La question des retraites
C'est irrésistiblement une question qui fâche. Et périodiquement, elle revient sur la table de l'actualité sociale, avec ces cortèges compacts de revendicateurs.
Ceux-là veulent bien bosser, pas trop quand même, 35 heures par semaine, quelque chose comme 220 jours par an, pendant quelques 37,5 ans. Soit 57.750 heures sur une vie active !
C'était le régime d'avant les premières tentatives de réforme.
Depuis, on est progressivement passé de 150 trimestres de cotisation à 160 et il est question de passer, dans longtemps naturellement, mais pas trop quand même, à 164 trimestres de boulot intensif (avec heures supplémentaires et tout et tout).
Entre deux, l'espérance vitale a augmenté sensiblement (pour les non fumeurs toujours plus nombreux), de 48 ans au XVIIème siècle (en comptant tous les décès en bas-âge) à 65 ans à la fin du XIXème siècle, puis à 84 ans pour nos femmes (mères, sœurs, épouses, filles, petites-filles, arrière-petites-filles et maîtresses incluses) à 78 ans pour les hommes.
Cet écart entre les deux sexes est peu ou prou dû à l'impact des flambées guerrières qui ont d'abord évincer quelques « mâles reproducteurs » et accortes des douces couleurs du soleil se couchant nettement trop tôt, c'est-à-dire à la fleur de l'âge, puis du déficit de naissance (même dans le cadre strict du renouvellement des générations).
Ceci étant tout d'un coup compensé par un baby-boom d'après guerre (la seconde mondiale) et l'arrivée des antibiotiques dans la besace des « GI » transatlantiques.
Autrement dit, en une génération, là où il fallait financer quelques années d'inactivité pour quelques privilégiés que la Vie avait réussi à épargner, ce sont désormais des cohortes (de non fumeurs) dont il faut assurer quelques moyens de subsistance pendant 64 trimestres !
(Ces chiffres ne sont pas forcément exacts. Ce n'est pas bien grave, ce qui compte, c'est la logique du système).
64 trimestres à revenus assurés pour la moitié des anciens revenus (et encore plafonné au niveau du « plafond de la sécurité sociale », puisqu'il s'agit de ça pour le moment : les régimes complémentaires n'auront plus qu'à s'adapter... à la marge !), si la mathématique de la revalorisation n'avait pas pour effet de réduire le taux entre 46 et 47 % dans les 25 meilleures années.
L'équation est donc simple : 64 trimestres x 50 % x SR (salaire de référence) = 164 trimestres x Taux de cotisation x SR = 19,52 % = Taux de cotisation.
En fait, c'est un hold-up ! Et à plusieurs titres.
Le premier est tout bête à comprendre : Si par hasard, vous cotisez un an de plus, c'est que vous êtes bénéficiaire un an de moins.
L'effet ciseau joue à plein : Vous passez de 160 trimestres de cotisation à 164, pour des pensions versées à hauteur de 64 trimestres dans la première hypothèse, à 60 dans la seconde : faut pas dékonner, ce n'est pas parce que l'on travaille un an de plus que l'on voit son espérance de vie augmenter pour autant, n'est-ce pas !
Autrement dit, on passe d'un taux qui devrait être de 20 % (selon l'équation ci-dessus) dans le régime ex ante, à 18,29 % dans celui qu'on nous propose... à taux de cotisation constant.
Soit 9,34 % de dépréciation... comme par un coup de baguette magique !
Les plus doués auront compris, mais ce sont tous les autres qui iront défiler...
Le second est beaucoup plus subtil et personne ne vous le racontera (au nom des grands principes de solidarité qui ont commandé à la « technostructure ambiante », depuis le CNR, la création de l'ENA, en passant par la IVème et trois cohabitations de la Vème, etc.)
Prenez 20, tous les ans, pendant 40 ans, placé à 2 % dans un monde sans inflation (allez, ne spéculons pas plus que ça et revenons au bon vieux temps de « l'argent facile » des emprunts russes, et on cause à euro constant !), il y a de quoi vous verser 25 ans de pension à 50 % !
25 + 65 ans, 90 ans, bien au-delà de votre espérance de vie !
De 64 trimestres, on passe directement à 100 pour tout le monde...
Où sont donc passés les 35 trimestres volés, disparus, annihilés, humiliés, révoltés mais pas libérés ?
Mystère !
Et personne de râler « compactement » pour cette perte de l'ordre de 50 %, nos « sachants » trop contents de se « fritter » pour seulement « 10 % de mieux indispensables » !
Tu penses, tant qu'on ne remet pas en cause le système qui les fait vivre... Ils peuvent se réjouir !
On entérine effectivement et directement le hold-up, une fois de plus validé pour quelques décennies !
Vraiment, nos parents auront réussi leur meilleur coup qu'une génération peut imposer à une autre, au motif bien réel du sort de nos « grands-parents ».
Nous-mêmes ne sommes pas plus clairvoyants, reproduisant les schémas mortifères.
Le pire, c'est que nos fils feront la même chose dans 20 ans !
Trois générations de débiles profonds et avec la certitude qu'ils auront fait au mieux...
Car bien évidemment, dans 20 ans, ceux nés entre 1945 et 1965, auront entre 63 et 83 ans, pour finir par disparaître emportés par le temps.
Et les régimes de retraite pourront souffler, repassant progressivement de 3 cotisants pour un pensionné à 4, puis 5, puis 8 ou 10, comme dans les années 60 à 80 (avec un hoquet en 1972 qui est passé comme une lettre à la poste, sans que personne ne s'en rende d'ailleurs compte) !
On pourra longtemps continuer de « marcher sur la tête », en cherchant les « 50 % manquants », en toute bonne conscience.
La « gauloisie » ? Un pays merveilleux...




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