inconnus en une vaste cacophonie, réunis pas douzaine autour de tables rondes, et une myriade d'hommes et de femmes, tous en uniforme blanc à liseré doré, qui virevoltaient tout autour de ces gens-là.
On m'a conduit à une table où je ne connaissais personne. 9 types de races différentes, des grands des petits, des gros, des filiformes, dont je ne comprenais absolument pas ce qu'ils se racontaient, parlant des langages chacun différent et 2 femmes curieuses, chacune d'une beauté rare, mais d'âge et de style différent. Ce sont elles qui se sont adressées à moi en anglais. Et en répondant à leur question, j'ai compris tout le monde... en anglais, sans pour autant qu'ils semblent avoir à parler anglais entre eux : il n'y avait aucune raison pour qu'ils changent de langue dans leur propre conversation, qui avait trait à des sujets différents.
D'où je venais, quand étais-je arrivé ? Elles n'ont pas paru surprises de me savoir tout nouveau ici. C'est un des convives qui avait relevé sa tête de son assiette qui m'indiqua que cet endroit n'avait pas de nom. « Alors, nous l'avons baptisé Paradise, ou Eden, selon votre préférence ! Vous verrez, très cher, quelle que soit votre vie ou votre époque, vous y trouverez tout ce qu'il vous faut pour vivre ici des moments inoubliables. Vraiment un endroit de splendide folie ! Absolument magnifique ! »
De quelle époque je venais ? Ça, c'est une question qu'on m'a posée plus souvent qu'à mon tour. Quand à chaque fois je répondais « du XXIième siècle », ça pouvait soit étonner, soit ne rien provoquer comme réaction. Certains me disaient être nés au XVIIIième, d'autres au XXIIième, voire beaucoup plus tard, ou nettement plus tôt, comme si ça ne voulait plus rien dire.
Car une chose était terrible, mais ne m'avait pas sauté aux yeux immédiatement : nous avions tous l'air d'avoir entre 20 et 30 ans, grand maximum. Peut-être 40 pour certains !
J'ai mangé, des mets délicieux, sans savoir ce que c'était et j'ai bu, des nectars sucrés, âcres ou amers, sans savoir de quoi ils étaient issus. A priori, je n'avais pas à me méfier : ils avaient l'air tous en bonne santé. Et d'ailleurs, pendant mon séjour, je n'ai jamais eu à être malade.
Le dîner une fois servi, les convives se sont levés pour aller dans la grande salle d'à côté où un orchestre jouait des airs inconnus avec des instruments parfois connus, comme le piano, la trompette, les violons, parfois inconnus, comme cette sorte de cornemuse à pédale ou ce cor à clavier !
J'étais acteur dans un film de science-fiction, dans ce qui ressemblait à une sorte de grand hôtel flottant au-dessus d'une planète inconnue, dans un système solaire délirant, avec des gens qui jouaient également les figurants d'un scénario qui n'existait que dans le cerveau fébrile d'un auteur dément ! »
La gouvernante entre alors discrètement pour nous dire que le repas était servi.
Il en fut donc ainsi.
Ch. Caré-Lebel
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Septième épisode.
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Qu'était-ce donc tout ce délire ?
« À T cinquante, un thésard de la Fondation, historien chargé par son directeur de thèse de faire une histoire de la « Fondation », fait des recherches sur les origines et les pères fondateurs.
Je ne vous raconte pas la teneur de ses travaux, ni ceux de ses prédécesseurs : nous ouvririons une énième boucle de paradoxe temporel dont nous ne savons pas quand elle se refermera, ni les conséquences qu'elles pourraient générer sans qu'on ne les maîtrise.
Ces informations existent, dans le détail, mais vous n'en retrouverez qu'une petite partie dans mes archives personnelles. Le reste appartient à la « Fondation » et ne sera accessible qu'à quelques individus, pas encore nés pour la plupart : elles pourraient être trop mal exploitées.
Ce jeune homme, s'appelle Pery Bear-Carlson.
On ne sait pas ce qu'il va devenir. Son sort m'est en fait inconnu. Et pourtant, je l'ai côtoyé.
Nous y reviendrons, car pour le moment, qu'il sache en lisant ces lignes, si elles lui sont rapportées, que je le remercie infiniment, en mon nom personnel pour son amitié ; au nom de tous pour son apport à la science, lui qui m'a dit avoir toujours eu du mal avec les notions abstraites.
Il est seulement porteur de ses travaux de recherche et retombe sur des synthèses du site d'Infreequentable, un peu par hasard, me dit-il. Une vraie mine de renseignements sur une partie obscure, mal étudiée à son époque, des tous premiers temps de « Fondation ».
Bref, il fournit un gros travail qui aurait été impossible si vous ne publiez pas vos lignes rapportant notre entrevue. »
Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ? Le maître des céans, après m'avoir fait gober « son voyage » vers le passé, me raconterait-il un « voyage vers le futur » ?
Plus fort que le « retour vers le futur » ?
« Qu'il sache également que nous avons beaucoup travaillé sur le bien fondé de notre démarche de ce jour T zéro, en comité de haute direction et stratégie. Nous avons longuement pesé le pour et le contre. Nous avons traversé des phases de refus, des phases d'allégresse et d'engouement, regrettant parfois de n'avoir pas « tout su » de notre avenir collectif, regrettant que l'expérience des futurs ne nous guide pas plus, redoutant alors mille travers toujours possibles, et pariant sur la grande sagesse de nos successeurs qui sont restés silencieux.
Bref, nous avons pris la décision de ne pas effacer les lignes de l'ignoble Infreequentable, mais de les laisser telles que nous les avons découvertes, et telles qu'elles seront lues par ceux qui feront ensuite les synthèses dont se servira Pery.
Nous ouvrons une « boucle temporelle », un nouveau paradoxe, en vous faisant, Madame Caré-Lebel, notre messager vers le futur, pour mieux devenir mon messager de T moins dix. »
Je prends note, bois ces paroles. Où vais-je ? Où erre-je ? Où cours-je ?
Quelles sont donc ces nouvelles échéances ?
« Racontez-moi ! Que suis-je censé faire ? Que c'est-il passé à T moins dix ? »
Patrick/Pierre Lierreux me regarde, tourne la tête vers le ponant.
« Cette heure de la soirée débutante est magnifique. Regardez donc la nuit qui avance, le soleil qui fuit vers l'horizon, caché par les nuages. Pourtant je sais que nous verrons le rayon vert, assez rare en cette saison, parce que vous l'avez retranscrit. Un court instant de la journée, improbable ce soir parce que les nuages s'épaississent.
Sachez que j'en ai la gorge nouée. »
Il se retourne vers moi après que j'ai partagé la vision du magnifique spectacle haut en couleurs que nous offrait la nature.
« Je n'ai raconté cette histoire là qu'à quelques personnes. Pas plus que les doigts d'une seule main.
La première était un moine, Père Francis, un père blanc, quelques mois après qu'elle me soit arrivée. Il m'a écouté avec une grande attention. Je ne lui ai pas tout dit, juste l'essentiel.
Je me souviens parfaitement qu'il a gardé un long silence avant de me demander si ce que je lui racontais était vrai. J'ai naturellement répondu que oui, « me semble-t-il », ai-je précisé. Je ne savais pas si j'étais fou, si j'avais rêvé, si... je ne sais pas, si tout cela n'était pas seulement irréel.
Il m'a répondu que de deux choses l'une, soit c'est vrai « et la vie va vous le confirmer tout au long de votre parcours sur cette terre. Dans ce cas, je vous souhaite tout le réconfort et l'aide de Dieu pour affronter votre destin. C'est une lourde tâche que de se conformer à soi-même quand on sait de quoi son parcours sera fait, jusqu'à savoir l'heure de son rappel auprès du Créateur.
Soit c'est un mirage de l'esprit et Dieu a voulu vous éclairer sur ce que vous n'avez pas à faire. Dans tous les cas, vous êtes un privilégié, mon fils. Dieu vous pardonnera mieux que moi de l'avoir ainsi offensé. »
À l'époque, pour ne pas être vraiment très croyant, même plutôt avoir la dent dure contre tous les prophètes de tous les dieux en puissance sur cette planète, je n'avais pas tout compris.
À la lumière du parcours, Dieu était à mes côtés dans les moments de doute : je ne sais pas si je dois le remercier, mais c'est finalement assez rassurant !
Puis il se retourne vivement vers le soleil couchant.
« Regardez ! Le rayon vert, là, tout de suite ! »
Je ne savais pas que ça existait avec une telle intensité. C'est la première fois que je vois ce phénomène pourtant assez courant, paraît-il : Juste après que le dernier rayon du soleil, devenu un astre plus gros que nature par effet de loupe des basses couches de l'atmosphère, la lumière parvient quand même à traverser une fine épaisseur de la mer et se teinte de vert, parce que l'eau est chargée de plancton !
Ça donne le « rayon vert » aussi fugace que bien réel.
« Alors, allons-y » reprit-il
« À T moins dix, je suis avocat stagiaire apprécié par mes tuteurs, dans un cabinet de Chicago. Là aussi, nous y reviendrons. Plus tard.
J'ai 25, 26 ans et le monde m'appartient pour être déjà multimillionnaire en dollars, il n'en fallait que deux, logique, et j'avais pris quelques distances avec le continent européen pour avoir déplu à quelque hautes personnalités et autres maris jaloux. Je vous raconterais cela une autre fois.
Bref, me voilà à rejoindre le Tribunal fédéral depuis le 62ème ou le 64ème étage du building où étaient perchés nos bureaux et descendre au deuxième sous-sol, là où était mon véhicule.
L'ascenseur s'arrête à plusieurs reprises pour laisser entrer et descendre des voisins ou des visiteurs et file au rez-de-jardin. Puis au rez-de-chaussée. Je me retrouve seul pour la fin de son parcours, quelques secondes normalement.
Je le sens entamer sa descente douce. Mais l'ascenseur ne s'arrête pas et, au contraire, poursuit sa descente et sa chute à une allure s'accélérant jusqu'à me sembler vertigineuse.
6 niveaux, j'étais affolé : il n'y avait rien en dessous et normalement j'aurai dû m'écraser avec la cabine au dernier sous-sol depuis un moment, alors que j'étais ballotté d'un bord à l'autre dans un vacarme de plus en plus épouvantable.
Officiellement, le frein de secours a fini par se déclencher et j'aurai été retrouvé inconscient et désarticulé dans les minutes qui ont suivi cet accident.
J'avoue qu'effectivement, à mon réveil, je me sens « tout cassé de partout », allongé sur un lit d'hôpital, ne me souvenant d'absolument plus rien. Mon nom et encore.
Au fil des jours, je reviens un peu à moi-même et décide de rentrer sur le continent européen pour ma convalescence, laissant mes ex-futurs associés se débrouiller avec mes dossiers et les problèmes d'assurance et de responsabilité qui m'ont encore un peu plus enrichi, et eux, bien mieux au passage.
Bref, ce n'est que par bribes, au fil des semaines qui suivent, que je me rappelle d'une toute autre histoire, comme dans un rêve, voire un long cauchemar.
Cette chute, c'est d'ailleurs encore le thème favori de quelques rêves récurrents, qui immanquablement me réveillent en pleine nuit, toujours en sueur !
À cette époque de ma vie, sentant ma santé mentale chancelante après mes huit jours de coma, je note tout ce dont je me souviens, avec de plus en plus de précision.
Dans mon esprit, il doit bien y avoir une cohérence d'ensemble, qui d'ailleurs se précise à un tel point que je finis par m'en ouvrir, comme je vous le dis, au père Francis, un ami de ma famille, ici au couvent de Corbara. »
Ch. Caré-Lebel
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Sixième épisode.
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Histoire aberrante, avait-il prévenu, presque du plus haut comique.
Comment tout cela est-il possible ?
Car il faut aussi que je le décide.
« Oui, je sais qu'à cet instant précis, votre tentation est grande de ne pas le faire : Je sais que vous avez lu ces lignes avant que je ne prononce ces mots. Mais je sais aussi que vous connaissez ma réponse et la savez imparable !
Votre Pod a un double depuis peu : un robot à puce a été construit spécialement rien que pour ça avec un seul numéro à attribuer, pour une dizaine de puce.
Vous ne mettrez peut-être pas en ligne vos textes. Mais nous les avons déjà par ailleurs pour avoir « copier/coller » ceux de ce blog. Ils peuvent donc être mis en ligne quand mes amis en décideront : c'est déjà programmé !
Et eux ont pour vocation de veiller à refermer la boucle que nous avons ouverte sans le savoir. »
Bien sûr que je savais ce détail, pour l'avoir lu. Et j'étais convaincue de cette détermination. Il n'empêche, je n'avais toujours pas décidé de « rentrer dans le jeu ».
« Comment ? Comment un effet peut-il précéder sa cause ?
Violant ainsi une loi de la nature des plus anciennes et la plus intangible ?
Là, la réponse est théorique. D'abord, ce n'est pas la première fois ni la seule fois que nos chercheurs ont repéré ce type d'illogisme élémentaire, complètement impossible à appréhender pour nos cerveaux à nous, béotiens que nous sommes en la matière. Ils m'ont affirmé qu'une grande partie de leurs recherches visent justement à éliminer ce genre de « hoquet ». Je me suis toujours demandé si ce n'était pas uniquement pour justifier de l'importance de leurs budgets... Enfin, ce n'est plus moi qui arbitre ce genre de détails.
Ils m'ont donné des explications mathématiques qui passent par la manipulation des nombres irrationnels. Je vous rassure, je n'ai rien compris.
Mais pour eux qui traquent ce genre de choses et en cherchent l'explication et les applications depuis quelques temps, c'est une évidence.
En résumé, l'explication que j'aime bien parce qu'elle est à la portée de mon pauvre intellect, c'est que le temps, le cours du temps, peut être suspendu.
C'est paraît-il déjà dans les équations d'Einstein, le paradoxe des frères de Langevin : plus on va vite, plus on se rapproche de la vitesse de la lumière, plus l'écoulement du temps se ralentit, jusqu'à devenir nul à la vitesse de la lumière.
Or, l'informatique voyage à la vitesse de la lumière, ne connaît donc pas le temps qui s'écoule, ni son usure. Un « pont vers le passé » est donc, par nature, instantané, pour peu que la destination, informatique en l'occurrence, existe dans ce passé.
Ce qui est extrêmement rare pour les choses de la matière, puisqu'une même chose ne peut pas exister en même temps à deux endroits différents.
Ce qui est impossible pour les choses matérielles, nous en faisons tous l'expérience au quotidien, semble être possible pour « l'immatériel », et au moins en l'état de nos connaissances actuelles, pour la chose « électronique », par exemple.
La preuve, pourrait-on dire, les mots tracés sur le blog d'infreequentable sont des suites de paquets d'octets, sans commencement ni début et immédiatement intercalés à leur destination finale dans une case préexistante d'une autre époque d'un autre couple référence d'article, jour/heure.
Juste un code informatique, une série de chiffres et de lettres déjà préexistants dans le passé des archives de la plateforme technique.
La case, même vidée en 2008, existe bien pour avoir été créée par Infreequentable lui-même dès l'origine, en 2008. Le jour et l'heure aussi. L'information électronique envoyée bien avant, qui ne connaît rien du temps pour être atemporel, hors du temps, peut venir s'y glisser n'importe quand en ses lieux et places électroniques.
Et le robot de la plateforme technique n'ayant pas de routine de contrôle de cohérence temporelle à cette époque-là, peut laisser passer l'information et la mettre en ligne dès l'heure et le jour indiqué par l'expéditeur.
Ainsi, on ne saura jamais quelles photos et quel texte cet « infreequentable » là a voulu mettre en ligne ces jours là, à ces heures là !
Ça n'est plus possible. »
J'ai beau connaître la suite, là, pour moi, c'est du chinois, sur le moment.
« C'est simple. Quand vous rentrerez à New-York, je vous invite à créer un site sur Over-blog, juste pour faire l'essai... Dites « bonjour ». Fermer la page. Allez à l'adresse de votre nouveau blog comme n'importe quel lecteur, vous y verrez votre message posté l'instant d'avant.
Revenez-y deux jours plus tard. Il n'y a toujours qu'une page. Allez sur votre page d'administration et dites un gros mot : « Merde, ça marche ! Il a raison le vieux ! » Par exemple. Mais postez-le de la veille. Revenez sur l'adresse de votre site en lecture et vous verrez les deux pages s'afficher : L'une, où vous dite « bonjour », publiée en premier parce qu'elle est datée de plus récemment, et l'autre, en second pour être plus vieille, datée de la veille alors même que vous l'avez mise en ligne que 10 minutes plus tôt, à un moment où elle ne pouvait pas exister puisque vous ne l'aviez pas encore créé, et où vous lirez le « Merde, ça marche, etc. ».
Comme si vous l'aviez publiée à la date dite, choisie dans votre passé.
J'ai essayé, c'est pourquoi je sais que ça marche, jusque dans les 12 derniers mois encore aujourd'hui... au moins sur Over-blog.
Et je vous le répète, que depuis que nous avons découvert le bug, car avant, ça pouvait remonter jusqu'en 2005. »
Pour sûr que j'allai vérifier : mais juste pour finir d'être convaincue.
Mais pourquoi ce blog inconnu ? Et cette date si ancienne ? Là encore, mon interlocuteur m'apporte une réponse sans même que j'aie à formuler la question.
« Par contre, on ne sait pas pourquoi le blog d'infreequentable, alors qu'il y en a des dizaines de millions d'autres disponible par ailleurs, ni pourquoi justement août 2008 ! Aucun de mes chercheurs ne sait répondre à ces deux questions-là ! On va dire que c'est « comme ça »... et pas autrement ! Ça aurait pu tomber sur n'importe quel autre site, sans doute jusqu'au moment de l'apparition du « Web 3.1 »
Si vous le voulez bien, revenons à la raison de votre présence ici, à T zéro.
Vous avez compris que pour une raison qui vous échappe encore, vous êtes censées refermer une boucle temporelle ouverte par l'inadvertance par un quelconque ingénieur informaticien d'un siècle passé et une succession d'opportunités.
Le plus simple serait de détruire ces pages, de ne jamais les avoir écrites. Au pire, ça pourrait changer ma vie, mais à la marge seulement, puisque je ne suis pas censé tomber dessus durant toute ma période d'activité, ni aucun de mes amis ou connaissances sachant qui est véritablement Cortinco.
Ils sont d'ailleurs assez peu nombreux. Même ici, à part mes quelques collaborateurs très proches. Dans le pays, tout le monde me connaît sous le nom de Lierreux ou d'Eleratta !
U signore Eleratta ! Ça reste incontournable sur cette île.
Or, il en est manifestement différemment : ces pages existent malgré tout et depuis 2008.
C'est qu'il s'agit quand même d'ouvrir une deuxième boucle, T cinquante dirons-nous, qui va se refermer dans mon propre passé, à T moins dix.
Eh oui jeune fille, les choses ne sont jamais simples et on nage en plein effort paradoxal temporel absolument vertigineux. »
Jusque là, j'avais lu. Mais pas la suite, interrompue par le retour de mon hôte.
Ch. Caré-Lebel
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Cinquième épisode.
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Pendant son absence, je parcoure avec assiduité, avidité et vélocité « mes » pages publiées au début du siècle précédent !
J'y reconnais un peu mon style, mais vaguement seulement. Pendant que ma machine télécharge ces textes, je reste quand même scotchée sur le premier article. C'était à peu de chose près ce que j'avais noté sur ma machine la veille et ce matin dans la navette : une relation directe, comme d'un témoignage in vivo, écrit à la première personne, alors que par métier, j'écris toujours à la troisième personne.
Mais en français, et pas en anglais !
Étonnant ! Faramineux !
Comment avais-je pu écrire ces lignes qui existent déjà depuis des décennies ?
Vérifier les faits, c'est une seconde nature dans mon métier de journaliste !
N'étais-je pas en train de me faire bluffer par un quelconque manipulateur ?
Le deuxième post (2/21) était conforme avec ce que j'avais ressenti et vécu. Presque mot pour mot, sans les petits détails saugrenus qui vous reviennent à l'esprit : tout est juste, mais manifestement édulcoré.
Par exemple la statue en bronze : Je ne disais pas ce qui m'avait surprise et attirer mon regard au premier coup d'œil, à savoir la nudité du sujet et son sexe tendu sur l'aine tel un grand serpent qui cherche à s'enfuir vers le soleil !
Puis le troisième texte (3/21) : Non seulement l'expression de mon doute, là sur le champ, c'était tout à fait ça, mais tout autant, l'exemple du bronze et le retour de mon hôte.
Pour arriver aux lignes du « 5/21 » (ces lignes ci) !
Pour la première fois de ma vie, je savais ce qui allait se passer dans les minutes qui allaient suivre, ce qui allait être dit, les informations qui allaient être échangées.
J'allai pouvoir me faire une idée bien plus réaliste !
En lisant ces lignes, je sens vraiment l'effervescence monter en moi : c'est exactement tout ce à quoi je pense, à peu près dans les meilleurs termes choisis et vécus !
Et puis je continue : l'Avenir allait-il se formaliser, prendre corps, rejoindre le passé ? En passant par la case « présent » !
Ou bien allait-il déraper, là immédiatement, dès le retour de Cortinco, pour prendre une tournure radicalement différente ?
Et si je décidais de prendre mes jambes à mon cou ou de sauter dans le vide, par derrière la piscine, qu'allait-il devenir ?
Et si je filais une gifle retentissante à mon interlocuteur, que se passerait-il qui n'est pourtant pas écrit et ne le saura peut-être jamais ?
C'était dément : en même temps que je lisais ces lignes, je pensais les idées exprimées.
Et puis les choses étaient décrites différemment : je ne sauterai pas par-dessus la balustrade et mon hôte reviendrait et continuerait son exposé, sa prostate soulagée.
En rigolant très fort.
Il va me révéler son nom, sa vie et son roman à lui : j'en suis déjà toute excitée !
Quand il s'assit un air moqueur sur le canapé qui me faisait de nouveau face, je savais qu'il allait dire : « Ma prostate a beaucoup souffert de voir passer tant et tant de liquides divers ! Convaincue ? »
Soufflée ! C'était même déjà marqué...
« À quoi sert-il de vivre le présent comme des marionnettes d'une histoire dont on connaît le déroulé, les tenants et les aboutissants ? » me demande-t-il le moment suivant, exactement comme je l'avais lu quelques instants plus tôt.
« Et si je changeais l'histoire, en ne faisant pas ou ne disant pas ce qui est déjà marqué, que se passerait-il ? »
...
« Eh bien jeune fille, nous n'en saurons jamais rien, car nous n'allons pas le faire, malgré la tentation forte qui vous a traversé l'esprit : j'ai l'avantage sur vous d'avoir tout lu de ce que vous écrierez sur moi, ce jour et tous les autres jours, en utilisant le blog d'infreequentable ! Et il y en a beaucoup. Vous n'avez pas eu le temps d'en faire la lecture complète : Moi si ! »
« Une autre tasse de café ? »
Stupéfiant !
Sidérant !
« Bien ! » reprit-il. « En définitive vous n'écrierez pas tout ce que vous aller apprendre ni aujourd'hui ni plus tard, en revenant à plusieurs reprises, en fouillant dans le disque dur de mes archives ou en enquêtant ici et ailleurs.
Vous en ferez des romans, des pièces de théâtre, sans rapports les uns avec les autres, mais en vous inspirant largement des faits que j'ai vécus.
Pour tout vous dire, vous ferez ces recherches mais ne mettrez en ligne absolument rien avant que je ne meure.
Pourquoi et comment je sais cela ? »
Décidemment, cette manie de répondre à mes questions avant que je ne les formule, au moment où elles me viennent en tête, pour être agaçante, donne toutefois corps à son récit (qui sera le mien plus tard, semble-t-il : je n'ai pas encore décidé d'entrer dans le « jeu », trop cartésienne ou trop « journaliste » que je suis).
« Pourquoi ? Parce qu'en découvrant ces archives, naturellement j'ai pris l'immédiate décision de bloquer le bug informatique qui a permis leur diffusion dès 2008. Les archives de plus d'un an sont systématiquement bloquées depuis lors. On peut toujours corriger telle ou telle page, tant que la prescription n'est pas tombée. Après les internautes ne peuvent plus les corriger.
C'est qu'il se trouve que j'ai moi-même fait l'expérience, avant, de modifier des « signatures » sur le blog d'infreequentable sur ses propres posts de décembre 2006 à fin 2007 : il ne s'est aperçu de rien !
Enfin si, mais en janvier 2008, au moment de répondre à un îlien qui lui en voulait de rapporter un incident dont il avait été témoin à l'été 2007. Un autre siècle !...
Vous vérifierez : C. P-E, c'est pour Cortinco Piétra, le nom de ma mère, Eleratta le nom sous lequel je suis connu ici.
Eleratta, ça veut dire « lierre » en langue Corse et le créateur de ce que tout le monde nomme « fondation » ou « Space fondation », n'est autre qu'un néologisme franco-anglais, pour être Pierre Lierreux. »
Voilà un nom dont j'avais entendu parler ici ou là. Pierre Lierreux ! Bien entendu, le fameux avocat, l'homme d'affaires aux mille vies, l'ex gouverneur de cette province, celui qui avait fait scandale il y a encore quelques décennies pour avoir écumé la vie nocturne sur toute la planète !
Certains l'avaient surnommé le « pornocrate milliardaire » pour ses nombreuses frasques, d'autres l'avait voué aux gémonies divines pour sa vie de libertin assidu et scandaleux !
LE Pierre Lierreux de légende, qui avait bâti une empire financier parmi les plus puissants était assis en face de moi et me racontait un roman, celui de sa vie, celui de son premier paradoxe temporel !
« Naturellement, nous avons fait cogiter nos meilleurs informaticiens sur la question avant de régler le problème. Il s'agit ni plus ni moins d'un bug, d'une absence de routine informatique qui vérifie la cohérence temporelle. Elle manquait sur la plateforme originelle d'Over-blog. Elle a été rajoutée depuis sur les versions suivantes.
Vous ne pouvez plus interférer avec le passé : si on s'apercevait que c'était encore possible, je ne vous laisse pas imaginer la bombe atomique que cela représente !
N'importe qui pourrait raconter une histoire arrivée à son époque postérieure en en avertissant ses ancêtres antérieurs, bien à l'avance, modifiant ainsi le cours de l'Histoire à tout bout de champ !
Depuis « le voyageur imprudent », « la machine à remonter dans le temps », on sait quelles monstruosités cela peut faire apparaître ! Pas question que nous nous permettions ce genre de choses.
Par contre, dans notre monde à nous, celui que nous vivons à l'instant présent, disons T zéro, ces pages existent pourtant belles et bien.
Nous avons donc pris la décision de permettre, dès mon décès annoncé et à chaque fois que vous le désirerez, de mettre entre parenthèse la routine de blocage, pour que vous puissiez mettre en ligne vos articles ».
Comique, va !
Ch. Caré-Lebel
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