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Pauvre Marianne...
Un peu de pub :
Et de la taxe... éponyme
On la croyait enterrée. La voilà qui revient, avec le soutien du gouvernement des gaulois, ou du moins d'une partie seulement de leur gouvernement puisque la polémique interne au gouvernement étant devenue une habitude, chaque ministre contredit le précédent.
Il s'agit de taxer les transactions financières : de quoi résoudre la crise (financière justement) et faire une bonne action ! 60 milliards d'euros ainsi récoltés pour l'aide au développement.
Bien entendu, ça a l'odeur, la couleur et la saveur du non-sens économique qui aggravera la crise et n'aidera en rien au développement.
Mais en « Gauloisie éclairée », on est toujours en pointe pour recycler les vieilles lunes que les autres ont abandonnées depuis longtemps, surtout lorsqu'il s'agit de créer de nouveaux impôts, ce qui est notre meilleur produit d'exportation.
Nous voilà donc à peu-près 35 ans en arrière : en 1972, on venait d'abandonner les changes fixes pour passer aux changes flottants, ce qui chagrinait tous ceux qui ne supportent pas l'idée que la vie économique impose des changements permanents, y compris de la valeur des monnaies : ils préfèrent la stabilité et le calme absolu des matins calmes, qui n'existent que dans les cimetières (et en Corée). Il se trouve que l'économie, comme la vie, c'est fait de changements.
Il faut donc que la valeur des monnaies varie chaque jour. James Tobin économiste keynésien bon chic bon genre, futur Nobel d'économie, avançait alors, avec beaucoup de prudence, l'idée d'une taxation des transactions monétaires internationales dans l'espoir de diminuer la spéculation, en réduisant les transactions financières.
Aussitôt, la gauche la plus radicale, (les « antimondialistes », devenus plus tard « altermondialistes »), s'empare de l'idée pour en faire le symbole de son opposition au capitalisme financier.
ATTAC, qui devait naître un peu plus tard, en a fait le cœur de son action contre le libre-échangisme.
Tobin avait joué les apprentis sorciers et le regretta plus tard de la manière la plus claire, dans un entretien au Spiegel dont Le Monde publiait l'essentiel en septembre 2001 (Tobin est mort peu après) « J'apprécie l'intérêt qu'on porte à mon idée, mais beaucoup de ces éloges ne viennent pas d'où il faut. Je suis économiste et, comme la plupart des économistes, je défends le libre-échange.(...) On détourne mon nom ».
Exit la taxe Tobin, tuée par Tobin lui-même.
C'était compter sans les gaulois natifs et importés.
La revoici en effet qui revient en force depuis quelques jours.
55 pays ont créé un groupe de travail pour l'instauration d'une taxe sur les transactions financières.
C'est notre très socialiste ministre des affaires étrangères, Nanar
« Kouche-nerf », qui a remis le sujet sur la table, aidé de son secrétaire d'État Alain Joyandet (il y a tellement de « soces » dans cet ex-gouvernement qu'on se demande s'il
n'y en aurait pas eu moins avec « Ségololo », finalement).
Au cours de cette réunion, qui s'est tenue à Paris, « Kouche-nerf » a suggéré de profiter « de l'interdépendance financière des marchés des capitaux en prélevant une fraction des transactions quotidiennes ».
Il a même ajouté que cela devait se faire sur une base volontaire, ce qui, bien entendu a achevé de rendre le projet illisible à en faire se gausser les participants : cela voulait-il dire que ce serait « volontaire » pour les États » (certains l'appliquant, d'autres non) ou pour les opérateurs ?
On peut imaginer, dans la deuxième hypothèse, qu'il y aura si peu de volontaires qu'on sera bien obligé de rendre le nouveau prélèvement obligatoire pour que ça marche.
C'est dans la culture des « gaulois » : le facultatif devient obligatoire, le provisoire, durable et permanent.
Avec une taxe (drôle de nom pour quelque chose de volontaire) de 0,005 %, le rendement serait de 30 à 60 milliards, qui permettraient d'accroitre sensiblement l'aide publique au tiers-monde.
Voilà donc une bonne action, une décision morale, dixit A. Joyandet (« en pleine crise morale du capitalisme, il est sain de taxer un peu ceux qui gagnent de l'argent sur l'argent »), et ce qui fera en outre sortir les plus pauvres de la misère.
C'est que les « soces en panne d'idée » socialistantes ont de la suite dans les idées, puisque le gouvernement Jospin avait déjà fait voter une telle taxe en 2001, mais comme nous étions seuls au monde à l'avoir inventée, il en avait prudemment fixé le taux à... 0 % !
La « Gauloisie magnifique » sait se rendre ridicule aux yeux du monde...
Mais oui, en tout temps, toute circonstance et en tout lieu !
Bien entendu, cette fois-ci, « La-garde-meurt-mais-ne-rend-pas » a démenti dès le lendemain que Paris ait un projet dans ce domaine : Paris, non, mais le ministre des affaires étranges, parlant au nom du gouvernement, oui.
En langage politiquement correct, on appelle cela des « financements innovants », dont la « Gauloisie » s'est fait une spécialité, notamment avec la « taxe au Chi » sur les billets d'avion, que quelques onze pays appliquent !
Tout le monde applaudit, à condition d'échapper soi-même à la taxe.
L'imagination fiscale au pouvoir est sans limite : il y a aussi des projets de prélèvement sur les paiements par carte de crédit ou encore de loterie mondiale...
Passons sur le fait que la dernière tentative pour envisager un simple rapport sur la faisabilité d'une taxe Tobin avait été repoussée en 2000 par le parlement Européen par 229 voix contre 223 (grâce au vote contre des travaillistes anglais, mais grâce aussi aux « trotskistes admirables » qui ne veulent pas réformer le système mais le détruire : eux ne veulent pas taxer les mouvements de capitaux, mais seulement les interdire).
En 2009, l'idée est toujours aussi absurde.
Il est bien sur impossible de séparer les transactions de paiement et les transferts spéculatifs, donc on taxera tout, ce qui aurait donc pour résultat de freiner les échanges commerciaux.
De toute façon, la « spéculation » est indispensable sur les marchés des changes pour permettre aux entreprises de se couvrir à terme vis-à-vis des fluctuations des devises : les spéculateurs assurent la contrepartie nécessaire et prennent le risque à la place des entreprises exportatrices.
Sans eux, pas de couverture à terme et avec eux, des risques à terme supportés par les « vraies entreprises » industrielles et commerciales : à chacun son métier.
En outre, et paradoxalement, moins de transactions sur les marchés de capitaux, c'est encore plus volatilité des cours, alors qu'on prétend lutter contre leur variabilité : plus le marché est étroit, plus, très logiquement, les fluctuations y sont grandes.
Passons sur le fait qu'il faudrait, pour taxer, assurer une parfaite traçabilité des transactions financières (même si l'idée est à la mode, elle est impraticable, même avec un policier par chaque « gaulois ») et que la mesure entrainerait d'énormes effets pervers sur l'économie des pays qui l'appliqueraient (et il est illusoire de penser que tout le monde l'appliquerait : voir le peu de succès de la « taxe au Chi »).
En toute hypothèse, le système serait rapidement contourné, des moyens d'échapper à la
mesure étant vite trouvés, car les opérateurs du marché ont de l'imagination !
Par exemple, quand les Américains ont multiplié les règlements vis-à-vis des avoirs en dollars des non-résidents, en plafonnant les taux d'intérêt, le marché a créé un marché libre de
l'eurodollar en dehors des Etats-Unis, pour contourner ces réglementations et échapper aux contraintes étatiques.
Autant de matière de moins pour les américains venant fleurir dans les pays exotiques à n'en avoir plus « d'économie réelle »...
La morale de cette histoire : la taxe Tobin était morte, enterrée par Tobin lui-même.
Et le ministre « des affaires étranges » a voulu la ressusciter !
La belle ambition : n'est pas « Christ ressuscitant Lazare » qui veut !
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