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Pauvre Marianne...
Un peu de pub :
Versus « DD », pour « Disque Dur »
« Mon Cher Infree,
Tu m’as fait part de quelques commentaires iconoclastes de « tes » internautes à l’occasion du dernier post que je n’ai pas lu.
S’il s’agit de la dernière version « édulcorée » (pour « tes » raisons techniques), il faut arrêter : nous n’arriveront jamais à « changer les têtes » comme tu l’avais proposé un temps : l’acculture économique est profonde dans notre pays !
Non seulement je le constate tous les jours ici et ailleurs, mais je t’avais dit que ton analyse d’antan explique bien des choses (*).
Note toutefois que l’attribution des « Nobel 2009 » d’économie, a été attribué conjointement à Elinor Ostrom et Oliver Williamson peut peut-être t’éclairer, puisqu’il s’agit de récompenser deux personnes qui ont passé beaucoup de temps et fait pas mal de recherches l’une sur la notion de propriété, l’autre sur celle de l’entreprise.
Ça précisera peut-être quelques points, notamment relatifs à l’utilité des « sciences économiques » que tu aimes tant brocarder.
Elinor Ostrom a concentré ses recherches depuis des dizaines d’années sur le « droit de propriété », tu te souviens, le « petit bout » relatif à la création de richesses…
Pendant longtemps elle a vécu dans l’ombre de cette « école des droits de propriété » qui a été fondée par Armel Alchian, Harold Demsetz, et qui compte aussi nombre d’économistes comme Steve Pejovitch et Garrett Hardin.
De ce dernier, elle a repris le thème de « la tragédie des biens communs » :
– Les biens qui n’appartiennent à personne sont mal gérés car leur bonne gestion est impossible.
Les Romains que tu citais avaient déjà compris l’importance de la propriété individuelle pour le bon usage des choses.
C’est un constat antédiluvien.
– Alors Elinor a voulu explorer des solutions nouvelles : n’est-il pas possible de gérer des « biens publics » et doit-on privatiser absolument tout ?
En réponse à cette question, elle a cherché des institutions nouvelles qui, à base de coopération entre les gens concernés, permettraient de prendre soin de ce qui est à tout le monde.
Ce genre de « possession plurielle » conduirait à des solutions supérieures à celles que peuvent apporter propriété privée et marché – qui souvent ne sont pas adaptés.
Pas adaptés par exemple aux biens environnementaux, et c’est là qu’elle se sépare des « nouveaux environnementalistes » qui voient la meilleure défense des espèces et des essences dans la privatisation.
Cette thèse lui vaut actuellement un très fort engouement dans les milieux « autorisés », car elle vient renforcer les partisans et autres théoriciens du « développement durable ».
Prix Nobel parfaitement fondé qu’elle partage avec Oliver Williamson qui vient d’un horizon tout à fait différent et qui a un parcours qui devrait te plaire, toi le spécialiste de la « prose économique pragmatique ».
Oliver Williamson, a une forte notoriété dans les milieux universitaires. Il a longtemps été considéré comme l’un des disciples majeurs de Ronald Coase, prix Nobel en 1991.
Ronald Coase avait inventé le concept de « coût de transaction », pour expliquer que les relations marchandes pouvaient être compliquées, sinon rendues impraticables, par les coûts nécessaires à l’organisation d’un marché.
Dans sa « théorie de la firme », publiée dès 1937 (tu connais peut-être), il explique comment est née l’entreprise moderne : alors que la production artisanale exigeait l’éclatement de la production en un grand nombre de relations contractuelles, les « manufactures » regroupaient tous les facteurs de production en un lieu unique !
Le coup de génie d’un Ford, mais tout autant d’un Boucicaut, pionnier en 34, 1834, inventeur du premier Grand Magasin qu’est le « Bon Marché » : tout sous le même toit (**) !
Des relations hiérarchiques se substituaient aux relations marchandes.
En revanche, dans l’entreprise, une fois le contrat de travail signé, on ne discute pas, on exécute.
Le travail en commun exige en effet une organisation qui ne s’accommode pas de négociations permanentes, et pour éviter le phénomène de « free rider » (certains cherchent à se décharger de leur tâches sur les autres), il faut alors instituer un contrôle permanent.
Et voici aussi comment naît le paradoxe de l’entreprise : conçue pour satisfaire le marché, elle ne fonctionne plus alors suivant une logique marchande.
Demeure en second plan l’éternel problème : qui contrôle le contrôleur ?
Disciple de Frank Knight, Coase conclut sur l’importance du profit : c’est finalement la sanction du marché qui oblige les contrôleurs à bien faire leur travail !
De cette architecture très complète, Williamson reprendra essentiellement l’importance de la hiérarchie dans toute action passant par une organisation collective (***).
Et il pose la question : le profit est-elle suffisant pour assurer la « police » de la firme ?
On rejoint ainsi le problème de la gouvernance : quelle responsabilité pour les dirigeants d’entreprises ?
À la différence de Henry Manne, qui estime que c’est le marché des « droits de propriété » sur l’entreprise qui règle le problème (la Bourse, par exemple, permet aux actionnaires de contrôler les managers par anticipation, ils vendent leurs titres quand la gestion ne leur paraît pas correcte, quand les profits ne sont pas suffisants), Oliver Williamson privilégie les relations hiérarchiques et les phénomènes « d’agences » : il décrit en fait une logique du pouvoir plutôt qu’une logique de propriété.
Il est évidemment certain que les thèses de Williamson sont très en vogue depuis quelques temps, car beaucoup de commentaires sur la crise ont souligné la défaillance des marchés boursiers, et des financiers.
Ces commentaires semblent ignorer que le marché est « défaillant » quand il n’est pas libre, quand des réglementations empêchent la mise en responsabilité réelle des managers, et a fortiori quand les managers sont encouragés et couverts par les autorités publiques, ce qui peut aller parfois jusqu’à la complicité et à la corruption voire au sauvetage in extremis par le denier public !
La puissance publique, face au désastre annoncé, semblant prise de terreur et regretter inlassablement d’avoir tant fait pour entraver les mécanismes d’autorégulation par pléthore de réglementations !
En une seule phrase donc, si effectivement le jury d’Oslo a ses propres démons, tu noteras toi, que celui de Stockholm n’est pas si « déconnecté » de la « Science économique », dont parfois tu sembles douter plus qu’à ton tour : on en revient aux fondamentaux, à savoir la « création de richesse » par l’activité humaine.
Ai-je fait assez court pour que tu ne tritures pas trop mes dires ?
DD
Nota I² : C’est une excellente façon de remettre les points sur les « I » et les barre au « T ».
Merci à toi.
(*) : Il s’agit de ce post-là, ai-je cru comprendre : http://infreequentable.over-blog.com/article-7361200.html
(**) : C’est plus compliqué que ça, naturellement et je te l’ai parfois expliqué. En fait, l’essentiel des productions sont encore le fait de « phénomènes de niches » ultra-spécialisées. Auxquelles sont attachés des « distributeurs »… spécialisés.
Les « spécialistes » gèrent à peine quelques dizaines de références qui diffèrent entre-elles souvent par le conditionnement, mais tournent toujours autour des mêmes processus de production, la ou les machines et les personnels « qui savent faire ».
Et le « distributeur spécialisé », lui gère en magasin à la gamme étroite mais « profondes » des références de chaque producteur en aval. Faute de place, en général on ne met que 4.000 à 10.000 références d’une gamme sous un même toit, ils se spécialisent… et en deviennent attractifs pour le consommateur final pour cette unique raison.
Inversement, le « généraliste » peut mettre en vente plusieurs gammes, mais avec très peu de références « en profondeur » : la faute toujours a ne pas avoir la place.
Trois exceptions :
– Les « Grands Magasins » qui se sont voulus « les deux à la fois ». Boucicaut en premier, mais très vite derrière des enseignes comme le Printemps, les Galeries Lafayette, Les Magasins Réunis, le BHV, etc.
Avec parfois des délires comme à La Samaritaine, où une même référence peut être présente, et donc livrée par des canaux d’approvisionnement différents, à trois ou quatre endroits différents… sous le même toit, pour plus de 200.000 références au total : je ne te raconte pas le coût de l’absurdité !
– La « VAD » (Vente à Distance), où le produit vendu n’est pas en magasin, mais va être commandé au producteur une fois le paiement reçu (La Redoute, Les Trois Suisses, eBay, etc.).
– Et une infinité de variantes et déclinaisons telles que les « centres commerciaux » dans les « plaines à betteraves », avec une enseigne locomotive en « attractivité », ou les « centres dédiés » à enseignes gigognes (Intermarché, Bricomarché, Jardimarché, Vêtimarché, etc.) voire les très grands « hyper » qui font leurs gammes dans le brun, le blanc, la voiture, le jardinage après avoir investit le textile.
(***) A-t-il lu de théorème de Peter, à ce sujet-là ?
Assez édifiant.
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