(Suite)
Les citoyens de « Franc Paradise » s’épuisaient à chacun remplir son office. D’autant qu’il fallait recevoir les touristes correctement et tous ces experts défilant du monde entier pour constater la réussite de Monsieur Kicétou : Il y avait bien une « recette du succès » dont il fallait comprendre les ressorts afin d’en faire profiter le plus grand nombre de part le monde !
Ce n’est plus 16 pains qu’il fallu produire, mais infiniment plus au fil du temps.
On en vint à faire venir de la « main d’œuvre étrangère ». Ca tombait bien, ils étaient nombreux à considérer « Franc paradise » comme une terre de tous les bonheurs…
Pour loger tout ce beau monde, on fit de grands travaux : Nouvelles habitations, route plus large, un port, un aéroport même, une maison commune, des hôtels, restaurants, une maison des « bons soins », etc. Comme personne n’avait d’argent, on décida donc de vendre les pains aux touristes et experts, ce qui permettait aux banquiers d’être rassurés quand il a s’agit de faire des emprunts : Le pays était notoirement solvable, le risque de banque route était réduit.
Ce qui fut dit fut fait et l’on doubla rapidement la population en ouvriers du bâtiment, des travaux publics. Monsieur Cantonnier ne pouvait pas assurer à lui seul l’entretien des chemins malmenés par le transporteur des matériaux, des ouvriers et voyageurs (qui furent confié d’abord à Monsieur Pouspouce, puis ensuite à Monsieur Caraboss) et mener en plus tous ces travaux là à bien !
Naturellement, Monsieur Graubobau n’arrivait plus à soigner tout le monde et se fit aider, d’abord par Madame Pyquepic, puis par un confrère, Monsieur Grossedouleur.
Monsieur Sceaucial fit ses comptes : Tout cela était bien joli, mais soigner les touristes, même quand ils tombaient malades, revenait très cher en petits pains et il n’en avait pas forcément assez pour nourrir toute cette population en cas d’épuisement de Monsieur Meunier, Duchamp ou Dupin. D’autant que ceux-ci, épuisés par leur labeur devenu infernal, avaient de plus en plus souvent des petits « passages à vide ». Il alla s’en ouvrir à Monsieur Kicétou.
Monsieur Kicétou était décidément une personne rare puisqu’il inventa derechef les « Cons-jais-peillés ». Ca ne voulait rien dire une fois de plus, mais financés par quelques pains supplémentaires à prélever par semaine sur chaque personne, on pouvait considérer que chacune pouvait ne pas travailler une fois par semaine et même partir se reposer ailleurs une fois par an pendant quelques semaines.
L’idée fut accueilli dans l’allégresse : Enfin on pouvait « casser » les cadences et deviser à nouveau sur la nature de l’espèce humaine et sa condition temporelle, au moins quelques jours par an ! Il était temps…
Le problème survint quand on s’aperçu que ce « privilège » devait être partagé par tous, ce qui était normal, et qu’il coûta finalement assez cher. D’autant qu’on commença à s’énerver de la qualité du service rendu, et des petits pains livrés, tellement le nombre de jours où l’on mangeait des « pains rassis » devenait important.
Pas de problème, le futur prix Nobel local avait la faveur de la haute finance et des institutions monétaires et bancaires mondiales : Il lui fut facile de continuer à emprunter. Pour rembourser ces emprunts, il se garda bien de donner sa caution personnelle et préféra inventer une « Kauti zation » destinée à une caisse où Monsieur Sceaucial pouvait puiser. Elle était assise sur la « valeur ajoutée », essentiellement payée par toutes personnes qui venaient si nombreuses visiter « Franc Paradise », avait-on prévenu. En fait, tout le monde devait apporter un « petit pain », mais tous ne le consommaient pas sur place…
Il y en eu d’autres au fil du temps : La « Kontri Bution Générale » (ainsi baptisée parce que « Kauti » était déjà pris et « générale » parce que Monsieur Kicétou s’était fait nommé Généralisme par acclamation au seul carrefour du pays.)
On a alors encore augmenté les cadences, non seulement pour fournir non plus deux pains, mais bientôt trois puis quatre, puis bien plus à toutes ces personnes venues en renfort de « Franc Paradise » pour qu’elles puissent s’acquitter de « l’Unpôt », du « Pain de substite », de la « Takse », de la « Kontri » et de la « Kauti ».
Comme ce n’était pas très raisonnable d’en prélever plus de la moitié, on inventa un « Bout Klier » de prélèvement obligatoire à 50 % ce qui était déjà une « performance » dans le monde économique ! Même dans ces conditions, les « grands équilibres » semblaient respectés. Sauf que quand on comptait bien, par le jeu des exclusions réciproques, ce n’était pas vraiment 50 % mais plus… Peu importe : On allait pas chipoter pour quelques quignons de pain rassis !
De toute façon, Monsieur Kicétou avait décidé que tous ceux qui travaillaient une (ou plusieurs) heure de plus, était exonéré de tout sur ces gains là. C’était pour compenser…
Par contre, la dette s’accumula plus que de raison : Il fallait produire tous les jours du 1er janvier au 1er août d’une seule année si l’on voulait rembourser tous les créanciers selon les échéances programmées ! Pas facile…
Effarés, certains citoyens du pays du « Franc Paradise » qui connaissait ce chiffre, utilisèrent leur temps annuel de « Cons-jais-peillés » pour voir ailleurs s’ils pouvaient être accueillis dans des conditions un peu plus proches du bon sens que ce que Monsieur Kicétou leur obligeait à faire.
Les « maileurs » (baptisé ainsi parce qu’ils utilisaient Internet pour communiquer) s’enfuirent donc, renonçant à leur paradis, pour un autre à l’herbe bien plus sèche. Ce phénomène d’exode fut baptisé « délocalisation ». Après tout, ces citoyens là restaient, envers et contre tous natifs de « Franc Paradise » selon le principe du « droit du sol » (Appelé comme ça parce qu’il était coutume, pour se différencier des autres parties de l’univers, d’accorder tous les discours, non pas en « La », mais en « Sol », d’où la « clé » du même nom, pour entrer au pays, le fameux prélèvement à l’adresse des touristes et visiteurs que l’on avait fini par distinguer de la « Kauti zation »).
Ils furent illico presto remplacés par d’autres (des « Un-pas-Triés »), bien moins riches, qui voyaient surtout l’avantage d’être assurés de ne manquer ni de pain ni de soin (qui devint la devise du pays).
Seuls restèrent à trimer comme des bêtes les « Klacemoyennes » pas assez « enrichies » par leur labeur (pour voyager) tellement on les avaient dépouillé des fruits de leurs efforts au fil du temps, pleurant l’époque bénie d’antan, pestant contre les temps modernes, à rouspéter auprès de Monsieur Kicétou, encouragés en cela par les « Un-pas-Triés » pour qui rien n’était trop beau et qui en demandaient toujours plus !
D’autant que c’était aux, les « Klacemoyennes » qui avaient le plus à perdre : Partir voulait dire renoncer à leur rêves et à ce qu’ils avaient tenté de construire ou qu’ils possédaient encore (comme espoirs) malgré tout, contre vents et marées. Pour les « Un-pas-Triés », c’aurait été aussi renoncer à ce pourquoi ils étaient venus de si loin jusqu’à « Franc Paradise ».
Certains (qui auraient mérité de s’exiler) comprirent que de « Klacemoyennes », à force de paupérisation forcée, tout le monde allait devenir pauvres et les « pauvres » seraient toujours plus nombreux, tous « prisonniers volontaires ».
Mais ils n’en dirent rien : Monsieur Kicétou et son dauphin formé à sa grande école auraient été capables d’inventer un nouveau prélèvement sur cette « nouvelle » qualité… « Eczit takse » par exemple !
La morale de cette histoire confirme un dicton populaire : « Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers ».
Et pour cause : Les autres sont toujours trop « mauvais » pour envisager de fuir à leur tour ! Ils préfèrent leur sort…
Pourquoi se gêner, dit Monsieur Kicétou à son dauphin désigné quand il a s’agit de le former « l’Ah-reuh-lève » ?
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