De l’acculture économique des français
Ça commence dès le plus jeune âge. Aucune information, ni à l’école ni au collège, de ce que pourrait être une entreprise, de ce qu’est la « vie économie ». Logique : comment former correctement les chères « têtes blondes » avec des instituteurs ou des professeurs qui vivent à 1.000 lieues de ce genre de situation et n’ont qu’une « image livresque » de la vie en entreprise, qui passe par « Les misérables » et Zola ?
Z’ont pas l’âge !
Pourtant, et c’est une bonne chose depuis désormais, les élèves de collège se doivent de faire un « stage en entreprise » avant leur entrée au lycée (malgré l’interdiction de faire bosser des moins de 16 ans…).
C’est de la main-d’œuvre pas chère, qui ne sait pas faire grand-chose mais qui est avant tout docile, même si elle mobilise quand même au moins un adulte.
Bon, de la « garde avancée » de chérubin qui doit se rendre compte de deux choses :
– Un, ce n’est pas facile de motiver un adulte sur son lieu de travail, ne serait-ce pour qu’il accepte de l’accueillir ;
– Deux, finalement, sur un « lieu de travail », tout ce monde là s’agite un maximum, comme vraisemblablement ses parents, à des heures où il est à l’école.
C’est déjà ça !
Mais pourquoi et comment, là, c’est le grand mystère.
Tout juste retiendra-t-il que c’est sa promesse d’avenir à lui, pas tout à fait ce à quoi il a forcément rêvé…
Arrivée au lycée – mais encore pire en apprentissage – outre les matières indispensables à approfondir pour avoir un « vernis » minimum en vue d’obtenir le Bac, on va lui refiler des manuels d’économie et un prof qui les a lus.
Toujours pas d’approche du « monde du travail » autre que théorique et comme d’un lieu d’activité professionnelle, et toujours pas ce que c’est qu’une entreprise.
Si il arrive à comprendre qu’il est acteur économique en étant un consommateur, c’est déjà pas mal. Mais de là à comprendre qu’il sera aussi acteur en tant que producteur…
Et puis on va lui expliquer que lui, il est tout petit par rapport à d’immensément grands que sont tous les autres… moins qu’un pois chiche.
Passons.
Cette réalité se retrouve jusque dans les manuels d’économie, qui vont traiter d’un tas de chose, faisant suite ou complétant les cours d’histoire et de géographie (on n’ose pas dire de géopolitique, mais c’est un peu une initiation : z’ont pas besoin de tout savoir sur tout, arrivés là, n’est-ce pas !).
Ces programmes sont d’ailleurs définis pour la France entière.
Et pour ce faire, ils sont élaborés par le « Comité National des Programmes » pour être publiés au Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale. Si !
Les programmes obligatoires d’économie, pour la série Sciences Économiques et Sociales, le sont ainsi au JO du 30/06/2001 pour la classe de première, et ceux de terminale au JO du 10-8-2002 (indisponible sur Internet).
Ils sont fort détaillés et fournissent aux professeurs, comme aux rédacteurs des manuels scolaires, des indications très précises non seulement sur les sujets à traiter, mais aussi sur la façon de les traiter.
Les éditeurs de bouquins scolaires s’en inspirent abondamment, naturellement.
Ainsi, en seconde, le programme d’initiation pourrait être bien plus complet qu’il n’en a l’air : Après tout, je peux aussi être mauvaise langue (tellement je suis un Ignoble et en plus totalement Infreequentable).
Eh bien non ! (Attention, ça décoiffe !), il y a quelques perles :
– « Dans le souci de ne pas alourdir le programme, l’épargne et le profit ne feront pas l’objet de développements particuliers ;
– On soulignera les inégalités de revenus primaires pour introduire la notion de système redistributif », etc.
Pourquoi faire les choses simples alors que ces ados là sont réputés intelligents ?
On pouvait penser que le programme de première étudiait quelques fondamentaux bienvenus. Mais non, il est tout aussi ahurissant :
– « Adapter une conception réaliste des classes sociales, dans laquelle les conflits jouent un rôle central ;
– On montrera que le marché peut être défaillant parce qu’il ne permet pas la production de certains biens ou services ;
– On sensibilisera les élèves au caractère très restrictif des conditions de fonctionnement de la concurrence pure et parfaite ;
– On mettra en évidence l’existence des biens collectifs que le marché ne prend pas spontanément en compte ;
– L’enseignement s’appuiera sur la comptabilité nationale comme outil d’analyse et de représentation du fonctionnement de l'économie. »
– Au sujet de « la concurrence pure et parfaite, le professeur se limitera à une présentation rapide de la formation de l’équilibre sur un marché de concurrence ».
On ne sait jamais, elles pourraient se mettre à réfléchir, les chères têtes blondes…
Quant aux professeurs, peut-être qu’il faudrait qu’ils mettent à lire autre chose que les « bouquins autorisés ».
Rattrapage en terminale ? Vous rêvâtes, mes amis :
– « On soulignera que les mécanismes de marché peuvent se révéler défaillants, auquel cas la demande ne suit pas l’offre et le chômage se développe…
– On pourra montrer que la flexibilité (du travail) devient défavorable (à l’emploi) quand elle conduit à une amplification des inégalités…
– On discutera de la qualification des mouvements sociaux, (qui sont en) opposition à une situation dominante…
– En prenant un exemple dans le contexte européen - celui de la politique de protection sociale - on soulignera la nécessité de l’action publique pour maintenir et accroître la cohésion sociale…
– La permanence de la précarité de l’emploi, le maintien voire l’augmentation des inégalités de revenu ont conduit au retour de l’analyse (marxiste, vous allez reconnaître) en termes de classes sociales ».
D’ailleurs, 20 semaines sur 28 de l’enseignement doivent être consacrées aux sujets suivants :
– « Stratification sociale et inégalités ;
– Conflits et mobilisation sociale ;
– Intégration et solidarité ;
– Internationalisation des échanges et mondialisation ;
– Intégration européenne et politiques économiques et sociales »,
– et, sur ces derniers sujets, « on s’interrogera sur les effets contrastés que l’internationalisation des échanges peut avoir sur les inégalités et avantages sociaux ».
Reste 8 semaines à évoquer le reste, les marchés, l’organisation, les contraintes réglementaires, le phénomène douanier, le protectionnisme, le dumping, les source de financement, etc. etc. que sais-je encore.
Édifiant, non ? Une bien belle orientation marxiste est imposée aux professeurs comme aux rédacteurs des manuels par les « sachants » de la République ?
Bon, on peut toujours manipuler des notions générales, du moment qu’on reste dans le vague : ça ne mange pas de pain.
Des entreprises, vous aurez noté qu’il n’en est toujours pas question hors quelques abstractions.
Qu’est-ce que c’est, à quoi ça sert, pourquoi c’est comme ça et pas autrement, comment ça vit, ça grandit, ça meurt… une autre fois si le reste du programme a été vu et que le prof reste intelligent.
En bref, ce n’est plus de l’enseignement, ni même de la formation ou de l’initiation, c’est carrément du formatage, du lavage de cerveau.
L’orientation de l’enseignement est clairement bien définie : il s’agit d’enseigner aux élèves les bases du marxisme, dans sa version la plus récente, l’alter-mondialisme, tel que le promeut l’association Attac :
– À l’exploitation de la classe prolétaire par la bourgeoisie capitaliste s’est ajoutée l’exploitation du tiers monde par les multinationales ;
– La mondialisation libérale est la cause unique de toutes les misères ;
– Il faut réglementer davantage, augmenter les impôts et en créer de nouveaux ;
– Les conflits sociaux sont bénéfiques, etc.
Ainsi, les manuels expliquent clairement que :
– La croissance économique par l’augmentation du capital investi et de la quantité de travail – ce qui n’est pas original – et par le progrès technique, qui lui-même « trouve son origine dans la recherche-développement », mise en œuvre par l’État et les grandes entreprises. Il est donc indispensable d’accroître les crédits à la recherche publique. Les élèves resteront dans l’ignorance de la réalité en matière d’innovations économiques et de création d’entreprises, du rôle des PME, du remplacement de formes anciennes de produits, commerces ou services, par des nouveaux.
– Le progrès économique n’est pas dû aux entrepreneurs, il vient forcément de l’État (Goupil, Bull et le train manqué de l’informatique, qui avait pourtant été annoncé comme d’une évidence par JJSS au début des années 70, le TGV qui a tué l’aérotrain, le moteur linéaire, absolument génial pourtant, les nationalisations dans l’aéronautique qui ont tué le Leduc et son statoréacteur, etc, etc.), passés par pertes et profits, oubliés, disparus : ça n’a jamais existé !
– Bien entendu, sont totalement ignorées les enquêtes du GEM (Global Entrepreneurship Monitor – étude mondiale de la création d’entreprise, faite par deux universités). De toutes façons, hormis quelques pages critiques sur l’action des multinationales, le rôle de l’entreprise est totalement ignoré.
– La vie de celles-ci est méconnue : pas un mot sur la comptabilité d’entreprise, la bourse, les actions et les obligations, le marketing et la publicité, les comités d’entreprise, l’intéressement des salariés, les conseils d’administration, les faillites, ses modes d’organisation, ses financements, autrement que comme des généralités.
– Pas un mot sur la loi de l’offre et de la demande, sur l’optimum économique (qui montre pourquoi les investissements sont mieux choisis dans l’économie de marché que par un Commissariat au plan).
– En revanche les élèves ne devront rien ignorer de la définition de « l’habitus » de Bourdieu, et ils doivent savoir que la « taxe Tobin » est une « bonne politique ».
– Les citations les plus fréquentes sont celles de revues alter mondialistes, comme Alternatives Économiques.
– Les économistes les plus cités sont Marx et Keynes,
– les Français libéraux sont totalement ignorés, comme Bastiat, qui a pourtant inspiré Ronald Reagan, ou mieux, comme nos deux prix Nobel d’économie, Gérard Debreu et Maurice Allais.
– Comme le veulent les alter mondialistes, il faut passer sous silence l’expérience communiste. Donc pas une ligne sur l’économie soviétique et les raisons de son échec. Hayek, qui a le premier expliqué les causes de cet échec, n’est même pas cité.
En revanche, on ne cache pas son antiaméricanisme qui laisse tant de trace dans les esprits. C’est même un must :
– « Une tendance inquiétante au délitement des liens sociaux est à l’œuvre, particulièrement aux États-unis : moindre communication et moindre solidarité à l’intérieur des communautés, accroissement des distances entre groupes sociaux » (Faut y être allé pour comprendre pourquoi ils ne se tapent sur la gueule tous les jours !).
– Et ceci s’explique par le fait que « les inégalités peuvent produire envies et frustrations ». Bref si l’on ne parle plus du paradis soviétique, on parle toujours de « l’enfer américain ».
– Ce manuel prône le protectionnisme d’une façon radicale et bien peu scientifique :« les gains dus au libre-échange ne suffisent pas à garantir la croissance à long terme du niveau de vie d’un pays. Ceci peut constituer la justification de politiques de commerce extérieur volontaristes ou simplement correctrices ». Voilà bien un postulat qu’il est difficile de démontrer (logique, puisque c’est un postulat et qu’un postulat ne se démontre pas), contraire à ce que l’Histoire des peuples et des civilisations nous enseigne depuis des temps immémoriaux, à savoir qu’une grande civilisation, c’est toujours celle qui échange le plus avec ses voisins.
En définitive, ces manuels correspondent exactement à l’objectif affiché par les programmes : le lavage de cerveau contre l’économie libérale, en faveur de l’étatisme et de l’économie planifiée.
Les finalités de l’enseignement des sciences économiques et sociales, aujourd’hui encore, ont d’ailleurs été définies par la République, bonne mère, dans ses BO : « Concourir à la formation du citoyen et préparer les élèves à la poursuite d'études supérieures », mais en aucun cas préparer les élèves à une activité en entreprise.
Il faudrait former de bons militants pour Attac, et non des cadres, des dirigeants, des entrepreneurs ou des techniciens ou employés motivés et performants pour les entreprises, qu’on ne s’y prendrait pas autrement !
Alors après, il n’y a pas lieu de s’étonner de « l’acculture économique » du français moyen, tout juste bon à payer avec son maigre salaire ce qu’on lui dit qu’il est bien obligé de régler au prix auquel on le lui propose (électricité, gaz, pétrole, logement, nourriture, soins, habillement, meuble et bagnole) et la fermer : l’État veille à son bonheur !…
D’ailleurs, si en plus il veut pouvoir voyager, eh bien on lui fait bien savoir que c’est du luxe : ça n’a pas de prix !
Pour le prix d’un aller et retour en avion Paris-Bastia, sans le prix du séjour, personne ne lui dira qu’il peut s’offrir un voyage pour Washington, avec 8 jours d’hôtel sans les repas à deux pas de la Maison blanche !
C’est dire si l’évasion du marché intérieur pourrait faire ouvrir les yeux : quel danger !
Au contraire, on lui explique que la France est la première destination touristique mondiale…
Alors, pourquoi aller voir ailleurs ?
C’est vrai, mais tout dépend de comment on compte : 200 millions d’américain qui se déplacent à travers tout leur continent (sur 51 états et plusieurs fuseaux horaires) tous les ans mais chez eux, c’est sûrement moins que 90 millions de personnes qui passent nos frontières à nous !
Tout ce qu’on lui demande au bon « franco-gaulois », c’est de surtout ne pas réfléchir, ou alors d’adouber le nouveau dogme alter quelque chose…
Altéré et atterrant, oui… rien d’autre.
Même quand le pédégé leur explique qu’il faut bosser plus, ils y courent !
Alors quand Attali vient leur dire que la suppression des départements va leur offrir des vacances de rêves, ou « si ce n’est pas sûr, c’est quand même peut-être », eh bien ils vont adorer.
Pas une once de bon sens : j’en ai même vu qui sont capables d’aller acheter un billet de superloto pour changer le cours de leur vie !
Drôlement efficace, le « formatage » !
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