C'était Germain, le boulanger du coin, qui apportait lui-même les croissants au café du commerce, alors que Germaine la souveraine qui tient la caisse, l'ait laissé sortir de son pétrin pour faire livraison.
Il en profite toujours pour nous faire un résumé de ce qu'il a pu entendre sur RTL ou sur France Info, pendant que nous pionçons...
Et de ne pas oublier d'avaler un gorgeon de pastaga sur glaçon (il est en passe de finir sa journée, lui), au fumet de nos « petits-noirs ».
Mais pas ce jour-là !
Il nous a raconté comment il était rentré dans les ordres l'avant-veille, pendant sa tournée... Refus de priorité à droite, de 4 bonnes-sœurs en cornette qui sortaient à vive allure du parking du couvent voisin (il y en a plein dans le quartier) avec leur 4L, qu'il en a cassé son moteur...
Et les bonnes-sœurs en cornette, esclaffées de rire, à l'idée que ce n'était pas encore leur heure...
Rassurées d'être assurées par Saint-Christophe, leur compagnie d'assurance notoirement solvable et remerciant le Saint patron éponyme, protecteur des voyageurs de ne pas compter de blessé dans le choc !
La conversation dériva sur les contrôles de police, d'abord réputés insuffisants, puis trop tatillons par la suite, sauf pour le « Kamarade », celui qui faisait CRS - mais z'ont fini par le jeter, atteint par la limite d'âge - qui de toute façon s'explique avec les condés toujours de la même façon : « Je suis de la maison ! »
Arrive alors l'autre « Kamarade du matin », celui qui fait artisan, « frangin trois points » lui aussi avec le Kamarade CRS, qui raconte sa dernière arrestation pour excès de vitesse dans un village du Vexin :
Le gendarme descend de sa moto, et sans savoir pourquoi, le conducteur était de bonne humeur, badine. Alors à la question :
« - Monsieur, pourrais-je voir votre permis de conduire, s'il-vous-plaît ? »
Il aurait répondu :
« - Je n'en ai plus. On me l'a retiré il y a des mois après 5 infractions très graves.
- Puis-je voir les papiers du véhicule ?
- Je ne sais pas. Ce n'est pas ma voiture, je l'ai volée tout à l'heure dans ma fuite !
- Ce véhicule est volé ? » aurait fait le condé motocycliste l'air ébahi !
« - C'est exact. Mais maintenant que j'y pense, j'ai cru voir des papiers dans la boîte à gants, quand j'y ai rangé mon revolver après le hold-up !
- Il y a un revolver dans la boîte à gants ? Et vous êtes l'auteur d'un hold-up ?
- Oui, Monsieur le gendarme. C'est là que je l'ai rangé quand j'ai tué cette femme pour lui prendre sa voiture !
- Vous... Vous avez tué la propriétaire de ce véhicule ? » balbutia l'autre un peu affolé...
- Oui, Monsieur le gendarme. Le cadavre est d'ailleurs encore dans le coffre si vous voulez vérifier.
- Le... Le cadavre est dans... dans le coffre ?
- Mais certainement, Monsieur le gendarme : je n'ai pas eu le temps de le faire disparaître ! »
Le gendarme dégaine son arme de service, introduit une balle dans le canon en faisant reculer le percuteur, recule lui-même de deux pas, déverrouille la sécurité, enjoint à notre artisan de garder les mains sur le volant et de ne surtout pas faire le moindre geste.
« - Même pour me gratter le nez ? »
Il empoigne sa radio et appelle des secours sur le ton de l'affolement.
Ceux-ci arrivent assez vite toutes sirènes hurlantes, encerclent la voiture, l'arme au poing.
Finalement le plus gradé s'approche prudemment du conducteur.
« - Puis-je voir vos papiers, Monsieur ?
- Naturellement, Monsieur, les voici ! »
Les papiers sont en ordre.
« - Puis-je voir les papiers du véhicule ? »
Notre artisan ouvre lentement la boîte à gants, les 10 tireurs d'élite entourant la voiture raidissant la position, près à faire feu.
Le gars dit avoir sorti les papiers. Qui démontre qu'il est bien le propriétaire de la voiture. Le gendarme jette alors un œil dans la boîte à gant :
« - Vous n'avez pas d'arme ?
- Pour quoi faire ? Non, Monsieur le gendarme.
- Voulez-vous sortir de votre voiture, sans mouvement brusque, et ouvrir votre coffre, s'il vous plaît ? »
Il sort, ouvre le coffre. Qui est vide. Evidemment.
« - Je ne comprends pas » fait alors le gendarme. « Monsieur, il m'a été rapporté que vous conduisiez, sans papier, que cette voiture avait été volée après que vous eussiez trépassé sa propriétaire au moyen d'une arme à feu cachée dans la boîte à gants dont vous vous servîtes à l'occasion d'un hold-up récent, tellement récent qu'il ne nous est pas encore signalé. Nonobstant, votre victime prédécédée aurait dû trouver dans le coffre à l'état de cadavre... Je suis confus !
- Et je suppose que le type qui vous a raconté tout cela vous a dit aussi que je roulais trop vite, par exemple ? Ou que j'étais ivre, peut-être ? »
...
Finalement, « j'aime vachement ce frangin-là !
Tellement vantard jusque dans le montant ses propres factures, tellement cousu de fil blanc... Qu'on ne se le ressert qu'à doses
homéopathiques
Tiens, à propos de contrepêt : « L'école des Mines de Paris », ça vous branche ?




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