Les vérités qui fâchent !
Le port autonome de Marseille (PAM de notre Vénéré Correspondant des Rives de Méditerranée) était encore totalement bloqué l'autre jour par une grève à l'appel des agents CGT. À part cinq navires de marchandises et quelques ferries passagers vers la Corsica Bella Tchi-tchi et l'international, l'ensemble de l'activité (pétrole, marchandises et réparation navale) était paralysée, laissant 57 navires en attente, au large !
C'est le énième épisode des suites des grèves perlées et ralentissements larvés d'activité devenues coutumières depuis le 23 avril !
Ce mouvement vise à protester contre le projet de réforme des ports, adopté en première lecture par le Sénat le 21 mai, et qui a été discuté par l'Assemblée nationale à partir du 17 juin.
En fait, à en croire notre VCRM, le but serait tout autre ! Qu'on en juge...
Officiellement, pour Marc Reverchon, de l'UMF (Union Maritime et Fluviale) Marseille-Fos, un trafic de 50.000 conteneurs a été perdu depuis le début des grèves, soit « 7,5 millions d'euros en perte de valeur ajoutée », ou 8 % du trafic annuel (plus d'un mois d'activité).
« On n'en peut plus de se signaler par notre capacité à faire de grandes grèves », se désespère Reverchon. « Tous les grands chargeurs, à part CMA-CGM, ont donné des consignes pour sauter l'escale de Marseille et aller à Gênes, Barcelone, Rotterdam ou Anvers. Des conteneurs destinés à Marseille rentrent en Europe par Anvers ! C'est un comble. Et on ne récupèrera pas tout. »
En matière portuaire, tout le monde s'accorde sur le constat : les ports français ne bénéficient pas de la croissance exceptionnelle que vit le trafic maritime mondial. Pire, ils perdent des parts de marché.
Depuis 1989, l'activité des ports européens a cru de 60 %. Celle des ports français de 24 %, soit 2,5 fois moins vite...
Celle de Marseille, premier port français, de 7 % (9 fois moins vite) !
Pourtant, le PAM reste rentable : 6,4% de rentabilité en 2006. Même s'il pourrait faire beaucoup mieux, notamment sur les terminaux à conteneurs, enjeu essentiel du développement du commerce
mondial et « gaulois ».
Dans ce domaine, à Marseille, la productivité, qui dépend de l'organisation du travail et du nombre de portiques mis en service par navire, est faible : à peine la moitié de ceux de Valence, le
quart d'Anvers.
Pour les tenants de la réforme, l'organisation actuelle, confuse, pénalise l'activité, avec des grutiers et portiqueurs, agents publics, qui conduisent et entretiennent des grues publiques que louent des manutentionnaires privés. Encore un « truc d'énarque » : simplissime !
Pour être plus efficace, l'autorité portuaire (publique) ne doit s'occuper que des infrastructures, pendant que les manutentionnaires (privés) gèrent l'exploitation, selon le gouvernement.
Mais cette mesure vise surtout à augmenter les bénéfices du privé affirme la « CGT Dockers », en réclamant que l'autorité portuaire continue ses activités d'exploitation.
Quelques commentaires :
- Le gouvernement n'investirait peut-être pas assez ! Et pourquoi le ferait-il donc ? Cela donnerait des moyens d'action et des capacités de nuisances supplémentaires à la « CGT Dockers » !
Là où tous les autres pays européens ont modernisé leurs ports et gagnent maintenant de l'argent, en France, il ne peut être question de « public » et donc d'argent du kontribuable pour les quelques dizaines de dockers qui arrivent encore à se compter sur les doigts de plusieurs mains. Or, comme les caisses publiques sont vides, il est difficile d'envisager de jeter cet argent qu'on a pas dans le vieux port pour cause de grévistes à répétition : Merci à la « CGT dockers » de ruiner la région, alors que les « privés » aimeraient pouvoir vous donner du boulot en ayanty la permission d'investir !
- Le port restera « public » (et non un « lieu d'accès public, puisque le citoyen lambda est interdit jusque sur la digue du large), et surtout, grâce à la « CGT Dockers », le « public » ne sera pas indisposé par les mouvements de navires et autres activités industrielles : Pas fous les kamarades ! C'est pénible tout ce taff à envisager.
Résultat, dans moins de 5 ans, ce port qui a fait la félicité des grecs z'antiques, sur laquelle Rome soi-même y a construit
sa civilisation « gallo-romaine » jusqu'à Lugdunum, sera une friche, vide, abandonnée, seulement parcourue par d'ex-Cégétistes dockers au chômage qui se repasseront de vieux films
d'avant-guerre pour s'occuper...
Et tous les autres, qui voudront voir un port méditerranéen vivant, bé, devrons aller à Barcelone, Valence ou Gênes !
- D'autant que la lutte de la « CGT des docks », contrairement à une idée répandue est tout sauf une défense de droits acquis (et légitimes) : C'est de la « crispation » sur un statut obsolète, contreproductif et stupide, qui n'aboutira, hélas à terme, qu'à la MORT du port et peut-être de la ville en prime !
Ne mélangeons pas tout : il y a des luttes sociales utiles et des mouvements archaïques. Soutenir à tort les uns, c'est d'abord dévaloriser les autres.
- Quel statut à défendre ? Celui de chômeur ou de futur chômeur ? Avec ce type d'actions irresponsables le port sera fermé ou réduit au cabotage. Mais ces beaux messieurs de la « CGT docker » seront peinards, à la retraite, dans leur villa au soleil. Leurs enfants ? Ah, ils seront partis travailler ailleurs, Gênes ou Valence, que voulez vous mon pov' mossieu, ici, y a plus de boulot ! La faute aux méchants capitalistes.
Bel avenir !
- Voilà nos petits copains de la CGT marseillaise. Après l'apéritif durant le conflit de la SNCM (stock-car sur le port, refoulage des passagers pour le Maghreb à coup de lance à eau et on en passe...), ils remettent le couvert ! Tout ça bien sûr au nom de la défense du « service public »... pas le vôtre, le leur !
- Franchement, sans être un « libéral socialiste avancé » (façon De Lanuesque), en quoi décharger un bateau avec une grue est un service public ?
Sans blaguer, le « service public », le vrai, le noble, celui qui ne sait pas faire de distinction entre « riches z'et pauvres », ne sera-t-il pas d'autant mieux respecté qu'il ne porte que sur un vrai service à la population que le privé ne serait pas en mesure d'assurer ?
- En quoi, il y a avantage acquis à défendre, l'année dernière encore me souvins-je, à poireauter à quai depuis une demi-plombe au petit matin, pour décharger le ferry de passage à attendre « l'heure syndicale ».
C'était ubuesque ! Les dockers étaient bien là, sur le quai. Tout le monde attendait qu'ils se décident pour sortir les camions qui bloquaient le garage du ferry... Oh, le temps de dix minutes de manœuvre, alors qu'à l'embarquement à Bastia, c'étaient les chauffeurs des bahuts qui avaient fait l'embarquement...
Puis, trente à quarante minutes plus tard, c'était l'heure : 1.500 voitures à se précipiter sur l'A7 en une seule fournée, avec un seul feu rouge à franchir...
-
Requiem pour Marseille...
-
Le port de Marseille est en déclin depuis plus de vingt ans et ce n'est pas par hasard.
-
La «CGT Docker» est sans doute payée pour précipiter sa fin : cela coûtera moins cher au contribuable!
Les Génois seront d'autant plus contents et Barcelone se fera un plaisir d'accueillir les navires à qui on a, depuis longtemps déjà, déconseillé d'utiliser ce port aux services aléatoires...
Ce port de commerce là va disparaître... Est-ce cela la vérité qui fâche ?
Car alors il sera livré à l'ignoble capitalisme privé pour devenir un grand port de plaisance, attirant autour des Joliettes une jolie faune de « bobos », qui en a marre d'attendre les marées favorables pour sortir en mer depuis les ports de la Manche... mer qui ne veut pas encore tenir compte ni des horaires du TGV ni de ceux des avions !
La mort des dinosaures cégétistes, c'est encore un coup du grand capital sauvage : et en plus, ils n'auront rien vu venir, les dinosaures !
Bref, je passe, même au retour par Toulon, cette année.
Mais je sens que le voyage par Gênes ou Pise n'est pas si éloigné que ça : en plus, il en coûte nettement moins cher,
péage au Mont Blanc inclus...
Et c'est bien fâcheux : tous mes souvenirs d'enfance, sortant épuisé d'un voyage de nuit par le train, arrivant avec bagages à pince sur le port, assoiffé limite déshydraté...
Ou encore la journée d'enfer en voiture, départ 2 heures du mat, pour quitter l'autoroute à Avallon (il n'allait pas plus loin !), passer vaille que vaille Lyon sur le coup de midi, se faire
l'embouteillage de Montélimar à l'heure du goûter et voir le mer avant le coucher du soleil et le véhicule paternel se balancer au bout d'une grue (les ferries n'existaient pas encore),
s'imaginant 12 heures de mal de mer à chasser les cafards toute la nuit dans les cabines surchauffées, avant la délivrance au petit matin au large du Cap Corse et de ses odeurs...
Une autre vérité qui fâche, car elle disparaît pour cause de kamarades en lutte !
Sniff...
ajouter un commentaire commentaires (9) recommander publié dans : Le charme discret des gauloiseries par I²




Commentaires