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Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet.
Pauvre Marianne...
Un peu de pub :
Ou « Déesse-khâ » convertie à l’anti-keynésianisme ?
L’hebdomadaire « Enjeux », attaché la parution du vendredi pour un prix majoré « Les Échos », quotidien de l’économie qui se met, lui aussi, à la vente forcée depuis qu’il a changé de propriétaire, titrait la semaine dernière : « La fin du libéralisme » et en sous-titre : « Keynes, l’Homme de l’année ».
Étonnant mais vigoureux plaidoyer pour un interventionnisme débridé des États et banques centrales de l’année passée qui nous aurait évité « la crise de 29 » et son « jeudi noir » !
Pensez donc, une des leçons majeures du keynésianisme est que les fluctuations économiques sont source d’inefficacité et doivent être tempérées par des politiques macroéconomique contra-cycliques, diagnostic fait depuis longtemps et objet d’un large consensus…
Globalement, pour Keynes, l’essentiel est de soutenir la demande (de consommation ou d’investissement) par l’intervention des États.
D’autant mieux que chaque afflux de monnaie crée en fait, par effet de levier, une demande persistante ainsi relancée : le fameux « effet de levier keynésien » (qui faisait encore dire à « Dévide-gens » le non moins célèbre ministre de la relance en « Gauloisie », il y a un an, qu’avec 26 milliards, c’est comme si on en avait pour 100 : effet de levier = 3, ou la « magie de la mathématique Keynésienne/Sarkosienne »).
Et patatras ! Comme d’un vrai régal « Déesse-Khâ », tout dans la finesse de la science économique absorbée, digérée et rediffusée par lui-même, président bien « Gaulois » de la multinationale FMI, Fonds Monétaire International, nous la ramène dans Le Figaro d’un récent mercredi d’une semaine passée.
Un vrai régal.
Ses propos captent naturellement l’attention des journalistes non seulement parce qu’il est au FMI, mais aussi parce qu’il est le leader socialiste le plus apprécié des Gaulois.
Si l’on en croit les sondages, il est même le seul en mesure de menacer « Bling-bling » en 2012.
Mais sans doute n’aura-t-il pas la félonie de trahir celui qui l’a promu à une si haute destinée.
C’est absolument exquis, car il ne manque pas une once de keynésianisme dans l’interview qu’il a donnée et il rajoute d’ailleurs en prime une attaque à peine déguisée du capitalisme.
Qu’on le lise donc avec délice : « Il faut maintenir les soutiens publics, car la demande privée reste faible et le chômage va continuer à augmenter encore assez longtemps ».
Ah ? Bin soit c’est la fin du keynésianisme, parce que la relance ne sert à rien à endiguer le chômage, comme d’un aveu d’impuissance, soit c’est la conclusion délétère de l’inefficience de toute politique publique économique, non ?
Admettons que ce soit du keynésianisme « brut chez brut » : le chômage est du à l’insuffisance de la demande spontanée des particuliers, donc il faut le réduire ou le contenir en gonflant les dépenses publiques (c’est leur logique…).
Et de conclure que notre bel économiste autoproclamé n’a pas lu ses classiques ou n’en a rien retenu !
Il ne sait pas que ce qu’on voit ce sont des soutiens publics qui peinent à relancer quoique ce soit, mais que ceux-ci entraînent d’abord les ruines privées, les ménages et les entreprises harassées d’impôts pour financer les généreux soutiens publics.
Pour lui, ceux qui épargnent (même par précaution en vue de soutenir des périodes futures encore plus difficiles) sont d’affreux coupables : « ce qui n’est pas consommé ralentit d’autant la reprise ».
Pendez-les !
Car normalement, compte tenu de la masse d’argent déjà distribuée par les budgets nationaux (déficit public officiel à novembre 2009 : 136,5 miliards d'euros, pas loin de 7 % du PIB, là où l'année dernière on était à 80 milliards), on devrait avoir de la croissance et des embauches au moins à ce niveau et sans miser sur l'effet de levier.
Or, curieusement, tout le monde observe que, loin de diminuer, le chômage augmente en dépit des « soutiens publics ».
Quel déni du keynésianisme !
Pourtant « Déesse-Khâ » nous rassure sur l’efficacité des soutiens, en invoquant « l’effet multiplicateur ».
Attention, c’est à mourir de rire !
Keynes avait en effet « démontré » que l’investissement public avait des effets miraculeux : 1 euro investi crée (suivant les hypothèses sur la propension à dépenser) entre 2 et 3 euros de revenus supplémentaires (cf. ci-dessus).
C’est le « multiplicateur ».
Et « Déesse-Khâ » y croit dur comme fer, jusqu’à préciser : « Selon nos calculs une dépense publique de 100 milliards aura entraîné une croissance de 100 milliards – on dit que l’effet multiplicateur est, grosso modo, de un. C’est un bon rendement ».
Spectaculaire effet d’avoir un multiplicateur de un – mystère arithmétique !
Ou comment scier la branche sur laquelle on est assis !
Bel aveu d’inconsistance de la théorie keynésienne, d’erreur létale dans laquelle tout le monde veut nous entrainer…
En fait, il voulait nous rassurer : on n’a pas perdu d’argent, on aurait pu avoir 80 milliards pour 100, dites donc !
Or, quand il aboutit à égaliser le taux de croissance de l’économie au taux de croissance des dépenses budgétaires, là c’est un vrai miracle, à le lire !
Sûr que nous sommes rassurés… que toutes nos élites se permettent de dire tout et leur contraire, se niant elle-même dans la même phrase, c’est torridement rassurant !
Malheureusement, il n’est pas sûr que même cet équilibre des taux de croissance se soit produit, car les déficits budgétaires ont atteint des records jamais vus, pouvant aller jusqu’à 100 % des dépenses (comme aux Etats-Unis) et 13 % du PIB.
Sans que la croissance ne soit au rendez-vous, mais avec un chômage, qui lui, s’est propulsé vers de nouveaux sommets, atteignant déjà 12 % de la main d’œuvre active en Amérique (là où elle est naturellement de 4 %) et une croissance atone qui devrait être de… 13 %.
Conclusion logique : Le « stimulus d’Au-bas-mât » est d’ores et déjà un échec avéré…
Il n’y a que les aveugles et les pré-convertis qui ne le voient pas déjà !
En revanche, les déficits auront laissé une trace : celles de l’endettement.
Là, « Déesse-Khâ » ne devrait pas pouvoir l’ignorer.
Ce n’est pas son souci : on s’en occupera après, et après seulement, avoir soutenu les soutiens !
« Il faut préparer les plans de sortie de crise, annoncer comment on va revenir à des situations budgétaires plus soutenables, tout le monde a besoin de le savoir et en même temps il ne fait pas les mettre en œuvre trop tôt ».
La dette peut attendre ! « Dans le long terme nous serons tous morts », disait Keynes.
Vive le court terme et après nous le déluge : Voilà la belle doctrine du socialisme keynésien appliqué !
Lui au moins, il ne trahit pas les siens !
Seulement le bon sens commun…
« Déesse-khâ » reconnaît pourtant que l’on a distribué beaucoup d’argent, trop d’argent même.
« On a éteint le feu, mais maintenant il y a de l’eau partout. Il faudra du temps pour l’éponger ».
Il oublie simplement qu’avant la crise il n’y avait pas le feu non plus, mais bien une inondation monétaire qui s’est effondrée en cataractes mississippiennes, avec une politique de la FED, défendue par le FMI.
Et que « ce qui a été fait n’est qu’un plan d’irrigation en période de déluge », comme disait Jacques Rueff !
Il est vrai que pour le « french doctor Déesse-khâ », ce ne peut évidemment être la politique monétaire et budgétaire qui ait causé cet effet et la crise.
C’est à ses yeux, seulement le marché et la finance, d’où la nécessité de refonder le capitalisme.
Il participera donc, avec le FMI, à la croisade anti-financière : « Le FMI étudie toutes les propositions de taxations du système financier comme le lui a demande le G 20, et rendra son rapport en avril… Limiter les bonus, moraliser la finance, c’est aussi préparer l’avenir ».
Mais oui : Il n’y aucune autre urgence à l’horizon !
Voilà qui est absolument et réellement exquis.
DD
Octobre 2009…
Le chiffre agit comme un électrochoc.
52.400 chômeurs supplémentaires, en « Gauloisie nationale », au mois d’octobre ?
Aurait-ce pu être pire du fait de la conjoncture ?
Même pas : ce n’est que le début de la vague provoquée par « la crise », l’arbre qui cache la forêt !
Car ces mauvais chiffres du chômage nous rappellent ces vérités pourtant simples, que nous connaissons et que nous préférons oublier…
La « compétitivité » de la maison gauloise est déclinante, car le coût du travail est trop cher.
Notre inadaptation économique à la concurrence internationale perdure.
Voilà ce qu’il faut traiter, ou voilà ce que les réformes décidées par le pouvoir politique devraient traiter.
Pourquoi ce chiffre de chômage nous choquent-ils ? Parce qu’il contrarie la tonalité sensiblement optimiste du discours ambiant.
Les ventes de logements neufs ? À la hausse durant le dernier trimestre.
La consommation des ménages ? Pareil : plus que soutenue.
La croissance générale ? Redevenue positive !
D’où le leitmotiv gouvernemental : la « Gauloisie triomphante » fait mieux que ses voisins…
Comme d’habitude, et c’est toujours pareil, on est les plus forts, etc.
Expliquer à chacun les efforts à faire et les sacrifices à consentir réclame beaucoup plus d’exigence que l’élaboration de ces slogans creux et mensongers que l’on nous ressort à chaque campagne électorale.
« Je vais changer la vie », nous a-t-il dit.
« Moi, je vais réduire la fracture sociale », a-t-on entendu.
Jusqu’à la dernière livraison : « Vous travaillerez plus pour gagner plus ».
Et pourtant, depuis les crises pétrolières des années 70, les dirigeants politiques ont désinvesti leur tâche pourtant essentielle de pédagogie collective.
Ils n’ont pas dit et expliqué qu’une protection sociale financée par le travail aboutissait à un renchérissement tel des coûts de production qu’au bout de la chaîne, c’était le travail lui même qui en pâtissait.
Ce confortable mensonge par omission a conduit à un financement artificiel de l’action publique et de la protection sociale par le recours constant à l’endettement.
Voilà plus de trente ans maintenant que nous accumulons de la dette dont le seul coût de remboursement culmine aujourd’hui à presque 50 milliards d’euros/an, prélevé bien sûr sur la richesse produite, comme d’un boulet supplémentaire qui est en train de fermer le cercle vicieux dans lequel nous sommes en train de nous asphyxier.
C’est tellement facile, plutôt que de se serrer la ceinture, plutôt que de réformer, empruntons et on verra plus tard !
L’État fait cela depuis 1975, les collectivités locales s’y sont mises avec la décentralisation, la Sécurité sociale, qui voit son déficit exploser, s’y met en ce moment après en avoir « épongé » un gros bout avec la CRDS.
Eh bien maintenant c’est au tour de l’Unedic, pour 4 milliards d’euros !
Plutôt que d’affronter les problèmes, on les reporte, comme l’indique le directeur général de l’organisme : « les partenaires sociaux [ce sont eux qui dirigent l’Unedic, hum…] ont préféré recourir à l'emprunt plutôt que de modifier le niveau des cotisations ou le montant des allocations, ce qui aurait pénalisé les employeurs, les salariés ou les chômeurs ».
Mais il ne faut pas s’inquiéter, l’Unedic va avoir le triple A (bien sûr, les organismes sociaux sont garantis par l’État) et, attention, on cite de nouveau le DG, « les difficultés financières de l'Assurance chômage, essentiellement conjoncturelles, devraient se résorber avec la reprise économique » !
Et hop le tour est joué.
Hormis le fait que le retour rapide à la croissance d’avant la crise est très optimiste, de toute façon il faudra rembourser cet emprunt, ce qui ponctionnera les cotisations chômages futures.
Euh… pas grave, il suffira de faire un autre emprunt.
Durant toute cette période de crise, les dirigeants ont tenu des discours optimistes et volontaristes. Faiblesse ? Lâcheté ? Peut-être.
Mais c’est aussi l’expression d’une culture profondément ancrée dans l’hexagone gaulois, fausse culture qui nous conduit à croire que la politique, finalement, a toujours le dernier mot sur l’économique.
Contrairement aux apparences, ces discours là ne sont pas fabriqués par les responsables mais suscités par les citoyens que nous sommes qui préférons tout entendre, sauf la vérité.
Sortirons-nous de ces fadaises en 2012 ?
Quelqu’un sera-t-il capable de nous faire comprendre la masse des efforts nécessaires pour espérer inverser la courbe catastrophique du chômage en ce beau pays que nous aimons tant ?
On peut en douter, pas par défaut d’intelligence des responsables, mais parce que le chantier est colossal.
« Bling-bling », notre « Ô combien vénéré Président » et son entourage, rejetant régulièrement toute hausse d'impôt, semblent commencer à partager l'analyse selon laquelle la maîtrise des dépenses et la hausse des recettes liée au retour de la croissance ne suffiront pas à redresser les finances.
Sans cette hausse, il ne sera pas possible de ramener le déficit public sous les 3 % du produit intérieur brut en 2014, l'objectif qu'a fixé le Premier ministre, « Fifi le grand guignol ».
Il faut s'attaquer de façon la plus urgente à la situation de « dette perpétuelle » de la « Gauloisie impécunieuse », le déficit primaire de l'État, c'est-à-dire à son déficit hors coût de la dette.
VCRM
I² : C’est beau les utopies !
Beau comme un camion neuf…
Nous tenions déjà ce discours en 2002. Puis en 2007…
On l’entendra encore en 2012.
Perso, je veux bien le tenir et passer à l’action en promettant du « sang & des larmes » pour tous ceux qui ne votent pas pour moi : et j’aurai les noms, crois-moi… si je suis élu !
Bé tu verras que je ne serai pas élu pour autant et qu’on continuera comme avant : c’est la recette implacable d’une réélection assurée !
Dépensez, dépensez jusqu’à en mourir : Merci Keynes ! Car après nous, le déluge : nous serons tous morts demain.
Comment veux-tu que 5 millions de « fonctionnaires & assimilés », plus leur famille, plus tous ceux qui espèrent le devenir fasse « minorité » dans un pays qui ne compte que 44 millions d’électeurs dont seulement 21 prolétaires du privé qui rament, qui rament, qui rament tous les jours pour leur payer leurs beaux joujoux ?
C’est le cancer de la démocratie républicaine, mon ami !
Espérons que nos gamins seront moins kons que nous et qu’ils l’éradiqueront en 2017 : je ne le verrais pas, je serai déjà mort bien avant !
Enfin définitivement soulagé de ces injures quotidiennes à « l’Intelligence et au bon sens »…
Le loyer de l’argent…
Le taux d’intérêt est ce qui est payé à l’épargnant qui accepte d’immobiliser son argent pour une durée variable au lieu de le dépenser.
Car le choix de celui qui a un revenu ou une épargne immédiatement disponible reste entre le consommer tout de suite ou plus tard.
Les individus ont en général une préférence pour l’immédiat, ils n’y renoncent que s’ils y trouvent une compensation.
On préfère 100 aujourd’hui à 100 dans un an. Mais peut-être préfèrera-t-on 105 dans un an à 100 aujourd’hui.
Un intérêt de 5 % peut ainsi faire pencher la balance vers l’épargne plutôt que vers la dépense.
Notez que l’épargne rémunérée, veut dire que quelqu’un va vouloir disposer de 100 tout de suite, qu’il n’a pas encore mais qu’on va lui prêter, en vue de rembourser 105 dans un an… C’est qu’il y a un intérêt en « consommant » à son tour (et au lieu et place du prêteur), immédiatement.
Voilà pourquoi on dit que le taux d’intérêt est « le prix du temps », il mesure la préférence pour le présent, ou le rapport entre valeurs futures et valeurs actuelles.
Bien évidemment, le taux est plus élevé suivant la durée du placement (ou de l’emprunt) : le temps c’est de l’argent.
Mais tout autant quant à la capacité de remboursement du principal au terme consenti, plus l’intérêt, de l’emprunteur et de son projet : la confiance en sa solvabilité à terme.
Pour l’emprunteur, il y a donc un arbitrage entre présent et futur.
Ce qui le pousse à demander un crédit c’est qu’il pense qu’il lui rapportera plus que ce que lui coûte l’emprunt.
Ce rapport est lié à la rentabilité de l’investissement réalisé.
Quand il emprunte à 5 %, il est gagnant si son investissement lui rapporte plus de 5 %.
Perdant s’il rapporte moins : c’est lui qui assume le risque.
Dans l’opération de crédit se crée alors un déséquilibre : tandis que le contrat prévoit à l’avance pour l’épargnant un revenu fixe quel que soit le sort économique de la somme empruntée, l’emprunteur ne sait rien de ce qu’il gagnera grâce à son emprunt.
D’un côté il y a contrat, de l’autre il y a spéculation (au sens d’anticipation aléatoire).
La difficulté de nouer des contrats qui assurent pour les deux parties un équilibre entre rentabilité, sécurité et liquidité a fait naître l’intermédiation financière : il n’y a plus de relation directe entre épargnant et emprunteur.
Entre créanciers et débiteurs s’interposent des banques, ou des établissements de crédit qui recueilleront les épargnes de toutes sortes et accorderont des crédits plus ou moins variés (aujourd’hui nous avons des « banques bazars » qui gobent tout et sèment à tout vent).
De la sorte, le taux d’intérêt est établi par l’intermédiaire financier, à la recherche d’un taux accepté par tous – ce service de recherche est évidemment rémunéré, et le plus souvent la rémunération est intégrée dans le taux.
Ainsi présenté, le taux d’intérêt n’est autre qu’un prix, résultat du rapprochement entre une offre et une demande.
Au XXème siècle apparaît une véritable révolution, qui soustrait le taux d’intérêt à la logique du marché pour le soumettre à la logique de l’économie dirigée.
Désireux de lutter contre les crises, les gouvernements ont vu dans le taux d’intérêt un instrument de politique conjoncturelle.
Quand la conjoncture s’assombrit, l’État va provoquer une baisse du taux de l’intérêt. Comment le peut-il ?
Il agit par le truchement de sa Banque Centrale qui a, par délégation de souveraineté souveraine, le monopole de l’émission de monnaie que le pouvoir royal s’est octroyé depuis Charlemagne, avec des hauts et des bas jusqu’à l’absolutisme.
La Banque centrale a alors deux possibilités : Soit elle fait « tourner la planche à billets », c'est-à-dire augmente la masse monétaire disponible pour les agents économiques. Soit elle abaisse le taux d’intérêt auquel elle prête de l’argent aux banques quand elles sont mises en difficulté par la conjoncture.
Les difficultés des ménages et des entreprises se traduisent en effet toujours aux guichets des banques, qui distribueront de l’argent à « pas cher » si elles-mêmes peuvent s’en procurer plus facilement et à meilleur compte auprès de la Banque Centrale.
Dans la pure tradition keynésienne, on est donc persuadé que l’argent bon marché (« easy money ») va permettre à tout le monde de redémarrer.
En fait, que se passe-t-il que l’on observe dans réalité des comportements ?
Quand le taux d’intérêt est trop bas, il n’y a plus d’épargne disponible et il vaut mieux dépenser, même à crédit. C’est l’effet recherché par l’endettement public actuel.
Tout le monde a avantage à emprunter, et on prend l’habitude de vivre avec un argent que l’on na pas gagné.
Les entreprises les moins performantes survivent sans faire les adaptations qu’elles devraient faire, et détournent l’argent qu’il serait opportun de prêter aux entreprises performantes.
C’est en fait une « prime à l’incurie » et à l’insouciance, qui annoncent, hélas, le chômage et l’inflation de demain.
La politique de la FED aux États-Unis est depuis vingt ans orientée vers l’argent « à bon marché » et on en a mesuré les effets hier et les résultats aujourd’hui.
Une des explications des crises est donc l’écart entre taux d’intérêt réel (soumis au marché et à la rentabilité) et taux d’intérêt monétaire (fixé par les banques centrales sous la pression des pouvoirs publics).
Quand les taux sont trop hauts, la capacité de remboursement des emprunteurs s’effondre, la création monétaire se grippe, les entreprises les plus fragiles dévissent ce qui créé immanquablement crise, chômage et raréfaction des productions, donc inflation à terme.
Dès que celle-ci est suffisante, les contraintes se desserrent, les remboursements sont plus aisés tant que les taux restent fixes : l’inflation phagocyte l’épargne et renchérit, par ricochet, les prix et les taux.
C’est la « spirale inflationniste » contre laquelle au moins la BCE a reçu mandat de lutter.
Car elle dévore tout, y compris les investissements durables.
Autrement dit, l’intermédiation des taux est suffisamment primordiale pour qu’elle soit confiée à des autorités monétaires capables de résister aux pouvoirs politiques en place, au moins en Europe.
Car la FED, de son côté, voulue autocratique peu après la création de la Nation américaine, est en fait tombée dans les mains des « pouvoirs en place » en se laissant suborner par des intérêts financiers et politiques qui n’ont plus grand-chose de démocratique.
Quant à la masse monétaire, elle a pu évoluer sans aucune contrainte depuis l’abandon de l’étalon-or : On n’aurait jamais pu créer autant de monnaie avec les seules réserves des banques centrales censées garantir l’émission de billet (la « M1 » des statisticiens).
Ou alors l’or aurait vite atteint des sommets inimaginables tel que l’épargne y aurait été détournée en sa totalité (ou presque).
Et du coup, le contrôle de son évolution ne peut désormais plus se faire que par les taux.
Compliqué et hasardeux.
Car, il est manifeste que son évolution reste un des points-clés de toute politique économique : Il y a une relation évidente entre « richesse » et valeur de la monnaie.
Plus il en est créée plus vite que la création réelle de richesses elles-mêmes, plus l’inflation gagne.
Moins il en est créée par rapport à la création de richesses, plus l’économie plonge dans la récession, soit par tarissement des transactions marchandes et solvables, soit par extinction des productions marchandes, engendrant tout comme l’excès, du chômage.
Les réactions de l’hiver dernier des autorités politiques en ont fait la démonstration a contrario en injectant des « liquidités venues de nulle part »… pour remplacer celles qui avaient disparu dans la faillite des ménages américains à rembourser leurs emprunts hypothécaires distribués à-tout-va !
C’est aussi ce qui permet aux keynésiens d’affirmer que le plein-emploi, notion énoncée par Arthur Cecil Pigou en 1913 et définie clairement en 1936 par John Meynard Keynes, n’est envisageable que par l’excès de demande de consommation sur l’offre de biens et de services.
C’est peut-être cette dichotomie théoricienne, s’opposant par incompatibilité de fondamentaux, Keynes étudiant assez peu le rôle de la monnaie en tant qu’étalon durable, qui mène à la fragilité de toute politique économique sur de longues périodes, au moment même où nos gouvernants envisagent de créer encore un supplément d’endettement, par le budget 2010 et le « Grand emprunt »… parfaitement keynésien.
DD
I² : Clair ! Et nos enfants en vivront les conséquences jusqu’à l’absurde.
Mais comme dit Keynes, « demain, nous serons tous morts » !
À cœur joyeux : après nous le déluge, n’est-ce pas…
Mais il faudra aussi revenir sur l’usage des sommes empruntée, un jour ou l’autre : ça reste un outil à « effet multiplicateur » assez efficace.
Le fameux effet de levier keynésien, par exemple, que pour ma part et vu par mon « petit trou de lorgnette » personnel, je pense naturellement surdimensionné par les économistes.
Normal : aucun d’eux n’est allé « au charbon » pour comprendre comment on crée de la richesse avec de « l’argent pas à soi »…
Versus « DD », pour « Disque Dur »
« Mon Cher Infree,
Tu m’as fait part de quelques commentaires iconoclastes de « tes » internautes à l’occasion du dernier post que je n’ai pas lu.
S’il s’agit de la dernière version « édulcorée » (pour « tes » raisons techniques), il faut arrêter : nous n’arriveront jamais à « changer les têtes » comme tu l’avais proposé un temps : l’acculture économique est profonde dans notre pays !
Non seulement je le constate tous les jours ici et ailleurs, mais je t’avais dit que ton analyse d’antan explique bien des choses (*).
Note toutefois que l’attribution des « Nobel 2009 » d’économie, a été attribué conjointement à Elinor Ostrom et Oliver Williamson peut peut-être t’éclairer, puisqu’il s’agit de récompenser deux personnes qui ont passé beaucoup de temps et fait pas mal de recherches l’une sur la notion de propriété, l’autre sur celle de l’entreprise.
Ça précisera peut-être quelques points, notamment relatifs à l’utilité des « sciences économiques » que tu aimes tant brocarder.
Elinor Ostrom a concentré ses recherches depuis des dizaines d’années sur le « droit de propriété », tu te souviens, le « petit bout » relatif à la création de richesses…
Pendant longtemps elle a vécu dans l’ombre de cette « école des droits de propriété » qui a été fondée par Armel Alchian, Harold Demsetz, et qui compte aussi nombre d’économistes comme Steve Pejovitch et Garrett Hardin.
De ce dernier, elle a repris le thème de « la tragédie des biens communs » :
– Les biens qui n’appartiennent à personne sont mal gérés car leur bonne gestion est impossible.
Les Romains que tu citais avaient déjà compris l’importance de la propriété individuelle pour le bon usage des choses.
C’est un constat antédiluvien.
– Alors Elinor a voulu explorer des solutions nouvelles : n’est-il pas possible de gérer des « biens publics » et doit-on privatiser absolument tout ?
En réponse à cette question, elle a cherché des institutions nouvelles qui, à base de coopération entre les gens concernés, permettraient de prendre soin de ce qui est à tout le monde.
Ce genre de « possession plurielle » conduirait à des solutions supérieures à celles que peuvent apporter propriété privée et marché – qui souvent ne sont pas adaptés.
Pas adaptés par exemple aux biens environnementaux, et c’est là qu’elle se sépare des « nouveaux environnementalistes » qui voient la meilleure défense des espèces et des essences dans la privatisation.
Cette thèse lui vaut actuellement un très fort engouement dans les milieux « autorisés », car elle vient renforcer les partisans et autres théoriciens du « développement durable ».
Prix Nobel parfaitement fondé qu’elle partage avec Oliver Williamson qui vient d’un horizon tout à fait différent et qui a un parcours qui devrait te plaire, toi le spécialiste de la « prose économique pragmatique ».
Oliver Williamson, a une forte notoriété dans les milieux universitaires. Il a longtemps été considéré comme l’un des disciples majeurs de Ronald Coase, prix Nobel en 1991.
Ronald Coase avait inventé le concept de « coût de transaction », pour expliquer que les relations marchandes pouvaient être compliquées, sinon rendues impraticables, par les coûts nécessaires à l’organisation d’un marché.
Dans sa « théorie de la firme », publiée dès 1937 (tu connais peut-être), il explique comment est née l’entreprise moderne : alors que la production artisanale exigeait l’éclatement de la production en un grand nombre de relations contractuelles, les « manufactures » regroupaient tous les facteurs de production en un lieu unique !
Le coup de génie d’un Ford, mais tout autant d’un Boucicaut, pionnier en 34, 1834, inventeur du premier Grand Magasin qu’est le « Bon Marché » : tout sous le même toit (**) !
Des relations hiérarchiques se substituaient aux relations marchandes.
En revanche, dans l’entreprise, une fois le contrat de travail signé, on ne discute pas, on exécute.
Le travail en commun exige en effet une organisation qui ne s’accommode pas de négociations permanentes, et pour éviter le phénomène de « free rider » (certains cherchent à se décharger de leur tâches sur les autres), il faut alors instituer un contrôle permanent.
Et voici aussi comment naît le paradoxe de l’entreprise : conçue pour satisfaire le marché, elle ne fonctionne plus alors suivant une logique marchande.
Demeure en second plan l’éternel problème : qui contrôle le contrôleur ?
Disciple de Frank Knight, Coase conclut sur l’importance du profit : c’est finalement la sanction du marché qui oblige les contrôleurs à bien faire leur travail !
De cette architecture très complète, Williamson reprendra essentiellement l’importance de la hiérarchie dans toute action passant par une organisation collective (***).
Et il pose la question : le profit est-elle suffisant pour assurer la « police » de la firme ?
On rejoint ainsi le problème de la gouvernance : quelle responsabilité pour les dirigeants d’entreprises ?
À la différence de Henry Manne, qui estime que c’est le marché des « droits de propriété » sur l’entreprise qui règle le problème (la Bourse, par exemple, permet aux actionnaires de contrôler les managers par anticipation, ils vendent leurs titres quand la gestion ne leur paraît pas correcte, quand les profits ne sont pas suffisants), Oliver Williamson privilégie les relations hiérarchiques et les phénomènes « d’agences » : il décrit en fait une logique du pouvoir plutôt qu’une logique de propriété.
Il est évidemment certain que les thèses de Williamson sont très en vogue depuis quelques temps, car beaucoup de commentaires sur la crise ont souligné la défaillance des marchés boursiers, et des financiers.
Ces commentaires semblent ignorer que le marché est « défaillant » quand il n’est pas libre, quand des réglementations empêchent la mise en responsabilité réelle des managers, et a fortiori quand les managers sont encouragés et couverts par les autorités publiques, ce qui peut aller parfois jusqu’à la complicité et à la corruption voire au sauvetage in extremis par le denier public !
La puissance publique, face au désastre annoncé, semblant prise de terreur et regretter inlassablement d’avoir tant fait pour entraver les mécanismes d’autorégulation par pléthore de réglementations !
En une seule phrase donc, si effectivement le jury d’Oslo a ses propres démons, tu noteras toi, que celui de Stockholm n’est pas si « déconnecté » de la « Science économique », dont parfois tu sembles douter plus qu’à ton tour : on en revient aux fondamentaux, à savoir la « création de richesse » par l’activité humaine.
Ai-je fait assez court pour que tu ne tritures pas trop mes dires ?
DD
Nota I² : C’est une excellente façon de remettre les points sur les « I » et les barre au « T ».
Merci à toi.
(*) : Il s’agit de ce post-là, ai-je cru comprendre : http://infreequentable.over-blog.com/article-7361200.html
(**) : C’est plus compliqué que ça, naturellement et je te l’ai parfois expliqué. En fait, l’essentiel des productions sont encore le fait de « phénomènes de niches » ultra-spécialisées. Auxquelles sont attachés des « distributeurs »… spécialisés.
Les « spécialistes » gèrent à peine quelques dizaines de références qui diffèrent entre-elles souvent par le conditionnement, mais tournent toujours autour des mêmes processus de production, la ou les machines et les personnels « qui savent faire ».
Et le « distributeur spécialisé », lui gère en magasin à la gamme étroite mais « profondes » des références de chaque producteur en aval. Faute de place, en général on ne met que 4.000 à 10.000 références d’une gamme sous un même toit, ils se spécialisent… et en deviennent attractifs pour le consommateur final pour cette unique raison.
Inversement, le « généraliste » peut mettre en vente plusieurs gammes, mais avec très peu de références « en profondeur » : la faute toujours a ne pas avoir la place.
Trois exceptions :
– Les « Grands Magasins » qui se sont voulus « les deux à la fois ». Boucicaut en premier, mais très vite derrière des enseignes comme le Printemps, les Galeries Lafayette, Les Magasins Réunis, le BHV, etc.
Avec parfois des délires comme à La Samaritaine, où une même référence peut être présente, et donc livrée par des canaux d’approvisionnement différents, à trois ou quatre endroits différents… sous le même toit, pour plus de 200.000 références au total : je ne te raconte pas le coût de l’absurdité !
– La « VAD » (Vente à Distance), où le produit vendu n’est pas en magasin, mais va être commandé au producteur une fois le paiement reçu (La Redoute, Les Trois Suisses, eBay, etc.).
– Et une infinité de variantes et déclinaisons telles que les « centres commerciaux » dans les « plaines à betteraves », avec une enseigne locomotive en « attractivité », ou les « centres dédiés » à enseignes gigognes (Intermarché, Bricomarché, Jardimarché, Vêtimarché, etc.) voire les très grands « hyper » qui font leurs gammes dans le brun, le blanc, la voiture, le jardinage après avoir investit le textile.
(***) A-t-il lu de théorème de Peter, à ce sujet-là ?
Assez édifiant.
Produire, c’est créer de la valeur.
Créer de la valeur, c’est répondre à des besoins.
Et ils sont bien nombreux, y compris sur les bancs des « Grandes écoles » à n’avoir toujours pas compris ces relations simples de toute activité économique.
Forcément : personne ne le leur a appris et quand ils entrent dans le monde du travail, quel que soit leur poste ou leur fonction, la seule chose qu’ils comprennent c’est « combien par mois pour le boulot que j’exécute ? »
Alors que, pour reprendre les meilleurs auteurs, on devrait se poser trois questions :
1 – Qu’est-ce qu’un produit ?
L’automobile, par exemple, est un produit.
L’entretien et la réparation de la même automobile est aussi un produit, mais d’une autre nature.
Le pain est un produit.
La livraison du pain est encore un autre produit, mais d’une autre nature.
Un produit n’est pas nécessairement une chose, un objet, une marchandise. Il n’a pas nécessairement des propriétés physiques : forme, dimension, poids, couleur, saveur, odeur, contenance, etc.
Or, aujourd’hui les trois quarts des « produits » sont « immatériels », sans consistance physique : l’éducation, les loisirs, la culture, la santé, le tourisme, les télécommunications, etc. sont autant de produits immatériels.
Si nous nous servons d’ordinateurs, ce n’est pas l’appareil lui-même qui nous permet de travailler, mais tous les ingrédients immatériels indispensables à son bon usage : les connaissances des ingénieurs, le montage des opérateurs, les auteurs de logiciels, l’intervention des réparateurs, les conseils du vendeur, voire même le crédit du banquier.
Un « produit », c’est donc un procédé qui nous rend service, qui a de la valeur à nos yeux.
Et peu importe qu’il s’agisse d’un bien (matériel) ou d’un service (immatériel).
2 – Qu’est-ce que la valeur d’un produit ?
Beaucoup ont tendance à mesurer la valeur du produit en se mettant à la place du producteur.
Dès lors, la valeur d’un produit se dédirait du coût de production, ce qu’il faut en nombre d’heures de travail, en énergie, en matière première, pour fabriquer un bien ou fournir une prestation.
Et bêtement, à la suite de Ricardo, Marx a privilégié la « valeur travail » : s’il a fallu deux fois plus de travail pour réparer une montre que pour cuire un pain, le prix de la réparation devrait être le double de celui du pain.
Or, la quantité de travail n’est pas un étalon de mesure homogène : l’horloger peut cuire un pain, mais ne confiez pas votre montre au boulanger !
Et de constater également qu’il y a des gens plus « productifs » que d’autres (Stakhanov, quel paradoxe, nous en a fait la démonstration « quantitative ») : leur produit aurait-il moins de valeur pour autant ?
Tout pareillement, Hitler peintre à ses heures nous en a fait une autre démonstration « qualitative » : Que valent ses œuvres picturales à côté de celles d’un Vermeer, d’un Van Gogh, d’un Michel-Ange et de tant d’autres ?
Que vaut le dernier tube de Carla à côté de la 40ème de Mozart ou de son Requiem ?
Sans compter le nombre de gens qui perdent leur temps à des productions dont personne ne veut.
Aux yeux des ingénieurs de Concorde le supersonique avait une haute valeur, mais il n’y a pas eu d’acheteurs pour autant…
C’est qu’en fait, pour juger de la valeur d’une chose, matérielle ou immatérielle, il faut se mettre non pas à la place du producteur mais à celle du client, de « l’acquéreur-consommateur » : c’est lui et personne d’autre qui donne au produit sa valeur.
Et chacun a sa propre évaluation de chaque chose, qui peut d’ailleurs varier dans le temps et de son « critère d’utilité ».
Dès lors, il est donc vain de mesurer à l’avance « l’utilité » d’un produit : Toute évaluation est subjective, n’a pas de valeur « intrinsèque », atemporelle, ni même objective.
Un produit n’a de la valeur que quand il est voulu, échangé, acheté.
3 – La création de la richesse
La même ambiguïté sur la signification de la valeur se retrouve quand on parle de « richesse ».
Pour le commun des mortels hélas, la « richesse » se présente sous forme d’accumulation de biens : le riche amasse de l’argent, possède des maisons ou des terrains, a des meubles et des équipements de grande valeur, etc.
Et pendant des siècles, la richesse a été associée à l’or (ou l’argent) parce qu’avec l’or on peut apparemment tout acheter.
Mais si la richesse est accumulée, comment a-t-elle été créée ?
D’où vient-elle ?
De l’héritage ? Mais d’où vient-il à son tour ?
De la propriété ? Mais comment a-t-elle été acquise ?
Du rapt, du vol, de l’extorsion ?
Certains pensent même que s’il y a des « riches », c’est donc qu’il y a des « pauvres ».
La richesse deviendrait ainsi une « injustice sociale » dans un jeu économique à somme nulle : ce que gagnent les uns est perdu par les autres.
C’est le fameux mot de Proudhon que tu cites parfois, Infree : « La propriété c’est du vol ! » (*)
Belle ânerie pour esprit faible qui, quand il n’a pas sa drogue à travers la croyance religieuse (pour singer K. Marx), se rabat sur des slogans courts, simplets et qui sonnent bien.
À chacun de comprendre (en tout cas quelques élites si ce n’est tous) que la « richesse » vient d’une création de valeur, d’une valeur ajoutée par ceux qui ont contribué à mieux satisfaire les besoins de quelque autre au sein d’une communauté.
D’où l’importance de la taille de la communauté : dans une économie tribale ou locale, la variété des besoins et des produits n’est pas grande, il n’est guère de progrès important ou rapide.
Dans une économie nationale, le nombre de combinaisons possibles « produits/besoins » est plus élevé.
Dans une économie mondialisée, les occasions de dégager une « valeur nouvelle » sont très nombreuses, la plus grande possible, de sorte que la création de richesse est incessante !
Et vont en profiter tous ceux qui ont contribué à rendre service aux autres…
Un service rendu appelle une rémunération, quand la rémunération est en monnaie elle donne un pouvoir d’achat généralisé et permet de satisfaire ses propres besoins.
La « richesse » est donc une dynamique née de l’échange de biens et de services.
Cet échange est créateur de valeurs.
La richesse des Nations vient de l’élargissement de l’espace des échanges.
Produire c’est s’insérer dans le réseau des échanges, pour y apporter de la valeur, c'est-à-dire pour mieux servir les autres, pour mieux répondre à leurs besoins.
Nota de I² (*) : C’est plus compliqué que ça, à mon avis.
1 – On n’est jamais propriétaire que de ce que l’on détruit (l’abusus des romains) : l’air respiré, l’eau bue, la nourriture que l’on ingère et métabolise.
Avant, le « produit-service » est ce qu’il est, après, il est radicalement différent.
2 – Le raisonnement s’applique plus rapidement avec l’usage (l’usus des romains), notamment parce que le « service immatériel » y domine. Dès qu’il est « livré », remis, il est instantanément détruit.
La réparation de ta voiture, le robinet qui ne fuit plus, l’électricité que tu brûles dans ton ordinateur, tout ça disparaît dès consommation qui n’est possible que dès que tu disposes de l’usus.
3 – Il s’étale dans le temps avec le fructus (des romains). L’arbre donne des fruits, la vigne du raisin. Ils demeurent, mais leurs fruits disparaissent, se détruisent avec le temps qui passe, qu’ils soient exploités ou non.
Et même l’arbre ou la vigne, a fortiori un autre bien, voiture ou immeuble, dépéris s’il n’est pas entretenu, « cultivé ». Et cette constance est évidement valable pour « l’immatériel » : Le secret des pyramides s’est bien perdu avec le temps, faute de transmission de la connaissance, par exemple.
En fait, la propriété n’est du vol que quand on possède des choses (usus, fructus et abusus) quand on n’en a aucune utilité personnelle.
Je refile bien les vêtements qui ne me vont plus à la Croix-Rouge pour qu’elle les redistribue à ceux qui en ont besoin ou les transforme en papier…
Idem pour les jouets de mes gosses au « restau du cœur », de quand ils étaient tout-petits.
Dès lors que j’en ai l’utilité, ce n’est plus du vol : d’ailleurs, aujourd’hui je possède « un tas de boue à roulette ». Si on me le vole dans l’heure, je n’en saurais strictement rien et m’en tamponne franchement.
Par contre, demain je suis en déplacement et si je ne retrouve pas mon véhicule où je l’ai garé, là franchement j’hurlerais avec raison, au vol !
Parce que je n’en aurais plus l’usage exclusif : un autre me l’aura ôté.
Tout est donc dans la nuance, jusqu’à la notion de « spéculation » : garder un bien en vue de le revendre plus cher par le seul effet du temps le rendant rare (surtout si je suis capable d’accaparer tout bien de même nature dont d’autres auront l’usage dans le futur) et donc plus coûteux, est-ce donc du vol ?
Là, je ne sais pas : vraisemblablement, mais ce serait nier tout l’attrait du collectionneur pour des choses sans valeur a priori, comme les étiquettes de camembert ou les timbres-poste…
La frontière reste « floue et divagante » dans mon esprit.
C’était le « nœud » de ma problématique…
L’Allemagne, une « chance » pour la France ?
Les électeurs allemands, en donnant une majorité suffisante pour gouverner avec les libéraux et sans les socialistes à la Chancelière Angela Merkel, ont peut-être rendu un immense service à leurs voisins « Gaulois ».
Notre pays est dans l’incapacité de se réformer de l’intérieur : les « forces internes » (religion du monopole, sirop du syndicalisme, relents d’un autre âge de la lutte des classes, drogue du service public…) poussent au statu quo, et la place de l’État y est bien trop importante.
La solution serait la « pression extérieure », née du libre échange qui viendrait à bout de tous les corporatismes.
La concurrence finit par mettre les producteurs en demeure de s’adapter, les agents économiques à évoluer hors de leur asservissement consenti et les gouvernements dans l’obligation de réduire le champ de leur souveraineté.
L’Allemagne n’est évidemment pas un modèle de « pur capitalisme » ni de « libre marché ».
Au contraire « le modèle rhénan » a de tout temps été opposé au « modèle anglo-saxon ».
Il est fait d’un judicieux équilibre entre liberté économique et progrès social.
Les syndicats y jouent un rôle plus actif, que ce soit dans l’entreprise ou dans le débat public.
La redistribution des revenus y serait aussi large qu’en « Gauloisie socialiste ».
Jusqu’à laisser penser qu’il y aurait un « bon » capitalisme, respectueux des hommes, généreux et compassionnel pour les plus démunis, encadrant avec précision le marché, par opposition au « mauvais » capitalisme du modèle anglo-saxon, régi par la loi du « renard libre dans le poulailler libre » en proie à la folie !
Simplement, il y a comme qui dirait quelques différences majeures entre Allemagne et France du point de vue économique et social :
– Ni les syndicats ni le Parti Socialiste SPD (à ce jour) n’ont jamais visé la rupture avec
le capitalisme.
– Instruits de ce qui se passait de l’autre côté du rideau de fer, les Allemands n’ont jamais rêvé de grand soir, de collectivisation ni de planification !
– En particulier les syndicats sont « participatifs » et non pas « révolutionnaires », ce sont de vrais partenaires, qui ne raisonnent pas en termes de lutte des classes.
Dans la partie de Karl Marx, voilà qui confirme que nul n’est prophète en son pays…
Les Allemands ont aussi une sainte horreur des déficits publics et de l’inflation !
Vraiment l’inverse de chez nous… où aucune limite ne semble exister dans les esprits sur ces sujets…
Les Allemands savent que le nazisme s’est installé sur les cendres de l’hyperinflation de la fin des années 1920.
En France, en revanche, « l’État peut payer », peu importent déficits et dettes, il est là pour ça, dans le rôle de l’ultime prêteur sur gage qui lui est dévolu à la fois par les « corporatismes » de tous crins et par les « élus » nés pour dépenser « l’argent des z’autres ».
C’est toute la politique de Ludwig Erhard, faite de rigueur dans les finances publiques et la gestion monétaire, qui est à la source du « miracle allemand », ce sont toutes les dérives budgétaires connues depuis 30 ans qui sont à la source du « mâle français », celui dénoncé il y a un quart de siècle par le fameux « Toujours plus » de Fr. De Closets.
Jusqu’à un principe constitutionnel qui consiste à défendre à l’État de prélever plus de 50 % des revenus d’un contribuable allemand.
Ce « bouclier fiscal », bien plus solide que le nôtre, puisqu’il est constitutionnel et non pas légal (et une loi est soumise aux changements de majorité opportune), qu’il emporte bien au-delà de l’IR, ISF et la CSG, pourrait être compris, ici comme là-bas comme un « cadeau fait au riche »…
Alors qu’il s’agit tout simplement de respecter un simple principe constitutionnel que nous partageons avec eux, qu’est le respect la propriété privée !
Les entreprises allemandes ont par ailleurs toujours été à la recherche de débouchés à l’étranger.
Elles ont donc été bien plus tôt que les nôtres habituées aux exigences de la concurrence et leur compétitivité en a fait les premiers exportateurs du monde.
En « Gauloisie du bonheur », on a toujours d’abord pensé « marché intérieur » (que « Fafa l’empoisonneur » voulait même « reconquérir »), considérant les exportations comme une évacuation facile des surplus non absorbés par l’Hexagone.
La « préférence nationale » se traduit encore aujourd’hui par des campagnes pour « acheter français » (comme les communistes en 1947 et trente ans plus tard encore), mais aussi par les « pôles d’excellence » largement subventionnés et par une « politique agricole » qui ne vit qu’à travers les subsides publics !
La protection sociale allemande n’est pas entre les mains d’un monopole public, archaïque sinon inefficace à toujours rembourser moins et coûter plus cher comme la Sécurité Sociale, mais elle est le fait de centaines de caisses de retraites et de maladie réellement concurrentes.
Sans pour autant être « en retard » sur le système de « l’autre côté du Rhin ».
Il n’y a qu’à voir comment se portent les caisses locales des pays Alsaciens et Lorrains, issu du droit germanique, la santé financière insolente et exceptionnelle des caisses primaires de SS de nos étudiants, issues des ordonnances de 45, celui de la RATP, autant de régimes « exceptionnels » au droit commun qu’ils appliquent tout autant que partout ailleurs…
Enfin, il faut aussi dire que le « modèle rhénan » a été sérieusement retouché par les socialistes eux-mêmes !
Le chancelier Schröder a privatisé nombre d’activités qui demeurent en « Gauloisie des services publics »… publics à part entière sans raison économique ou sociale bien évidentes : les chemins de fer, les télécommunications, la poste, la culture, les musées, les conservatoires, et tant d’autres.
Surtout, les lois Hartz ont fluidifié le marché du travail, le meilleur moyen de résorber le chômage : liberté d’embauche et de licenciement, refonte de l’agence fédérale pour l’emploi, dégressivité des indemnités de chômage, aide à la création d’entreprise par les chômeurs, etc. N’en jetez plus : pas la peine d’aller au Danemark pour penser rupture ! L’herbe est verte dans le pré du voisin immédiat.
Même la fiscalité des entreprises a été considérablement allégée, alors que nos propres gouvernants ne se résolvaient toujours pas à supprimer la taxe professionnelle !
Ainsi, l’Allemagne pourrait-elle passer pour un paradis libéral par rapport à « l’enfer socialiste » français.
Or, les exigences de la « grande coalition » ont amené Angela Merkel durant les dernières années à stopper l’élan donné par Gerhard Schröder.
La crise l’a amenée aussi à se rallier à l’idée de la relance, et la gestion des finances publiques s’en est ressentie.
Avec les élections de la semaine dernière, une nouvelle étape s’ouvre désormais.
La Chancelière est enfin libérée de l’hypothèque socialiste.
Et au cours de ses derniers jours de campagne, elle a principalement promis une baisse importante des impôts.
Surtout, elle a maintenant de nouveaux partenaires, les libéraux du FDP, qui ont remporté un succès électoral vraiment fracassant et qui ont des points de doctrine bien ancrés : libre échange, libre entreprise, libre marché du travail, baisse des dépenses publiques et recul de l’État.
Un tel programme est à contre-courant de ce que les français ont choisi et entendent, en plus, imposer à l’Europe entière et au reste du monde…
Le « couple » (au demeurant souvent explosif) « Mère-Kehl/Bling-bling » risque donc de vivre une crise profonde, les libéraux allemands pouvant exiger jusqu’au divorce, forts de la convergence de leurs positions avec celles de l’Europe centrale (Tchèques et Polonais) et sans doute de la Grande Bretagne à l’issue des prochaines élections.
D’ailleurs, la presse allemande s’amuse déjà en dénonçant le train de vie de notre « Ô combien Vénéré Président », exemple :
Von A.V. Shönburg : « Sarkozy vit comme Dieu en France ! Toute la France est concernée par la nécessité d'économie. Un seul n'y contribue pas c'est le Président de la République Française.
Dans les 300 m² des appartements privés de l'Elysée les fleurs doivent toujours être fraîches : 280.000 € par an.
Les voyages privés de Sarkozy se font toujours dans un avion vide où il est seul au cas où il faudrait qu'il rentre à Paris d'urgence.
Il bénéficie de 61 voitures de service, 2 Airbus et 6 Falcon Jets. Le plus récent de 60 M d'euros a été baptisé Carla (comme sa 3ème épouse)
Il a près de 1.000 employés (2 x plus que la Reine d'Angleterre), 44 chauffeurs, 87 cuisiniers.
Les chefs cuisiniers peuvent se servir librement dans la cave à vin de l'Elysée. Le repas de midi est servi par des Laquais. Carla et Nicolas peuvent manger à toute heure. La cuisine est de service en permanence et 1 M d'€ par an pour les boissons (champagne, ...)
Horripilation ? Protestation ? Nullement. En France
c'est une affaire d'honneur que le Chef de l'État représente la renommée de la Nation. C'est le successeur du Roi Soleil et c'est exactement comme cela qu'il vit (avec sa « Madame
Pompadour ») »…
(I² : Merci à « Chouette-chouette » pour cette précision « venue d’ailleurs » ! Je tiens à votre disposition la copie de la page qu’elle m’a fait
parvenir)
Faute d’avoir pu mettre l’Europe (et à plus forte raison le monde entier) à l’heure de la « Gauloisie impétueuse » et en dépit des rodomontades du G 20, il se pourrait que ce soit la France qui se mette à l’heure de l’Europe, qui vient justement de changer.
Le couplet de « la France seule » n’est réellement plus de mise, et « Bling-bling » va devoir mettre dans sa poche ses discours « moralisateurs » sur le capitalisme.
Les « corporatistes », sans aucun doute, n’ont pas dit leur dernier mot non plus.
En Allemagne même, la gauche va sans doute se radicaliser, la Gauche (Die Linke), faite de communistes authentiquement staliniens, tirera l’opposition vers la contestation permanente et les mouvements « sociaux ».
Idem en notre « beau pays » où le PS va se radicaliser pour retrouver une clientèle avec la défense des « services publics » déguisé en un beau cheval de bataille.
Il suffirait là-dessus que la disgrâce « d’Au-Bas-Mât » se confirme et s’aggrave, que la nouvelle politique allemande produise des effets bénéfiques, pour que l’opinion publique Gauloise (ou une partie d’entre elle) appelle enfin de ses vœux le vrai changement, que certains avaient ardemment souhaité en votant pour notre « Ô combien vénéré Président il y a encore peu.
Et pour lequel ils sont restés sur leur faim depuis plus de 2 ans…
Si tel est le cas, nous pourrions dire grand merci aux électeurs outre-rhénans.
I² : Marrant !
J’ai « corrigé » quelques noms… Plus conformes à mes propres sobriquets.
« Toute ressemblance avec des personnages, existant ou ayant existé… » etc.
L'ordre social règne !
Ça s'est passé très officiellement le 15 juin dernier à Genève devant les « petits pois » bien alignés dans leur fauteuil de l'OIT, avant le discours de notre « Ô combien vénéré Président » devant notre Congrès des Parlementaires à Versailles (eux-mêmes tenus au « silence dans les rangs d'oignon »), et pourtant, personne ne s'en est fait le relais dans la presse, les médias (nationaux « aux ordres »), l'intelligentsia ou les cercles de « sachants » de notre beau pays.
Moi-même, ne l'ai-je donc appris qu'un mois plus tard (et Dieu sait si je suis informé de toutes les rumeurs de « ce beau pays qui est le mien », jusqu'à en savoir la saveur, la couleur et la taille des préservatifs utilisés par nos « régnants ») : c'est dire si l'événement est passé inaperçu !
Alors même qu'il est majeur.
Car bien sûr, grâce « à mes réseaux », j'ai pu vérifier que cela avait bien existé, que personne n'avait rêvé, qu'on eut bien ouï ce qui fut dit !
Ce jour-là, « Bling-bling » jusqu'en le nerf honteux, s'est mis à rêver d'un monde fastueux, d'un ordre mondial, d'un « ordre social nouveau » à instaurer, dans la droite ligne du sommet du G20 dernier, le tout afin « d'éviter une révolte des peuples frappés par la crise économique » !
La philosophie globale de ce discours est la primauté donnée au social sur l'économique, ce qui en soi était déjà le vœu, la pierre philosophale des « gauches réunies » depuis la première internationale prolétarienne, du temps de Marx (Karl, pas Groucho) et de son vivant.
Vœu qui mena même « Mythe-errant » à l'Élysée, « l'Arsouille dans les pompes de Charles De Gaulle » (quel beau scénario de politique-fiction !) il y a de cela plus d'un quart de siècle, porté par une espérance populaire multiséculaire et que ce dernier mis deux ans à enterrer brutalement et durablement !
Un peu comme si, quoiqu'on en pense, quoiqu'on fasse, quoiqu'on dise, cela ressort indéniablement du domaine de l'hérésie hérétique, hystérique et barbare !
Car, au-delà de cette approche « marxiste-failliteuse », c'est même prétendre à la supériorité du « social » sur toutes autres formes d'échange économique, malgré des millénaires, oui des millénaires de certitudes vérifiées par tous les historiens et, depuis peu, par tous les économistes, à savoir la « loi de l'offre et de la demande ».
C'est comme ça : il se trouve que quand on lâche une pomme de son arbre, ni la politique, ni la philosophie, ni l'hérésie, ni « Bling-bling » fera qu'elle s'envole à choir sur le sol lunaire !
Pour y parvenir, il lui faudra une sacré dose d'énergie (environ 90 fois sa masse en kérosène et oxygène : faites le calcul, vous verrez !) et comprendre d'abord comment elle fait avec un minimum d'effort pour tenter de rejoindre le centre de la Terre...
Car vouloir le contraire de ce qui est naturel, en l'occurrence construire sui generis un univers flatteur et vertueux, si tout le monde peut en rêver (et je ne suis pas le dernier), loin de moi l'idée de nier, de rejeter, de piétiner les réalités et de ne pas constater que, jusque-là, seule la liberté économique a été porteuse de progrès social !
Bin lui, entre deux haussements d'épaules saugrenus, en quelle que sorte, il affirme exactement le contraire devant l'aréopage de l'OIT, et sans même sourciller...
Et ces braves gens, polis et bien élevés au cœur de « calvinisme appliqué » (encore une autre « hérésie » pour un « catho-natif » comme moi, mais celle-là je la tolère par amour de Dieu), de ne pas vraiment s'esclaffer, ne sachant trop si c'est du lard ou du cochon !
Car le discours de Genève surprend, et par son style, et par ses paradoxes.
S'agissant du style, le ton et le vocabulaire rappelleraient « Besace-not », avec des formules propres au « néo-post-marxisme », Nouvel-Anti-Capitalisme :
Je cite (quelques extraits, hein, il ne faut pas abuser des produits nocifs...) : il est irresponsable « de croire que les peuples subiront sans rien dire les conséquences douloureuses de la crise » et « ne réclameront pas plus de protection et de justice et supporteront de nouveau, comme si de rien n'était, les parachutes dorés, les gains mirobolants des spéculateurs ».
On veut bien le croire, mais quand on voit que finalement, après un bras de fer qui a duré depuis novembre dernier, les « Universitaires et Chercheurs » réunis sont rentrés dans le rang, on se demande sur quelle planète on débarque !
« Ou nous aurons la raison, ou nous aurons la révolte.
Ou nous aurons la justice ou nous aurons la violence.
Ou nous aurons des protections raisonnables, ou nous aurons le protectionnisme ».
Jusque-là, on n'a pas trop de mal à suivre.
Les choses ne sont pas aussi « mécaniques » que décrites, mais il y a de ça...
Tout le monde a accrédité, par ailleurs, l'idée selon laquelle la crise est bien entendu venue des parachutes dorés et des gains mirobolants des spéculateurs.
Mais toujours pas un mot sur les responsabilités écrasantes des États et des Banques centrales qui n'ont pas su « prévenir », ni encore moins sur le laxisme budgétaire et monétaire des pouvoirs publics qui se sont gavés du système depuis des lustres !
Passons.
Mais voilà qu'on entre dans « paradoxe paradoxal » :
Le remède évoqué est-il celui « des protections raisonnables » (c'est quoi, raisonnable ? Des droits de douane ?) pour « éviter le protectionnisme » : finalement n'est-ce pas du « protectionnisme soft » pour éviter du « protectionnisme hard » ?
Tout cela dans un paragraphe qui évoque aussi un risque de révolte des pays pauvres.
Qui croira que du protectionnisme (lequel ? Celui des pays riches ?), permettrait de développer le tiers-monde ?
La protection serait-elle un élément de « justice » alors qu'elle participe de la violence des États ?
Car, cette justice, « Bling-bling » ne va pas la chercher dans le libre contrat, l'échange volontaire ou le juste prix de concurrence sur le marché, il veut simplement la mettre en place à travers des régulations sociales au niveau mondial, qui, seules, éviteront « une crise politique majeure à l'échelle planétaire ».
Ah bé !!!
Et dans la foulée, d'inviter les autres pays membres de l'OIT à la mise en place de normes sociales « qui s'imposent à tous » : (...) « À quoi servirait, pour l'OIT, de continuer à adopter des normes si celles-ci n'ont aucun caractère obligatoire ? ». Tudiu !
Certes, il ne faut pas harmoniser « dans le détail » les législations du travail, mais il faut « mettre en place entre les nations un système de règles qui tirent le monde vers le haut au lieu de tirer chacun vers le bas ».
Voilà qui est balancé !
Et on fait comment ?
On sanctionne qui, au juste, quand les règles ne sont pas appliquées pour cause de décalage trop grand entre « l'esprit et la lettre » ?
Qui décide de quoi en la matière et avec quels moyens ?
Bé, c'est très simple pour « bling-bling » qui se prend toujours pour le maître du monde : G20, OIT, OMC, FMI, OME (environnement) sont appelés diriger, très démocratiquement, le monde nouveau.
Car tous ceux-là, vous aurez remarqué, ne sont que les représentants, les « ambassadeurs des princes », quand ce ne sont pas eux directement...
Si « Bling-bling » propose des harmonisations sociales mondiales qu'il veut plus vers le haut, c'est qu'il a un modèle à vendre : le fameux « modèle français » que le monde entier nous envie, voyons donc !
« Prolétaire de tous pays, unissez-vous et demain tout le monde sera aligné sur nous, et demain, la moitié de la planète sera au chômage, et demain, cette Internationale-là ce sera enfin le genre humain » !
Mais ce n'est pas tout : il faut des « boucs-émissaires » à sacrifier à l'hôtel de la mondialisation dessinée par « Bling-bling dans sa tête ».
Donc, allons-y : Et de critiquer la cinquantaine d'États-voyous qui n'ont pas encore ratifié les huit conventions fondamentales de l'OIT, que sont entre autres... les États-Unis à la Chine, de l'Inde au Japon, relégués au même niveau que l'Ouganda, le Swaziland, le Lesotho, etc....
Des sadiques pervers envers leurs propres peuples, n'est-ce pas !
La CIA va encore se retourner dans ses antennes...
Et de finir par appeler le G20 à prendre en compte la dimension sociale de la crise et « de l'ordre mondial à bâtir ».
Ainsi le G20, (qui n'a servi à rien face à la crise), doit-il ajouter à ses membres le directeur de l'OIT, comme ceux du FMI et de l'OMC.
Mieux encore, à ses yeux l'OIT devrait être saisie chaque fois qu'un litige commercial soulève des questions relatives au travail.
Et bien sûr il faudra créer une « organisation mondiale de l'environnement ».
Un « Bord-l'eau chevelu » international ?
Mazette ! L'homme qui négocie directement avec le climat enfin reconnu à sa juste valeur ?
Celui qui veut inventer une « taxe carbone » qu'on rembourserait à ceux qui la payent, comme annoncé dimanche 5 juillet ???
La belle affaire : heureusement que le ridicule persiste à tuer moins que le H1N1...
D'après « bling-bling », il faudrait même en finir avec une OMC trop autonome, il faut associer à ses décisions le FMI, l'OIT et même l'Organisation Mondiale de la Santé.
Pourquoi, pendant qu'on y est, ne pas y engouffrer l'UNESCO et ne pas regrouper tous ces organismes en un seul, établissant, avec le G20, pour une vaste planification mondiale ?
Tout ce beau monde édictera alors des normes qui ainsi ne resteront « pas lettre morte ».
Même les aides du FMI, de la banque mondiale et des banques de développement seraient désormais soumises à « une conditionnalité environnementale et sociale ».
Les autres, ces « bons clients insolvables », ils n'auront qu'à crever la bouche ouverte, n'est-ce pas ?
Au-delà de ces propositions surprenantes, notre « Ô combien Vénéré président » a ainsi dénoncé « la marchandisation du monde » reprenant ainsi le slogan de « J'osais-Beau-vais » qui en avait fait un livre, d'ATTAC, en droite ligne de celui de du NPA de « Besace-not » : « Nos vies valent plus que leurs profits » qu'ils disaient...
Et pour faire bon poids, « Bling-bling » de citer le fondateur de l'OIT, Albert Thomas « grande figure du socialisme européen » et même Saint Just, dont on se demande ce qu'il venait faire là !
Il faut en finir avec « la mondialisation conflictuelle », fondée sur « la
compétitivité à tout prix » et les « politiques commerciales agressives » : Vive les taxations de prix, les prix de vente imposés hors de tout marché ?
Et c'est qui qui paye, au juste ? Le konnard de consommateur ? Avec quoi ?
On est assez loin du doux commerce de Montesquieu.
Car cette mondialisation là écrase le pouvoir d'achat (sans doute en faisant baisser les prix des produits... ce qui n'est même pas paradoxale dans son esprit troublé...).
Car la mondialisation qui privilégie la « croissance externe » est « conflictuelle », celle qui privilégie la croissance « interne » est « coopérative ».
Voilà exactement ce qu'en disent les « apôtres du protectionnisme » : pas
paradoxale du tout, l'ami « Bling-bling »
Bref, aucun sujet n'est tabou. Il ouvre à nouveau le dossier de la taxe Tobin. Il renvoie ainsi dans les cordes C. « La-Garde-meurt-mais-ne-se-rend-pas », qui avait marqué des réserves contre l'idée de B. « Kouche-nerf » de songer à ressusciter la fameuse taxe : « Je ne sais pas si c'est une bonne idée (...) mais qui pourrait comprendre qu'on n'en débatte même pas ? ».
Il ne doit pas souvent lire les bons (et même médiocres) économistes, qui en ont débattu cent fois déjà, pour répondre toujours négativement.
Et il a rappelé l'importance de la taxe carbone.
C'est le printemps des impôts.
Même que celle-là sera remboursée par un « chèque-vert »...
J'adore l'idée de payer une taxe étatique avec un chèque étatique qu'on me remettrait juste
avant !
Pas après, bien sûr...
Voilà donc la vision du nouvel ordre social mondial qu'IL nous propose.
Il paraît que les syndicats en ont été très contents...
Les entrepreneurs un peu moins, mais chacun sait que ce sont les syndicalistes qui créent les revenus et les emplois en ce bas-monde...
Bref, « il faut tout revoir ».
Et, conclusion magnifique : « Le monde ne peut plus être gouverné par la seule loi de l'offre et de la demande », maître-mot des nains économiques...
De tels propos ne devraient pas inquiéter, compte tenu de leur extrémisme.
Pourtant, il ne fait pas de doute que la recherche d'une « troisième voie » ou d'un « socialisme à visage humain » hante les esprits.
La position de la France pourrait servir d'alibi à bien d'autres.
L'Amérique latine redécouvre la révolution et les États-Unis cherchent à retourner à Roosevelt et à l'étatisme.
La Chine commence à mettre en œuvre un protectionnisme à peine déguisé.
D'autre part, le chemin proposé par « Bling-bling » est le plus sûr moyen d'aggraver les fléaux de la récession, du chômage, de la misère, et d'exacerber le sentiment de révolte qu'ils suscitent dans le monde entier : est-ce bon pour la planète des « singes-nus » ?
Ne serait-il pas temps de rappeler que ce n'est pas le protectionnisme qui a créé la prospérité, c'est le libre-échange ;
Ce n'est pas l'État qui a créé des richesses, mais des entreprises... libres ;
Ce n'est pas la régulation qui développe un pays, mais les institutions de la liberté ;
Ce ne sont pas les « régulations sociales » qui créent du « social », mais la liberté économique.
Oui : seule la liberté économique créé le progrès social et rien d'autre...
Mais on n'a pas pu apprendre ça à « Bling-bling » sur les bancs de la Fac de Nanterre.
Et depuis, il n'a manifestement jamais vraiment progressé de l'intellect, l'ex « futur maire de Neuilly sur la Seine »...
Par contre, sa mégalomanie personnelle n'a pas arrêté de s'épanouir avec « grandiosité », constance et ferveur !
Mais quelle ânerie de lui avoir confié « Mandat », « chèque en blanc » sur la « Gauloisie postérieure » !
Je m'en veux, je m'en veux !
Jamais je n'aurai pas dû laisser ma chaise vide après son élection à la tête de l'UMP, dans le fauteuil de « Jupette » !
Jamais...
« Sait-gain » le meilleur opposant de la Sarkozie ?
Le choc des mots se télescopant en 48 heures : D'une par les déclarations du chef de l'État lundi 22 juin, puis le nouveau gouvernement le 23 au soir, suivis, le 24 au matin par les 133 pages du rapport de la Cour des comptes sur la situation et les perspectives des finances publiques.
Or, le chef de l'État qui ne pouvait pas ne pas être au courant, ne s'est guère appesanti sur la situation des finances publiques, assurant seulement qu'il ne fuirait pas ses responsabilités, mais tout autant qu'il ne ferait pas la politique de la rigueur, qui a « toujours échoué dans le passé ».
Ni qu'il ne sacrifierait pas l'investissement.
Et de se lancer dans une subtile distinction entre le « mauvais déficit », d'ordre structurel (causé par le mauvais fonctionnement de l'État), celui qui est d'origine conjoncturelle (la crise), et enfin « le bon déficit », celui qui finance les dépenses d'avenir (les investissements).
Le premier doit être ramené à zéro, le second devra être résorbé « après la crise », et il ne faut donc pas renoncer au dernier.
La question qui se pose à l'économiste est la suivante : avons-nous les moyens d'une politique dynamique qui s'appuie sur un tel distinguo ?
Une dette reste une dette, qu'elle qu'en soit son origine, n'est-il pas ?
Le rapport de la Cour des comptes paraît bien remettre en question cette ambition, en brossant un tableau particulièrement noir de la situation.
Du déluge de chiffres fournis par la Cour, on peut aussi retenir que les comparaisons internationales ne sont pas en faveur de la France, même si l'on tient compte des effets de la crise.
Il ressort clairement que les déficits français sont de nature essentiellement structurels, et que, pour seulement faire revenir en huit années la dette publique de 80 % à 60 % du PIB (engagement international de la France), il faudrait faire un effort égal à 3,5 % de ce PIB en réduisant à zéro ce déficit structurel.
Pour la Cour des comptes, l'ampleur de la tâche nécessite de faire feu de tout bois.
Tout d'abord il est un domaine dans lequel la hausse des prélèvements ne pourra pas de toute façon être évitée, c'est celui des comptes sociaux.
Ceci conduit au minimum à une révision drastique des « niches sociales », mais aussi à l'ouverture de négociations sur les retraites, et y compris sur les avantages familiaux du régime général.
Pour ce qui concerne l'État, les limitations de dépenses annoncées par le gouvernement, ainsi que les économies censées être engendrées par la RGPP, sont jugées très insuffisantes tout comme il est dit que des « réformes beaucoup plus ambitieuses » sont nécessaires, indispensables.
La Cour des comptes relève ainsi qu'en raison de leur poids considérable (450 milliards d'euros soit un quart du PIB), le plus fort gisement d'économies concerne, sous leurs diverses formes, les interventions de l'État et des collectivités locales.
Elle constate que « les pays qui ont assaini leurs finances publiques l'ont fait en remettant en question non seulement les dépenses de fonctionnement mais aussi l'ensemble de leurs interventions et en renforçant leur efficacité ».
Autrement dit, au-delà des « mauvais déficits » il faut aussi savoir remettre en question les « bons déficits », qui peuvent correspondre aux investissements voulus par le chef de l'État.
En effet, ce dernier a ciblé dans son discours des « mesures massives en faveur de l'activité partielle », l'extension des contrats de transition professionnelle, la formation des jeunes, la revalorisation des filières professionnelles, etc....
Dès lors, on comprend mieux ce que veut dire le Président lorsqu'il qualifie ces dépenses d'intervention d'investissements, dans la mesure où il s'agit de préparer l'avenir.
Il n'en reste pas moins que cette qualification n'est qu'un abus de langage du point de vue de la comptabilité publique, qui est celui de la Cour des comptes.
Le message apparaît clair, et lorsque la Cour évoque la nécessité de remettre en question, ce qui signifie diminuer, les interventions de l'État, le discours présidentiel amène paradoxalement à les augmenter !
L'opposition entre ces deux discours conduit à se poser deux questions fondamentales sur la politique économique.
1 - Avons-nous les moyens de cette politique ?
La réponse est clairement négative pour la Cour des comptes.
Selon la jolie formule de premier Président : « À répéter que les caisses sont vides il ne faudrait pas accréditer l'idée paradoxale qu'elles sont du coup inépuisables »...
Or l'opposition est nette entre le gouvernement et la Cour : alors que cette dernière préconise de repasser en huit ans le montant de la dette publique de 80 % à 60 % du PIB, les hypothèses gouvernementales conduisent à prévoir une augmentation de cette dette à 88 % du PIB à l'horizon 2012 !
Pourquoi une révision aussi déchirante s'imposerait-elle d'après la Cour ?
Eh bien, non seulement en raison des engagements internationaux de la France, mais aussi parce que « l'endettement pourrait augmenter de manière exponentielle. Les charges d'intérêt mobiliseraient alors une part excessive des ressources publiques et un risque pèserait sur la signature de l'État ».
Par ailleurs, « il serait peu prudent d'attendre que des remèdes hypothétiques, comme la hausse de la croissance potentielle ou la reprise de l'inflation exonèrent la France des efforts de redressement nécessaires de ses comptes publics ».
« Peu prudent » qu'une telle « folle ambition » ?
Le pays est donc sur le fil du rasoir, engagé dans une course de vitesse consistant à battre la crise, et rétablir la croissance, avant que la montée de l'endettement public ne vienne ruiner les efforts de rétablissement.
Ce choix « stratégique » rencontre manifestement le scepticisme de la Cour des comptes.
2 - Ceci conduit à poser une seconde question : À supposer que l'on puisse se permettre d'augmenter les déficits, quels résultats faut-il en attendre ?
La Cour des comptes rappelle à ce sujet ses nombreuses critiques, et parmi elles :
- La politique de réduction des dépenses publiques n'atteint pas les 655 « opérateurs de l'État » (organismes juridiquement indépendants de l'État et poursuivant une mission de service public) qui, trop nombreux, reçoivent plus de 20 milliards d'euros de subventions et emploient des effectifs en forte croissance (292.000 agents).
- L'inefficacité des interventions de l'État dans des domaines tels que les aides personnelles au logement, les contrats aidés, la politique de la ville, les aides aux collectivités territoriales, la politique de l'emploi (30 milliards d'exonérations sociales, 4 milliards pour la PPE, un chiffre encore indéterminé pour le récent RSA mais sans doute plus important que l'ex-RMI).
S'y ajoute un chiffrage incertain des dépenses fiscales (provisoirement estimées à 69 milliards), où interviennent trop de services de l'État dont le pilotage efficace n'est donc pas assuré.
- La très forte croissance des effectifs de la fonction publique territoriale.
Au total, le pouvoir n'a ouvert qu'une petite partie des chantiers qui s'imposent pourtant depuis des années, et dans le même temps multiplie des interventions qui ne peuvent que générer davantage de déficit public, le tout sans aucune évaluation de « l'efficacité » de la dépense.
La critique est rude.
Mais elle est lucide.
Dès lors, si on peut imaginer qu'il y a, peut-être, plusieurs sortes de déficit, de toute façon il n'y a qu'une dette publique.
Et qu'un seul montant global de frais financiers.
Le message de la Cour des comptes est clair : il faut cesser de multiplier les nouvelles interventions de l'État et de ses démembrements, même si cela est difficile compte tenu de leur finalité sociale.
Et au contraire se poser la question de l'efficacité des interventions existantes.
En conséquence et en tout état de cause, contrairement aux discours et à la volonté politique affichée, la France n'évitera pas une « politique de rigueur », que notamment la constante dégradation des comptes des organismes sociaux rend inévitable.
Cela réduit sérieusement les ailes du « volontarisme » affiché par notre « Ô combien vénéré Président ».
Et à quand l'ouverture de tous ces chantiers, au juste ?
Là, il lui reste deux attitudes possibles : ouvrir les yeux et mobiliser les talents, ou s'enfouir la tête dans le sac et persister à n'y rien comprendre !
Il y va de notre avenir commun à tous...
DD
I²
: Je reviens aussi sur cette idée absurde d'un Trésor public, qui emprunte en permanece et qui va emprunter encore plus d'ici à l'année prochaine.
On nous dit que c'est la bonne idée du siècle !
Soit.
Mais demain, quand il s'agra d'aller voir son banquier pour qu'il prête le nécessaire en machines, en besoins de fonds de roulement pou rassurer un chantier, pour répondre à un appel d'offre,
pour acheter sa baraque, sa bagnole ou ses fins de mois, comme les marchés auront été asséchés, l'épargne siphonnée par l'endettement publique, mathématiquement les lignes de crédit se seront
raréfiées et les taux auront augmenté !
Au total, c'est l'équipement des ménages (donc une forte part de la croissance) et l'investissements productifs des entreprises (l'autre forte part de la croissance en plus que des emplois) qui
ne verront pas le jour, en échange de toujours plus d'étatisation...
Vraiment la malédiction des deux derniers siècles !
« DD » jubile !
En faisant remarquer que « la faillite de Lehmann Brothers and Co, en septembre dernier, avait été le point de rupture d'un système failliteux dès l'origine : Depuis l'entre-deux-guerres, cette institution « too big to fail », gorgée de capitaux propres états-uniens volés aux contribuables de ce pays-là avec pour mission de faire croire au « rêve américain » en procurant des fonds pour que chacun ait un toit, était le cancer qui allait tuer le début du IIIème millénaire.
Typiquement keynésien pour ceux qui en doutaient, survivance d'un dinosaure dans un « monde dérégulé », cette institution a joué le rôle du « colosse aux pieds d'argile » et s'est effondrée sur elle-même à l'occasion d'une panne de croissance que l'administration Bush avait maquillé en envoyant les « boys » en Irak faire un guerre absurde à la recherche d'armes qui n'existaient pas.
Rien de mieux que le son du canon pour soutenir une économie vacillante avec comme détonateur le 11 septembre 2001 et ses attentats « surdimensionnés » dans tous les sens du terme, y compris médiatique.
Infree avait raison : sans cette étape, l'économie mondiale aurait pu vraisemblablement se redresser autour de 2004/2005(*) au lieu de s'effondrer en 2008/2009.
Le « 11 septembre » a coupé le jeu et redistribué les cartes économiques.
Du coup, elle a poursuivi, durant 4 à 5 ans, dans sa course en avant des « années molles » mais en vivant à « crédit ouvert » à tous les guichets.
Pour sombrer à partir de 2007, sans que personne n'ait voulu le voir (sauf Infree qui me harcelait depuis, dit-il 1999, même si nous ne nous connaissions pas alors, mais seulement depuis 2 ans) et trébucher et s'affaler en 2008.
Depuis, ce qu'il appelle la « pensée unique », à défaut de toute autre, à dominante keynésienne, ne jure que par des plans de « relance » !
La relance, la relance, on n'entend que ça depuis l'automne 2008.
Septembre, octobre, novembre et l'on commence à se décider a vraiment faire tourner la planche à billet au moment des élections américaines.
Décembre, janvier, février, plein de bonnes idées dans les budgets de la « vielle Europe » et ailleurs à l'occasion des budgets. Mais rien que de la relance, de la relance, de la relance...
Mars et son G20, des milliards comme si il en pleuvait !
Avril, mai et bientôt juin qui clôturera le second trimestre : Un froid constat, des prévisions cauchemardesques !
Le FMI annonce - 5,6 % pour l'Allemagne en 2009.
Une semaine plus tard le gouvernement allemand rectifie : ce sera - 6 %.
Recul du PIB de - 8,9 % en Irlande qui n'a pourtant pas lésiné sur la relance et les déficits.
L'ensemble de la zone euro sera à - 4,2 % en 2009, - 0,4 % en 2010.
Le Japon en est à - 6,2 %.
Aux Etats-Unis, la chute du PIB a été de - 6,1 % au premier trimestre 2009, presque comme au dernier trimestre 2008 (- 6,3 %), tandis que l'investissement recule de - 38 %...
Force est de constater que relancer la consommation n'a aucun effet, sauf de pousser vers le bas, notamment sur les investissements !
Et on pourrait multiplier les exemples.
Le cas américain est d'ailleurs intéressant : George Bush lui-même s'y était mis, poussé par le Congrès, et Obama s'est empressé de relancer à son tour, ... la relance de son prédécesseur.
Personne ne réalise l'ampleur de ces plans : aux Etats-Unis (en Angleterre aussi), la relance par les dépenses publiques mène le déficit budgétaire à 12 % du PIB cette année !
Comme le budget est environ de 20 à 25 % du PIB, cela signifie que le déficit atteint en gros 50 % du budget !
Quand les Anglais ou les Américains ont 50 de recettes fiscales, leur État en dépense 100.
Difficile d'aller plus loin.
En France, Infree l'a souligné la semaine dernière, quand l'État perçoit 100, il prévoit d'en dépenser 139.
Et c'est sans compter avec les budgets des communes, des Départements, des régions et encore moins du système d'assurances sociales...
C'est vraiment sans précédent pour un résultat... absolument nul, faut-il constater !
Les keynésiens vont devoir relire Friedman et redécouvrir sa théorie des « lags » (délais), qui l'avait fait, pour sa part, conclure à l'inefficacité de toute politique conjoncturelle.
Si encore, « dépenser pour dépenser » avait un effet sur le « mental », sur la « confiance », sur une « euphorie » quelconque, mais non...
Les USA sont les premiers à détruire des emplois, à dévaloriser leur monnaie, à générer de l'inflation.
Demain l'Europe.
Et ce constat (amer à l'esprit sain) que font les keynésiens eux-mêmes et réclament patience et longueur de temps : L'urgence impliquait, disait-on, une politique à effets rapides, donc une politique keynésienne de relance par la demande. Le seul débat toléré était celui du choix encore entre la relance de la consommation des ménages et celle des investissements publics.
Las !
La mécanique keynésienne est en déroute depuis six mois au moins : dépensez est le mot d'ordre, dépensez sans effort, ne prenez pas de peine, l'économie suivra.
Et elle ne suit pas : 2010 sera sans doute du même niveau que 2008, alors que 2009 s'annonce plus catastrophique qu'on ne l'avait imaginé. Les résultats du premier trimestre auraient dû marquer le succès de cette politique : Il n'en a rien été !
Les résultats tombent les uns après les autres et ils sont catastrophiques.
En dépit de plans de relance par la demande d'une ampleur sans précédent, la récession n'a pas été pour l'instant surmontée. Les résultats du premier trimestre 2009, qui devraient intégrer les premiers effets bénéfiques des plans keynésiens, sont hélas pires que prévus : c'est vraiment un « constat historique » dont on devrait tirer toutes les conséquences théoriques !
Pourtant, on nous avait expliqué que seule une relance de la demande pouvait permettre d'obtenir des effets immédiats, puisque seul compte le court terme, contrairement aux politiques de l'offre, qui agissent plus lentement (et « à long terme nous serons tous morts », nous disait Keynes).
Les prévisions pour 2009, intégrant les effets des plans de relance, en sont désormais tout aussi mauvaises.
Et la question subsidiaire : Faut-il relancer la relance ?
Car la croissance finira par revenir. Et on nous dira que c'est grâce aux plans de relance.
Mais les plans de relance et leurs auteurs seront des dirigistes liberticides aux mains pleines, chantant déjà victoire, comme ils l'ont fait avec le New Deal, alors même qu'en 1937-38, le chômage était toujours élevé et que la crise n'était absolument pas achevée pour dégénérer en conflit mondial l'année suivante.
Comme la guerre est survenue entre-temps, et que l'économie s'est transformée dans le seul but d'y faire face, on a oublié ce magistral échec et on a commencé à raconter cette belle histoire, faite pour endormir les gamins.
Et déjà en 2009, l'ordre du monde de changer doucement :
- Les chinois (dont Infree et Inco semblent aussi se préoccuper) font leur « marché ».
Avec leurs dollars d'avant la faillite, la banqueroute, l'inflation à venir, ils s'en servent à maîtriser les approvisionnements en pétrole, eux qui sont à la tête de la deuxième réserve mondiale prouvée de charbon !
- Aux USA, la Bank FSB ferme.
- L'État de Californie (premier État par le volume de son budget, comparable à celui de la France) est au bord de la cessation des paiements.
- On détourne les trajets des cars de ramassage scolaire pour éviter de défoncer les routes que l'on a plus les moyens d'entretenir, dans certains États.
- GM, le géant automobile va être liquidé et dépecé.
- Chrysler va être dépecé.
- On en consommera même moins d'électricité dans le monde (- 5 %) là où était prévu une hausse de 3,2 %.
- Idem pour la production d'aluminium en chute de 13 %...
- En Angleterre, qui a régné sur tous les océans du monde durant des siècles, la note de la dette publique, qui devrait atteindre 100 % du PIB l'année prochaine, va être dégradée : c'est dire la déconfiture attendue des « golden boys » de la City...
- Les fonds souverains du Golfe persique ramassent des « deals » à l'occasion de « trading » sur les bourses européennes, asiatiques et américaines.
Pour ma part, je jubile : Des années d'études à essayer de comprendre ce qu'on voulait bien me démontrer de la science économique comme d'une matière où l'on savait tout de tout à en modéliser n'importe quel comportement enraciné dans des principes immuables et éternels, s'effondrent sous nos yeux, se délitent, disparaissent, fondent comme neige au soleil, comme pressentie.
Et pour aboutir à quoi ?
À réintégrer ces paramètres nouveaux pour expliquer ce qui se passe, refaire tous mes cours, en sortir les incongruités, les « non-sens » et les contradictions... 15 ans de travail et d'incertitudes qui s'en vont en fumée !
Eh pourtant, à la négation du « modèle unique » d'où il ressortira non pas un modèle « libéral », « post-chicagolien », ou dans la droite ligne du « Consensus de Washington », mais un retour aux fondamentaux du monétarisme.
Depuis la Rome antique, on sait, tout le monde sait, que c'est en maîtrisant sa monnaie qu'on peut maintenir sa civilisation sur plusieurs siècles.
Pas autrement.
Rome a perdu de sa puissance dès lors que quiconque « bâtait monnaie » : toute l'histoire du moyen-âge est pleine de cette certitude historique en constatant que le pouvoir politique ne s'est jamais reconstruit qu'à l'occasion de deux étapes, au moins connues de tous les écoliers français : Charlemagne et le Saint-Empire Germanique qui était parvenu à unifier la monnaie dans ses frontières politiques (sauf deux exceptions).
Et François 1er, qui avait réussi à recréer ce tour de force dans le royaume, avec le début de l'absolutisme et jusqu'à la mort de Louis XVI, les caisses publiques ruinées, la dette, la monnaie incontrôlée, devenue incontrôlable !
Parce que ces deux là, ils se sont battus pour maîtriser leur monnaie.
Espérons que personne ne l'a oublié dans nos hautes sphères actuelles et jusqu'au sein de la BCE. »
DD
(*) I² : Personnellement, dans mes « modèles à moi », pas scientifiques pour un sou, mais « imprégnés » d'observations et de déductions de bon sens, 2004 devait être l'année d'une reprise vigoureuse avec un « à-coup » vers 2013-2015, puis une consolidation quasi euphorique jusqu'en 2034 à 2036...
Non seulement ça me paraissait « mécanique », mais en plus ça nous aurait permis de sauver nos régimes de retraite par répartition et d'une façon générale, la finance publique.
Et elle n'a pas eu lieu.
La faute au « couac » du 11 septembre...
Par ailleurs, DD, je considère que la monnaie est une chose, mais que le but essentiel sera atteint lorsque chacun aura compris qu'il faut « travailler, se donner de la peine », suer et blanchir sous le harnais pour y arriver et pas compter sur la charité publique plus ou moins généreuse.
Et je râle quand il apparaît plus « politiquement correct » de laisser croire que le personnel politique « maîtrise la crise », eux qui ne maîtrisent même pas leurs propres « émois » (à en faire des réformettes inachevées à chaque « inspiration émotive »), ni même leurs ébats sensuels personnels.
Il est vrai qu'il est plus porteur de dire « reposez-vous, dépensez, l'État paiera de toute façon ! ».
Rageant !
Merci pour la piqûre, DD...
Tu sais, j'ignorais être monétariste à ce point-là !
Surtout depuis le shootage de « Barbiturique », du temps de « Giskard à la Barre ».
Tu n'étais pas née, tu ne peux pas savoir !
J'en suis resté scié...
Si on se met à en parler « à pleine page », c'est qu'il se prépare « un truc ».
Et Les Echos de publier dans leurs colonnes de l'édition du 20 mai dernier un entretien de Jean-Marc (pas le mien...) Vittori recueillant les propos du sociologue François Dupuy.
Ce gars-là est devenu consultant en « free lance » alors que je m'échinais, à l'occasion de mon dernier boulot « d'esclave salarié » à redresser une boutique d'allumés qui soignaient des patients qui patientaient en dépensant plus de fric qu'ils n'en rapportaient, genre 1 euro pour 1,92...
J'en suis parti avec une addiction au tabac incommensurable, incontournable et inaltérable suite à plusieurs grèves générales et une séquestration dans mon bureau (avant mon « évasion » rocambolesque par la fenêtre, le long de la gouttière en passant par un balcon de chez la voisine), sans licencier personne mais en ramenant le ratio précité à 1 pour 0,98 !
Je suis passé indépendant l'année suivante.
Et nous avons commencé à enseigner tous les deux dans la foulée, pas aux mêmes endroits, mais à peu près au même moment, lui étant mon « aïeul » de plus de 10 ans...
Je me souviens très bien de lui, parce que lors de ma soutenance de thèse sur les périphériques de rémunération du régime des salariés, il m'a été cité par l'un des membres du jury (alors que je ne le connaissais ni des lèvres ni des dents) pour déjà faire partie du CNRS alors même que j'avais eu ce mot, pas si idiot que ça mais vraiment « malheureux » à l'oreille des fonctionnaires de l'enseignement supérieur, annonçant la fin du salariat.
Dans mon esprit d'alors (et ces traits de génie de « blanc du bec » que je suis resté : si je ne m'envoie pas de fleurs, personne ne le fera à ma place, n'est-ce pas !), il s'agissait plus de la fin d'un « modèle vertical », parce que les rapports de travail dans l'entreprise devaient changer en impliquant bien plus les salariés aux objectifs des managers.
La suite devait me donner raison : les périphériques, déjà assez nombreux à l'époque, n'ont fait que se multiplier depuis avec des carottes fiscales et sociales telles que la confusion entre « actionnaires », « possédants » et « laborieux » salariés ne pouvait que croître et embellir.
Sans doute pour sauver le « modèle existant » appris dans les cénacles des meilleurs « hautes ékoles ».
Par ailleurs, l'évolution du droit du travail à travers la jurisprudence et les réglementations successives issues du pouvoir politique, tuait pourtant lentement le lien de subordination jusqu'à tuer la notion même de travail salarié.
Mais il faut être « né juriste » pour suivre cette évolution-là...
Là encore, l'Histoire me donne raison avec la flambée des « délocalisations ».
J'étais peut-être en avance sur mon époque et la pensée dominante (pas encore devenue « unique ») et le reste sans doute encore actuellement quand je pronostique que le « contrat de travail » ne subsistera que dans les fonctions publiques, là où la « subordination » est la plus légère, et dans des « niches de proximité », là où il est difficile de s'en passer, dans les TPE de quartier (le futur qu'on nous prépare).
Tout le reste va disparaître, jusque derrière la rupture de « contrat négociée » et y compris à travers le statut tout neuf « d'auto-entrepreneur » dont se félicitent nos gouvernants : ça réduit le nombre de chômeurs et en plus, il s'agit d'une nouvelle niche social « à pas chère », alors même que la niche fiscale existait déjà depuis l'invention des « micro-BNC » et « micro-BIC ».
Une activité professionnelle, un client, c'était « le » contrat de travail avec requalification par toutes les Cours d'Appel du pays jusqu'à dernièrement.
Désormais, ce n'est plus possible avec le statut d'auto-entrepreneur, sécurité juridique, sociale et fiscale en plus !
Là-dessus, l'article précité... et le « sous-travail ». « Un phénomène dont on ne parle jamais ».
Si, mais on ne sait pas le mesurer, sauf par inadvertance.
On sait mesurer la « non-qualité » et ça a un coût considérable dans les entreprise manufacturières : mon métier de consultant me l'a appris à travers l'observation et la mesure des activités.
Au point qu'on peut mettre sans problème, et dans le cadre d'une philosophie du « gagnant-gagnant », un accord d'intéressement collectif ou semi-collectif sur cette « performance », dès que la « non-qualité » dépasse 2 % (inhérent à toute activité humaine) : On a même pu le faire dans une étude de notaires en Bretagne...
On sait mesurer l'absentéisme et on tire la sonnette d'alarme quand il dépasse les 2 %. Un autre coût énorme quand on commence à se pencher sur « l'effet domino (*) ».
On sait aussi mesurer les écarts entre un « stakhanoviste » et un « suceur de roue ».
Même outil, mêmes conditions de travail, mêmes tâches et au final des écarts moyens des productions de 1 à 2, et des extrêmes de 1 à 5...
Je sais, je l'ai vu ici et ailleurs, je le constate tous les jours en clientèle, j'ai même agi pour du « mieux » qui inclue du plus (mieux pour la « non-qualité »).
Allez expliquer pourquoi ?
Bé, c'est très simple : quand on paye « à la pièce », au kilo, au colis, au lieu de livraison, à la visite, au chiffre d'affaires ou n'importe quoi qui se mesure et sur lequel est assis un salaire, il y a des « bons » et il y a des « mauvais » !
Il y a ceux qui bossent « pour la tune », parce qu'ils ont la traite de la maison à payer, les études du gamin, les fringues de l'épouse, les cadeaux à la maîtresse, la nouvelle série « Z » ou « X » de chez BM qui les font déjà jouir rien qu'en la regardant ou je ne sais quoi d'autre, parfois jusqu'à « l'enfer du jeu », et ceux qui se contentent du minimum.
Les uns sont motivés, les autres non... Toutes théories des attentes, des besoins, de la satisfaction et de l'équité bues jusqu'à la lie.
C'est comme ça.
Et c'est là que Dupuy met le doigt sur le « sous-travail généralisé ».
Et de constater qu'il « se développe de façon endémique dans notre pays. Entendons-nous bien : je ne parle pas ici des 35 heures », nous dit-il, « qui sont la durée légale du travail. Je ne parle pas non plus des temps de travail fractionnés que l'on impose par exemple aux caissières d'hypermarché, ce que j'appelle le sous-travail subi. Non, la tendance que j'évoque est plus diffuse. Elle se traduit par le fait que certains salariés travaillent à peine le quart de la durée légale du travail. Voire moins dans certaines entreprises que j'ai observées. »
En cause : « Les pauses, les conversations avec des collègues, les congés maladie qui sont aujourd'hui considérés comme un dû dans certaines entreprises (...) loin d'être cantonné, comme on le pensait, à l'administration publique, le sous-travail touche tout aussi bien les entreprises privées ».
Il pourrait rajouter le « syndrome du dossier (**) », la réunionite chronophage ou « l'urgentissime présidentiel ».
Me rappelant cette « folle de son corps », croisée dans une banque dans laquelle j'écrivais le Code Général des impôts en « langage commun » à l'occasion d'un stage de mes jeunes années, qui hurlait dans les couloirs pour exiger une voiture avec chauffeur sur le champ et toutes affaires cessantes, parce que le Pédégé venait de lui demander par téléphone de lui apporter le dossier « machin » jusque dans sa résidence secondaire Deauvillaise un vendredi avant midi...
J'ai eu l'équivalent du même dans une autre vie qui nous cassaient les pieds depuis son bateau au large de Ramatuelle en plein mois d'août à nous nous bombarder de fax et de télex en tirs serrés auxquels nous devions répondre par satellite, toutes affaires cessantes, sans ça il prenait son téléphone ou radio Saint-Lys (quand ça ne marchait pas trop bien) pour nous tancer vertement...
Après des coups pareils, la journée de boulot était généralement foutue, bien évidemment !
Et Dupuy de nous faire un cours d'histoire appliqué d'une vive pertinence :
« De la Seconde Guerre mondiale et jusqu'au deuxième choc pétrolier, il était difficile de trouver une voiture ou de se faire installer le téléphone. Les produits étaient rares.
Conséquence : le producteur était en mesure d'imposer son prix au client.
Du coup, l'actionnaire, étatique ou privé, pouvait se permettre de laisser filer les conditions de travail puisque le surcoût était supporté in fine par le client. De ce point de vue, actionnaires et salariés étaient alors alliés.
Puis il y a eu les chocs pétroliers et l'ouverture des marchés.
La concurrence a poussé l'actionnaire à faire alliance cette fois avec le client. Les entreprises se sont alors efforcées de récupérer tous les avantages donnés aux salariés sous la période précédente afin de diminuer les coûts (***). Beaucoup d'entreprises, notamment celles qui sont issues ou sont encore dans la sphère publique, restent touchées par le phénomène du sous-travail. Il faut parfois un choc pour arriver à y échapper, comme par exemple la menace d'une faillite ».
C'est très exactement ce que je vis dans mes quelques missions de redressement d'entreprise...
Mon arrivée est en général perçue comme la « fin des haricots » et je suis obligé de batailler pour faire comprendre que c'est seulement l'avant-dernière marche, l'unique et dernière chance de sauver des emplois.
Parfois, ça marche. Parfois, c'est déjà trop tard.
« Ce qui est sûr, c'est que le sous-travail corrode la société en profondeur. (...) Si on pouvait faire le calcul à l'échelle de tout le secteur public, on arriverait à un chiffre effroyable ! C'est ce que j'appelle le « surcoût du service pauvre » : l'administration délivre un service pauvre à un prix très élevé. »
Voilà la belle explication pressentie ici et là, le constat que VCRM, tant d'autres et même moi faisons, l'explication du phénomène que dénonce « Incognitoto » par ailleurs.
« Les dirigeants se rendent bien compte que ça ne peut plus durer. Ils pratiquent donc une politique de rapine, en reculant un peu l'âge de la retraite, en supprimant quelques postes par-ci par-là. Ils exaspèrent ainsi la méfiance du corps administratif qui se braque au moindre mouvement. (...) Se développent alors des mentalités de forteresse assiégée. On se croirait à Fort Alamo ! »
Et plus loin :
« Certaines entreprises ont réussi à reprendre la situation en main (...). D'autres ont échoué. Pour survivre, elles ont développé des stratégies alternatives. D'abord le recours aux intérimaires, (mais) le sous-travail devient le plus corrosif.
Les entreprises s'efforcent alors de réduire leur dépendance au travail. Elles le font en délocalisant ».
Et, analyse perfide et décoiffante : « L'objectif premier de nombreuses délocalisations n'est pas de faire travailler des gens moins payés... mais de faire travailler des gens !
Pour cette seule raison, une grande entreprise industrielle envisage ainsi de réduire ses effectifs dans ses usines en France... de 85 %.
L'autre moyen de réduire la dépendance au travail, c'est l'informatisation et la mécanisation.
Dans la logistique par exemple, les entreprises réfléchissent à remplacer les hommes par des robots dans les entrepôts. »
Ce qui est vrai encore actuellement... Et l'emmerdement du « dernier kilomètre » reste bien le plus angoissant !
Et puis, je l'ai moi-même fait dès les années 80 en qualité de DéGé adjoint du temps où j'étais « jeune esclave docile » d'un patron dans un entrepôt.
Le simple fait de mettre des robots pour bouger des palettes payait en moins d'un an l'investissement, rien que sur les inversions, les erreurs, les départs-manquant, la casse et la fauche : deux points de marge quand on fait 2 milliards de volume, eh bien ça fait 40 millions et à ce prix-là, on se paye toutes les machines que l'on veut !
« Le sous-travail tue le travail. Pire encore : le sous-travail permet à une génération de vivre confortablement en tuant le travail pour la génération suivante ».
Dur mais rayonnant de clairvoyance !
Et enfin le pronostic : « Pour faire bouger les choses, il faut une crise majeure, comme celle que nous vivons aujourd'hui.
Hélas, cette crise ne fera bouger les lignes que dans le secteur marchand. Dans tous les secteurs où n'existe aucune menace sur l'emploi, on continue à vivre dans une tour d'ivoire. »
Et en ce qui concerne les administrations publiques ?
« Au point où nous en sommes aujourd'hui, je ne vois plus qu'une solution : il faut une nuit du 4 août. Abolition du statut général de la fonction publique ! (...) »
Jacques, s'il lit ça, il va bicher...
Perso, vous connaissez déjà ma version des choses (de quand je serai devenu votre Président Ô combien vénéré) : c'est le Code du travail qui doit disparaître pour être absorbé par celui de la fonction publique... Plus simple à remodeler, y compris la grille des salaires, que de laisser les partenaires sociaux s'énerver à tout renégocier dans chaque entreprise. Et alors, meurt qui peut, pour mieux imposer le licenciement économique dans la fonction publique.
« Faut-il le rappeler ? Le travail, c'est d'abord une logique de la nécessité. »
Bien vu !
Très bien vu...
Nous voilà prévenu, une fois de plus...
(*) « L'effet domino » de l'absentéisme ne relève pas uniquement du manque à produire qu'il engendre directement : L'absentéisme provoque la désorganisation. Ce que l'absent devait faire de façon plus ou moins impérieuse, c'est un autre qui le fait au détriment de ses propres tâches, qui à leur tour vont devenir plus ou moins impérieuses et urgentes à faire et vont être assumées, plus ou moins rapidement par encore une autre personne, désorganisant à son tour son propre travail, poussant à l'absentéisme d'autrui et ainsi de suite.
En général, on y pare à travers un « sureffectif permanent » et des formations pluridisciplinaires ou en « mécanisant » le plus de tâches répétitives possibles, jusqu'à parfois avoir des machines coûteuses qui ne servent qu'exceptionnellement !
Par exemple, savez-vous que si un ordinateur est bien ouvert 10 à 12 heures par jour, il ne « travaille » réellement que quelques minutes par jour. 10, tout au plus quand on lui fait faire des millions d'opérations par seconde, ou des calculs invraisemblables.
Une aberration coûtative, mais il n'y a guère d'autres solutions, sauf... délocalisation...
(**) Un truc appris à l'armée. Un bidasse vu flânant les mains dans les poches et il se prenait des remontrances monstrueuses au garde-à-vous par le premier sous-off de passage.
Le même passant devant un général diplômé et étoilés avec un dossier à la main, du moment que l'allure s'accélérait après le salut dû au grade, il pouvait flâner toute la journée dans n'importe quelle direction...
(***) C'est un peu plus complexe que ça !
Tout le monde s'accorde pour dire que cohabitent sur un même marché 5 types d'entreprise :
- « L'émergeante », qui vient de se créer et qui plombe ou décolle dans les trois premières années.
Sa priorité n'est pas dans les rémunérations à verser : Elle s'en tape, elle n'a pas d'argent et il lui faut d'abord du volume !
C'est l'heure des fondateurs qui visent des objectifs à long terme
- La « croissante » : Elle a démarré et est en croissance rapide. Elle doit absolument recruter des compétences, à n'importe quel prix pour « assurer ».
Le salaire direct avec bonus variable a ses faveurs.
- « La consolidante » : Elle est devenue leader, challenger ou majeure dans son secteur. La croissance reste soutenue, mais par apport et adjonction d'un élargissement de sa gamme, voire par sa mise en profondeur.
La politique salariale restera de conforter et fidéliser le personnel en usant et abusant des périphériques de rémunération, car c'est l'ère des managers qui comptent et se doivent d'optimiser les investissements, les compétences, puisque les croissances exponentielles ne sont plus d'actualité.
- La « déclinante » : Elle perd des parts de marché par l'arrivée de nouveaux opérateurs ou parce que son marché s'érode naturellement. Le boulot des dirigeants reste de consolider leurs avantages personnels et ceux des investisseurs, mais en rognant sur les avantages acquis salariaux servis lors de la période précédente.
C'est long, c'est difficile et ça ne marche pas à tous les coups ! Elles peuvent en mourir...
C'est sans doute de celles-là dont parle F. Dupuy...
- La « rebondissante » : Elle a su se créer de nouvelles « niches », une avancée technologique, elle ne va pas mourir mais progresser à nouveau.
Quitte à se séparer de ses anciens métiers (Pinault bois, Boloré, Lagardère voiturier, Vinci, Suez banquier, etc.)
Ou faire vivre deux ou plusieurs métiers sous un même toit, avec des traitements de personnel fort différents d'une activité à une autre...
Une acrobatie permanente pour le DRH !
À ce sujet, j'ai appris aussi à lire les plaquettes de présentation, mais mieux encore à décrypter la configuration des bureaux.
Au plus haut, la direction générale et le secrétariat général.
Selon la typologie, la direction commerciale, marketing ou financière sont au même étage ou tout de suite en dessous.
Si par hasard la « DRH » est au même niveau, c'est plutôt bon signe à un double titre : il a les budgets et « vaut » au moins autant que les autres. C'est que les compétences sont soignées.
Si cette direction est en dessous, il a peut-être autant de budgets (et je vais pouvoir travailler aussi avec elle), mais elle est devenue un « centre de coût » alors qu'elle est au centre des compétences, au cœur de la création de valeur : mauvaise pioche de « l'étage supérieur »...
J'ai aussi eu un bureau de direction générale - c'était volontaire de ma part - dans l'entresol, dans une quasi-cave où gisaient les archives abandonnées.
D'abord parce que c'était la pièce la plus vaste, ensuite parce qu'il y avait une porte dérobée (je pouvais arriver sans que personne ne le sache et fuir de la même façon, prudent que je suis devenu depuis que je suis devenu fumeur par la force des choses).
Enfin, parce qu'il fallait « faire le pauvre » pour obtenir des « conditions très particulières » des fournisseurs et des banquiers...
Avec pour l'anecdote le « coup » du « Je vous invite à déjeuner ! » et de faire descendre des sandwichs par la secrétaire !
Ça et le coup de la table de bureau que j'ai changé une fois contre un truc piqué dans la cour d'une école du patelin en réponse à ce fournisseur qui ne voulait pas m'octroyer le point que je lui réclamais avec insistance... « Monsieur l'Infreequentable, quand on a un bureau aussi somptueux, on a les moyens ! », alors que la boîte était à l'agonie.
Et le même la semaine suivante, venu pour me réclamer les impayés, s'étonnant de ma table abîmée par les mégots de cigarette, un pied bricolé avec de la ficelle à carton, de lui répondre négligemment : « J'ai dû vendre l'autre pour faire le 13ème mois ! »
J'ai fini par l'avoir, ce « point manquant » dans mes marges du moment...
Et la boîte existe toujours !
Moteur de la reprise ?
La reprise viendra un jour, nécessairement : les crises se terminent toujours.
Ce qui est sûr, c'est que cette reprise ne viendra pas des plans de relance de la demande, ni de l'action des grands organismes internationaux comme le FMI.
En revanche, tous les prévisionnistes s'accordent pour dire qu'elle devrait venir des pays émergents et en particulier de la Chine.
Ce n'est pas un hasard, car ces pays émergents ont tout misé sur l'ouverture internationale et l'acceptation du libre marché. Dans une économie mondialisée, la reprise chinoise pourrait entraîner le reste du monde.
Il y a toutefois les chiffres et il y a leurs commentaires.
Il faut toujours être prudent du côté des chiffres et des prévisions économiques, en raison de la faiblesse des modèles utilisés.
Mais lorsque les écarts sont énormes entre pays, il y a nécessairement un fond de vérité.
Dans l'ensemble de l'OCDE (pays développés) la production (PIB) devrait reculer en 2009 de 3 % selon la Banque Mondiale et de 4,3 % selon l'OCDE.
Pour 2010, les prévisions sont plus contrastées : croissance de 1,5 % pour la BM, recul de 0,1 % pour l'OCDE.
Dans les deux cas, les Etats-Unis devraient s'en tirer mieux que la zone euro, ce qui est déjà une indication intéressante : c'est l'économie la plus souple, la plus adaptative, la plus flexible, qui limite le plus les dégâts.
Mais le contraste est nettement plus saisissant avec les pays émergents. La Chine, qui a connu 9 % de croissance en 2008, devrait avoir encore 6,5 % de hausse du PIB en 2009 et 7,5 % en 2010 : on est loin de l'effondrement annoncé par certains !
On est même très loin de la récession (qui implique une croissance négative, au moins deux trimestres de suite) !
Ne parlons pas de la dépression annoncée par les plus pessimistes...
Et la Chine n'est même pas un cas isolé.
L'Inde, autre géant économique de demain, aurait 4,0 % de croissance en 2009 et 7,0 % en 2010 : le redressement est sensible et on voit avec ces deux exemples que l'importance considérable de la population n'a pas empêché, au contraire, le dynamisme économique.
Si l'on termine ce tour d'horizon sur le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), on voit que la croissance y est moins brillante que dans les deux pays ci-dessus, mais meilleure qu'en Occident.
Le Brésil connaîtrait une quasi-stagnation en 2009 (0,5 %), mais la reprise sera sensible en 2010 (3,5 %).
La Russie est la plus touchée (- 4,5 % en 2009, soit une forte récession), mais reviendrait à 0 en 2010.
Si l'on s'en tient aux quatre pays du BRIC, ceux qui s'en sortent le mieux sont ceux qui sont les plus ouverts aux échanges internationaux et ceux dans lesquels l'État, comme par hasard, intervient le moins possible dans le domaine économique.
La Russie, encore très étatisée, fortement interventionniste, avec un grand nombre d'entreprises publiques, très protectionniste, le confirme a contrario.
De la même façon, le discours très idéologique sur l'augmentation de l'écart entre pays riches et pays pauvres n'a plus de sens aujourd'hui. Si un écart se creuse, c'est entre « pays libres » et « pays non libres », comme le montrent les indices de liberté économique.
Du côté cette fois des commentaires, la plupart des analystes sont bien obligés d'accepter ces réalités : « Selon l'OCDE, la Chine se redresse, mais les économies industrialisées plongent », alors qu'à propos de la Chine, on en dit qu'elle est le « bon élève de l'économie mondiale ».
Il est fait le même constat par ailleurs : « La Banque mondiale voit déjà la Chine rebondir », parlant d'une « reprise de l'économie chinoise en milieu d'année ».
Ailleurs, on n'est pas en reste : « La reprise chinoise devrait sauver une partie de la croissance asiatique ».
C'est indiscutable et dès 2009, l'ensemble de l'Asie de l'Est connaîtra 5,3 % de croissance.
Mais il semble aussi que la Chine, l'Inde et les autres ne vont pas seulement tirer la croissance asiatique, mais toute l'économie mondiale : elles ne se contentent pas de vendre, elles achètent aussi.
Bien entendu, les premiers signes de sortie de crise qui se manifestent ici ou là vont permettre aux keynésiens inconditionnels d'affirmer que ce redressement est dû aux plans de relance de la demande et aux déficits publics, sans oublier les politiques monétaires de faible taux d'intérêt.
Ceux-là affirmeront que la différence entre 1929 et 2009, c'est que nous avons tiré les leçons de la grande dépression.
C'est naturellement archi-faux, car tous les historiens sérieux montrent que les politiques de relance des années 30, du type New Deal, ont aggravé la crise, et que celle-ci n'était pas résolue à la veille de la guerre, qu'elle a elle-même déclenché... pour sortir par le haut sur un champ de ruine.
Quelle est alors la différence entre 1929 et 2009 ?
Pour Patrick Chalmin, une remarque fort judicieuse : « Notre avantage sur nos devanciers, qui ont subi la crise de 1929, est que nous avons la Chine ».
On peut élargir l'idée : la différence, c'est d'une part que nous avons des pays émergents (alors qu'il n'y en avait pas en 1929, d'autre part que nous avons eu la sagesse, pour l'instant, en dehors de quelques crispations ponctuelles, d'échapper au protectionnisme.
Il est vrai qu'au niveau mondial, c'est aussi la diversité qui domine : pays en grandes difficultés, comme en Afrique, en raison de l'absence d'état de droit et de libertés économiques ; pays émergents, adaptatifs, qui surmontent les premiers la crise ; pays développés depuis longtemps, mais favorisant les libertés économiques (comme les USA, ou les pays européens hors zone euro) ; pays développés à économie administrée, à fort secteur public, à prélèvements obligatoires très élevés, comme la Gaule.
La reprise sera donc tirée par les pays émergents.
Mais profitera-t-elle à tous ?
Globalement, oui, par le biais de la reprise future des échanges internationaux.
Certains seront plus aptes que d'autres à y répondre.
D'autres commencent déjà à faire leur marché sur les places internationales (voir l'Italie qui dope son industrie automobile en ce moment même)
En France les rigidités administratives, sociales et fiscales, sont telles que nous aurons du mal à monter dans le train mondial de la reprise.
En 2010, il est probable que nous resterons sur le quai signifierait stagnation, chômage, déficit budgétaire et dette publique.
Car nous sommes engagés dans une politique de relance sans issue et il serait grand temps d'en venir le plus tôt possible à libéraliser notre économie.
Tant qu'elle n'est pas encore à vendre.
DD
Rassurant, Jacques Delors au sortir de la messe dominicale de Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris Vème ?
Certes, d'abord il est socialiste, même s'il vient de la « démocratie chrétienne ».
Ensuite il a bossé avec Jacques Chaban-Delmas sous Pompidou.
Et aujourd'hui, il a la réputation d'un sage, tirant le PS vers une social-démocratie de bon aloi et de bonne augure à séduire le bourgeois.
D'ailleurs, ses propositions sont toujours gentiment formulées, apparemment tout en nuances.
Sa récente interview publiée par « Le Monde » comporte pourtant quelques passages intéressants.
Le premier porte sur la relance, dont il approuve le principe, tout en souhaitant plus de relance par la consommation.
« J'aurais été partisan qu'on équilibre davantage les mesures de soutien à la consommation et d'aide à l'investissement ».
Pas de quoi fouetter un chat qui passe...
La suite est plus intéressante : « Il y a un autre problème que personne n'ose poser : pourra-t-on sortir de cette crise sans un petit peu d'inflation ? La Commission européenne devrait bâtir quelques scénarios avec la BCE, prévoyant ou non un taux d'inflation au dessus de 2 % qui permettrait, sans être galopant, de faciliter la reprise et le remboursement des dettes. Je pense qu'il sera difficile d'obtenir un rebond de l'économie, compte tenu de notre endettement, sans accepter provisoirement un peu plus d'inflation rampante ».
Pan : que du keynésianisme déchu dans cette phrase ! Plus de relance, plus d'inflation, pour avoir moins de chômage !
On passera de l'équilibre de sous-emploi à un équilibre de suremploi, pour parler comme les keynésiens. Car pour Keynes, ou il y a inflation, ou il y a chômage, comme les deux faces d'un même mirage !
Or, si nous avons du chômage, créons donc de l'inflation pour le faire disparaitre.
De plus, Jacques Delors, père de la « désinflation compétitive », devrait savoir que l'inflation rampante, cela ne dure pas et cela se transforme vite en inflation ouverte (Il l'a vécu en 1981) : lorsque les vannes sont ouvertes, plus rien n'arrête l'inflation !
Comme d'un trou dans une digue : plus on laisse couler, plus la digue est fragilisée, plus elle fuit jusqu'à se rompre !
Mais encore plus intéressant, c'est cette idée que l'inflation facilitera « le remboursement des dettes ».
Voilà un raisonnement d'une honnêteté scrupuleuse : comme l'État augmente ses dépenses et provoque des déficits, il vit à crédit, ce qui entraîne une charge lourde de la dette qui devra être remboursée demain. Pourquoi ne pas alléger cette charge en remboursant en « monnaie de singe », en monnaie dévaluée ?
C'est voler l'épargnant qui prête...
Or là, ce sont les générations suivantes, la « relève », qui remboursent et se font voler avant même d'être nées !
Par ailleurs, l'inflation entraîne une perte immédiate de pouvoir d'achat de la monnaie.
Si l'État, comme c'est le cas aujourd'hui a une dette de 1.400 milliards d'euros et si l'inflation est de 10 % par an, par exemple, la dette réelle pèse de moins en moins lourd, puisqu'elle s'allège de 140 milliards dès la première année, et ainsi de suite.
C'était très exactement la grande politique de la IVème République : faisons tourner la planche à billets, créons de l'inflation et la dette publique sera moins lourde.
C'est donc du vol immédiat pur et simple, il n'y a pas d'autre mot : ceux qui ont épargné, mais aussi ceux qui touchent des revenus fixes non indexés sont spoliés.
Normal puisque les épargnants qui ont prêté sont d'affreux capitalistes !
Même le petit titulaire du livret A ?
Même lui.
Quant aux salariés, ils n'ont qu'à se retourner contre leurs employeurs pour réclamer un ajustement de leurs salaires : ce qui ne manquera pas de pousser davantage encore les prix à la hausse ! L'inflation se nourrit d'elle-même par ce simple mécanisme, d'autant mieux qu'on a besoin d'écouler la production de ses salariés-là !
Ainsi l'inflation fonctionne-t-elle commer d'un impôt, mais le plus injuste de tous les impôts.
Recourir à l'inflation pour alléger la dette publique, c'est non seulement immoral (même pour un chrétien-démocrate) mais tout autant inefficace puisque spoliateur du travail d'autrui...
« L'impôt inflation » ne suffit pas ?
Pourra-t-on éviter d'augmenter les impôts, lui demande le journaliste ?
Réponse : « Sûrement pas ! L'impôt citoyen par excellence, c'est l'impôt sur le revenu. Éluder la réflexion sur ce sujet constitue une grave erreur, au moment ou il faut impérativement investir dans le social ».
Voilà tout d'un coup l'impôt progressif paré de toutes les vertus humanistes.
Impôt qu'il faut augmenter, donc dépasser la progressivité actuelle qui s'arrête à 50 % (bouclier fiscal), ce que pourtant même des cours suprêmes (en Allemagne par exemple) considèrent comme contraire aux droits fondamentaux du citoyen...
Pour le justifier, faut-il lâcher le mot magique d' « un impôt citoyen »
pour que cela devienne parfaitement moral ?
Si ce n'est pas de la spoliation directe pure et simple, qu'est-ce donc ?
Modéré, J. Delors ?
Que disait-il en 1981, quand ministre de l'économie, face à la nationalisation d'un tiers de l'industrie et de 100 % des banques (au-delà de 100 millions de total de bilan), quand le PS courrait au plus fort après les surenchères du PCF ?
Rien.
Il n'a même pas démissionné.
Cela aurait pourtant pu être un comportement « citoyen » et surtout courageux pour un donneur de leçon ès-inflation... au nom de la défense du « prolétaire gaulois » !
À force de courir après des chimères économiques, y'en a qui n'ont toujours aucune honte à être ridicule, parce que déjà condamné par l'Histoire.
En bref, même les plus « sages » n'hésitent plus à se rêver plus keynésiens que les ultra-keynésiens.
Comme quoi I² avait raison : c'est d'abord dans les têtes que le mal se trouve.
Phil.
Le piège va-t-il se refermer ?
Sur fond de cessation de paiement des États-Unis va s'ouvrir la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d'un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d'une dislocation géopolitique annoncée ».
Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu'une collaboration internationale « historique » était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs.
Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, ... ont essayé de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment) imposer une telle réforme.
Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une UE sans le Royaume-Uni) s'avèrent de leur côté incapables de trancher entre les deux seules options qui s'offrent à eux : sombrer avec les États-Unis et le Royaume-Uni en copiant leurs politiques ou bien remettre fondamentalement en cause le système monétaire et financier mondial actuel en partenariat avec les Chinois, les Russes, les Indiens et les Brésiliens.
Ils arrivent à ne plus suivre Washington et Londres dans leur reproduction des politiques passées qui ont toutes déjà fait faillite, mais ils ne parviennent toujours pas à oser préparer l'avenir.
D'un côté un « Président survolté » (« Bling-bling ») qui a tonné à tout bout de champ, répétant à l'envi comme pour mieux se convaincre : « Du jamais vu ! Du jamais vu ! »
De l'autre, Angela Merkel a fait preuve d'une grande clairvoyance en trouvant le mot juste sur la nature du sommet du G20 à Londres.
Elle a dit que c'était une réunion « presque historique » !
Et c'est bien le mot « presque » qui résume ce qui s'est réellement passé à Londres.
Les dirigeants du G20 ont « presque » abordé les questions essentielles ;
Ils ont « presque » défini un programme commun d'action ;
Ils sont « presque » parvenus à lancer de nouvelles stimulations économiques et une nouvelle régulation financière mondiale ;
Ils ont « presque » interdit les paradis fiscaux ;
Ils ont « presque » convaincu l'opinion publique mondiale.
« Presque », mais pas réellement.
Et cela fait une différence profonde pour le développement de la crise systémique évoquée mercredi dernier pour la suite de la crise.
C'est comme s'il existait aujourd'hui une évidente incapacité des dirigeants de l'UE (et notamment de la zone Euro) à assumer leurs responsabilités, comme si finalement ils préféraient voir le système occidental finir de se briser (tout en proclamant le contraire) plutôt que de se battre pour en faire un pont vers un nouveau système mondial !
Que ce soit par choix ou le simple résultat de la pusillanimité de dirigeants européens choisis pour leur docilité (vis-à-vis de Washington et des grands opérateurs économiques et financiers européens), dans tous les cas, leur neutralité est très dangereuse pour la planète puisqu'elle empêche le lancement véritable d'un processus efficace permettant d'éviter une crise longue et tragique.
D'ailleurs, à propos de l'UE, l'inanité assez spéciale des « analyses » économico-politiques, essentiellement issues d'éminents économistes et experts proches du Parti démocrate américain, que
relayent actuellement les principaux médias internationaux, se limitent à reprocher aux Européens de ne pas faire comme Washington.
Paul Krugman en tête, reproche à ses « grands amis » de l'Europe, qui aime tant qu'il pense savoir mieux que les Européens ce qu'ils doivent faire (et aussi ce qu'elle doit être, car le même prône aussi son extension à la Turquie, voire à Israël et à l'Asie centrale), ferait mieux de s'occuper de conseiller efficacement son propre parti et le nouveau président pour éviter l'effondrement des USA.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit désormais.
Il est quand même étonnant qu'un ensemble « d'experts » qui depuis des années a tant vanté les mérites d'un système qui aujourd'hui s'effondre sous les yeux de tous, ose encore donner
des leçons au reste du monde.
La plus élémentaire décence leur imposerait, au niveau international, la seule voie respectable possible à savoir le silence.
En tout cas, en Europe, ce discours, qui a bien entendu toujours ses relais académiques et journalistiques, ne passe plus car il vient tout droit d'une époque révolue.
Il est bien évidemment nécessaire et légitime de porter un regard très critique sur l'UE, ses dirigeants et ses politiques ; mais le faire avec comme seul critère la conformité ou non aux
orientations de Washington (ou de Londres) est désormais incroyable.
Visiblement, à l'image des financiers qui n'ont pas encore compris qu'une page était tournée en ce qui concerne leurs stock-options et leurs « parachutes dorés », nombre d'intellectuels et de politiques n'ont pas encore intégré que leurs références, leurs valeurs et leurs analyses appartenaient désormais au passé.
Car la situation s'emballe sous l'effet de trois facteurs concordant :
1 - L'encours de réserve de change en US dollar va s'inverser.
L'accroissement de 150 millions de dollars d'excédent par trimestre, pour un total de plus d'1,4 milliard s'épuise depuis 5 trimestres jusqu'à atteindre une part congrue !
Leur monnaie de réserve change donc d'unité de compte.
Les Bons du Trésor US n'ont plus leurs faveurs.
Leur reste à se défaire et à convertir plus que l'équivalent des « relances » américaines entre « plan Paulson » et « relance Obamesque ».
2 - Au moment même où les recettes fiscales américaines, qu'elles soient fédérales, fédérées, celles des comtés voire même des villes s'effondrent : - 28 % par rapport à la même époque de l'année dernière.
Alors même que les dépenses publiques ont augmenté de + 41 % de date à date...
Pour le seul mois de mars 2009, le déficit fédéral s'est monté à près de 200 Milliards USD (très largement au-dessus des prévisions les plus pessimistes), soit à peine un peu moins de la moitié du déficit pourtant record de l'ensemble de l'année 2008 !
Partout les recettes fiscales s'évanouissent entraînant de manière accélérée l'ensemble du pays dans une spirale déficitaire que personne (Washington en premier chef) ne maîtrise plus.
Ainsi en Californie, les premiers jours d'Avril laissent craindre des recettes très largement inférieures aux pires prévisions, entraînant un déficit budgétaire multiplié par deux pour la Californie par rapport aux prévisions d'il y a seulement quelques mois.
Au niveau fédéral, un processus du même type est en cours, rendant désormais envisageable un déficit fédéral annuel à près de 3.500 Milliards USD, soit plus de 20 % du PIB des États-Unis.
3 - Exactement au moment ou le commerce international s'effondre tout seul malgré le demi-succès du G20 de Londres d'écarter toutes mesures protectionnistes : C'est inutile puisque le commerce international a chuté de près de 25 % en quelques semaines...
Les dirigeants chinois sont d'ailleurs bien conscients de la situation.
Leur message sur le nécessaire changement de devise internationale de référence que Pékin a adressé au monde entier, et aux autorités américaines en particulier, à la veille du sommet du G20 de Londres n'était absolument pas un « ballon d'essai » ou une tentative sans espoir de réussite.
Les dirigeants chinois ne se faisant aucune illusion sur la probabilité qu'un tel sujet soit discuté au cours de ce G20, ils ont simplement voulu imposer ce débat dans les couloirs du sommet afin de faire passer un message, un avertissement officieux à tous les acteurs du système monétaire international :
Pour Pékin, le système Dollar, c'est fini.
Si personne ne veut préparer un système alternatif en commun, alors, cela se fera autrement.
Et leurs actes corroborent cette intention.
Un nouvel ordre économique est en marche, mais ce n'est absolument pas celui qui est espéré en Europe par Monsieur « du jamais vu ! ».
Il passera par la faillite de la finance publique américaine que tous les indicateurs indiquent pour être imminente.
Sans doute cet été, dans la torpeur du mois d'août.
Alors, ce sera bien le « chacun pour soi » et vogue la galère.
Rendez-vous en septembre : le vrai septembre noir !
DD.
I² : Perso, les scénarii catastrophes, ça m'a toujours amusé !
2010 l'année d'un redressement généralisé sur un « ordre financier nouveau » ?
Eh bien pourquoi pas ?
Je rappelle que dans cette hypothèse, l'Euro peut prendre le relai.
Mais là encore, je n'y crois pas : ce sera la nouvelle monnaie de la péninsule arabique qui fera la différence.
Jusqu'au jour où à son tour elle s'effondrera car, assises sur le pétrole, celui-ci va se faire détrôner dès que les USA y trouveront avantage.
Et mon « papier » de jeudi est aussi là pour l'évoquer.
Maladroitement peut-être, mais j'en suis certain...
Et de nouveau l'US dollar pourra retrouver son rôle de « fabricant de dette » : car c'est la seule monnaie qui peut être tirée sur papier filigrammé et se dévaluer aussi sec sans que personne n'y puisse vraiment rien pour rester dominante.
Mais n'étant pas un spécialiste, je peux me tromper.
Rendez-vous pris, DD !
On verra bien, car après la pluie... le beau temps, de tous temps.
Publiée en anglais dans l'édition mondiale du Financial Times le 24 mars 2009
« Mesdames, Messieurs,
Il vous reste moins d'un semestre pour éviter que la planète s'enfonce dans une crise dont elle mettra plus d'une décennie à sortir, avec un terrible cortège de malheurs et de souffrance
(...).
Cette crise s'aggrave dangereusement. Si, réunis à Londres le 2 Avril prochain, vous n'êtes pas capables d'adopter des décisions audacieuses et innovantes en vous concentrant sur l'essentiel, et
d'entamer leur mise en œuvre d'ici l'été 2009, alors la crise entrera à la fin de cette année dans la phase de « dislocation géopolitique généralisée » qui affectera tout autant le système
international que la structure même des grandes entités politiques comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou l'UE.
Et vous ne contrôlerez alors plus rien pour le malheur des six milliards d'habitants de
notre planète.
Votre choix : une crise de 3 à 5 ans ou une crise de plus d'une décennie !
(...) Jusqu'à présent, vous ne vous êtes occupés que des symptômes ou des causes secondaires.
Vous avez pensé qu'il suffisait d'ajouter de l'essence ou de l'huile au moteur mondial, sans vous rendre compte qu'il était tout simplement cassé, sans espoir de réparation.
C'est un nouveau moteur qu'il faut construire. Et le temps presse car chaque mois qui passe
détériore un peu plus l'ensemble du système international (...).
(...) Nous nous bornerons donc ici à mettre en avant trois conseils que nous considérons comme stratégiques, c'est-à-dire que s'ils ne sont pas mis en œuvre d'ici l'été 2009, la dislocation
géopolitique mondiale deviendra inévitable à partir de la fin de cette année (...).
1 - La clé de la crise, c'est la création d'une nouvelle devise internationale de référence !
Le premier conseil se résume à une idée très simple : la clé de la crise actuelle se trouve dans la réforme du système monétaire international hérité de l'après-1945 afin de créer une nouvelle
devise internationale de référence.
Le Dollar américain et l'économie des Etats-Unis ne sont plus en mesure d'être les piliers de l'ordre économique, financier et monétaire mondial.
Tant que ce problème stratégique n'est pas abordé directement, puis traité, la crise s'approfondira car il est au cœur des crises des produits financiers dérivés, des banques, des prix de l'énergie, ... et de leurs conséquences en terme de chômage massif et de baisses des niveaux de vie.
Il est donc vital que cette question soit l'objet principal du Sommet du G20 de Londres et que les premiers éléments de solution y soient lancés.
La solution à ce problème est d'ailleurs bien connue : il s'agit de créer une devise de référence internationale (qu'on pourrait appeler le « Global ») fondée sur un panier de monnaies correspondant aux principales économies de la planète, à savoir le Dollar US, l'Euro, le Yen, le Yuan, le Khaleel (monnaie commune des États pétroliers du Golfe qui sera lancée au 1er Janvier 2010), le Rouble, le Real, ...
Et de faire gérer cette devise par un « Institut Monétaire Mondial », dont le Conseil d'Administration reflète les poids respectifs des monnaies composant le « Global ».
Vous devez demander au FMI et aux banques centrales concernées de préparer un tel plan pour Juin 2009 avec objectif de mise en œuvre au 1er Janvier 2010.
C'est votre seul moyen de reprendre l'initiative sur le temps de déroulement de la crise.
Et c'est le seul moyen de concrétiser la mise en œuvre d'une globalisation partagée, en en
partageant la monnaie qui est au cœur de toute activité économique et financière (...).
Si une telle alternative au système actuel en plein effondrement n'a pas commencé à être préparée d'ici l'été 2009, démontrant qu'il existe une autre voie que le « chacun pour soi », le système
monétaire international actuel ne passera pas l'été.
Et si certains Etats du G20 pensent qu'il vaut mieux garder le plus longtemps les privilèges que leur procure le statu quo, ils devraient méditer sur le fait qu'aujourd'hui ils peuvent encore influencer de manière décisive la forme que prendra ce nouveau système monétaire mondial.
Une fois la phase de dislocation géopolitique entamée, ils perdront au contraire toute
aptitude à le faire.
2 - Contrôlez l'ensemble des banques au plus vite !
Le second conseil est déjà largement évoqué dans les discussions préalables à votre réunion.
Il devrait être donc aisé de l'adopter. Il s'agit de mettre en place d'ici la fin 2009 un
système de contrôle des banques à l'échelle mondiale qui supprime tout « trou noir ».
Plusieurs options vous sont déjà proposées par les experts. Tranchez dès maintenant. Nationalisez au plus vite quand il le faut
!
C'est en tout cas le seul moyen de prévenir un nouvel endettement massif des établissements financiers comme celui qui a contribué à la crise actuelle ; et de montrer aux opinions publiques que
vous êtes crédibles face aux banquiers.
3 - Faites évaluer au plus vite par le FMI les systèmes financiers US, britannique et suisse !
Le troisième conseil touche à nouveau une question très sensible politiquement qui pourtant est incontournable.
Il est indispensable que le FMI remette au G20, au plus tard, en Juillet 2009, une évaluation indépendante des trois systèmes financiers nationaux au cœur de la crise financière : ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Suisse.
Aucune solution durable ne pourra en effet être efficacement mise en œuvre tant que personne n'a la moindre idée des ravages causés par la crise dans ces trois piliers du système financier
mondial.
Et il n'est plus temps de « prendre des gants » avec des pays qui sont au cœur du chaos
financier actuel.
(...)
Franck Biancheri - Président de « Newropeans »
Traduit de l'anglais par « DD »
I² : Nous voilà prévenus !
On ne peut pas encore dire qu'on passe à côté, puisqu'il nous faut attendre 4 mois, mais il semblerait qu'on prenne le chemin d'une crise de 10 ans.
Pas banal, les Amis...
Phase de décantation de la crise systémique globale
Les désordres financiers et monétaires de ces derniers mois n'ont été que les déclencheurs d'une série de crises économique, sociale et politique qui vont désormais structurer cette dernière phase de la crise systémique globale.
Les conséquences les plus lourdes de la crise en termes humains, sociaux, économiques et politiques sont en effet devant nous, et non pas derrière nous.
On entre désormais dans la phase dite de « décantation », c'est-à-dire celle pendant laquelle les conséquences de la crise commencent à refaçonner le système global.
Des anticipations sur la période 2009-2013 permettent de distinguer 6 groupes de pays
caractérisés par un impact différencié des 4 séquences spécifiques de cette phase : crise financière, crise économique, crise sociale et crise politique.
En effet, si les trois premières phases de la crise étaient essentiellement communes à l'ensemble de la planète, la quatrième phase se déroule de façon très différenciée selon les pays et la
nature de l'impact que la crise a eu sur eux.
Le choc fut commun mais les réponses et les parcours à venir sont différents. Ils
constituent d'ailleurs le processus de réorganisation du système global et préfigurent les nouveaux équilibres qui vont se mettre en place au cours de la décennie prochaine.
Pour les chercheurs, l'ampleur des conséquences de la phase d'impact de la crise sur les différents pays de la planète est fonction de leur degré de résistance à l'explosion du « détonateur
financier » qui a eu lieu depuis plus d'un an.
Plus un pays est « immune » face à ce choc financier, mieux il traversera cette crise. On
peut ainsi étudier la situation des principaux pays et des grandes régions de la planète en fonction de 7 critères précis permettant de mesure le degré « d'immunité » au « détonateur
financier » :
La part du secteur financier dans l'économie ; celle des services dans
l'économie ; le degré d'endettement des ménages ; la qualité des actifs du système financier et des ménages ; le montant relatif des déficits publics (toutes collectivités
publiques cumulées, y compris comptes sociaux) ; le montant relatif des déficits extérieurs (commerciaux et paiements) ; et la part des retraites par capitalisation dans l'ensemble des
retraites du pays.
En fonction de ces critères, on peut identifier 6 grandes zones de pays, qui n'ont souvent que peu de rapports géographiques entre eux, mais qui rassemblent les pays ayant des profils
proches.
La zone 1 regroupe les pays pour lesquels les 7 critères montrent sans exception une
absence totale « d'immunité » à la crise financière. On y trouve les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Islande.
La zone 2 rassemble les pays pour lesquels 5 ou 6 critères montrent une forte sensibilité au « détonateur financier ». On y trouve ainsi des pays nord américains (Canada et Mexique) ou européens
(Suisse, pays baltes, Espagne).
La zone 3 intègre les pays pour lesquels 4 critères indiquent une forte sensibilité à la crise financière. On y trouve ainsi l'essentiel de l'Asie, les Pays-Bas, la Belgique, la Scandinavie.
La zone 4 regroupe les pays pour lesquels seuls 3 critères indiquent une forte sensibilité au choc financier. On y trouve l'essentiel de la zone Euro, des nouveaux États membres de l'UE et les
principales économies d'Amérique latine.
La zone 5 est particulière car elle rassemble des pays caractérisés par un huitième critère qu'il est apparu cohérent et pertinent d'appliquer dans cette analyse, à savoir le degré de dépendance
politique, militaire et financière aux pays de la zone 1.
Très simplement, ce sont les pays qui seront affectés très directement en terme notamment de stabilité politique par les graves conséquences de la crise sur les pays de la zone 1 : par exemple, une forte réduction des aides militaires, une suppression de l'aide alimentaire...
On y trouve aussi bien les pays pétroliers du Golfe Persique que Taïwan ou la Colombie.
La zone 6 regroupe les pays pour lesquels la crise financière n'a qu'un impact mineur ou très indirect car ces pays ont une économie trop peu développée.
On y trouve la plupart des pays en voie de développement.
La « crise financière » va se poursuivre jusqu'en 2010 pour les pays des zones 1, 2 et 3.
Elle va engendrer une « crise économique » grave jusqu'en 2013 pour les pays des zones 1 et 2 ;
Jusqu'en 2011 pour les pays de la zone 3 et jusqu'en 2010 pour les pays des zones 4 et 5 ;
Cette « crise économique » va nourrir une « crise sociale » jusqu'en 2011 pour les pays des zones 1, 2 et 5 et jusqu'en 2010 en zone 3.
Enfin, il y aura « crise politique » jusqu'en 2012 en zone 1 et jusqu'en 2011 en zone 5.
Pour 2009, tout le monde est concerné par les quatre types de crise...
DD
PS : Rappel des 4 phases d'une crise systémique :
- Une première phase dite « de déclenchement » qui voit soudain tout une série de facteurs, jusqu'alors disjoints, converger et se mettre à interagir, et qui reste essentiellement perceptible
pour les observateurs attentifs et les acteurs principaux.
- Une deuxième phase dite « d'accélération » qui est caractérisée par la prise de conscience brutale par la grande majorité des acteurs et observateurs que la crise est bien là car elle commence
à affecter un nombre rapidement croissant de composantes du système.
- Une troisième phase dite « d'impact » qui est constituée par la transformation radicale du système lui-même (implosion et/ou explosion) sous l'effet des facteurs cumulés, et qui affecte
simultanément l'intégralité du système.
- Et enfin, une quatrième phase dite de « décantation » qui voit se dégager les caractéristiques du nouveau système issu de la crise.
I² : Au moins, j'aurai appris quelque chose en mettant ce post en ligne !
Comme quoi, ça sert des « chercheurs qui trouvent ».
Espérons quand même que tout cela ne reste que théorique, mais je n'y crois pas trop.
D'ailleurs, je mets en ligne...
Que là, j'en suis vraiment tombé de mon tabouret...
Que je lisais encore un de ces articles de quelque « sachant » qui publient leurs analyses dans des revues spécialisées auxquelles je suis abonné via ma « boutique » (pour récupérer la TVA) à l'adresse d'autres « sachants » que je ne suis pas.
Je note juste que les 1.000 milliards de US$ du dernier G20 (en fait, le droit de tirage sui generis de 1.100 milliards via le FMI, de billets de banque fantômes), c'est de la gnognotte...
Car en fait c'est 10.000 milliards US$ d'« actifs fantômes » qui se baladent autour de la planète, d'après le rapporteur de ce « think-tank » là, estimation qui date de l'année dernière !
« Ils [les délirants du G20,G7, Banque Mondiale, FMI tout réunis ] sont
tous parfaitement impuissants face à la crise en cours. Sur fond de réduction de personnel et de vente de ses réserves d'or afin de combler son déficit, le FMI incarne dorénavant le naufrage des
institutions créées dans l'après-Seconde Guerre Mondiale pour réguler l'économie de la planète. »
Les conclusions des travaux des réunions de la mi-avril 2008 illustrent d'ailleurs l'incapacité à agir de l'ensemble des acteurs regroupés au sein du FMI et de ses différentes branches : d'un côté, les institutions publiques souhaitent mieux encadrer les activités bancaires pour éviter de futures catastrophes financières comme celles que nous connaissons actuellement et il aura fallu un an pour aboutir à un accord à Londres la semaine dernière.
De l'autre, les banques préfèrent se contenter de promesses de meilleurs comportements.
Et le seul résultat tangible est l'inaction forcée à court et moyen terme.
Et de prophétiser que « la crise actuelle continuera à s'aggraver pendant que les débats se poursuivront au FMI ».
Le chiffre de 1.000 milliards US$ de pertes financières cumulées pour la crise actuelle est
dérisoire.
C'est à 10.000 milliards US$ de pertes auquel il faut désormais s'attendre pour les deux années à venir (2009/2010).
Pour ceux qu'un tel chiffre étonne, il suffit de les renvoyer aux chiffrages initiaux de la crise des subprimes qui, à l'été 2007,
On prévoyait alors des pertes de l'ordre de 100 milliards USD maximum.
En moins d'un an, le chiffrage « officiel » a été multiplié par 10 par rapport à celui avancé au départ par des institutions qui niaient la possibilité même d'une telle crise.
Il est donc grand temps pour tous les acteurs financiers concernés de commencer à comprendre que dans la période à venir le pire est en général plus probable que le meilleur ; à l'inverse de ces dix dernières années.
Pourquoi une telle erreur d'appréciation ?
Mais c'est tout kon en plus :
Si en « Gauloisie matheuse » on utilise volontairement les milliards comme unité de référence en ce qui concerne les montants immenses en jeu sur les marchés mondiaux, le terme exact est le « trillion », largement utilisé par la presse financière.
Mais le « trillion » a une valeur variable selon les cultures.
Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Brésil notamment, il désigne le nombre 10 puissance 12.
Alors que dans le reste du monde, il représente le nombre 10 puissance 18.
Source : Wikipedia.
La crise actuelle pourrait presque s'expliquer par une malencontreuse incompréhension : le reste du monde croyait que Wall Street lui donnait en gage des « gros » trillions (1018) de Dollars US d'actifs quand il s'agissait en fait de « petits » trillions (1012), soit un million de fois moins.
Voilà en effet de quoi alimenter une crise systémique globale !
Et en fin de compte, l'Histoire est en train de trancher dans le vif entre tenants de l'échelle longue et ceux de l'échelle courte, entre ceux qui voient plus de milliards dans un trillion et ceux qui en voient moins !
De quoi en perdre son latin !
J'ai toujours affirmé que les « gros chiffres », ça donnait la « grosse tête »... avec rien dedans, mais je ne savais pas avoir raison à ce
point-là !
Bref, « attendons-nous à ce que plusieurs grandes banques mondiales soient englouties dans ce maelström ainsi que de nombreuses entreprises au modèle économique fragile ou trop dépendant du consommateur américain » poursuit le « sachant ».
Et pour vous donner une petite idée de cette réalité qui me dépasse, deux petits graphiques assez « plaisants » :
Le premier (celui du haut) correspond à « l'endettement total du marché du crédit aux Etats-Unis » (en milliards US$) et sur une échelle logarithmique (parce que sans ça, ça crèverait le haut de votre écran jusqu'au plafond du voisin du dessus).
Le second (celui du bas) corresponde à « l'endettement total du marché du crédit aux Etats-Unis en proportion du PIB »
(Source TheChartStore)...
2008 = 350 % du PIB, toutes dettes réunies...
Impressionnante la « doudoune à Bu-Bush » !
Et de continuer : « La nature du problème financier actuel est à la fois très simple à définir et très difficile à bien appréhender : il y a actuellement sur la planète environ 10.000 milliards US$ qui n'ont (seulement) qu'une existence (parfaitement) fictive ; et les grandes banques vont désormais essayer de s'en débarrasser à prix bradé pour limiter leurs pertes.
Mais même ces prix bradés seront encore des pièges car ces actifs n'ont (absolument) plus aucune valeur réelle et n'en retrouveront pas ».
Ils sont des « actifs fantômes » (« ghost assets ») qui ne parviennent plus à « s'incarner » dans des actifs réels.
Car il faut compter avec plus de 45.000 milliards de CDS (Credit Default Swap) qui se déprécient chaque jour un peu plus.
Et encore, « si on se contentait pour ces actifs-là, que d'une baisse de 25 % de leur valeur, ces « 10.000 milliards de pertes » seraient une estimation très conservatrice.
Citigroup a été vendu avec près de 12 milliards US$ d'actifs financiers dégradés à 90 cents le bout et encore, avec une garantie pour l'acheteur que CitiBank n'assumera pas plus de 20 % de baisse supplémentaire de la valeur des actifs cédés (soit une anticipation de baisse de prix allant jusqu'à 70 cents le Dollar) : déjà 30 % de baisse sur ces actifs financiers de la première banque américaine.
Et il faudrait être bien naïf pour croire que Citigroup a affiché la « vérité ».
Pour un nombre croissant d'opérateurs, et c'est ce qui explique l'arrêt pur et simple des marchés des produits financiers dérivés, « ces actifs pourraient ne valoir que 10 à 30 cents le Dollar d'ici quelques mois. Source : Reuters, 09/04/2008 »
L'essentiel de ces « actifs fantômes » est composé de prêts hypothécaires US, de Dollars
US, de Bons du Trésor US et en général d'actifs libellés en devise américaine, mais aussi d'actifs libellés en Livres Sterling.
Ils ont été créés ex-nihilo dans l'euphorie financière des dix dernières années par les « apprentis-sorciers » de Wall Street, de la City et des grandes places financières mondiales.
Souvenez-vous !
C'était la période où tout le monde s'extasiait sur le « miracle » de la nouvelle finance qui permettait de créer une « économie financière » égale à 1.000 fois l'économie mondiale réelle
(Pour en rire : même la BCE flagornait à tout crin en 2005).
Eh bien, depuis quelques mois, les heureux bénéficiaires de ces richesses infinies virtuelles tentent en vain de leur trouver une incarnation bien tangible. Or, l'ensemble des marchés d'actifs s'effondre ou donne lieu à des bulles toutes aussi fragiles qu'éphémères : immobilier, énergie, bons du trésor US, dollars, actions, alimentaire,... On le voit bien dans les évolutions en « yoyo » des indices qui tardent à prendre la mesure de l'effondrement qui les attendent, espérant encore et encore de la « manne planétaire » du G20.
Et en plus, ces immenses masses financières virtuelles tournent à une vitesse croissante autour de la planète à la recherche d'investissements rentables, à la recherche d'une incarnation durable... en vain.
« Ce phénomène crée des mouvements tectoniques de hausses et baisses rapides (quelques semaines) de bulles d'actifs (alors que ces dernières décennies les bulles duraient au moins quelques années), créant de facto une hausse généralisée des prix et se rapprochant chaque jour un peu plus de leur logique ultime : l'inflation galopante... quand seule la peur de voir la valeur de tous les actifs s'effondrer, y compris la monnaie référence, règne en maître ».
Les « fabuleuses » réserves en devises ou Bons du trésor US de la Chine, du Japon, du
Royaume-Uni et autres font partie de cette cohorte d'« actifs fantômes ».
Ils vont hanter pour de nombreuses années les bilans des banques, les pertes des investisseurs et les cauchemars des banquiers centraux.
La forme collective favorite de ces « actifs fantômes », quand ils ne parviennent plus à « s'incarner », s'appelle l'inflation.
Ainsi, malgré les baisses considérables du loyer de l'argent pour empêcher la bulle inflationniste d'éclore, n'empêcheront pas l'inflation réelle (incluant nourriture, énergie,...) qui va dépasser les 10 % en moyenne annuelle aux Etats-Unis dès la seconde moitié de 2009 ; elle dépassera les 5 % en Europe ; et s'approchera des 20 % en Chine.
Et dans les pays en développement, très liés aux variations de la devise américaine, elle va littéralement « exploser » sous les contraintes multiples : énergie, nourriture, faiblesses des devises...
En notant que c'est bien ce que l'on constate déjà Outre-manche : la devise britannique s'effondre par rapport aux principales devises mondiales hormis le Dollar US et l'économie britannique, très fortement dépendante de l'économie US d'une part et de la finance internationale d'autre part, allait être aspirée dans la crise systémique globale qui affecte particulièrement ces deux composantes de l'économie mondiale.
C'est désormais une évidence, même pour les autorités britanniques, que la Livre et l'économie britannique sont en chute libre.
Mais c'est seulement dans les mois à venir que l'impact négatif de l'effondrement des actifs libellés en Livres Sterling va se cumuler avec celui des actifs libellés en Dollars US.
De Hong-Kong aux pays scandinaves, ainsi doublement exposés, le choc sera d'autant plus rude.
Terribles perspectives offertes par le « capitalisme financier (4ème !) », celui qui n'était pas dans les livres !
Et tout ça pourquoi ?
Parce que les « matheux de la finance » ont confondu trillion et billion !
Pas banal quand même !
« Keynes est mort », avait constaté Friedman en 1975.
La crédibilité scientifique de « La Théorie Générale » (1936) avait en effet été totalement ruinée par les analyses des adversaires du keynésianisme, mais aussi par les échecs de toutes les politiques qu'il avait inspirées.
Toutes, absolument toutes !
Avec la crise actuelle, et la façon dont y répondent les politiciens, c'est le grand retour de l'Etat, c'est le grand retour de Keynes.
La démonstration de Keynes aurait-elle retrouvé quelque valeur explicative ?
Certainement pas : elle est toujours aussi fallacieuse.
Cela mérite d'être dit, et il faut démasquer une supercherie aujourd'hui fatale.
Keynes veut prouver qu'une économie de marché laissée à elle-même débouche mécaniquement sur le chômage massif.
Une intervention de l'Etat est donc indispensable pour retrouver le « plein emploi ». Reste à le démontrer.
Pour y parvenir Keynes introduira pas moins de huit hypothèses, qui sont autant de raccourcis sans aucun fondement. Pour expliquer ces tours de passe-passe je dois d'abord résumer le cheminement de la théorie Générale.
Écoutons Lord Keynes :
« Dans une économie, en un moment donné, le niveau de l'emploi global dépend du niveau de la demande globale anticipé par les entrepreneurs : ils n'embaucheront que s'ils ont la perspective de vendre leur production.
La demande globale a deux composantes, la consommation et l'investissement.
La consommation privée manque de dynamisme, à cause d'une « loi psychologique fondamentale » : plus de revenu conduit à plus d'épargne (la « propension marginale à consommer » son revenu excédentaire est inférieure à un).
La léthargie de la consommation peut-elle être compensée par le dynamisme de l'investissement ? L'investisseur regarde ce que lui rapporte sa dépense en équipement (« efficacité marginale du capital ») et ce que lui coûte l'emprunt nécessaire pour la financer (taux d'intérêt). Or, l'efficacité marginale ne cessant de diminuer au fur et à mesure de l'accumulation du capital, il faudrait que le taux d'intérêt s'abaisse également.
Le taux d'intérêt dépend d'un choix de l'épargnant : veut-il placer son épargne ou la conserver sous forme liquide ?
La demande de liquidité est faite de trois composantes : encaisses de transaction (avoir toujours un volant de trésorerie), de précaution (faire face à des dépenses inattendues), de spéculation.
Les encaisses de transaction et de précaution sont stables, tandis que les encaisses de spéculation augmentent avec la baisse des taux d'intérêt.
Donc, en dessous d'un taux d'intérêt critique, la préférence pour la liquidité devient totale, l'épargnant ne veut plus engager son argent, trop mal rémunéré. Si les banques mettent des liquidités sur le marché en créant de la monnaie, celle-ci ne fait plus retour sous forme d'investissement, elle grossira une encaisse devenue stérile : c'est la « trappe monétaire ».
L'investissement ne peut donc pas davantage relancer l'économie que la consommation. La « demande globale spontanée » est insuffisante. Faute de débouchés suffisants, les entrepreneurs n'ont donc aucune raison d'embaucher. Aussi l'insuffisance de la demande globale spontanée doit-elle être compensée par une demande de la part des pouvoirs publics : les dépenses de l'Etat vont prendre le relais pour assurer un plein emploi qui sans cela ne sera jamais atteint. »
CQFD.
Magistral, magique, irréfutable. Voici maintenant les huit hypothèses sous-jacentes.
1° L'emploi global dépend de la demande globale.
On est dans le « global », et une relation mécanique s'établit entre l'embauche de toutes les entreprises et leurs débouchés.
Les entrepreneurs embauchent ou licencient au hasard de la conjoncture qu'ils anticipent.
Il n'y a donc aucune flexibilité dans le processus de production, qui est le même pour tous.
Ce qui est archi-faux dans nos sociétés contemporaines : aucun manager ne fonctionne de cette façon-là !
C'est tout simplement impossible...
2° Seule la demande est prise en compte parce qu'à court terme les entrepreneurs ne modifient pas les conditions de leur offre, les effets d'un investissement et de la productivité
n'interviennent qu'à long terme, or « à long terme nous serons tous morts », disait Keynes.
Archi-faux également : investir dans un outil de production suppose une projection dans l'avenir à moyen terme quand ce n'est pas à long terme, bien sûr !
3° La consommation n'augmente pas aussi vite que le revenu.
Cette « loi psychologique » a été démentie par la mise en évidence (par Friedman) d'un « revenu permanent » : les consommateurs ne changent pas leurs habitudes à la moindre variation de leurs gains.
On voudrait bien voir ça ! Ça n'existe pas et au contraire, même...
4° L'efficacité marginale du capital diminuerait.
Keynes veut faire croire à la « baisse tendancielle des profits » imaginée par Ricardo et Marx.
Pourquoi la baisse ?
Qui l'a vue ?
Personne !
Il n'y aurait d'ailleurs pas d'augmentation des capitalisations si ça existait vraiment...
5° La théorie des encaisses suppose que l'épargnant ne considère que le taux d'intérêt lié
à la spéculation.
Les ménages ont en réalité une demande d'encaisses réelles à peu près stable.
Ils connaissent leur niveau « d'encaisses réelles désirées » et n'ont pas l'habitude d'accumuler de l'argent qui ne sert à rien, l'argent supplémentaire ne passe pas « à la trappe ».
Bien au contraire.
6° Le financement de la dépense publique importe peu.
Le budget peut être mis en déficit.
Donc on ignore superbement « l'effet d'éviction » : pas besoin d'impôt pour relancer l'activité, donc pas de risque que la dépense publique « évince » la dépense privée.
Ce qui est véritablement un « non-sens » économique : il suffirait de se laisser traîner par les efforts de la puissance publique pour que les choses aillent bien mieux !
Ce qui n'est manifestement pas le cas...
Tout ce que la puissance publique prend à l'initiative privée, l'initiative privée en est... privée !
7° Les déficits de l'Etat sont financés par la banque centrale.
Cette création monétaire mène à l'inflation, Keynes en convient, mais l'inflation est le prix à payer pour le plein emploi.
C'est une ânerie fondamentale : L'inflation emporte avec elle la destruction du pouvoir d'achat, donc la réduction des productions, donc le ralentissement de l'économie réelle, donc le chômage !
C'est mécanique.
8° La relance va s'opérer grâce au miracle du multiplicateur d'investissement public : un
euro de dépense publique permet de distribuer des dizaines d'euros à ceux qui retrouvent un emploi, dans un programme de grands travaux par exemple.
Complètement faux : au mieux l'investissement public a un coefficient multiplicateur de 2 à 3, pas plus.
Ce sont des mesures « ex post » que l'on rencontre habituellement.
De toute façon bien moins que les investissements privés qui exigent à la fois du long terme et des rendements de 18 à 25 %...
Au total, la théorie de Keynes est une théorie de la demande, du court terme, de la
nocivité de l'épargne. L'entrepreneur n'est pris en compte que pour ses anticipations pessimistes, il n'y a ni innovation, ni création d'emplois. L'épargnant ne sait pas quoi faire de son argent.
Le travailleur subit les méfaits de la conjoncture. Seul l'Etat peut sauver tout le monde.
Voilà la démonstration terminée, le magicien a sorti son lapin.
Au prix de raccourcis et d'erreurs, il est arrivé à ses fins.
C'est ce que le doyen Alain BARRERE avait appelé « le finalisme keynésien » : La fin justifie les moyens.
DD
I² : aaaaah, les bons mots de la
« pensée unique » !
Merci pour la piqûre, DD...
L'autogestion : solution pour la France ?
Autogestion, écrit avec ou sans trait d'union, a été le mot fétiche des « gogochistes » dans les années 1960-80 : ils le prononçaient religieusement comme pour faire advenir la chose que le mot désignait !
C'était le sésame ouvre-toi du socialisme et la clef de Saint-Pierre du paradis sur terre.
Les « gogochistes » ne jurant plus que pub, com, fric, pèze, flouze, paillettes, leur utopie autogérée est morte ; et le mot autogestion aussi.
C'est du passé d'outre tombe, du passé plus que parfait, du passé décomposé.
En 1968, l'avenir radieux était à notre porte. Il suffisait que l'autogestion soit importée en France, et tout serait changé : la vie, le monde, le réel, l'univers, les relations entre les hommes et les femmes.
Josip Broz Tito, symbole vivant de l'unité yougoslave, meurt le 4 mai 1980.
Le pays entre simultanément dans une période de grave crise économique, sociale et politique.
En 1980, la Yougoslavie se retrouve avec une dette de 21 milliards de dollars.
La croissance de la production nationale est ralentie.
L'inflation prend des proportions inquiétantes (2.665 % en 1990), le taux de chômage augmente (16,78 % en 1988).
Le système politique ne parvient pas à résoudre les difficultés économiques.
Le pouvoir est fragmenté entre les différentes républiques et provinces, la Ligue des communistes de Yougoslavie n'est plus en mesure d'assurer la cohésion de l'ensemble yougoslave.
Le « titisme », avant, c'était la rupture avec l'URSS de Staline en juin 1948 qui conduit les dirigeants communistes yougoslaves à élaborer une nouvelle voie vers le socialisme : ils instaurent les premiers conseils ouvriers en 1950.
Ce sont les débuts de l'autogestion ouvrière qui sera élargie et systématisée dans les années 1970.
La Yougoslavie connait un développement économique significatif : de pays agricole en 1945, elle se transformera en pays moyennement industrialisé.
Toutefois les inégalités de développement ne s'atténuent pas entre le nord du pays, plus industrialisé et plus riche, et le sud rural.
L'originalité du « titisme » réside également dans le non-alignement en politique étrangère qui contribue au prestige de la Yougoslavie parmi les pays du Tiers-Monde.
La vie politique est dominée par le Parti communiste, rebaptisé en 1952 « Ligue des communistes de Yougoslavie » et le maréchal Tito, proclamé président à vie en 1963.
Démocratie ?
Si Tito fut le premier des leaders communistes à rompre avec Staline puis, dans la foulée, il le fat d'avec le modèle économique soviétique.
Contrairement au reste de l'Europe orientale, la Yougoslavie s'est libérée pratiquement seule de l'occupation allemande, en 1945.
Les résistants communistes de Tito se sont rendus maîtres du pays sans l'aide de l'Armée rouge, ce qui permet aux dirigeants de la Ligue des communistes de Yougoslavie (LCY - le parti communiste) de jouir d'une certaine autonomie par rapport à Moscou.
Or, dans la guerre froide naissante, l'URSS exigeait une discipline absolue de ses alliés et bientôt, les désaccords sur la situation internationale ou les relations commerciales entre Belgrade et Moscou devaient aboutir à une rupture politique.
Le divorce fut sanglant.
Staline fit assassiner quelques fidèles staliniens accusés de « titisme », la LCY fut exclue du bureau d'information des partis communistes (Kominform) et, du jour au lendemain, la Yougoslavie subit un blocus économique de la part de tous les États de l'Est.
De son côté, Tito ne fut pas en reste et, une fois purgée la LCY de sa fraction « pro russe », il parvint à maintenir la Yougoslavie à flot économiquement.
Puis vint l'autogestion. En juin 1950, suite à un grand discours devant le Parlement, Tito dépose lui-même un projet de « loi fondamentale » sur l'autogestion des entreprises.
Tout en maintenant la propriété étatique des entreprises, leur gestion serait déléguée aux travailleurs.
La principale caractéristique du système était qu'il reconnaissait que les entreprises individuelles étaient mieux placées qu'un planificateur central pour prendre les décisions concernant la production et la formation des prix.
C'était aux entreprises qu'il incombait d'évaluer les risques et de décider ou non de les prendre, y compris en matière d'investissements.
Au milieu des années 70, la planification centralisée avait été réduite à un système de « planification indicative » peu contraignante, le centre se bornant à réunir des informations sur la production prévue par les entreprises.
Le système yougoslave avait deux principales caractéristiques : le collectivisme et l'autogestion.
Si les travailleurs avaient donc leur mot à dire sur la gestion « intra muros » de l'entreprise, les objectifs de production restaient du ressort exclusif de l'État.
Et la planification économique était organisée par la bureaucratie communiste, avec à peu près la même inefficacité qu'en URSS.
Le caractère fédéral et multinational de la Yougoslavie conduisit de surcroît à une forme perverse de décentralisation des initiatives au sein de l'État.
Les dirigeants locaux du Parti se faisaient concurrence pour drainer vers leur région ou leur ville le maximum d'investissements afin de créer des emplois et se faire bien voir de leur hiérarchie.
Mais ces « usines politiques » à la viabilité artificielle ont affaibli l'économie yougoslave.
Les directives et les quotas de production étaient donc imposés aux travailleurs, il ne leur restait qu'à « autogérer » leur adaptation aux objectifs - parfois aberrants - décidés sans eux.
Les collectifs ouvriers furent donc, au départ, de simples chambres d'enregistrement de décisions extérieures, le budget placé entre leurs mains étant trop faible pour être utilisé à quoi que ce soit de significatif.
Qu'en était-il plus précisément de la réalité de l'autogestion « intra muros » ?
Au quotidien, les membres des collectifs ouvriers ont généralement laissé les mains libres au directeur et à ses proches collaborateurs.
Au sein du collectif ouvrier, l'égalité était formelle entre une équipe directoriale qui s'était durant toute la semaine occupé de la gestion, et des travailleurs devant aborder ces problèmes le soir, après la journée de travail.
En conséquence, les collectifs ouvriers ont rassemblé naturellement une certaine élite, et la masse des travailleurs s'est complu dans une forme de délégation de pouvoir, en élisant régulièrement au collectif les ingénieurs, les cadres et les ouvriers les plus « capables ».
S'il y avait effectivement une forme de « contrôle ouvrier » sur les décisions, il est impossible de parler d'autogestion, dans la mesure où la hiérarchie travail manuel/travail intellectuel n'était pas remise en cause, et où le « temps de gestion » n'était pas inclus dans le temps de travail.
Le contexte de « l'autogestion » yougoslave changea donc en 1965, passant d'un système de capitalisme d'État à un système de capitalisme privé fortement encadré par l'État, étant bien entendu que cela ne remettait pas en cause le principe du parti unique.
Avec le tournant de 1965, la LCY inventa donc, bien avant le PC chinois des années 90, un nouveau concept : le « socialisme de marché ». Celui-ci n'assura pas plus que le socialisme d'État le développement de la Yougoslavie, mais creusa les inégalités entre salariés et entre régions ce qui ne fut pas sans rapport avec la montée des nationalismes centrifuges à la fin des années 80.
Comme en URSS, en Yougoslavie les rapports de production sont restés des rapports salariaux : la force de travail a continué à faire l'objet d'un échange, les travailleurs n'ayant pas de maîtrise sur les moyens de production et pas de pouvoir sur la répartition de la plus-value créée par leur travail.
Les choix de société en matière de développement n'appartenaient pas aux travailleur(se)s en tant que citoyen(ne)s, mais à la planification bureaucratique.
Les expériences autogestionnaires réalisées en Yougoslavie ont tourné à la catastrophe économique. Ainsi a-t-on constaté en Yougoslavie une confiscation du processus de décision, à travers un appareil de fonctionnaires et de règles dont la complexité est devenue incontrôlée.
Cela s'est accompagné d'une professionnalisation croissante de la vie politique, de l'isolement d'une couche sociale omnipotente dont le pouvoir souverain sur la répartition et l'utilisation de la production masque la résurgence de privilèges et justifie la perpétuation de l'exploitation.
L'autogestion en Yougoslavie, à partir de 1950 et surtout dans les années 1965 et suivantes, est apparue comme un moyen d'industrialiser le pays à un coût humain et politique moindre que celui qu'a engendré la centralisation soviétique, qui était de toute façon inadaptée à la Yougoslavie, à sa diversité nationale, à sa spécificité culturelle et politique.
Le bilan de l'autogestion yougoslave socialiste est sévèrement jugé.
Elle est considérée, alors que le pays se disloque, comme ayant été le paravent commode d'un volontarisme inavoué, source de régressions multiples.
Accusée d'avoir ignoré le facteur temps et l'importance des coûts dans les processus productifs, et d'avoir stérilisé l'évolution de la pensée économique, elle est aussi dénoncée comme une imposture politique ayant joué le rôle de « main prolongée » du parti unique.
L'autogestion yougoslave, en multipliant les contraintes idéologiques, politiques et administratives, s'est engluée dans un fouillis quasi inintelligible de textes aussi proliférant qu'inefficaces.(Cas la « Gauloisie actuelle »)
Les tares qui lui sont communément reprochées sont la corruption, l'incompétence, la gabegie, l'irresponsabilité et l'arbitraire. Il est vrai - et c'est un point qui est volontiers passé sous silence et omis - que l'autogestion yougoslave est restée obérée par l'héritage stalinien, qui a privé l'individu de la propriété et qui a enlevé à la société civile ses prérogatives, face à un parti totalitaire appuyé sur sa police et son armée, et disposant d'une justice subordonnée.
Le modèle yougoslave s'est (auto)discrédité ; l'économie est devenue exsangue et la société plus conflictuelle que jamais.
L'inflation, le chômage, l'endettement extérieur, les révoltes nationales sont les signes les plus manifestes de l'échec d'une autogestion inauthentique et confisquée.
Conjuguée avec un État dictatorial et un parti omniprésent et devenu impotent, l'autogestion ne peut qu'être entraînée dans leur chute.
Le pays entre alors dans une période de grave crise économique, sociale et politique.
Cette utopie, française des années 1968-1976, a été frappée de plein fouet par l'orientation plus gestionnaire adoptée par la gauche au pouvoir, surtout à partir de 1983.
Des réminiscences de l'autogestion, mais à l'état édulcoré, se retrouvent dans les lois Auroux et les divers textes sur les droits des travailleurs dans l'entreprise, dans le courant de décentralisation lancé en 1982 et la réforme portant démocratisation du secteur public, ainsi que dans certaines procédures d'urbanisme ou, dans la relative promotion du mouvement associatif.
L'idéologie de l'autogestion a aussi été victime de la montée de l'idéologie des droits de l'homme, qui a pris le relais dans l'intelligentsia.
Or, pas plus en ce domaine qu'en matière d'autogestion, la Yougoslavie ne pouvait être une référence valable ; non seulement l'autogestion s'y est révélée fictive, mais encore les droits et libertés que cette autogestion postule, et qui l'ont relayée dans la pensée politique, y sont apparus illusoires et très malmenés par le régime yougoslave.
Le paradis autogéré a accouché de l'enfer.
L'autogestion est donc un modèle économique « efficace »... mais à une seule chose : de fait, si tant est que l'autogestion serve à quelque chose, ce n'est pas à établir le paradis, mais à dissoudre les illusions.
En 1968, elle était célébrée.
Elle est morte aujourd'hui.
Aux trompettes de l'éloge bruyant a succédé le silence des cimetières.
Mais en France est-ce que cela va marcher ?
VCRM
En attendant, c'est bien ce que souhaiteraient tous les militants qui vont battre le pavé jeudi prochain, mon cher VCRM : Faire plier le gouvernement, lui-même issu d'un vote populaire et démocratique passé (récent).
Entre prendre son destin et main et « tendre la cédille aux puissants », l'idée d'affaires publiques autogérée continue de tressaillir l'inconscient collectif !
Merci pour ton éclairage in vivo
I²
Petit « mémo » de Michel
« La crise que nous vivons est différente de celle de 29 par le contexte, parce que nous sommes contraints de remettre en question notre modèle socio-économique et par delà l'incarnation du progrès, voire le progrès lui-même.
Or le progrès est la clé de voûte de notre organisation, l'élément fédérateur qui donne sens à notre action. En 29, le progrès marchait plein pot, ce n'est plus le cas.
Avant la crise, la machine à distribuer l'activité ne fonctionnait déjà plus bien et peinait à procurer une place à chacun. La croissance ne suffisait plus.
Comme une forme tardive du rêve américain, quelques idéologies accusatoires ont bien commencé à se développer, recherchant des responsabilités individuelles au malaise, invoquant la paresse comme cause du désastre social en cours.
Il nous reste à constater que la machine à distribuer les rôles est en panne et que cette crise est l'occasion d'en créer une nouvelle.
Avons-nous le choix ?
Avons-nous le temps ?
L'état providence participatif (EPP) est un élément de machine à distribuer l'activité.
La surchauffe productive pourrait bien se calmer un peu au profit d'activités peu consommatrices en matière et en énergie.
C'est bien le cas du transfert-distribution d'activité que contient le projet d'EPP pour satisfaire à des besoins sociaux que personne ne contestera.
Sur le plan des activités productives, la conception des objets que nous utilisons peut évoluer dans plusieurs directions : économie d'énergie à les fabriquer, développement des pièces d'usure qui auraient le grand avantage de remettre à l'honneur le métier de réparateur, développement des énergies durables et en particulier les énergies de la mer qui sont très abondantes, développement de carburants à base d'algues qui ne mangeront pas et ne pollueront pas les terres agricoles tout en promettant des rendements 30 fois meilleurs etc....
Les pistes fourmillent qui ne demandent qu'à être développées, il s'agit de penser à la distribution de l'activité, ce qui n'est pas au cœur des préoccupations actuelles. »
Michel
I² : En fait Michel m'a demandé d'être notre invité d'aujourd'hui pour ce petit « post ».
C'est le résumé d'un article plus long que je vous recommande d'aller voir et lire en son entier, publié sur son site : http://solidariteliberale.hautetfort.com/
Laissez-y vos commentaires, visitez ce site qui fourmille d'idées intéressantes.
Je l'ai moi-même découvert il y a maintenant quelques années (eh oui : déjà !),
sans vraiment comprendre tout ce qui y est exposé (je suis comme ça, la faute à mes géniteurs, né un peu kon !)
Pour les paresseux qui voudraient y revenir, de toute façon, le lien figure à la deuxième place dans la colonne de gauche dans la rubrique « Allez-y ! » qui regroupent la « crème » des sites que je visite moi-même régulièrement.
Il y en a beaucoup d'autres, mais ceux-là, ils sont pas mal finalement !
Bonne journée à tous !
Faut-il vraiment une relance ?
Faut-il relancer l'investissement ou la consommation ? Faut-il relancer le dialogue social ? Ou faut-il relancer les impôts et la dette ?
Si on entend par relance une série d'interventions de l'État pour sortir d'une crise qu'il a lui même provoqué, c'est à rien n'y rien comprendre !
Si on entend par relance l'aptitude d'une économie de libre entreprise à digérer les erreurs de l'État interventionniste et à repartir au mieux entre tous les acteurs mondiaux, alors oui à cette relance-là !
Mais ce n'est pas celle que tous les hommes d'État, les médias et même les peuples ont en tête.
Relancer par l'investissement ou par la consommation ?
C'est un choix très secondaire, presque anecdotique.
Mettez 100 dans le pouvoir d'achat des ménages (baisse d'impôt, de charges sociales, de TVA, ce que vous voulez).
Le mois suivant, vous aurez 24 qui iront engraisser les économies « extérieures », 15 dans les bas de laine et autres extinctions des dettes privées et passées et seulement 61 serviront à relancer la consommation à « m+1 », le mois suivant.
Puis 37 à 2 mois, 22 à 3 mois, 13 à 4 mois, 8 à 5 mois, 5 à 6 mois, 3 à 7 mois, 2 à 8 mois, 1 à 9 mois et 0,7 à 10 mois !
Effet de levier keynésien : 2,59 - 100 de dette - 6 d'intérêt et quelque part ça fait 1,53 en 10 mois et le soufflé se sera écrasé !
C'est un projet socialiste, britannique, américain, voire allemand.
Mettez 100 en investissement étalé sur 2 ans, soit 4,10/mois pendant 2 ans.
Vous aurez au final 368,95 - 109 = 2,60 « d'effet de levier de la relance » sur 2 ans et le soufflé sera retombé... avec des « actifs » supplémentaires, nous dit-on.
D'un côté, c'est plus fort, mais plus court. De l'autre plus soutenu mais moins sensible.
Aussi simple que ça.
Et c'est pourtant autour de ce choix que s'affrontent gouvernement et oppositions.
Des investissements en infrastructures, destinés à améliorer les équipements collectifs français, sont-ils préférables à une augmentation massive de pouvoir d'achat ?
Le gouvernement fait valoir que l'argent donné aux consommateurs peut se porter sur des produits étrangers, de sorte que l'on relance nos fournisseurs sans donner aucun « stimulus » aux entreprises françaises, juste par effet d'aubaine.
Ce n'est pas faux, ni dans un cas, ni dans l'autre (effet d'aubaine immédiat en moins pour l'investissement qui sera produit sur le territoire).
Le gouvernement fait aussi remarquer que l'on a accumulé des retards dans l'entretien de nos infrastructures : énergie (centrales nucléaires), transports (réseau ferré, fluvial, autoroutier), les pôles de « savoir » (universités, mise aux normes des lycées et collèges, de l'habitat - dont on vient de voter pour 2015 l'installation obligatoire de détecteurs de fumée au lieu de construire des logements qu'on rend encore plus coûteux avec les normes écologistes, comme si on devait en construire moins) ont été négligés par les entreprises publiques qui en ont la charge.
C'est vrai aussi !
C'est même la signature de sa propre faillite.
Fillon nous l'assurait déjà il y a deux ans (et rien n'a été fait pour changer quoique ce soit durant la même période) !
Car il faut noter que depuis une dizaine d'année, dans budget de l'État, les seuls postes en expansion sont le service de la dette et les salaires des fonctionnaires, tandis que l'investissement public est très en panne.
De toute façon, qu'il s'agisse de la consommation ou de l'investissement, on est toujours en pleine illusion keynésienne : la crise se soignerait par une forte poussée de la « demande globale ».
Dépenser plus, ce serait le « secret de la prospérité ».
Billevesée : cette analyse est délirante, parce que la crise, toutes les crises, sont toujours dues à des dérèglements de la production, mal ou pas adaptée aux besoins, incapable de s'aligner sur des concurrents plus performants et plus réactifs.
La crise, c'est un refus d'adaptation, un manque de flexibilité, un gaspillage de ressources dans des emplois dont personne ne veut (les Français ont-ils besoin de tant de « services publics », qui rendent si peu de services au public, mais qui « justifient » l'emploi d'une personne sur trois ? Moins de 16 millions de salariés privés selon l'Undeic pour plus de 5 millions de personnes travaillant dans le public ou assimilé...).
La crise était déjà patente bien avant les « subprimes » et aujourd'hui on feint de découvrir les erreurs accumulées depuis quelques décennies ?
Faut-il être aveugle ou microcéphale !
C'est forcément du côté de l'offre, du côté des conditions de fonctionnement des entreprises et des motivations des entrepreneurs, travailleurs et épargnants qu'il faut regarder pour sortir de la crise. Regarder du côté de la demande est forcément stérile et aggrave la situation puisque les revenus distribués à ceux qui investissent ou qui consomment n'ont aucune contrepartie dans l'appareil productif, l'État n'investissant justement que là où il n'y a pas de production commerciale, pas de « marché », pas de demande à satisfaire autres que des illusions d'un monde encore plus assisté...
Alors, faute de relancer la production pour en être bien incapable, un homme d'État cherchera toujours à relancer le dialogue social.
Le premier acte du dialogue social étant la grève et la contestation (le 29 janvier, puis à la mi-mars), le stimulus sur la production est en effet extrêmement faible.
Et ce qui est inacceptable, c'est que cette façon de faire du « dialogue social »
qui signifie la pression scandaleuse et parfaitement anti-démocratique, très loin de la volonté du suffrage universel, d'une poignée de privilégiés qui terrorisent les gouvernants et
imposent la loi de la rue à des citoyens qui voudraient travailler et vivre en paix.
Aujourd'hui pour plaire aux syndicats il est de bon ton de rallumer la lutte des classes, de désigner les « patrons » à la vindicte populaire.
Il est plus facile de mettre l'accent sur quelques salaires « indécents » et véritablement scandaleux que de dénoncer les sinécures et les corruptions des hommes politiques et des dirigeants syndicaux. Ces campagnes anti-patrons sont animées par la haine de ceux qui réussissent, par un égalitarisme effréné que ne justifie nullement ni le talent ni le travail, mais tout simplement la capacité de nuire.
C'est l'heure, la légitimisation, le retour du « Grand jury » de Besancenot et de ses quelques 3.000 militants, multipliés par trois à la suite d'une OPA sur LO !
La grande mystification est en route.
Ce sont-ce vraiment ceux-là qui doivent imposer leur volonté aux 63 millions d'autres ?
Même pas en rêve, puisqu'ils sont finalement « instrumentalisés »...
Et bien utiles.
Le deuxième acte, c'est d'ouvrir la concertation et de lâcher des « grandes réformes » coûteuses et inefficaces qui paralysent toujours plus le monde de l'entreprise, le seul vrai moteur de la croissance.
On y ajoute, surajoute, accumule à la fois de telles charges réglementaires et financières que toute initiative pour répondre à un besoin, à une offre devient impossible et finit par détruire l'emploi que l'on veut soi-disant protéger !
Ça, c'est une constante qui se dégage clairement depuis 1968 et qui est incontournable depuis 40 ans !
Ce faisant, la seule relance que l'on connaîtra de façon sûre et certaine, c'est celle des dépenses publiques et de la dette.
Impôts et charges vont couvrir une partie du « plan de relance », mais le plus gros sera assuré par l'augmentation de la dette publique.
Aucune importance : les générations suivantes paieront !
Faux, bien sûr : c'est dès l'an prochain, le service de la dette augmentera, et avec lui les impôts.
Faux également : c'est dès aujourd'hui les dépenses nouvelles sont en train « d'évincer » certaines dépenses traditionnelles.
C'est même dès hier moins de couverture sociale, moins de retraites, moins de tribunaux, moins de policiers, moins de défense, moins d'écoles, moins de recherche.
« Service minimum pour État maximum ».
L'État dépense un argent qu'il n'a pas au nom d'équations qu'il ne comprend pas et ne maîtrise pas, nées de dogmes surannés, dépassés, usés jusqu'à la trame qui ont guidé, à tort ou à raison, la pensée économique, avec ses « pour » et ses « contre » qui ont pareillement échoué, et ce, depuis des décennies et sans même compter !
Il le prendra dans notre poche par tous les moyens : les impôts bien sûr, les cotisations sociales, et immanquablement « l'impôt d'inflation ».
Ce que l'on va relancer, ce n'est donc que le chômage et la misère généralisée.
Mais notez que ces fléaux n'atteignent jamais les sommets de l'État, où planent nos princes, énarques et nos politiciens présomptueux, ce « qu'I² » nomme lui-même les « sachants ».
La misère ne concerne que le « bas-peuple », la populace de pays.
Pensez, on en vient même à se préoccuper des « classes moyennes » ! C'est dire où nous en sommes...
Et c'est ce peuple-là même que l'on pousse justement, grâce aux extrémistes aujourd'hui et encore demain, dans la rue pour réclamer une « vraie relance ».
DD
I² : Très drôle, en effet, les ravages de la « pensée unique ».
« Momo » nous disait l’autre fois combien il avait été étonné par l’absence de toute solution, idée neuve à Davos.
Idem, crois-je me souvenir, pour le contre-forum qui s’est tenu au Brésil cette année : pas une seule ligne !
Nulle part de « recettes » neuves.
Bon, mais… C’est bien beau la critique (et je sais de quoi je parle) !
Dis-nous mieux que ça comment sortir de la crise.
J’ai bien des idées très claires sur le sujet.
Coïncident-elles avec les tiennes ?
Une prochaine fois où je m’y colle ?
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